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Franco Basaglia et le mouvement de la psychiatrie radicale en Italie, 1961-1978

Par Neptune 

le 01/06/2018 

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I - Franco Basaglia et le mouvement de la psychiatrie radicale en Italie, 1961-1978



par John Foot, Université de Bristol UK
Publié dans Critical and Radical Social Work, 1-8-2014
Traduction : Neptune, 2018
Texte original : télécharger
Remerciements à Rafaella Pocobello, coordinatrice de la mission Open Dialogue au Ministère de la Santé, Italie.


Résumé




Cet article donne une brève introduction sur la vie et l'œuvre du psychiatre radical italien et réformateur du système de santé mentale Franco Basaglia. Figure emblématique du mouvement démocratique de la psychiatrie, Basaglia est peu connu et souvent mal compris dans le monde anglophone (1). Cet article vise à remédier à cette lacune en soulignant le rôle significatif de Basaglia dans la lutte pour la désinstitutionalisation et pour les droits humains des personnes enfermées dans les asiles d'Italie au cours des années 1960 et 1970.

Biographie




Franco Basaglia est né dans une famille aisée de Venise en 1924. Il devint antifasciste lors de son adolescence, et fut un membre actif de la résistance pendant la guerre dans sa ville. En décembre 1944, il fut arrêté et passa six mois dans la sinistre prison Santa Maria Maggiore de Venise. Il en sortit à la libération de Venise en avril 1945. Il fut un temps membre du Parti Socialiste dans la période d'après-guerre, mais ne rejoignit jamais un autre parti politique.

En 1943, Basaglia s'inscrit à la prestigieuse et vénérable université de Padoue pour étudier la médecine et la chirurgie. Il dira plus tard qu'il avait choisi sa discipline au hasard. Néanmoins, il fut un étudiant brillant. Il obtint son diplôme en 1949 malgré les années de guerre et son séjour en prison, et passa la décennie suivante à étudier la philosophie et la psychiatrie.  Bien que travaillant dans une clinique psychiatrique, il était toujours davantage intéressé par les idées, et ses connaissances sur les aspects pratiques en santé mentale étaient relativement limitées. Il semblait que Basaglia était destiné à une carrière universitaire éblouissante. Mais, comme cela est courant en Italie, et jusqu'à aujourd'hui, l'institution l'a d'abord utilisé puis l'a rejeté. Il avait travaillé comme assistant d'un professeur émérite (Giambattisa Belloni) pendant toute la période de 1949 à 1961, sans qu'une véritable fonction ne se concrétise. En 1952, Basaglia se spécialisa dans le domaine des "maladies mentales et nerveuses" et en 1958 il obtint un doctorat dans ce domaine. Mais on lui signifia finalement, sans qu'aucun doute ne soit permis, qu'il ne lui serait jamais permis de progresser dans le milieu universitaire. Il était probablement trop tranchant, trop peu orthodoxe, trop original, pas assez servile, et on lui conseilla de regarder ailleurs pour sa carrière. Puis, en 1961, une opportunité s'offrit dans la ville de Gorizia, à la frontière entre l'Italie et la Yougoslavie (aujourd'hui la Slovénie). Le poste était celui de Directeur de l'asile provincial de Gorizia, qui avait environ 500 patients (2). C'était un asile semblable à de nombreux autres en Italie (et, de fait, en Europe). Travailler dans un asile était perçu comme le pire des jobs pour les psychiatres à l'époque – le signe d'une carrière ratée. Gorizia, de plus, était géographiquement isolé à plusieurs égards. Néanmoins, Basaglia semblait ne pas avoir beaucoup d'alternatives. Il prit le poste.

Basaglia n'était pas un "outsider", ni un solitaire. Il avait des amis en haut lieu et il savait comment construire des alliances et travailler avec les détenteurs du pouvoir. Il tendait aussi à travailler dans les institutions, et après Padoue il pourrait enfin exercer dans des fonctions d'autorité comme il l'entendait. De plus, les idées philosophiques et politiques qu'il avait développées à Padoue étaient essentielles à son approche de gestion d'un asile après 1961. Sa vie et sa carrière sera marquée par des ruptures radicales et de fortes continuités.

Basaglia fut directeur de l'asile de Gorizia de 1961 à 1970, même s'il quitta cette fonction fin 1968. De 1970 à 1971 il fut directeur d'un grand asile à proximité de Parme, dans une petite ville du nom de Colorno. En 1971, il prit les mêmes responsabilités à Trieste, qui, comme Gorizia, est une ville frontalière de la Yougoslavie. Basaglia resta directeur de l'asile de Trieste jusqu'en 1979. Cette année, il prit la direction des services de santé mentale de la province de Lazio, et fut basé à Rome. Toutefois, il était déjà malade et il mourut en 1980 d'une tumeur au cerveau à seulement 56 ans. Son épouse, Franca Ongaro, était à ses côtés (ils écrivirent ensemble nombre de ses livres, comme co-auteurs), en particulier pendant la période de Gorizia. Après le décès de son époux, elle fit campagne pour la mise en oeuvre de la loi appelée "Loi Basaglia", la loi 180 qui fut votée en 1978. Cette loi restructurait les services de soin en santé mentale, et appelait à la fermeture des hôpitaux psychiatriques. Ce processus devait prendre 20 ans à s'appliquer.

Grand, charismatique et au physique agréable, Basaglia avait quelque chose d'un "workaholic" (3). Michele Risso (Risso était un psychanalyste et participant du mouvement psychiatrique radical à l'époque, ainsi qu'ami de Basaglia)  le comparait à un "gros chat". Une fois qu'il avait le pouvoir, il combattait durement pour obtenir gain de cause, et pouvait se montrer intolérant à l'égard des contestataires. Il adorait parler et argumenter. Parfois, il pouvait agir de manière autoritaire et était obstiné, mais il travaillait aussi collectivement et savait l'importance de construire une équipe. Basaglia était ambitieux et aimait la célébrité et l'autorité, mais était totalement désintéressé financièrement.

Il se levait tôt et travaillait jusque très tard, fumant cigarette sur cigarette, buvant du Coca Cola et parfois des verres de whisky. Presque tous ses écrits (après Padoue, en particulier) étaient réalisés par et avec son épouse.

Beaucoup ont été séduits par la personnalité et l'intelligence de Basaglia (y compris ceux qui ne l'on jamais rencontré). Il était charismatique et charmeur, et il inspira amour et admiration, mais aussi crainte, jalousie et parfois la haine. Il devint un héros pour beaucoup, mais aussi un anti-héros pour ceux qui s'opposaient aux mouvements liés à 1968 (ainsi que pour certaines des figures de 1968). En 1968, il devint du jour au lendemain le symbole de l'époque, une "marque" populaire. Une loi fondamentale prit ensuite son nom, honneur rare en Italie, en particulier pour un non-politicien (4). Il était perçu comme un "homme bon" mais aussi critiqué pour ce qui était vu comme une extrême irresponsabilité. Il avait une forte empathie pour ses patients, mais certains lui ont reproché de les abandonner à leur sort. Il adorait parler, et discuter de tout, mais il pouvait aussi être intolérant et par moments même un peu autoritaire. Son épouse était parfois désordonnée, mais il n'a jamais manqué un rendez-vous. Le travail était au centre de sa vie. Il s'est totalement consacré, pendant presque 20 ans, au "combat", et paya un prix élevé pour son engagement. Des épithètes divers lui ont été attribués au cours du temps, certains liés à ses origines bourgeoises et vénitiennes : "leader naturel", "aristocrate", "patrizio" (noble). Ces qualificatifs étaient utilisés, principalement, par ceux qui ne le connaissaient pas.

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(1) Note du traducteur : également dans le monde francophone, d'où notre choix


Basaglia - villes - italie

(2) Note de l'auteur : les termes de 'patient', 'maladie mentale', 'malade mental' sont utilisés dans cet article pour refléter le vocabulaire dominant à l'époque de Basaglia.


Franco Basaglia

Franco Basaglia, 1924-1980
Source : www.francobasiglia.org


(3) Note du traducteur : : le terme "workaholic" désigne la notion d'addiction au travail, et n'a pas de traduction française fidèle.

(4) Note de l'auteur : en réalité l'assimilation de cette loi à un seul homme fut une erreur historique, car elle réduisait la force et la diversité du mouvement qui a abouti à la réforme. Récemment il est devenu pratique courante au parlement italien de nommer des lois impopulaires par le nom de leurs promoteurs.

Concepts essentiels et pratique




Gorizia, 1961-69


La fonction de directeur de l'asile de Gorizia était particulièrement dénuée d'avenir, et risquée. Elle était politiquement et géographiquement isolée, dans un secteur du système psychiatrique qui n'allait nulle part. La famille entière de Basaglia serait déracinée et il serait responsable d'un lieu qui le rendait physiquement malade. La seule motivation pour prendre cette charge était d'essayer de transformer l'ensemble du système à partir de sa périphérie, de ses frontières extrêmes. Il n'aurait pas pu simplement gérer les choses à la manière traditionnelle, comme le faisaient la plupart des directeurs d'asile à l'époque en Italie. Mais il n'y avait pas de plan clair au départ, à part le désir de changer les choses. L'avantage d'être dans un job d'impasse, au milieu de nulle part, est que personne n'attendait rien de lui. Il avait une espèce de liberté étrange qu'il n'aurait pas eue n'importe où ailleurs. Cela aurait pris des années à la plupart des habitants de Gorizia de remarquer ce qui se produisait près de chez eux, abandonnés qu'ils étaient du reste de l'Italie.

En tant que directeur à Gorizia, Basaglia fut rapidement convaincu que le système asilaire en entier était en faillite morale. Il ne voyait aucun bienfait médical dans la manière dont les patients étaient "traités" dans ces institutions. Au contraire, il devint convaincu que certains des comportements excentriques ou perturbants des patients avaient été créés ou exacerbés par les institutions elles-mêmes. Bien qu'étant officiellement des hôpitaux, ces endroits étaient très similaires à des prisons, en termes d'architecture et de fonctionnement. Leur objectif était principalement ce que Foucault (1991) décrivait comme "discipline et punition".

Ces convictions étaient renforcées et aiguisées par les textes que Basaglia rencontra au début des années 1960, en particulier ceux d'Erving Goffman, Frantz Fanon et Michel Foucault. "Asiles : essais sur les situations sociales des patients en santé mentale et autres considérations" de Goffman (1961) montrait le travail pervers de ce qu'il nommait 'institutions totalitaires', une expression qui allait bientôt devenir partie intégrante du vocabulaire Basaglien (5). Foucault (1961), pendant ce temps, offrait une vision philosophique et historique sur le travail des asiles et une approche théorique et méthodologique à l'étude de la folie (Folie et civilisation : une histoire de la folie à l'époque classique) et de la contention de la déviance (6). Ces livres furent premièrement édités en 1961, l'année où Basaglia partit pour Gorizia. Ils circulèrent en anglais (et en français) avant d'être traduits en italien (pour Goffman, par Franca Ongaro) dans les années 1960.

Inspiré par ces écrits, Basaglia mit en pratique à Gorizia une série de réformes radicales qui, en 1968, firent de son hôpital un QG d'activistes et l'un des hauts lieux du mouvement étudiant. Ces réformes et changements commencèrent par l'amélioration des conditions pour les patients – la fin de la contention, la diminution des traitements électrochocs, l'ouverture des services, et la destruction des murs de clôture. Mais au cours du temps, Basaglia introduit d'autres changements radicaux et mis sur pied une équipe de psychiatres de la même sensibilité à Gorizia. Des réunions générales (impliquant les patients de tout l'hôpital) commencèrent en 1965. Elles devinrent l'aspect le plus populaire et spectaculaire de l'expérience de Gorizia. L'allié intellectuel et personnel le plus solide était son épouse, Franca Ongaro. Elle était de toutes les luttes à Gorizia.

Tandis que les idées de Basaglia étaient toujours liées à la pratique du changement, elles étaient inspirées d'un mélange de textes et de théories. La base de son travail réside dans la philosophie existentielle – en particulier le travail de Jean-Paul Sartre. Il croyait au fait d'essayer de comprendre les patients malades mentaux en construisant une relation avec eux, et en mettant entre parenthèse le diagnostic qui empêchait que se crée une relation authentique. Comme Goffman, Basaglia élabora à partir des écrits de Primo Levi, et le travail qui circulait à l'époque au sein de la phénoménologie – Binswanger, Husserl, Minkowski. Il était aussi influencé par les théoriciens à la tête de ce qui devint connu sous le nom de mouvement d'"antispsychiatrie" – David Cooper, RD Laing, Thomas Szasz. A côté de Foucault et Fanon, Basaglia lut le travail de psychiatres français comme Lucien Bonnafé. Basaglia et son épouse furent les instruments de l'arrivée de ces textes pour le public italien - en particulier Cooper, Goffman et Laing. Franca Orongo elle-même traduisit Asiles de Goffman, et Basaglia recommenda nombre de ces textes à la publication en Italie à la fin des années 1960 et au début des années 1970.

A la suite de Goffman, Basaglia réalisa que les personnes dans l'"institution totalitaire" étaient réduites à des "non-personnes", ou "hommes creux". En complément, Basaglia apporta à cela une analyse sociale du système asilaire. Il considéra les internés comme "les exclus" et une "majorité déviante" qui avait été internée sous contrainte et broyée par le système, bien que sa critique sociale de l'asile soit souvent décrite crûment (Basaglia divisait les gens en riches et pauvres).

Basaglia étudia aussi les idées et pratiques liées aux psychiatres radicaux qui travaillaient en France, en Allemagne et au Royaume-Uni. Il voyagea beaucoup. Il fut influencé par les communautés thérapeutiques qu'il avait vues ou sur lesquelles il avait lu de première main, et en premier lieu à travers le travail de Maxwell Jones à Dingleton en Écosse (un lieu visité par Basaglia et son épouse, ainsi que par d'autres membres de l'équipe), et des expériences françaises en psychothérapie institutionnelle. Basaglia n'a pas seulement lu, mais a aussi discuté des idées avec les figures de l'antipsychiatrie comme Cooper, Foucault, Laing et Szasz.

Un "Modèle Basaglia" distinct et spécifique commença à émerger à Gorizia, comprenant les études philosophiques et la recherche dans la manière dont fonctionnaient réellement les hôpitaux psychiatriques. Deux ouvrages collectifs furent produits par l'équipe de Gorizia – Che cos'e la psichiatria ? (Qu'est-ce que la psychiatrie?) (Basaglia, 1967), et L'istituzione negata (L'institution niée) (Basaglia, 1968). Le dernier fut traduit dans le monde entier (mais pas en anglais) et devint un best-seller en Italie. Certains l'érigent en "bible" de 1968. Les deux livres étaient des textes hybrides, contenant des réflexions théoriques et des comptes-rendus pratiques de changements à Gorizia, ainsi que des interviews de patients et des transcriptions d'assemblées de patients. Ces livres collectifs soulignaient l'idée de l'"institution niée" par lesquelles des pratiques radicales dans ces "institutions totalitaires" pouvaient renverser les structures de pouvoir en place dans ces lieux, et exposer les contradictions au sein du système et de la société entière. De plus, ces livres comprenaient des descriptions fortes des conditions dans les asiles à l'époque, ainsi que les structures basées sur les classes sociales de système de santé dans son ensemble. Pour finir, Basaglia et son équipe eurent la prudence de souligne les dangers de ces "institutions niées". Les communautés thérapeutiques pouvaient facilement créer des illusions. Elles ne pouvaient résoudre les problèmes de société à elles seules. Le changement social était nécessaire autant qu'une réforme radicale. De plus en plus, vers la fin des années 1960, le discours devint révolutionnaire. Les slogans maoïstes pénétrèrent aussi le mouvement – bien que ceci n'aille pas plus loin qu'une série de phrases et de l'idée patente de renverser l'autorité et le pouvoir.

En résumé, les trois axes de la pensée de Basaglia allaient prendre forme dans les 20 années qui suivirent : anti-institutionnalisme, analyse sociale et une critique sévère de l'établissement médical. Mais elles étaient toutes présentes, sous forme naissante, dès le départ.

Après Gorizia, Basaglia pris en charge pendant une brève période l'asile de Colorno (Parme), et passa six mois à New York où il travailla dans un hôpital psychiatrique à Brooklyn. En 1971, on lui proposa le poste de directeur de l'asile de Trieste.

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La fin de l'asile : Trieste 1971-79


A Trieste il n'y a plus d'hôpital psychiatrique. En janvier 1977, Basaglia organisa une conférence de presse en ville. C'était une simple annonce. L'hôpital psychiatrique San Giovanni, le grand asile de la ville, serait fermé avant la fin de l'année. Cela ne s'est pas fait si vite, mais l'hôpital cessa d'accueillir des patients en 1980, et bientôt il y eut si peu de patients dans le complexe que le nom d'"hôpital"  ne correspondait plus à la réalité. Après seulement six années de direction, Basaglia avait accompli l'impossible. L'institution n'était plus seulement "niée", elle avait été effacée. Le mouvement Basaglien atteint son apogée et réalisé cet évènement mémorable et célèbre à Trieste au cours des années 1970 et ensuite. L'hôpital psychiatrique San Giovanni peut se vanter d'être le premier asile du monde à fermer pour des raisons politiques – parce que ceux qui le faisaient fonctionner ont pensé qu'il était un lieu abominable, un cap de concentration. Les évènements de Trieste ont aussi abouti à une loi nationale – la Loi 180 – "Loi Basaglia" qui appelait à la fermeture de tous les asiles italiens. Mais comment cette révolution s'est-elle produite et quel est son héritage ?

Les étapes de la fermeture


Trieste n'était pas Gorizia, et 1971 n'était pas 1961. Un vaste mouvement se déroulait dans le monde et l'"anti-psychiatrie" était un des fondements de son idéologie. Une fois en poste à Trieste, Basaglia et son équipe avancèrent très rapidement. Le plan était simple : fermer l'hôpital, par une décision d'en haut, et rapidement. Tout semblait possible. L'utopie Gorizienne devait devenir une réalité concrète à Trieste. On aurait dit que la machine était lancée à grande vitesse et que rien ne pouvait l'arrêter.

Les contradictions inhérentes au projet Basaglia – un groupe de personnes en charge d'une institution ne croyaient pas à sa légitimité, beaucoup d'entre eux la comparant à un camp de concentration nazi – devaient être levées. Cette fois, les médecins ne laisseraient pas l'institution intacte. La résolution de la contradiction se ferait en un autre lieu à Trieste, avec la fin de l'institution elle-même. L'institution ne devait pas être niée. Elle devait être éliminée, définitivement.

Basaglia avança vite. Entre 1971 et 1974, l'asile connut la plupart des changements qui avaient pris le double du temps à Gorizia. On rendit leurs droits humains élémentaires aux patients, et les services s'ouvrirent. Les séparations rigides hommes/femmes dans l'asile prirent fin (menant à une série de "paniques morales" sur l'"intimité" entre les patients). Certaines étapes étaient nouvelles. L'hôpital fut divisé en deux secteurs (correspondant à des quartiers de la ville ou subdivisions provinciales) en vue de sa fermeture, une idée empruntée aux réformateurs français.

Des coopératives furent aussi mises en place. C'était une autre nouvelle tactique, et ceci permettait aux patients de retrouver directement le monde du travail. Les coopératives seront largement utilisées en Italie pour "réintégrer" les patients en santé mentale dans la société, dans les années 1970, 1980 et 1990. De telles réformes de "sectorisation" permirent à l'asile lui-même de survivre, alors que Basaglia revendiquait la destruction des asiles. Toutefois, cette utilisation "tactique" de la sectorisation montrait que Basaglia était intéressé d'abord par les changements concrets et n'était pas dogmatique. Il entendait bien emprunter des idées en provenance de sources variées à partir du moment où elles fonctionnaient.

Cette période vit aussi la création d'une importante équipe à plusieurs niveaux, qui tenait des meetings mais aussi des actions plus spectaculaires de la stratégie créatrice, comme du théatre de rue. Ces actions n'étaient pas des grands meetings réunissant tout l'hôpital, mais des rencontres plus restreintes et orientées vers la politique et la stratégie. Il y avait aussi régulièrement des réunions de service auxquelles tout le monde était invité, parfois sur un rythme quotidien.

Cette époque était accompagnée des évènements politiques liés aux pratiques de 1968, comme des occupations (de structures municipales abandonnées), et l'évacuation de centres administratifs régionaux dans différents lieux de la ville, et au sein de l'hôpital de la ville. Pendant les années 1970, les locaux de l'hôpital psychiatrique de Trieste furent transformés en espace expérimental, accueillant des projets artistiques et théatraux, des expositions, conférences, concerts, de nombreux débats et meetings et des congrès internationaux. Militants, étudiants, intellectuels et praticiens affluaient à Trieste. Ce fut une période extraordinairement fertile.

Pendant que dans certains sites les institutions étaient remplacées par d'autres formes alternatives d'institutions (un procédé qui prit plusieurs appellations comme le désinstitutionnalisme et l'anti-institutionnalisme), Trieste était l'un des endroits où 1968 était mis en pratique. Les slogans qui étaient lancés dans l'hôpital étaient ceux du mouvement "la liberta e terapeutica" (la liberté est thérapeutique) ou "la verita e rivoluzionaria" (la vérité est révolutionnaire).

L'hébergement communautaire fut aussi mis en place, au départ dans le complexe hospitalier lui-même, puisque les services étaient ouverts et sans activité. L'expérience de Trieste mobilisa des milliers de gens. Des liens s'établirent avec la ville, et renforcés par les étudiants activistes dans toute l'Italie, et à l'international. Des volontaires commencèrent à arriver en espérant travailler sur le site, certains venant d'universités et écoles locales, d'autres de l'étranger, ainsi que des psychiatres et des experts médicaux séduits par la pensée Basaglienne. Comme le disait un visiteur : "Tout le monde venait à Trieste" (Crossley, 2006:3877). Pour Crossley (2006:3922): "Trieste exerçait un attraction magnétique pour les psychiatres radicaux, et les mettait en mouvement."

Comme à Gorizia et ailleurs, la désinstitutionnalisation autoproclamée de l'asile de Trieste dans les années 1970 était une lutte permanente :
  • contre l'autorité judiciaire;
  • contre l'opinion publique;
  • contre la presse locale (qui était extrêmement hostile à Basaglia et à son équipe);
  • face à l'opposition politique organisée (le parti néo-fasciste était très puissant à Trieste).

Toutefois, le soutien politique émanait de la majorité de la province. Le leader emblématique, Michele Zanetti, essuya l'essentiel des violentes critiques liées à ces réformes. Ceci permit à Basaglia et à son équipe de rester relativement à l'écart des interférences permanentes qu'ils avaient eu à subir (de manières différentes) à Gorizia et à Parme.

Il y avait aussi en permanence des débats politiques internes, qui devinrent de plus en plus intenses  avec la fin des années 1970. Trieste connut un "incident" largement médiatisé en 1972 (en réalité, il y eut une série d'incidents, mais seul l'un d'eux attira l'attention des médias nationaux). Un patient, le jour de sa sortie avait assassiné sa femme à Gorizia en septembre 1968 (évènement souvent décrit comme un "incident"), et cela avait provoqué une crise dans le projet Basaglien. En 1972, un ancien patient tua ses parents à Trieste. Ce second "incident" eut moins de conséquences du fait que l'équipe de Trieste était bien mieux préparée à gérer les conséquences judiciaires et politiques qui suivirent. Néanmoins, ces incidents montraient le risque que Basaglia et son équipe prenaient. Ils assumèrent l'entière responsabilité pour ce qui s'était passé, mais argumentèrent (pour les deux incidents), que le véritable problème résidait dans le système lui-même.

Basaglia et Zanetti remplirent l'hôpital de Trieste de médecins, volontaires, psychologues, sociologues, militants, artistes et musiciens, et le vidèrent de patients. Le nombre incroyable de 122 personnes furent recrutées pour travailler dans l'asile sous la direction de Basaglia. A Gorizia, il y avait eu seulement six médecins. Les ex-patients se voyaient offrir des revenus et l'hébergement. D'autres patients étaient "volontaires" qu'ils n'auraient jamais été sous le régime précédent de "rétablissement forcé". Certains étaient des patients privés. Paradoxalement, plus le nombre de patients diminuait, plus le nombre d'"operatori" (travailleurs) augmentait en masse. A la fin, il y avait plus d'operatori que de patients.

Basaglia fut le leader incontesté de toute cette expérience. Il était également devenu plus que le  leader isolé qu'il avait été dans le passé. Bien que Franca Orongo soit souvent présente à Trieste, elle était basée à Venise pendant cette période. Son rôle à Gorizia était bien plus central qu'au cours des années 1970. Le couple travaillait toujours sur une série de livres et de projets, mais Basaglia collaborait aussi avec d'autres. A Gorizia, la famille Basaglia avait été partie intégrante de l'expérience. A Trieste, le protagoniste et leader incontesté était Franco Basaglia.

Trieste : histoire et mémoire


Vers la fin des années 1970, et dans les années 1980 et 1990, Trieste devint le phare du changement. C'était le symbole de ce qui pouvait être fait, du radicalisme en général, d'une révolution sociale, culturelle et médicale. Plus que Gorizia, Trieste devint une "utopie concrète", un lieu où l'on pouvait toucher, expérimenter et voir de ses propres yeux le changement. Basaglia présidait tout ceci avec aussi l'appui son expérience de Gorizia et de Parme. Il n'était pas intéressé par la création d'une nouvelle "cage dorée", ou d'une communauté thérapeutique semblable à celle de Maxwell-Jones. Tout cela était superflu, une perte de temps. Le travail essentiel devait se passer en dehors de l'asile, dans la ville de Trieste et dans la province. Le temps était venu non seulement d'abattre les murs, mais aussi de construire quelque chose d'entièrement nouveau, une alternative à l'hôpital psychiatrique. On ne perdait pas de temps dans les conflits internes avec des médecins, infirmières ou administrateurs hostiles. Les choses évoluaient avec force dans la direction voulue par les Basagliens. Ils avaient, littéralement, pris en main l'après-asile.

Les assemblées générales tenues à Gorizia furent abandonnées et remplacées par des réunions quotidiennes de l'équipe dirigeante dans lesquelles on décidait de la stratégie. Bien plus qu'à Gorizia, la stratégie employée à Trieste visait l'extérieur des murs de l'asile. La force vive entière du "mouvement" était employée à galvaniser l'opinion publique et, dans une stratégie médiatique sophistiquée, s'alliait avec des artistes, directeurs de théatre, musiciens, producteurs de cinéma et autres. Trieste devint un phare de la Gauche pour l'Europe et au-delà. Par exemple, nombre d'activistes du mouvement anti-psychiatrique SPK (Collectif des Patients Socialistes) d'Heidelberg en Allemagne, qui avait été dissout par les autorités, vinrent à travailler à Trieste. Certains y sont encore présents aujourd'hui. (Il n'est pas dans mon intention de développer sur le mouvement d'Heidelberg ici, ou du rôle de ses militants à Trieste ; pour une description du SPK, voir SPK, 1993).

Quand Basaglia devint directeur à Trieste en 1971, il y avait 1182 patients dans l'hôpital psychiatrique, dont 90% étaient arrivés là contre leur gré et en vertu de des dispositions de la loi de 1904, (cette loi régissait le système des hôpitaux psychiatriques en Italie jusqu'aux réformes des années 1960 et 1970) tandis que les patients volontaires étaient arrivés sous le régime de la loi de 1968. Début 1977, seulement 51 patients dans l'hôpital étaient sous le régime d'internement forcé, mais il y avait encore beaucoup de personnes avec le statut d'"hôte" (433) ou de "volontaire" (81).

En août 1980, neuf années après l'arrivée de Basaglia, l'asile de Trieste ferma définitivement (pour un autre article vu de l'intérieur, voir Dell'Acqua, 1995:151-5).

Aujourd'hui, Trieste n'a pas d'hôpital psychiatrique et l'Italie elle-même est sans asiles. San Giovanni est utilisé comme parc, héberge une école, une partie de l'université, différents services de santé, des coopératives et un bar. C'est un endroit beau et paisible, partie intégrante de la cité. C'est à lui seul un héritage durable du mouvement qui commença de manière presque totalement isolée en 1961 à Gorizia.

L'hôpital de Trieste n'a pas seulement été fermé rapidement; toute sa raison d'être a été effacée, de par sa vocation de séparation, d'exclusion et de silence. La période de fermeture fut bruyante et joyeuse, impossible à ignorer. D'une institution totalitaire, construite sur son système rigide de règles, sur la violence et l'idée d'un univers clos, l'asile de Trieste devint d'abord un lieu ouvert et créatif, un lieu où la liberté et le débat était plus répandus que dans le monde extérieur, un modèle de changement. C'était devenu un anti-asile. C'est aujourd'hui encore autre chose, un ex-asile.

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Basaglia à Gorizia
Basaglia à l'époque de Gorizia


(5) Le travail de Goffman est présent dans le premier ouvrage collectif issu de Gorizia – Basaglia (1967), et se reconnaît dans le second ouvrage collectif de Basaglia (1968). Franca Ongaro traduisit Asiles de Goffman pour Einaudi et le livre parût dans la même collection que Basaglia (1968) seulement trois mois après le livre de Gorizia, préfacé par Franco et Franca Basaglia (Goffman, 1968). Pour Goffman et Basaglia, voir d'Alessandro (2008).


Basaglia à Gorizia
Basaglia avec des patients, Gorizia, 1960


(6) Des extraits de ce livre ont été lus en italien par l'équipe de Gorizia. L'éditeur milanais Rizzoli a d'abord traduit et publié l'ouvrage en italien en 1963 : Foucault (1963). Basaglia a aussi lu l'introduction de Foucault à la traduction française de Traum und Existenz de Ludwig Binswanger (Foucault, 1954) dans les années 1950, d'après Pirella (1998). Pour Basaglia et Foucault, voir Di Vittorio (1999). Babini (2009:245) défend l'idée que Histoire de la folie est devenu 'alla fine degli anni sessanta un testo sacro' (à la fin des années 1960, un texte sacré). En 1969, Ainaudi publia Nascita della clinica (Naissance de la clinique) de Foucault (1969).


Trieste San Giovanni Hôpital Psychiatrique reconverti
L'hôpital psychiatrique San Giovanni de Trieste, aujourd'hui reconverti en parc


Débats et critiques : une traduction manquante dans le monde anglophone ?




L'histoire, la biographie et la pratique de Franco Basaglia et du mouvement de la psichiatria democratica (psychiatrie démocratique) qu'il mena en partie et inspira, ont, à quelques exceptions près, été régulièrement déformées dans l'univers anglophone (et en particulier au Royaume-Uni, bien que l'exception soit Ramon, 1988). Prenons par exemple, les avis de deux des principaux historiens de la "folie" et des "asiles". En 2002, Roy Porter écrivait : "En Italie, le leadership du mouvement était le psychiatre Franco Basaglia, qui contribua à mettre en œuvre la fermeture rapide des institutions (ce qui a conduit au chaos)" (Porter, 2002:210)  . En 1994, Porter référença Basaglia comme "Enrico Basaglia" et le catalogua d'"anti-psychiatrique tapageur" (Porter et Micale, 1994:20). Le jugement d'Andrew Scull sur Basaglia fut tout aussi bref, en 2011 : "En Italie, mené par le charismatique Franco Bassaglia [sic], la gauche politique mena la charge"   (Scull, 2011:113). Un récit plus nuancé et mieux informé (bien que comportant quelques erreurs) peut être lu chez Burns (2013:xlvi, 148-9,183). Toutefois, même là, Basaglia est décrit comme un "Marxiste-Gramscianiste" (9).

Ces jugements hâtifs et peu nuancés ont pour cause une série de choses. Premièrement, le travail de Basaglia n'avait pas été traduit en anglais, et en particulier (et le plus important) L'istituzione negata (Basaglia, 1968). Ce livre a pourtant été traduit très tôt et diffusé dans nombre d'autres langues. Il n'y a pas d'explication convaincante à cette "non-traduction", bien qu'il circule diverses explications (certains prétendent que Laing en personne a bloqué la traduction, mais je n'ai pas trouvé de preuve à l'appui de cette affirmation ; www.janushead.org/4-1/jenner.cfm). La non-traduction de L'istituzione negata est devenue quelque peu problématique pour les ex-membres de l'équipe et, peut-être en particulier, pour Basaglia. Ils voulaient avoir une influence dans le monde anglophone, un monde qui avait été une inspiration pour eux et pour leur pratique.

Les autres écrits de Basaglia et ceux de son équipe ont été traduits en anglais seulement de manière partielle et habituellement difficile à trouver, dans des publications très académiques, et souvent longtemps après les évènements décrits dans ces livres. Il y a une collection d'études de ses écrits éditée par Scheper-Hugues et Lovell depuis 1987, et un article court et abondamment commenté (Basaglia, 1981)  apparut dans Critical Psychiatry d'Ingleby (1981). Toutefois, l'absence de traduction de L'istituzione negata était particulièrement problématique. Premièrement, c'était le texte central du mouvement, et il eut de l'influence en France et en Allemagne. Les lecteurs anglophones n'eurent jamais la possibilité de le lire. Deuxièmement, Basaglia fut l'objet d'une série d'études extrêmement hostiles mais influentes en anglais dans les années 1980 dans le sillage de la "Loi Basaglia" et des débats au Royaume-Uni sur la question de la fermeture des asiles, tout comme la violente réaction contre l'"anti-psychiatrie" (Jones et Poletti, 1984, 1985). Ces articles menaient directement à des commentaires critiques sur Basaglia et la "Loi Basaglia" dans des ouvrages importants sur les réformes psychiatriques et la signification de la maladie mentale, en particulier à la lumière des tentatives de reprendre du terrain à Laing et au mouvement anti-psychiatrique.

Un exemple saisissant de ce type d'analyse peut être trouvé dans The reality of mental illness (La réalité de la maladie mentale) de Roth et Kroll (1986). Ce livre se voulait une réponse à l'anti-psychiatrie et fut largement lu à l'époque. Il deviendra une source pour certains des jugements hâtifs et dédaigneux portés par Porter et Scull. Roth et Kroll semblaient ignorer que Basaglia était décédé en 1980 lorsqu'ils écrivirent que "Basaglia est un marxiste" (1986: 23/4). Ils poursuivaient en prétendant que l'analyse de Basaglia sur la maladie mentale était "idéologique, très naïve et, dans un sens, très dure". Basaglia était accusé sans nuances de jeter les personnes internées à la rue pour des raisons politiques, et la Loi 180 était décrite comme un "désastre", en termes sociaux et humanitaires. La conclusion était que c'était le résultat à attendre lorsque les patients étaient "exploités (…) comme des pions dans une bataille idéologique" (1986: 23-4). Roth et Kroll conclurent leurs commentaires en soutenant les initiatives visant à abroger la Loi 180.

La critique aiguë de Roth et Kroll eut comme déclencheur un célèbre article de Jones et Poletti (1985) dans le British Journal of Psychiatry. Cet article de six pages engendra un débat majeur au sein du journal, dont un florilège de lettres critiques. Dans leur article, Jones et Poletti exposent leur analyse de ce qu'ils appellent l"expérience italienne". Ils la définissent comme la mise en œuvre de la Loi 180, qui fut votée en 1978, et ne font que superficiellement référence à ce qui s'est passé avant. Le seul texte Basaglien examiné en détail était une interview accordée par Basaglia au Royaume-Uni en 1979. Les auteurs prétendaient que le vote de la Loi 80 avait été perçu comme une des "grandes success-stories de l'histoire de la psychiatrie" au Royaume-Uni, et qu'ils voulaient présenter une version plus équilibrée. Leur étude était basée sur la recherche de sources publiées et un "voyage d'études" en Italie en 1984. Lors de ce voyage ils avaient visité quelques institutions de santé mentale, "choisies au hasard". Ils prétendirent que la Loi 180 avait perdu du soutien, et était vouée à l'abrogation (au jour où j'écris ces lignes, en 2014, ce n'est pas arrivé). La partie finale de l'article s'intéressait ce que les auteurs appelèrent "les effets négatifs" de la loi. (Cette partie comprenait un série que citations de presse tirées au hasard, dont beaucoup avaient le titre mal orthographié.)

Examiner en détail les effets de la "Loi Basaglia" dépasserait l'objet de cet article. Toutefois, ce qui nous intéresse, ici, est la façon avec laquelle cette loi fut rendue responsable de toute une série de problèmes à partir de preuves peu convaincantes, et le fait que ces critiques ont été assimilées aux idées et à la pratique de Basaglia lui-même. Mais ce dernier point était nuancé en partie. Ainsi, Jones et Poletti (1985: 347) écrivirent :
    Une troisième raison [des échecs de la Loi 180] est une confusion entre la pensée de Franco Basaglia, les buts de Psichiatria Democratica, les intentions de la Loi 180, et le résultat. La théorie politico-sociale, la campagne en groupes de pression, les dispositions législatives et l'état des services sept ans plus tard sont liés causalement et dans le temps, mais distincts. Basaglia, qui se souciait de la situation de ses patients, aurait pu adopter une position différente en 1985 s'il avait été encore en vie.

L'article de 1985 de Jones et Poletti provoqua un tollé (voir par exemple Saraceno, 2012), et ils furent obligés d'écrire une clarification en 1986. Ceci a nécessité d'autres voyages en Italie, et cette fois-ci ils visitèrent Trieste. Dans ce second article, l'image qu'ils donnèrent de Trieste était positive et détaillée. Mais ils dirent que l'hôpital n'avait pas réellement été "fermé" et questionnèrent le contenu réel des services en ville (Jones et Poletti 896 ; par opposition, voir aussi Lovestone, 1985; Ramon, 1985a, 1985b; Tansella, 1986).

Il y avait un vaste débat au sein des praticiens, activistes et chercheurs au Royaume-Uni sur l'expérience Basaglia, et en particulier sur l'impact de la Loi 180, avec des évaluations positives et négatives du cas italien, mais seule une des opinions de ce débat apparaît dans les citations de nombreux commentateurs. Il est faux d'affirmer que les réactions au Royaume-Uni sur la loi et ses impacts étaient uniquement négatives, mais il semble vraiment que seuls les arguments et aspects négatifs survécurent au débat, tandis que les autres points et discussions ont été oubliés ou marginalisés. De ce fait, il devient possible que Basaglia puisse être simplement disqualifié en tant qu'anti-psychiatriste, et ses réformes également disqualifiées comme menant tout simplement au "chaos". Alors qu'il est clair que beaucoup d'activistes et de praticiens se sont inspirés de l'expérience Basaglienne, et en particulier de Trieste, les discussions historiques qui suivirent n'ont pas, sauf quelques rares exceptions, pris cela en compte (à propos d'exception, voir Crossley, 2006). Le manque de textes fondateurs en anglais, spécialement L’istituzione negata (L'institution niée, Basaglia, 1968) et Che cos’è la psichiatria ? (qu'est-ce que la psychiatrie ? , Basaglia, 1967b) ont  certainement appauvri le débat.

Ces commentaires et vues sur la discussion ont probablement conduit aux conclusions lapidaires et disqualifiantes de Porter et Scull. Le présent article est, en partie, une tentative de rectification de cette interprétation, et donne les racines historiques et les faits de la période avant le vote de la loi de 1978. (Il existe aussi une collection substantielle de littérature anti-Basaglia dans le monde académique. Par exemple, Romanucci-Ross et Tancredi, 2007 : 11, décrivent la Loi 180 et le mouvement Basaglia comme une "expérience qui échoua" et une "grande erreur culturelle".)

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(9) Note du traducteur : de Antonio Gramsci, philosophe et homme politique italien, assimilé au "néo-marxisme".  

Conclusion : l'histoire d'un mouvement




1978 a vu le vote des Lois 180 et 883, qui régissent le service public de santé italien et décide de la fermeture à terme de tous les hôpitaux psychiatriques. En 1980, Basaglia mourut d'une tumeur au cerveau. Il n'avait que 56 ans et ne verra pas les réformes qu'il a inspirées entrer dans les faits. Franca Ongaro, son épouse, continua le combat pour mettre ces lois en application. Ce fut une bataille longue et difficile, et il y eut nombre de tentatives de bloquer ou simplement d'ignorer les réformes. Au final, toutefois, cette bataille fut gagnée.

L'histoire du mouvement radical dans (et en dehors de) la psychiatrie commença à Gorizia au début des années 1960, puis se déplaça vers une série d'autres lieux – Arezzo, Parme, Perouge, Reggio Emila, Trieste.

Un petit groupe de jeunes psychiatres radicaux, mené par Basaglia à Gorizia et par d'autres dans différentes villes, a tout simplement refusé d'accepter la situation qu'ils rencontrèrent dans les asiles d'Italie. Dans leur action pour changer les choses, ils furent aidés et encouragés par des infirmier(e)s, des volontaires et, au-dessus, dans certains lieux, par une nouvelle génération d'administrateurs et de politiques. Cette génération d'hommes politiques d'après-guerre portait le désir d'une nouvelle forme de psychiatrie et d'une transformation (et à terme d'une fermeture) du vieux système asilaire. Ils n'étaient pas mus par l'avidité ni par la volonté de pouvoir. Les principes humanitaires et l'impératif moral (car ces lieux n'étaient tout simplement pas acceptables) les poussa à faire pression pour une réforme.

Ce fut un "non" collectif. Et ce "non" changea le monde. Il n'était pas acceptable de traiter les personnes de cette manière – sans droits, sans autonomie, sans couteaux ni fourchettes, sans cheveux, sans aucun contrôle sur leur propre traitement. C'était une erreur d'électrocuter ces personnes, d'extraire des morceaux de leur cerveau ou de les attacher pour des années jusqu'à la fin. Ce mouvement fut une lutte pour la libération, la démocratie et l'égalité. Ces 100 000 internés des asiles psychiatriques ont disparu de l'histoire.

Ils devaient ré-émerger – pour que l'on leur rendre leur identité propre et leur dignité. Cette génération de politiciens et de psychiatres était une génération d'après-guerre, et anti-fasciste. Il y avait quelque chose de profondément anti-fasciste dans le mouvement anti-asiles. C'était un mouvement de droits de l'homme. Les personnes dans les asiles étaient des personnes.  

Les autres protagonistes de cette histoire, par conséquent, sont les patients eux-mêmes. Ils faisaient aussi partie du mouvement, bien qu'ayant rarement été considérés comme tels : des patients comme Carla Nardini à Gorizia – qui avait connu Auschwitz – ou Mario Furlan (aussi à Gorizia), et qui plus tard se suicida. Ces personnes eurent leur vie changée par la révolution du soin psychiatrique, et ils reprirent le contrôle de leur vie. Sans eux, le mouvement n'aurait même jamais pu aboutir concrètement.

L'Italie n'a pas vu l'émergence de véritables mouvements de patients opposés à l'expérience de Basaglia. Les nombreuses coopératives qui furent utilisées pour accueillir et réintégrer des milliers de patients au monde du travail furent les expériences les plus proches des expériences britanniques  de mouvement d'usagers. Toutefois, Trieste eut une énorme influence sur les "operati" et les mouvements de patients au Royaume-Uni et ailleurs. Trieste devint une sorte d'"utopie réaliste" pour beaucoup et fut au centre des débats au Royaume-Uni et ailleurs. Elle montra ce qui était possible ou, comme Basaglia le disait, que "l'impossible était possible" (Basaglia, 2000:142).

Le mouvement eut ses débuts à Gorizia, mais son champs d'action et sa portée réelle s'étendit bien au-delà de l'histoire de Franco Basaglia et Franca Ongaro. Comme le déclara un psychiatre de l'époque : "la transformation de la psychiatrie italienne fut le résultat d'un mouvement polycentrique" (Giacanelli, 2008). Les Basaglia ont joué un rôle crucial – central – dans le mouvement pour le changement.

Chaque ville, chaque asile, porta sa propre version du changement. Sur cette trajectoire, de grands risques furent pris. Quelques personnes furent assassinées, d'autres se sont suicidées. Des familles eurent à s'occuper de fils, de filles, de mères et de pères avec de graves problèmes, et qui avaient été jetées derrière des portes fermées pendant des années. Le monde extérieur était dur par tant d'aspects. Il était facile pour des ex-patients de tomber dans les pièges de la société. Lorsque l'ennemi qu'était l'asile a été aboli, le vrai travail a commencé. Comme l'écrivit Forgacs (2014:404) "L'histoire de la réforme de la psychiatrie ne Italie n'a pas commencé avec le vote de la Loi 180 en mai 1978. Au contraire, l'étape la plus difficile du mouvement commença lorsque la loi entra en vigueur."  

Sans aucun doute, le mouvement fut aussi marqué par de nombreux "excès" d'idéologie, des exagérations, l'usage d'un langage enflammé et dangereux, des simplifications et des dogmatismes, du sectarisme et d'amères disputes sur ce qui semble, aujourd'hui, être très peu de chose en réalité. Ces excès étaient souvent commis par les suiveurs du mouvement, dont les slogans et les phrases creuses aidaient peu ceux qui souffraient de problèmes de santé mentale dans le monde réel. Basaglia lui-même était conscients que des erreurs avaient été commises. Souvent, le langage utilisé par le mouvement donnait à ses ennemis des munitions toutes prêtes. Les slogans maoïstes étaient courants. Le message était souvent poussé trop loin. Trop souvent, un lien problématique entre la classe sociale et la maladie mentale était relevé ou simplement statué – comme si c'était un fait évident. Dans les moments enivrants et violents des années 1970, les "traîtres" étaient facilement dénoncés et écartés. Le mouvement était déchiré par le conflit, les divisions personnelles et les exagérations. C'est seulement rétrospectivement que nous pouvons, à partir de ces évènements ardents, prélever ce qui s'est réellement produit et essayer d'y apporter un peu d'ordre. C'était une période d'excès. La révolution semblait imminente. Elle ne l'était pas.

Le dernier élément clé du mouvement était l'ensemble des sympathisants - voyageurs, intellectuels, écrivains, cinéastes, journalistes, photographes et artistes – qui donnèrent leur temps et leur talent pour accélérer le changement. Ces personnes étaient fondamentales pour le succès du mouvement, parce qu'elles étaient une connexion entre les entre la haute théorie des leaders et les masses. C'était vrai des éditeurs, des producteurs et directeurs de télévision ou de cinéma, des artistes et directeurs de théâtre, des photographes. Quant plus de 10 millions de personnes virent sur leur écran de télévision des patients de l'hôpital psychiatrique de Gorizia parler au présentateur Sergio Zavoli, depuis chez eux, en janvier 1969, le mouvement a connu une croissance qu'il n'aurait jamais pu connaître par d'autres moyens.

Aujourd'hui, les anciens asiles italiens remplissent diverses missions. Certains sont vides et abandonnés. D'autres sont des musées de type "mémorial". Beaucoup  sont encore en lien avec les services de santé et de santé mentale. Certains sont des écoles, d'autres des universités, d'autres encore des logements. La plupart sont devenus de magnifiques parcs, au moins en partie. Le "grand confinement" décrit par Foucault (2009:44) a cédé la place, dans les années 1970, à la "grande libération". La société a absorbé  la plupart des 100 000 internés qui avait été enfermés dans ces lieux. Ce processus a été imposé au système par un mouvement qui a agi depuis l'intérieur des institutions elles-mêmes, d'une manière unique dans le monde occidental. Les asiles d'Italie furent fermés par les gens qui y travaillaient. Ce faisant, ces personnes abolirent leur propre travail, pour toujours. Personne, aujourd'hui, n'est directeur d'hôpital psychiatrique en Italie. Le mouvement a œuvré contre son intérêt catégoriel – d'une manière qui était à l'opposé du clientélisme, du patronage et du népotisme. Il était la négation de soi-même.

Beaucoup de ce qui était demandé lors de l'apogée du mouvement ne fut pas obtenu. L'intérêt porté à la psychiatrie radicale commença à s'émousser, et la réaction commença sérieusement. Le mouvement s'acheva sur la défensive – s'accrochant aux réussites des années 1960 et 1970. Comme l'écrivit un protagoniste en 1969 :

    Nous cherchions une alternative à la psychiatrie : nous étions en train d'expérimenter de nouvelles façons de faire les choses. Dans notre société, une forme alternative à la psychiatrie n'était possible qu'en partie, et seulement pour une durée limitée. Après, et particulièrement dans les endroits où cela avait fonctionné, elle devenait "dangereuse" et fut réprimée ou bien intégrée, neutralisée. Tout ceci était inévitable et nous le savions, mais nous avons tous appris beaucoup durant cette longue marche. (Jervis, 1969: 259)

Il n'est pas aisé d'écrire sur ce mouvement, avec ses mythes, ses divisions, ses silences et ses mémoires possessives. Il y eut aussi une chose sur le mouvement lui-même qui causa des problèmes en terme de mémoire. Une version du passé existe vraiment – mais elle est dominée par son côté célébratoire. Les versions dominantes et publiques de l'histoire de Trieste et Basaglia ont tendance  à simplifier le passé.

Les débats d'aujourd'hui autour des réformes et des idées de Basaglia ont tendance à se focaliser sur deux domaines. Le premier est lié à la fermeture des hôpitaux, et  aux structures alternatives qui furent mises en place dans divers pays (comme en Italie), pour les "remplacer". Une partie importante de l'opinion prétend que la "Loi Basaglia" était une erreur, "abandonnant" les patients et échouant à créer des structures alternatives adéquates. Pourtant il y a beaucoup de régions d'Italie avec d'excellents services qui sont enviés du monde entier. Un second type de débat est lié au mouvement lui-même, et à ses excès. Il y a dans ces débats une tendance à mythologiser d'un côté, et à diaboliser de l'autre. Au final, c'était un mouvement complexe et contradictoire, qui posa une série de questions et mobilisa un grand nombre de psychiatres, d'activistes et de patients, et autant d'infirmier(e)s et de volontaires. La "Loi Basaglia", avec toutes ses limites et inadéquations, reste l'un des grands exemples de réforme liée à une théorie et une pratique radicale des années 1960 et 1970.
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>> Suite : II - La psychiatrie italienne après Basaglia - 1980 - 2018






Dernière édition par Neptune le 19/7/2018, 22:04, édité 1 fois

Références


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Tout ce que Monsieur John Foot écrit dans son article sur le Collectif Socialiste de Patients (SPK) est faux.

- Le SPK n’a jamais été dissout par les autorités. Le Collectif Socialiste de Patients (SPK) n'a jamais cessé d'exister et il s'est imposé à plusieurs reprises aussi dans les circonstances les plus adverses. Comme Front de Patients des patients-de-confrontation le SPK existait déjà depuis 1965, et il continue d'exister et d'être actif sans interruption jusqu’aujourd’hui dans son activité agissante, comme PF/SPK(H).
- Le SPK n’avait y n’a rien à voir avec la soi-disant antipsychiatrie ou avec autres disciplines spéciaux médicales ou non-médicales mais avec maladie versus iatrocapitalisme.
- Personne du SPK ne vint à travailler à Trieste. Carmen Roll, après avoir fait partie du Collectif Socialiste de Patients, avait pris ses distances envers le SPK et elle s’était affiliée à la RAF hostile aux patients. Plusieurs années après sa séparation du SPK, Carmen Roll vint comme infirmière à travailler à Trieste non comme patient du SPK, mais comme ex-membre de la RAF, comme „traîtresse au SPK“ (d’après ses propres dires) en passant au côté adverse: à la classe médicale sous forme de l’antipsychiatrie de Basaglia.

Dans l’interêt de vos lecteurs, Neptune ferait bien, on dirait: Neptune est obligée, de faire un lien avec le site du PF/SPK(H) http://www.spkpfh.de et pour les lecteurs anglophones avec http://www.spkpfh.de/Basaglia_and_Cooper_do_not_replace_a_Huber.htm, où toutes les faussetés de l’article de John Foot sont corrigées.

Cordialement
hans drager

h.drager@gmx.com



Dernière édition par Neptune le 26/8/2018, 23:38, édité 1 fois (Raison : www.spkpfh.de remplacé par http://www.spkpfh.de)

Merci pour ces précisions Mr Drager.

J'ai corrigé le premier lien que vous nous avez fourni car il était incomplet, mais le second ne fonctionne pas du tout. Merci de nous indiquer des liens pour informer les lecteurs avisés.

Neptune

Merci!

Ici le lien correct – sans virgule:

http://www.spkpfh.de/Basaglia_and_Cooper_do_not_replace_a_Huber.htm

Cordialement

Neptune

Information, recherche, action et entraide sur les "maladies" psychiques

Association Loi de 1901

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