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Episode maniaque ou manie - définition DSM-IV

Par Neptune 
le 10/08/2013

 

Épisode maniaque



Symptômes et critères précis de la manie (étymologie : du grec "mania" : folie) composante spécifique du trouble bipolaire 1.

L'épisode maniaque n'est pas un "trouble" au sens du DSM-IV, mais un phénomène commun à plusieurs troubles de l'humeur : Trouble Bipolaire I, Etat mixte.


Caractéristiques de l'épisode




Critère A


    Un épisode maniaque est défini comme une période nettement délimitée d'élévation de l'humeur ou d'humeur expansive ou irritable. Cette période de perturbation de l'humeur doit durer au moins 1 semaine (ou moins si une hospitalisation est nécessaire).

Critère B


    La perturbation de l'humeur doit être accompagnée d'au moins 3 des symptômes associés suivants :

    • Augmentation de l'estime de soi ou idées de grandeur,
    • Réduction du besoin de sommeil,
    • Logorrhée,
    • Fuite des idées,
    • Distractibilité,
    • Engagement accru dans des activités orientées ou agitation psychomotrice,
    • Engagement excessif dans des activités agréables à potentiel élevé de conséquences dommageables.

    Si l'humeur est irritable (plutôt qu'exaltée ou expansive), au moins 4 des symptômes décrits ci-dessus doivent être présents.

    L'humeur au cours d'un épisode maniaque peut être décrite comme euphorique, inhabituellement bonne, gaie ou élevée. Bien que l'humeur du sujet puisse être initialement contagieuse pour un observateur extérieur, elle est reconnue comme excessive par ceux qui connaissent bien la personne. La qualité expansive de l'humeur est caractérisée par un enthousiasme permanent et non sélectif pour les relations interpersonnelles, sexuelles ou professionnelles. Une personne peut engager spontanément des conversations prolongées avec des inconnus dans des lieux publics, ou un vendeur peut démarcher au téléphone des inconnus chez eux tôt le matin. Bien que l'élévation de l'humeur soit considérée comme le symptôme le plus typique, le trouble prédominant de l'humeur peut être l'irritabilité, en particulier lorsque la personne est contrariée dans ses désirs. Une labilité de l'humeur (ex. : l'alternance entre l'euphorie et l'irritabilité) est fréquemment observée.

    Critère B1

    Il existe typiquement une augmentation de l'estime de soi, pouvant aller d'une confiance aveugle en soi-même à des idées de grandeur caractérisées, parfois franchement délirantes. Les personnes peuvent donner leur avis sur des sujets pour lesquels ils n'ont aucune compétence particulière (ex. : comment diriger les Nations Unies). Malgré l'absence de toute expérience ou de talent spécifiques, le sujet peut commencer à écrire un roman, composer une symphonie, ou chercher à promouvoir une invention irréalisable. Les idées délirantes de grandeur sont courantes (ex. : avoir une relation privilégiée avec Dieu ou avec une personnalité publique politique, religieuse ou du monde du spectacle).

    Critère B2

    Il existe presque toujours une réduction du besoin de sommeil. La personne se réveille plusieurs heures avant son heure habituelle, se sentant pleine d'énergie. Lorsque le trouble du sommeil est sévère, la personne peut rester plusieurs jours sans dormir du tout, sans, pourtant, se sentir fatiguée.

    Critère B3

    L'expression verbale maniaque est typiquement pressante, bruyante, rapide et difficile à interrompre. La personne peut parler sans interruption, parfois pendant des heures, sans tenir compte du désir des autres de s'exprimer. Le discours est parfois riche en blagues, jeux de mots et cocasseries inadaptées. Le sujet peut devenir théâtral, avec un maniérisme et des chants spectaculaires. Le choix des mots peut être plus guidé par leur sonorité que par des relations conceptuelles liées au sens (c'est-à-dire associations par assonances). Si l'humeur de la personne est plus irritable qu'expansive, son discours peut être marqué par des plaintes, des commentaires hostiles ou des tirades coléreuses.

    Critère B4

    La pensée peut s'emballer, souvent à une vitesse telle qu'elle ne peut être énoncée. Certaines personnes, lors d'un épisode maniaque, disent avoir l'impression de regarder 2 ou 3 émissions de télévision en même temps. Il existe souvent une fuite des idées révélée par le flot presque continu d'un discours rapide, avec des changements brusques d'un sujet à l'autre. En parlant d'une vente possible d'ordinateurs, un vendeur peut dévier la conversation vers une description très détaillée de l'histoire des puces informatiques, de la révolution industrielle ou des mathématiques appliquées. Lorsque la fuite des idées est importante, le discours peut devenir désorganisé et incohérent.

    Critère B5

    La distractibilité est révélée par l'incapacité à filtrer les stimuli externes non pertinents (ex. : la cravate de l'interlocuteur, des bruits ou des conversations de fond, ou des meubles dans la pièce). Il peut exister une diminution de la capacité à différencier les pensées pertinentes de pensées seulement partiellement adaptées ou manifestement inadaptées.

    Critère B6

    L'hyperactivité orientée vers un but implique souvent des projets excessifs et un engagement dans de multiples activités (ex. : sexuelles, professionnelles, politiques ou religieuses). Une augmentation des désirs, des fantasmes, des comportements sexuels est souvent rencontrée. La personne peut s'engager en même temps dans de nombreuses affaires nouvelles et hasardeuses, sans prendre en compte ni les risques apparents ni la nécessité de conclure chaque affaire correctement. La sociabilité est presque toujours accrue (ex. : renouer avec d'anciennes relations ou téléphoner à des amis ou même à des inconnus à toute heure du jour et de la nuit), sans prendre en considération le caractère intrusif, tyrannique et exigeant de ces relations. Les sujets déploient souvent une agitation psychomotrice ou expriment leur fébrilité en faisant les cent pas ou en menant plusieurs conversations simultanément (ex. : au téléphone et de vive voix en même temps). Certaines personnes écrivent des quantités de lettres sur de nombreux sujets différents à des amis, des personnalités publiques ou aux médias.

    Critère B7

    L'expansivité, l'optimisme injustifié, les idées de grandeur, et les troubles du jugement conduisent souvent à des engagements imprudents dans des activités agréables telles que des achats extravagants, une conduite automobile dangereuse, des investissements commerciaux insensés, ou un comportement sexuel inhabituel pour le sujet, même si ces activités peuvent avoir des conséquences dommageables. La personne peut acheter de nombreux articles dont elle n'a pas besoin (ex. : 20 paires de chaussures ou des pièces d'antiquité coûteuses), alors qu'elle n'a pas assez d'argent pour les payer. Les comportements sexuels inhabituels peuvent comporter des infidélités ou des aventures sexuelles non sélectionnées avec n'importe qui.

Critère C


    Les symptômes ne répondent pas aux critères d'un épisode mixte, caractérisé par la présence à la fois des symptômes d'un épisode maniaque et d'un épisode dépressif majeur, survenant presque tous les jours pendant au moins 1 semaine.

Critère D


    La perturbation de l'humeur doit être suffisamment sévère pour entraîner une altération marquée du fonctionnement professionnel ou social ou pour nécessiter une hospitalisation, ou présenter des caractéristiques psychotiques. Une hospitalisation peut avoir lieu afin de protéger le sujet des conséquences néfastes de ses troubles du jugement (ex. : des pertes financières, des activités illégales, une perte d'emploi, un comportement agressif). Par définition, la présence de caractéristiques psychotiques au cours d'un épisode maniaque implique une altération marquée du fonctionnement.

Critère E


    L'épisode ne doit pas être dû aux effets physiologiques directs d'une substance donnant lieu à abus, d'un médicament, d'autres traitements somatiques de la dépression (ex. : la sismothérapie ou la photothérapie) ou d'une exposition à une substance toxique. L'épisode ne doit pas non plus être dû aux effets physiologiques directs d'une affection médicale (ex. : une sclérose en plaques ou une tumeur cérébrale).
    Des symptômes semblables à ceux rencontrés au cours des épisodes maniaques peuvent être dus aux effets directs d'un médicament antidépresseur, de la sismothérapie , de la photothérapie ou de traitements prescrits pour d'autres maladies somatiques (ex. : des corticoïdes). De tels tableaux ne sont pas considérés comme des épisodes maniaques et ne doivent pas être pris en compte pour le diagnostic de trouble bipolaire I.

    Si un sujet présentant un trouble dépressif récurrent développe des symptômes maniaques à la suite d'un traitement antidépresseur, l'épisode est diagnostiqué comme un trouble de l'humeur induit par une substance, avec caractéristiques maniaques, et il n'y a pas passage du diagnostic de trouble dépressif majeur a celui de trouble bipolaire I. Certaines données suggèrent l'existence d'une "diathèse" bipolaire chez les sujets développant des épisodes d'allure maniaque à la suite de traitements antidépresseurs somatiques. De tels sujets peuvent avoir un risque accru d'épisodes maniaques, mixtes ou hypomaniaques ultérieurs sans rapport avec des médicaments ou des traitements somatiques antidépresseurs. Ce problème peut être particulièrement important chez les enfants et les adolescents.

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Caractéristiques et troubles associés




    Souvent, les personnes présentant un épisode maniaque ne se reconnaissent pas comme malades et refusent toute tentative de traitement.

    Elles peuvent déménager de manière impulsive, perdant le contact avec leurs proches et ceux qui les aident. Elles peuvent changer d'habillement, de maquillage ou d'apparence physique pour se donner un style sexuellement plus suggestif ou extrêmement extravagant, qui ne correspond pas à leur caractère. Elles peuvent s'engager dans des activités désorganisées ou bizarres (ex. : la distribution de bonbons, d'argent ou de conseils à des passants inconnus).
    Le jeu ou des comportements antisociaux peuvent accompagner un épisode maniaque. Les principes éthiques peuvent être négligés même par des personnes habituellement très consciencieuses (ex. : un agent de change qui achète et vend des titres de manière inappropriée à l'insu et sans l'autorisation du client; un scientifique qui s'attribue les découvertes d'un autre). Le sujet peut être hostile et menaçant à l'égard des autres.

    Certaines personnes, notamment lorsqu'il existe des caractéristiques psychotiques, peuvent devenir physiquement agressives ou suicidaires. Les conséquences dommageables d'un épisode maniaque (ex. : une hospitalisation sous contrainte, des problèmes avec la loi, ou de sérieuses difficultés financières) résultent souvent des troubles du jugement ou de l'hyperactivité.

    Lorsqu'ils sont sortis de leur épisode maniaque, la plupart des sujets regrettent les comportements qu'ils ont eu lors de l'épisode.

    Certaines personnes décrivent une perception plus aiguë des odeurs, des sons ou des stimuli visuels (ex. : les couleurs apparaissent très lumineuses).

    Lorsque des symptômes catatoniques (tels que stupeur, mutisme, négativisme ou posture catatonique) sont présents, la spécification "Avec caractéristiques catatoniques" doit être indiquée.

    L'humeur peut varier rapidement de la colère à la dépression. Les symptômes dépressifs peuvent persister quelques instants, quelques heures, ou plus rarement des jours entiers. Il n'est pas exceptionnel que les symptômes dépressifs et maniaques surviennent simultanément. Si les critères d'un épisode dépressif majeur et d'un épisode maniaque sont nettement présents conjointement tous les jours pendant au moins 1 semaine, l'épisode est considéré comme un épisode mixte.

    Pendant un épisode maniaque, il existe souvent une augmentation nette de la consommation d'alcool, qui peut aggraver ou prolonger l'épisode.

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Examens complémentaires




    Aucun examen complémentaire n'a pu être retenu comme ayant une valeur diagnostique.

    Cependant, un certain nombre de résultats anormaux a été constaté dans des groupes de sujets souffrant d'un épisode maniaque par rapport à des sujets témoins. Des anomalies polysomnographiques et une augmentation de la sécrétion du cortisol ont pu être observées au cours d'épisodes maniaques, ainsi qu'une absence de freinage au test à la dexaméthasone. Des anomalies touchant les neurotransmetteurs (noradrénaline, sérotonine, acétylcholine, dopamine et acide gamma-aminobutyrique) peuvent exister, comme l'ont montré des études portant sur les métabolites des neurotransmetteurs, le fonctionnement des récepteurs, les tests pharmacologiques et les fonctions neuroendocriniennes.


Caractéristiques liées à la culture,  à l'âge et au sexe




    Les aspects culturels évoqués au sujet des épisodes dépressifs majeurs peuvent l'être également pour les épisodes maniaques. Les épisodes maniaques chez les adolescents ont plus souvent tendance à comporter des caractéristiques psychotiques et peuvent être associés à un absentéisme scolaire, à des comportements antisociaux, à un échec scolaire ou à une utilisation de substances.
    Une minorité non négligeable d'adolescents semble avoir des antécédents de troubles durables du comportement avant le début d'un épisode maniaque franc. On ne sait pas si ces problèmes constituent une forme prodromique prolongée de trouble bipolaire, ou un trouble indépendant. Se reporter aux chapitres concernant le trouble bipolaire I et le trouble bipolaire II pour des informations spécifiques liées au sexe.


Évolution




    L'âge moyen de survenue d'un premier épisode maniaque se situe au début de la 3ème décennie mais certains cas débutent à l'adolescence et d'autres après l'âge de 50 ans.

    Les épisodes maniaques débutent typiquement de façon soudaine, avec une aggravation symptomatique rapide, en quelques jours.

    Les épisodes maniaques font fréquemment suite à des stress psychosociaux.

    Les épisodes durent habituellement de quelques semaines à plusieurs mois, sont plus brefs et se terminent de façon plus brusque que les épisodes dépressifs majeurs.

    Dans de nombreux cas (50-60 %), un épisode dépressif majeur précède ou suit immédiatement un épisode maniaque, sans période normothymique intercalée. Si l'épisode maniaque survient dans la période du post-partum, il peut exister un risque de récidive après les grossesses ultérieures et la spécification "Avec début lors du post-partum" doit être indiquée.

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Diagnostic différentiel




  • Trouble de l'humeur dû à une affection médicale générale

    Un épisode maniaque doit être différencié d'un trouble de l'humeur dû à une affection médicale générale. Le diagnostic approprié est celui de trouble de l'humeur dû à une affection médicale si la perturbation de l'humeur est considérée comme la conséquence physiologique directe d'un facteur organique spécifique (ex. : une sclérose en plaques, une tumeur cérébrale ou un syndrome de Cuching). Cette évaluation est fondée sur les antécédents, l'examen physique ou les examens complémentaires. Si l'on considère que les symptômes maniaques ne sont pas la conséquence physiologique directe d'une affection médicale générale, le trouble de l'humeur primaire est enregistré sur l'Axe I (ex. : un trouble bipolaire I) et l'affection organique est enregistrée sur l'Axe III (ex. : infarctus du myocarde). La survenue tardive d'un premier épisode maniaque (ex. : après l'âge de 50 ans) doit alerter le clinicien sur l'éventualité d'un facteur étiologique organique ou lié à une substance.

  • Trouble de l'humeur induit par une substance

    Un trouble de l'humeur induit par une substance se distingue d'un épisode maniaque par le fait qu'une substance (ex. : une substance donnant lieu à abus, un médicament, ou l'exposition à une substance toxique) est considérée comme liée étiologiquement au trouble de l'humeur. Des symptômes semblables à ceux d'un épisode maniaque peuvent être déclenchés par la prise d'une substance donnant lieu à abus (ex. : des symptômes maniaques qui surviennent uniquement dans le contexte d'une intoxication à la cocaïne doivent être diagnostiqués comme un trouble de l'humeur induit par la cocaïne, Avec caractéristiques maniaques, Avec début pendant une intoxication). Des symptômes semblables à ceux d'un épisode maniaque peuvent également être précipités par un traitement antidépresseur tel qu'un médicament, une sismothérapie, ou une photothérapie. Ces épisodes sont aussi diagnostiqués comme des troubles de l'humeur induits par une substance (ex. : trouble de l'humeur induit par lamitriptyline, avec caractéristiques maniaques ; trouble de l'humeur induit par la sismothérapie, avec caractéristiques maniaques). Cependant, le jugement clinique est essentiel pour déterminer si c'est le traitement qui est en cause ou si un épisode maniaque primaire survient alors que le patient est sous traitement.

  • Épisodes hypomaniaques

    Les épisodes maniaques doivent être différencié des épisodes hypomaniaques. Bien que les épisodes maniaques et les épisodes hypomaniaques aient les mêmes symptômes caractéristiques, la perturbation au cours de l'épisode hypomaniaque n'est pas suffisamment importante pour entrainer une altération marquée du fonctionnement social ou professionnel ou pour nécessiter une hospitalisation. Certains épisodes hypomaniaques peuvent évoluer vers des épisodes maniaques complets.

  • Épisodes dépressifs majeurs avec humeur irritable prédominante

    Des épisodes dépressifs majeurs avec humeur irritable prédominante peuvent être difficiles à différencier d'épisodes maniaques avec humeur irritable ou d'épisodes mixtes. Ce diagnostic différentiel nécessite la recherche clinique soigneuse de symptômes maniaques. Si les critères d'un épisode maniaque et d'un épisode dépressif majeur sont présents conjointement presque tous les jours sur une période d'au moins une semaine, il s'agit d'un épisode mixte.

  • Trouble déficit de l'attention/hyperactivité

    Le trouble déficit de l'attention/hyperactivité et l'épisode maniaque sont tous deux caractérisés par une activité excessive, un comportement impulsif, des troubles du jugement, et un déni des troubles. Le trouble déficit de l'attention/hyperactivité se différencie de l'épisode maniaque par son début typiquement précoce (avant l'âge de 7 ans), son évolution chronique plutôt qu'épisodique, l'absence d'un début et d'un fin nets, et l'absence d'expansivité et d'élévation de l'humeur ou de caractéristiques psychotiques.

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Voir aussi


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