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Statistiques du suicide en France : les chiffres manquants

Par Neptune 
le 07/08/2018

 

Statistiques sur le suicide en France : les chiffres manquants


Résumé


Nous avons analysé les différentes publications officielles sur les statistiques en France et décrivons  dans cet article notre démarche et nos premières conclusions : le suicide a effectivement diminué depuis 2003, mais dans des proportions très inférieures à celles annoncées par le gouvernement. Ce dernier ne publie plus de chiffres depuis 2015, à cause de nombreux dysfonctionnement découverts à postériori sur le système de qualification et de collecte. Nous soulevons d'autres sources d'erreurs, et publions des chiffres corrigés qui nous semblent plus vraisemblables.

Bien que nombre d'entre nous soient meurtris par le suicide, ou survivants d'une tentative, cet article n'a pas vocation à parler du suicide en termes psychologiques, médicaux, sociologiques, explicatifs, mais seulement statistique.

Neptune


I. Chiffres disponibles




Les derniers chiffres publiés par le Ministère de la Santé pour la France datent de 2014, et la baisse alors constatée a fait l'objet de multiples publications jusqu'à celle du 5 février 2018, reprenant les mêmes chiffres de 2014 et se félicitant d'une "baisse de 26 % depuis 2003", tout en observant que la France conserve "un des taux de suicide les plus élevés derrière les pays de l’Est, la Finlande et la Belgique".

Suicide - Ministere santé - Neptune
Extrait de la communication du Ministère de la Santé (1)

Depuis, l'Observatoire National du Suicide (ONS) créé justement en 2013 pour gérer le problème du suicide… ne publie plus aucun nouveau chiffre. Des dizaines de lourds rapports jusqu'à celui du 5 février 2018 ne sauraient cacher ce silence.

L'OCDE (2), qui publie les comparaisons européennes, est en panne : il lui manque pour 2015 les chiffres de très peu de pays, parmi lesquels le Costa Rica, la France et seulement 3 autres pays de l'union européenne qui en compte 28 (3). Pourtant les chiffres de 2015 sont présents pour la France dans la base de données de l'Union Européenne, Eurostat (4).

La raison pour laquelle la France ne communique plus ses chiffres à l'OCDE est inconnue ; la seule certitude est que l'ONS a confirmé que ceux de l'année 2014 et des années antérieures étaient inexacts.
Suicide :  statistiques de l'OCDE
Extrait des statistiques publiées par l'OCDE (3)

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Plus précisément, l'ONS reconnait que "Un certain nombre de suicides ne sont toutefois pas identifiés à partir de cette statistique nationale des décès : c’est le cas des personnes ayant fait l’objet d’un examen médico-légal dont la conclusion n’a pas été rapportée à l’Inserm (5) ou de celles dont l’origine de la mort violente est restée indéterminée ; cette sous-évaluation a été précédemment estimée à 10% pour les données nationales en 2006 (Aouba et al., 2011). Même si les principales conclusions concernant les caractéristiques démographiques et spatiales de la mortalité par suicide restent proches avant et après correction, la hausse du nombre de certificats de décès de cause inconnue, notamment à partir de 2011, sous-tend très probablement une sous-estimation plus marquée du nombre réel de décès par suicide en France à partir de cette date." (1)

De plus, les ARS (Agences Régionales de Santé) refusent parfois de communiquer les causes de décès. L'ONS déplore en effet que "Les causes de ce biais ne sont pas strictement constantes dans le temps. Aux cas de morts violentes sans précision sur l’intentionnalité de l’acte et l’absence de retour de certains instituts médico-légaux, se sont ajoutées plus récemment la moindre remontée des données de la partie confidentielle des certificats de décès contenant les causes par les agences régionales de santé vers le CépiDc-Inserm et une refonte du système de synchronisation des données avec l’Insee, toutes deux à l’origine d’une hausse du nombre de décès de cause inconnue, susceptibles de masquer un suicide".

En résumé, les chiffres déjà communiqués à l'OCDE, à Eurostat et à la presse, sont sous-estimés d'au moins 10% depuis 2006, et d'encore plus depuis 2011. De plus il y a visiblement un dysfonctionnement "récent" entre les ARS et les épidémiologistes de l'Inserm.

Mais cette information passe inaperçue, et la presse, reproduisant les brefs communiqués du Ministère, s'étonne et se félicite encore de la "baisse des suicides" et reprend à son compte le bémol rappelant que la France a toujours "l'un des plus forts taux de suicide d'Europe, après les pays de l'Est, la Finlande et la Belgique".

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Notes et références



(1) Suicide : 3e rapport, Ministère de la Santé, février 2018

(2) OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Économique, regroupant la plupart des pays occidentaux, et d'autres pays

(3) OCDE, Taux de Suicide des pays membres

(4) Eurostat : bases de données de l'Union Européenne - statistiques sur les suicides

(5) Inserm : Institut National Scientifique pour l'Enseignement et la Recherche Médicale. L'une de ses unités, le CépiDc, collecte les données sur les causes de décès dans des buts statistiques et épidémiologiques au niveau national.


II. Sources d'erreurs et erreurs avérées




Selon les chiffres officiels disponibles, donc jusqu'en 2014 inclus, le taux de suicide diminue globalement en France depuis le dernier pic de 1985 (22,5 suicides pour 100 000 habitants)  jusqu’en 2014 (14,9 suicides pour 100 000 habitants). La presse et le ministère de la santé, annoncent une diminution de 26% entre 2003 et 2014, ou d’autres chiffres tout aussi importants et surprenants (1)(6).

Ces chiffres devraient être établis avec plus de rigueur et assortis de précautions dans leur présentation, car ils correspondent d’une part à un drame sociétal et familial majeur, et à une mortalité très importante : entre 9000 et 12 000 personnes, selon les estimations « réussissent » leur suicide en France chaque année, soit 3 fois plus de décès que par des accidents de la route.

Ils sont en effet sous-évalués pour différentes raisons :

1. La source des données


    Les statistiques officielles sont celles de l’Observatoire National du Suicide (ONS) créé en 2013. Elles se basent sur les certificats médicaux de décès mentionnant explicitement le suicide « attesté » formellement par le médecin, ces certificats étant collectés par l’unité INSERM en charge de l’épidémiologie de tous les décès (7) ; selon l'ONS, si on tenait compte des certificats mentionnant une « très forte certitude », les chiffres seraient réévalués de 10% et, pour d'autres raisons, de "davantage depuis 2011" (voir le paragraphe précédent).

    L'ONS en reste là pour le moment. Nous avons de notre côté identifié 6 motifs supplémentaires de penser que les chiffres du suicide ont été sous-évalués.

2. La culture


    Dans certains pays ou certaines régions, la culture, notamment religieuse, tend à dissimuler la nature suicidaire du décès d’un proche (8). Le médecin de famille aura tendance à respecter le voeu de la famille de ne pas inscrire le suicide sur le certificat de décès.

3. L’incohérence entre le ratio hommes/femmes et suicides/tentatives de suicide.


    Les statistiques officielles font état de suicides accomplis bien plus importants chez les hommes que chez les femmes : 75 % d’hommes selon le Ministère de la Santé, alors que le ratio est différent lorsque l’on compte le nombre de tentatives de suicide : 65 % de femmes (9). L’explication généralement admise serait que les hommes utilisent des moyens plus radicaux que les femmes : en majorité la pendaison, l’arme à feu, tandis que les femmes utilisent l’IMV (Intoxication Médicamenteuse Volontaire), et que cette dernière peut assez souvent être « traitée » en urgence. Mais on s’arrête trop souvent, sans plus d’analyse, à cette explication, renforcée parfois par une appréciation consistant à affirmer que les femmes auraient davantage recours à de « vraies fausses TS » pour lancer un « appel à l’aide ». Ceci signifierait également qu’il y aurait des différences liées au sexe pour des actes aussi graves qu’une tentative de suicide, ou un suicide, ce qu’aucune recherche n’a établi formellement, mise à part ce constat statistique.

    Il est tout aussi plausible, et jamais évoqué, qu’en réalité le nombre de suicides accomplis pourrait être aussi élevé chez les femmes que chez les hommes, mais qu’une partie importante des décès n’ont pas été imputés à un suicide, ou l’ont été sans « certitude ».

    Les particularités des suicides par IMV, et qui sur le plan statistique les différencient de ceux par pendaison ou arme à feu, sont les suivantes :

    • Au domicile, l'erreur d’imputation à un suicide par IMV est possible en l’absence de trace extérieure visible du décès, sans faire d’analyses toxicologiques ou ne pas pouvoir les faire à temps, ou faire face au refus des proches pour une telle analyse et conclure soit à une « cause indéterminée », soit imputer le décès à un symptôme de l’IMV comme l’insuffisance respiratoire, ou toute autre mention autre que « suicide » ou même de  « très forte certitude de suicide »
    • Aux urgences, le dossier médical pourra être parfois erroné à l’admission, comme par exemple en cas d’ingestion concomitante de drogues ou d’alcool. Le motif d’admission « Tentative de suicide » ne sera pas noté, et le certificat de décès peut alors attribuer une autre cause.
    • En cas d’échec des soins et de décès plusieurs heures ou jours après l’admission, le médecin pourra également imputer le décès à une cause dite « secondaire ». C’est notamment le cas lorsque le décès a lieu suite à des complications survenant plus de 8 jours après l’intoxication.  


    Si l'on fait l'hypothèse selon laquelle le suicide accompli est aussi fréquent pour les femmes que pour les hommes, et que la différence constatée s'explique par les erreurs d'imputation ci-dessus dans les certificats médicaux, alors le nombre total de suicides en 2014 serait de 8885 x 75% (nombre de suicides masculins) x 2 = 13 328, soit 4 500 de plus.  

4. Les intoxications et accidents


    Très souvent, l’intention suicidaire n’est pas exprimée par une lettre aux proches. Des suicides par intoxication volontaire à l’aide de drogues ou de médicaments, des accidents de la route, des chutes, peuvent alors être interprétés et enregistrés respectivement comme des intoxications, des overdoses accidentelles, des accidents ou des chutes involontaires, et non comme des suicides.





(6) Article : « Le nombre de suicides continue de diminuer en France » Le Monde, 5/2/2018

(7) En France, l’Observatoire National du Suicide analyse les chiffres fournis par le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès de l’Inserm (CépiDc), lequel est supposé recueillir tous les certificats de décès.



(9) État des lieux du suicide en France, Ministère de la Santé, 2014.

5. Les disparitions


    Le Ministère de l’Intérieur signale en 2015 que sur environ 40 000 disparitions signalées chaque année, 10 000 personnes ne sont pas retrouvées (10). Un reportage de France Info citée estime qu’il y a eu 55 000 disparitions en 2010 et 66 000 en 2011 (11). La même source également estimé que 10 000 de ces disparus sont adultes. Les différentes sources s’accordent pour estimer qu’environ 80% des disparitions sont le fait de mineurs, que l’on retrouve « la plupart du temps ». Depuis 2013, il n’y a plus de procédure de recherche d’adultes majeurs disparus sauf si l’on justifie que la disparition est « inquiétante », ce qui est le cas d’environ 10 000 personnes selon le Ministère de l’Intérieur, et dont les deux tiers  sont estimées fragiles, dépressives ou « ayant un trouble psychique ». Un détective estime que 5000 à 6000 personnes ne sont jamais retrouvées. Il est bien sûr impossible d’attribuer ces disparitions totales à un suicide, ni de les exclure en totalité ; les statistiques sur le suicide ne tiennent donc pas compte d’un grand nombre de personnes qui disparaissent avant de se suicider ou pour se suicider, leur nombre étant inconnu.

6. Les enterrés sous X


    Lorsqu’un corps est retrouvé sur le territoire français et qu’il ne peut pas être identifié facilement, il n’y a que très rarement une recherche des causes du décès, et une identification par ADN (prévu pourtant par une loi de 2011) pour permettre de retrouver sa famille. La commune est autorisée à enterrer le corps « sous X ». Ceci concernerait 1000 à 2000 corps chaque année (12). À ce nombre il faut ajouter 800 personnes non identifiées et décédées à l’hôpital, mais il est supposé que dans ce dernier cas, la cause du décès est correctement déclarée.

7. Les biais de subjectivité


    Les statistiques sur les faits graves de société, notamment ceux qui ne sont pas maîtrisés, n’échappent pas aux pressions politiques visant à donner une image positive tant à l’intérieur qu’à l’international. L’incidence suicidaire fait  partie des récents indicateurs internationaux de qualité de vie d’un pays, tendant de plus en plus à compléter ou remplacer les indicateurs purement économiques. Il n’est donc pas absurde d’envisager que des mesures ou des pressions diverses puissent, à l’instar de celles concernant le chômage, provoquer des biais de mesure ou d’interprétation dans les statistiques ou dans la collecte d’information, y compris officielles.

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III. Méthodologie




Comment établir alors dans ces conditions une statistique fiable, sur suffisamment d'années pour pouvoir en dégager une tendance, et comparable aux chiffres de nos voisins Européens ?

- Si l'on retient comme critère de choix l'année la plus récente de disponibilité de chiffres en provenance de sources multiples, il s'agit de l'année 2014. Aucun chiffre plus récent n'est disponible en France, sauf, indirectement, par le biais des statistiques Eurostat de l'Union Européenne.  

- Si l'on en croit l'ONS et le Ministère de la Santé de France, pour 2014 il y eut 8885 suicides déclarés, ce qui rapporté à la population française de 2014 (66 316 000 habitants) donne un taux brut de 13,4 pour 100 000.

- L'OCDE publie un taux de 13,2 en mentionnant qu'il est "normalisé" pour permettre une comparaison internationale (13), et ce chiffre est issu du chiffre optimiste de 8885 fourni par la France.

- Dans le même temps, la France, à partir du chiffre de 8885, "standardise" elle aussi le taux, mais cette fois-ci  par rapport aux pays de l'Union Européenne (dont EUROSTAT est l'organisme statistique) auxquels sont ajoutés ceux de l'EFTA (14), un autre organisme international regroupant la Suisse, la Norvège et l'Islande. Ce qui aboutit pour le même nombre de 8885 à un taux de 14,9 pour 100 000 (15), différent du chiffre de l'OCDE. Ceci s'explique par des pyramides d'âge différentes entre les pays de l'OCDE, et ceux de L'Union Européenne et EFTA.

- Le chiffre de 14,9 pour 2014 est également repris par les spécialistes Christian Baudelot et Roger Establet dans leur ouvrage de référence, réédition 2018 (8). Ces auteurs, chercheurs et enseignants à l'ENS, au CNRS et en Université ont appliqué le même correcteur Eurostat+EFTA que l'administration française, mais ne comparent pas leurs chiffres avec ceux de nombreux autres pays.

- Enfin, la dernière source d'information est Eurostat, qui normalise pour 2014 le taux France à 14,13 (16). Comme c'est le seul qui puisse être comparé à celui d'autres pays européens, qu'il est intermédiaire entre celui publié par l'OCDE et celui de l'administration, il sera la base de nos calculs. Malheureusement Eurostat ne publie que pour 2014 et 2015.

Nous retenons donc comme base de départ le taux de 14,13 Eurostat pour 2014, qui correspond aussi aux 8885 suicides déclarés, et appliquons le rapport 14,13/14,9 aux taux de 2002 à 2014 publiés par Baudelot et Establet car ils sont cohérents avec les taux de l'administration. Ceci donne les taux Eurostat extrapolés sur 2002 à 2013, et la courbes des taux "Source officielle" (figure 1).

Les nombres de suicides déclarés sont calculés également en partant du nombre de 8885 publié pour 2014, en appliquant le taux précédemment obtenu, et en tenant compte de l'évolution démographique. Par exemple si 14,13 représente 8885 avec 66 millions d'habitants en 2014, 16,7 représente 8885 x 16,7/14,13 x 66/62 dans une population moindre de 62 millions d'habitants, soit 11260 personnes.

Comme ces chiffres sont, du  propre aveu de l'administration française, sous-estimés de 10% avant 2011 et de plus de 10% après 2011, nous appliquons la correction de 10% avant 2011 et de 20% après 2011 pour produire les courbes "Avec correction de l'ONS" (figures 2 et 3).  Nous appliquons ensuite sur cette seconde courbe une augmentation d'un maximum de 10% pour tenir compte des 6 autres sources de sous-estimations déterminées par nous dans le paragraphe précédent, et l'intitulons "Estimation vraisemblable" (figures 2 et 3).

Nous effectuons aussi des comparaisons européennes en comparant directement les taux Eurostat, ce qui reproduit le "classement" actuel au sein de l'UE puis nous fournissons le même classement en prenant en compte les deux estimations corrigées  par l'ONS, puis par Neptune.  

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IV. Résultats




1. Statistiques officielles


Taux et nombre de suicides 2002 2015 officielles et données Baudelot/Establet

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Figure 1 – Taux et nombre de suicides 2002 - 2015 (sources officielles et données Baudelot/Establet)


Analyse


Même en utilisant les chiffres de l'administration, la baisse n'est pas de 26 % comme l'administration l'annonce depuis 2014, mais de 15,3 % (en taux) et de 21 % (en nombre absolu). Le taux pour 100 000 habitants en données Eurostat est le plus pertinent indicateur, puisqu'il corrige l'effet d'augmentation de la population, et peut être comparé à celui d'autres pays européens dont la pyramide des âges est différente.

2. Statistiques corrigées


Nombre de suicides de suicides 2002 à 2015 chiffres corrigés

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Figure 2 - Nombre de suicides 2002- 2015 (sources officielles, puis correction de l'ONS, puis correction Neptune)

Taux de suicides de suicides 2002 à 2015 chiffres corrigés

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Figure 3 – Taux de suicides 2002 - 2015 - nombre pour 100 000 habitants - sources officielles, puis correction de l'ONS 10% à 20%, puis correction Neptune 10%.


Analyse


En appliquant la première correction ONS, la diminution du taux Eurostat n'est plus de 15,3 % mais de 7,6%, ce qui est encore plus éloigné des 26 % annoncés par le gouvernement.

La diminution de 7,6% est pessimiste, il est probable qu'une diminution autour de 10% (+- 3%) soit la meilleure approche des réalités. Lorsque le système de collecte aura été amélioré, et que les 6 incertitudes soulevées auront été prises en compte, au moins par des estimations, nous disposerons de statistiques officielles plus réalistes.

Il reste vrai que, même avec les corrections apportées par la présente étude, le taux de suicide a légèrement diminué en France, qui reste toutefois l'un des pays européens où le suicide est le plus préoccupant, comme nous allons le voir dans le paragraphe suivant. D'où l'intérêt de mieux l'analyser, et de mieux rechercher ses causes.

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V. Comparaison entre la France et les autres pays européens





1. Taux Eurostat - Union Européenne


Taux comparée suicide union européenne - Eurostat

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Figure 4 - Taux de suicide 2014 – comparaison européenne (sources officielles - Eurostat)

Analyse


Dans cette comparaison, on a retenu les taux Eurostat sans appliquer de correction pour sous-estimation, ne connaissant pas les sous-estimations probablement également faites pour les autres pays. Le taux de la France est légèrement plus faible que celui produit par l'ONS et le Ministère de la Santé (14,9) car il est ajusté sur la base Europe et non OCDE. De ce fait, la France reste moins suicidaire que les Pays de l'Est et la Belgique, mais est aussi légèrement moins suicidaire que l'Autriche. Les pays comparables à la France, hors pays méditerranéens, ont de bien plus faibles taux de suicide : Royaume-Uni, Norvège, Suède, Pays-Bas, Danemark.

Le phénomène supposé de forte suicidalité dans les pays du grand Nord est manifestement faux, mais nécessiterait une vision d'évolution historique et plus de chiffres pour confirmer cette hypothèse et en analyser les raisons. Par contre, à l'exception de la France, la faible suicidalité des pays très ensoleillés - ou de culture sociale et religieuse plus prononcée -  semble confirmée.

En appliquant le taux corrigé de 17,11 ou de 18,82 déterminés précédemment pour la France, celle-ci conserverait à peu près la même "mauvaise place", même en appliquant des correcteurs éventuels, si justifié, aux chiffres des autres pays.

Dans un article à paraître, nous analysons la corrélation entre les consommations historiques et comparatives d'antidépresseurs, et les taux de suicide dans les différents pays.

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(13) Base de données de l'OCDE sur le suicide

(14) EFTA : association de coopération économique concurrente de l'Union Européenne, et composée de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège et de la Suisse.

(15) Source: ONS, France, rapport 2018

(16) Eurostat - Causes of death - standardised death rate by residence

A nos lecteurs


Nous sommes réceptifs à toute remarque sur le présent article dans le but d'améliorer nos connaissances, et celles des nombreux lecteurs d'un tel sujet. Aussi, n'hésitez pas à "répondre" à ce sujet, ou à nous contacter pour nous signaler toute information utile, remarque, observation, que nous étudierons dans les meilleurs délais.

Dans un souci de transparence, nous donnons libre-accès à la feuille de calcul ayant permis de réaliser les graphiques publiés ici. Télécharger la feuille de calcul

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