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Hôpital psychiatrique d'Abbeville (80) - Avis, témoignages, et affaire Mélodie Thorel, décédée d'une hémorragie suite à occlusion intestinale

Par Neptune 
le 25/10/2014

 
"C'était ma petite sœur. Logiquement, c'était à elle de partir en dernier. » Kévin Thorel, Abbevillois de 21 ans, veut comprendre. Sa sœur Mélodie était admise à l'hôpital d'Abbeville, en service psychiatrie, depuis le début de l'année. Au matin du 22 août 2013, trois jours après son 18e anniversaire, elle a été retrouvée inanimée dans sa chambre. Face à la mort brutale de cette jeune fille, l'établissement a saisi le parquet d'Amiens (1), qui a ordonné une autopsie. Celle-ci a conclu à un décès par hémorragie interne provoquée par une occlusion intestinale.

2013 - Dépôt de plainte par la famille




    « Une enquête préliminaire » est toujours en cours pour déterminer les conditions du décès. Le but est de comprendre pourquoi l'occlusion intestinale a été fatale, de voir « si une faute quelconque a été commise », explique le procureur de la République Bernard Farret. La famille juge d'ores et déjà l'hôpital responsable. La mère et la grand-mère de Mélodie ont d'ailleurs déposé plainte auprès du commissariat d'Abbeville pour « mise en danger d'autrui » la semaine suivant le décès : « Depuis, rien, nous n'avons pas de nouvelles. C'est dur. » Kévin Thorel précise d'abord que sa sœur et lui ont été placés en famille d'accueil à l'âge de 4 et 7 ans. « Elle a fait plusieurs familles, elle n'a pas eu un parcours facile », confie-t-il. Souffrant d'un mal-être, de troubles du comportement, elle se retrouve à l'hôpital psychiatrique Pinel, à Amiens, pendant six ans. Puis, début 2013, arrive à l'hôpital d'Abbeville. L'occasion pour son frère de resserrer les liens familiaux. « J'allais la voir tout le temps », raconte Kévin Thorel.

    « Un membre du personnel est venu la chercher et l'a ramenée à pied. Ils lui ont donné un Spasfon »


    Et puis un jour, elle a commencé à se plaindre de maux de ventre. « On a d'abord pensé que c'était à cause de son traitement médical, qui était très lourd. Mais quand elle venait manger à la maison, elle n'arrivait plus à manger », poursuit le jeune homme. Qui affirme : « J'en ai parlé à l'hôpital, j'ai demandé une fibroscopie, mais rien n'a été fait. » L'état de Mélodie semble s'améliorer. Mais le mercredi 21 août, quand elle se rend chez sa grand-mère, elle est au plus mal. « Elle était pliée en deux, elle avait très mal au ventre », rapporte Kévin Thorel. « Sa grand-mère a rappelé l'hôpital. Un membre du personnel est venu la chercher et l'a ramenée à pied. Ils lui ont donné un spasfon. Elle est allée se coucher et ne s'est jamais réveillée. Ils l'ont découverte à 8 h 45. »

    « Elle est toujours à se plaindre, mais si on l’écoutait on lui donnerait toujours des médicaments »

    (2)

    La famille est prévenue du décès. Mais quand elle arrive à l'hôpital, « ils avaient déjà enlevé le corps et nettoyé la chambre ». « À la morgue, nous n'avons pas pu la voir, car il y avait une demande d'autopsie. » Les membres de la famille sont également conviés au commissariat pour témoigner. « Pour moi, ils auraient dû le voir, il n'y a pas eu de surveillance correcte », souligne Kévin Thorel. Il insiste : « Nous voulons savoir ce qui s'est passé, par respect pour ma sœur. Et pour que cela n'arrive plus. »

    « Nous étions en période estivale »


    Interrogé sur cette affaire, le directeur de l'hôpital d'Abbeville, Hervé Ducrocquet, commente : « On ne peut que compatir à la douleur de la famille. Cette jeune femme venait tout juste d'avoir 18 ans, on comprend la surprise et la douleur de la famille (...) Il ne m'appartient pas à ce stade de me prononcer, car je n'ai pas d'éléments suffisants. On attend les résultats de l'enquête. Elle dira s'il y a eu manque de suivi. » Il défend toutefois l'intervention des services : « Elle était dans une chambre individuelle. Le nettoyage a été fait rapidement car les circonstances étaient particulières. Nous sommes dans un service psychiatrique, cela aurait pu provoquer un traumatisme chez les autres patients. Et nous étions en période estivale. »


Octobre 2013 - Ouverture d'une information judiciaire par le procureur




    A la suite de l'enquête préliminaire de police, le procureur décide de confier la plainte à un juge d'instruction. Il répond au Quotidien du Médecin « Ouvrir une information contre X pour homicide involontaire signifie qu’on estime qu’une faute a pu être commise ».


Sources :

25 octobre 2014 : où en sommes nous ?




    Silence total dans les médias. Pas de jugement, pas de condamnation. Va-t-on, comme dans l'affaire similaire du décès de Florence Edaine (3), faire durer une procédure pendant 10 ans pour protéger les personnels dont la faute est manifeste ?


Le droit de choisir son établissement de soins psychiatriques




La loi L.3212-1, spécifique au droit des personnes en matière de soins psychiatrique, stipule que vous êtes libre de choisir votre établissement et votre équipe de soins, y compris en dehors de votre "secteur". Malheureusement elle n'est pas respectée par les hôpitaux. Nous vous conseillons de la faire valoir : la jurisprudence a montré qu'il est pour cela nécessaire de justifier d'un suivi réel auprès des professionnels de votre choix.




Mélodie Thorel, décédée à 18 ans, faute de soins à l'hôpital psychiatrique d'Abbeville
Mélodie Thorel, décédée le 22 Aout 2013 faute de soins, à l'Hôpital Psychiatrique d'Abbeville.


Kevin Thorel, son frère ainé, veut savoir
Kevin Thorel, son frère ainé, veut savoir

(1) En réalité il ne s'agit pas d'une initiative de l'hôpital mais d'une obligation de signalement régie par le code de procédure pénale : "En cas de découverte d’un cadavre, qu’il s’agisse ou non d’une mort violente, mais si la cause en est inconnue ou suspecte, l’officier de police judiciaire qui en est avisé informe immédiatement le procureur de la République, se transporte sans délai sur les lieux et procède aux premières constatations." Code de Procédure Pénale Article 74.


(2) Propos du soignant rapportés par Kevin Thorel dans le "Journal d'Abbeville"


Hervé Ducroquet, directeur de l'hôpital Hervé Ducroquet, directeur : "Nous étions en période estivale"


(3) La procédure a duré de mars 2004 et n'est pas encore terminée à ce jour pour Florence Edaine. Voir notre article et notre appel à soutien pour le jugement en appel du 18 décembre 2014



Des avis contradictoires ou complémentaires peuvent nous être communiqués publiquement (bouton "répondre") ou par email, que nous publions uniquement s'ils sont émis par des personnes ayant été patient(e)s de ces lieux, en spécifiant bien la référence à cet article. Ils seront publiés en respectant l'anonymat si vous le demandez.

En diffusant ce type d'information, nous savons que l'on va penser que nous sommes mus par la révolte, la colère, ou même la méchanceté envers les structures ou les personnes. Ce n'est pas le cas, même si nous avons nous-même vécu ce que les témoins racontent. Nous voulons par ces descriptions, que l'on prenne plus de soin.
Que les personnes devant se rendre dans ces lieux soient vigilantes, 
Que les médecins prennent conscience des effets de certaines pratiques mécaniques, déshumanisantes, désocialisantes et finalement iatrogènes,
Que les personnes découvrant cet univers réfléchissent avant d'y conduire un proche. Et qu'elles restent, justement, très proches et vigilantes avant, pendant et après le séjour.

En diffusant aussi des descriptions de lieux de bientraitance, nous ne voulons pas simplement faire un effet de contraste : nous voulons montrer que c'est possible, ici et maintenant, et pour tous.

 Neptune.



Dernière édition par Neptune le 1/6/2018, 17:17, édité 3 fois

17 avril 2018 - Jugement pour homicide involontaire au Tribunal de Grande Instance d'Amiens




    Nous apprenons que l'instruction s'est achevée et a donné lieu à la comparution du Dr X, psychiatre en charge de Mélanie Thorel au moment de son décès, pour homicide involontaire et non assistance à personne en danger (4).

    A l'instar des médecins mis en examen dans l'affaire similaire du décès de Florence Edaine (3), le médecin a cherché à minimiser sa responsabilité, mais, cette fois-ci, sans tenter de l'imputer à d'autres. Devant le juge, il se reproche de s’être « focalisé sur la pratique psychiatrique  » au moment des faits, et parle d’une « erreur de bonne foi » : « Je ne peux pas ne pas me reprocher d’avoir été plus intelligent, plus intuitif ce jour-là ». Toutefois, en répondant aux questions des avocats Jérôme Crépin et Marc Blondet de la partie civile, il estime « ne pas avoir le sentiment d’avoir commis une faute ».  

    Le substitut du procureur a requis une peine de prison avec sursis à l’encontre du médecin, sans préciser le quantum. Les juges rendront leur décision le 15 mai.

    Source :


15 mai 2018 - le psychiatre est condamné pour homicide involontaire




    Nous prenons connaissance par la presse de la condamnation du psychiatre à 3 mois de prisons avec sursis, pour homicide involontaire.

    « La faute était indiscutable, le tribunal en a tiré les conséquences de droit », a commenté le jour même Me Jérôme Crépin, avocat de la maman de Mélodie. « Pour ma cliente, qui s’est battue pendant des mois pour être entendue, c’est une victoire symbolique mais très importante  », ajouta-il.

    Le psychiatre de l’hôpital dispose de dix jours pour interjeter appel.

    Source :

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Témoignages et avis sur l'hôpital psychiatrique d'Abbeville





Notre avis


    Alors que la constipation est un effet secondaire très connu de beaucoup de neuroleptiques ou antipsychotiques et que leur surveillance est abondamment rappelée dans les manuels pour éviter l'ileus ou "occlusion intestinale", nombre de praticiens en psychiatrie continuent manifestement de négliger ce signal d'alerte. En l'occurence, ceci est confirmé par un témoin qui vient de nous signaler des faits similaires, et s'étant produits à la même époque (ci après). Pire, l'été ou le dimanche, la personne se voit administrer un "Spasfon", ce qui équivaut à donner une aspirine à une personne souffrant d'une tumeur cérébrale. La personne qui se tord de douleur n'est pas écoutée, et elle est abandonnée dans sa chambre, sans surveillance. Malgré tous les beaux discours, elle ne compte pas : elle est "folle". Ce médecin et ce service hospitalier auraient-il eut la même attitude si leur épouse, leur fille ou un confrère avait présenté les mêmes symptômes ? Nous l'espérons pour eux.


Témoignage reçu ce jour d'une patiente de l'hôpital psychiatrique d'Abbeville en 2013




Bonjour, pour avoir était hospitalisé à cette période j’ai pu observé beaucoup de dérive dans le service de psychiatrie d’abbeville. J’ai aussi souffert de maux de ventre et me suis vu prescrire du Spafon je me souviens en avoir parler à mon mari que cela n’etait pas approprié (cela agit sur les symptômes et non la cause) ainsi qu’une autre patiente qui sans cesse réclamée de l’aide car plus d’une semaine sans aller à la selle..etc...

ainsi que toutes autres négligences

alors que pour mon suivi personnel, erreur de diagnostic et traitement sur dosé, j’essaye depuis plusieurs semaines de joindre le médecin qui me suivait, on prends plusieurs fois mon numéro, on me dit qu’il est occupé etc.. mais il ne m’en rapelle pas ..je rapelle le lendemain de cette affaire alors que le matin même je prends connaissance d’un article dans le journal mais je n’y est pas accès car pas abonnée et cela par hasard car un proche a pensé qu’il pouvait s’agir du même médecin justement que le mien et après recherche sur internet pour plus de précision, je découvre de cette affaire que cela s’est passé à la même période à laquelle j’etait hospitalisée et qu’il s’agit de Mélodie dont je me souviens et en voyant sa photo.


Nous avons bien entendu demandé à ce témoin de déposer son témoignage au juge d'instruction et au procureur, pour complément d'enquête.

Neptune


Plainte contre le service psychiatrie du Centre Hospitalier d'Abbeville (Somme) suite au décès de Mélodie Thorel - jugement TGI d'Amiens 2018
Le TGI d'Amiens, 17 avril 2018

(4) Selon la presse, la famille Thorel avait porté plainte pour "mise en danger de la vie d'autrui". Le procureur a, lui, retenu les qualifications d'homicide involontaire et de non assistance à personne en danger.


Règles relatives à la publication d'avis


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Dernière édition par Neptune le 1/6/2018, 17:17, édité 2 fois

Mise à jour du 16 mai 2018, suite à la condamnation du psychiatre à 3 mois de prison avec sursis pour homicide involontaire.

Sursis ou non il ne devrait plus exercer... c'est la moindre des choses

C'est l'hopital entier qui devrai prendre pour ce décès via Mme Mr le Directeur de l'établissement.

Message le 7/6/2018, 17:10  Seahliah

Bonjour ma soeur a passé une mauvaise période dans cet hôpital.
Ou serait-il possible de connaître le nom de ce médecin, j'aimerais en avoir le coeur net.

Neptune

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