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Open Dialogue : une thérapie qui a pratiquement fait disparaître la schizophrénie en Finlande

Par Neptune 
le 12/04/2015

 

La méthode "Open Dialogue"



Comment la Laponie Occidentale a fait disparaître la schizophrénie de toute une région. Une méthode qui a fait ses preuves depuis 30 ans.



Retranscription du film "Open Dialogue" de Daniel Mackler, 2011. Traduction Française de Francesca Spiegel et de Neptune. Mise en texte et images par Neptune.

https://www.youtube.com/watch?v=7tb8ITIFOyY


Keropudas, près de Torneå, Finlande
Keropudas, près de Torneå, Finlande

Sommaire

Sujets connexes


La méthode Open Dialogue : bases théoriques et institutionnelles

Introduction

"La première chose que je pense maintenant - si vous me demandez demain, je pense que ce sera différent - est que la voix de chacun est essentielle."

Mia Kurtti, infirmière psychiatrique, thérapeute familiale
Open Dialogue - Neptune
"Ce qui est le plus important ... c'est notre façon de travailler ici, vraiment"

Päivi Vahtola, infirmière, thérapeute familiale
"C'est une chose qui se produit entre les gens..."

Timo Haaraniemi, infirmier, thérapeute familial
"Quand le me lève le matin et que je regarde mon emploi du temps et que je vois que j'ai par exemple cinq ou six clients, mais que je vois que j'ai une équipe, quelqu'un qui peut travailler avec moi, je trouve que c'est une si bonne idée, elle me fait me sentir bien. (...) Nous devons les écouter, vraiment écouter et les laisser raconter leur histoire. On ne peut pas dire qu'elle soit fausse."

Elina Löhönen, psychologue, thérapeute familiale
Open Dialogue - Neptune
Open Dialogue - Neptune"Nous devons poser davantage de questions à propos des hallucinations et nous devons tenter de comprendre ce qui est arrivé"

Riitta-Liisa Heikkinen, thérapeute familiale
Open Dialogue - Neptune"Très souvent, des membres de la famille viennent aider la famille"

Eija Lampela, thérapeute familiale
"Je ne pense pas que ce soit le système de soins en soi. Je pense que c'est davantage... une chose politique. Nous visons un système démocratique, où les personnes peuvent donner leur avis sur le traitement qu'elles reçoivent. Et nous essayons d'être au même niveau qu'eux. Etre leurs égaux."

Markku Sutela, psychologue, thérapeute familial

Open Dialogue - Neptune
"Ce qui est le plus important ? La co-recherche sur les problèmes, les dilemmes ou les traumatismes."

"C'est une entente mutuelle. Ce n'est pas moi qui traite quelqu'un, mais c'est quelque chose, heu... je prends un risque personnel lorsque j'entre en conversation"

Dr Kari Valtanen, psychiatre et thérapeute familial
"...la soeur du patient, le patient lui-même ou l'infirmière... pour montrer leur compréhension, leur expérience, leur savoir."

"Nous ne sommes pas des spécialistes qui doivent tout savoir tout de suite. Nous n'arrivons pas comme des experts qui, au bout d'une heure, doivent tout savoir, et diront à une famille ce qui ne va pas."

"Nous essayons d'écouter les gens, et de créer quelque chose ensemble, sur cette base."

Dr. Birgitta Alakare, Directrice, psychiatre, thérapeute


Notre but est de générer un dialogue qui devient ainsi l'élément central des soins. Nous ne croyons plus que le but de nos réunions est de proposer des solutions. Au contraire, les solutions viennent d'elles-même au cours d'un processus évident, qui s'ouvre lorsque nous nous efforçons de faire entendre la voix de chacun au cours du dialogue.

Jaakko Seikkula, professeur de psychologie, fondateur d'Open Dialogue
"J'ai décidé de voyager jusqu'au nord de la Finlande, pour visiter le pays du Dialogue ouvert, le lieu où l'on obtient les meilleurs résultats du monde dans le traitement des psychoses. Ils ont de meilleurs résultats que nulle part ailleurs aux Etats-Unis, et j'étais curieux de voir leur travail. J'avais lu une partie de leur recherche, et leurs données étaient assurément impressionnantes. Cependant, j'avais l'impression que de les rencontrer en personne serait complètement différent. Comment sont-ils ?
Est-ce que leur célébrité est justifiée ? Mais, plus encore, comment réagiraient-ils si moi, un étranger, Américain et psychothérapeute, les filmait ?

Daniel Mackler, psychologue, cinéaste

Daniel Mackler, psychologue, cinéaste - Neptune
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1. Au sources du dialogue ouvert


J.S. - Je me suis installé à Tornio quand j'ai commencé à y travailler en tant que psychologue clinicien, en 1981, dont il y a longtemps, 30 ans. Nous étions un petit groupe de gens intéressés à la participation de la famille du patient dans le traitement de problèmes mentaux graves. Je me rappelle certaines séances de thérapie qui n'étaient pas très utiles pour les gens, où nous agissions de façon stupide, en fait.
D.M. - Au début ?
J.S. - Au début, oui.
D.M. - Vous avez fait des erreurs ?
J.S. - Oui nous avons fait des erreurs.
D.M. - Par exemple ?
J.S. - Dans ce traitement, nous pensions toujours que nous étions les thérapeutes, que nous devions faire des plans, avoir des buts. Nous utilisions ces réunions informelles pour faire une intervention pour apporter des transformations au sein de la famille. Quand nous avons commencé, nous ne comprenions pas qu'en permettant aux familles et aux patients d'être présents dès le début, ils avaient ainsi un rôle très décisif et actif dans le processus.
D.M. - Le patient ?
J.S. - Oui, et la famille. Dès le début, ils ont eu un impact sur le travail : ce que nous devions faire, ce dont ils avaient besoin, comment nous devions procéder. Mais nous croyions que nous étions toujours des guérisseurs, nous contrôlions les interventions, c'était notre boulot.
D.M. - La confusion venait donc du fait que vous pensiez être des spécialistes, des guérisseurs, des décisionnaires, et que vous avez découvert qu'ils voulaient aussi collaborer activement. Ils se sont donc considérés eux-même comme des guérisseurs et des décisionnaires, et ils prenaient les décisions et faisaient les interventions. Il y a donc eu des conflits ...?
J.S. - Oui... beaucoup de conflits. Maintenant, nous ne nous réunissons plus pour prendre des décisions et planifier l'avenir, notre but est plutôt de nous asseoir ensemble et de mieux comprendre. Notre but est de générer un dialogue qui devient ainsi l'élément central des soins. Nous ne croyons plus que le but de nos réunions est de proposer des solutions. Au contraire, les solutions viennent d'elles-même au cours d'un processus évident, qui s'ouvre lorsque nous nous efforçons de faire entendre la voix de chacun au cours du dialogue.
D.M. - Le but est donc le dialogue, et à la suite de ce dialogue les solutions apparaissent ...
J.S. - Exactement. Les changements se produisent immédiatement

Open Dialogue - Jaakko Seikkula  - Neptune
Jaakko Seikkula, professeur en psychologie, fondateur d'Open Dialogue

co-auteur de "Dialogical Meetings in Social Networks"
Open Dialogue - Markku Sutela - Neptune
Markku Sutela, psychologue, thérapeute familial
Devant l'hôpital

M.S. - Je me souviens de ma première visite ici. Je crois que c'était en 1965.
D.M. - Vous êtes venu ici en 1965, à l'âge de 10 ans ?
M. S. - Oui. Je chantais dans une chorale de garçons, pour les patients de l'hôpital. Nous avons fait un voyage ici et avons donné un petit concert. Je me souviens d'avoir été non pas choqué, mais surpris que ce genre d'endroit existe dans le monde.
D.M. - C'était très différent à l'époque par rapport à maintenant ?  
M.S. - Oui, très différent. C'était un très vieil hôpital, en mauvais état à plusieurs points de vue. Que des patients chroniques. Ca sentait mauvais... et tout.
D.M. - C'était donc une expérience effrayante ?
M.S. - Oui. Je me souviens assez clairement d'être venu ici, ici même. Je chantais dans l'entrée, après les portes.

D.M. - A Helsinki, pas en Laponie Occidentale, ils m'ont dit des trucs comme "Mon frère, ou moi, ou mon enfant, nous avons été enfermés dans un hôpital et on nous a injecté avec les mêmes médicaments qu'en Amérique".
R.W. - Oui, oui : les résultats généraux pour le traitement de la schizophrénie en Finlande sont très mauvais. Cela montre bien que le succès du Dialogue ouvert n'est pas seulement attribuable à la culture finlandaise. Les gens disent : "Ah, la Laponie de l'Ouest, la Finlande, c'est une toute autre société !". Sauf que là où la Finlande a adopté le modèle médical, les résultats pour le traitement de la psychose - et d'ailleurs, les médecins finlandais se font acheter par les compagnies pharmaceutiques eux aussi - les résultats sont nuls !
D.M. - D'accord.
R.W. - Fait intéressant, la Laponie de l'Ouest est connue en Finlande comme une vallée où il y a beaucoup de problèmes de santé. Cela a peut-être à voir avec le climat, la lumière, peut être la conjoncture économique. C'est en fait une société qui a été sous beaucoup de pression, depuis longtemps. Le renversement des tendances concernant la psychose ne provient donc pas du fait que la population mène une belle vie facile. Ils ont renversé les tendances malgré toutes les difficultés.
Robert Whitaker - Open Dialogue - Neptune
Robert Whitaker, journaliste médical, USA

Laponie Occidentale - Neptune
Paysage de Laponie Occidentale

Le journaliste interrogé à son tour...


"Bien que je sois allé en Finlande du Nord pour les étudier, j'ai bientôt remarqué qu'ils m'étudiaient aussi, au point qu'un journal finlandais, Pohjolan Sanomat, a écrit qu'"un réalisateur de documentaires américain" était arrivé dans la région. Ils voulaient m'interviewer, ce que j'ai trouvé très ironique, étant donné que, pour le reste de la planète, ce sont eux qui sont célèbres !" Daniel Mackler, réalisateur

P.S. - Où aviez-vous entendu parler de cette méthode ?
D.M. - Elle est célèbre !
P.S. - Célèbre ?
D.M. - Oui, j'en ai entendu parler aux Etats-Unis. J'en avais entendu parler lors de congrès en Scandinavie, j'ai des amis en Angleterre qui la connaissent, mais surtout grâce au travail du psychologue Jaakko Seikkula. Il est professeur à l'Université de Jyväskylä. Donc avant de venir, je l'ai interviewé. Je l'avais déjà rencontré plusieurs fois dans différents pays. Sa recherche montrait que pour traiter la psychose, ils obtenaient les meilleures statistiques au monde. J'ai été moi-même psychothérapeute à New York pendant 10 ans. Une partie de mon intérêt est de montrer que les gens diagnostiqués comme souffrant de schizophrénie ou de psychose peuvent guérir sans recours aux médicaments. Ici, ils font ce travail. Et c'est très rare. La plupart des endroits au monde...
P.S. - (rires)
D.M. - Je peux vous demander ce qui vous fait rire ?
P.S. - C'est marrant !
Pohjolan Sanomat - Open Dialogue - Neptune
Journaliste de Pohjolan Sanomat, interviewant Daniel Mackler, réalisateur


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2. Open Dialogue : les premiers soins


D.M. - Alors vous avez toute une clinique thérapeutique ici, mais une seule pièce ?  
P.V. - Oui, et ici nous n'avons pas de pièce pour rencontrer les patients, et nous ne voulons pas rencontrer les patients ici - parce que c'est un hôpital. Nous ne voulons pas dire aux personnes qui vivent une crise : "Oh, venez me rencontrer dans notre hôpital psychiatrique pour en discuter".
Pas seulement les patients de l'hôpital, mais aussi les personnes en dehors.

Le téléphone sonne

P.V. - Pardon, il faut que je réponde... Clinique psychiatrique, Vahtola à l'appareil ... ?

D.M. coupe la caméra le temps de l'entretien, puis l'interview reprend.

P.V. - Quand quelqu'un appelle, quand quelqu'un a besoin d'aide, nous essayons de l'aider immédiatement. Je ne dis pas à la personne qui appelle : "Peut-être qu'on peut se voir dans deux semaines, nous aurons le temps à ce moment là"
D.M. - Donc ce téléphone représente donc une grande responsabilité ?
P.V. - Oui
D.M. - En pleine nuit aussi ?
P.V. - Oui
D.M. - Est-ce que les patients préfèrent que vous veniez les voir chez eux ? Ou préfèrent-ils aller à l'hôpital ?
P.V.- La plupart des gens disent "bienvenue chez nous". Mais il y a des gens qui ne le veulent pas. Donc nous les voyons ici ou ailleurs. Au centre-ville de Tornio, nous avons un autre service de consultation externe. Là-bas, il y a plus de salles, on peut y faire des réunions.
D.M. - Le choix revient au patient ?
P.V. - Oui
Open Dialogue - Päivi Vahtola - Neptune
Päivi Vahtola, infirmière, thérapeute familiale

Hôpital Finlande - Neptune
"Nous ne voulons pas rencontrer les patients ici, parce que c'est un hôpital"
Markku Sutela, psychologue familial
Markku Sutela, psychologue, thérapeute familial
D.M. - C'était une chose intéressante, car quand je suis arrivé ici, j'ai pensé "Ils travaillent très bien au sein du système de santé mentale, ils sont même intégrés dans le système de santé mentale. Mais j'ai continué chercher où était ce système de santé mentale... Vous comprenez ?
M.S. - Oui...
D.M. - Et ce que j'ai compris, c'est que c'était ça !
M.S. - Oui ! c'est ça le système de santé mentale ici ! (rires)
D.M.  (off) Et j'ai pensé, c'est en fait fascinant.

Le téléphone sonne. Markku Sutela interrompt l'interview, et décroche le téléphone.

M.S. - Service de consultation externe en psychiatrie, bonjour ? ... Oui c'est moi.

D. M. coupe la caméra le temps de l'entretien, puis l'interview reprend.


M.S. - C'est l'une de nos règles de base : quand le téléphone sonne, on doit répondre. Et prendre la responsabilité de ce qui est demandé.
D.M. - C'est intéressant de voir le nombre de mes interviews qui sont interrompues par le téléphone.
M.S. - Oui oui - nous nous rendons disponibles, nous nous devons d'être disponibles pour rendre service à la population (sourire). On ne sait jamais ce qui peut arriver par téléphone. Ça peut être une mère qui s'inquiète pour son enfant, je dois alors commencer à organiser les soins à donner. On ne sait jamais à l'avance.

D.M. évoque la psychiatrie occidentale classique, via la discussion avec Robert Whitaker.

DM - Cela (ndlr : la psychiatrie occidentale) aurait pu se produire ici ?
M.S.- Oui oui. Mais je suis très content que ce n'ait pas été le cas. Excusez-moi, je dois être en ville à 14h30.
D.M. - Où ça, à Kemi ?
M.S. - Oui, dans le Bureau de Santé mentale de la ville. Je vais voir un patient avec l'une de ses infirmières là-bas. Nous travaillons ensemble avec le patient.
D.M. - Vous avez une réunion avec l'infirmière et le patient ?
M.S. - Oui. Et il s'en va.
"Avant de partir de chez moi, j'ai eu l'occasion de parler à Robert Whitaker, un journaliste médical célèbre qui a fait découvrir les résultats d'Open Dialogue en Finlande au monde de la psychiatrie américaine. C'est lui qui m'a montré que leurs résultats en ce qui concerne la psychose n'étaient pas une coïncidence, mais qu'ils provenaient plutôt d'un programme bien construit et bien réfléchi." Daniel Mackler, réalisateur

D.M. - Alors quand j'irai en Laponie de l'Ouest, en Finlande, quelle devrait être ma mission, selon vous ?
R.W. - Tout d'abord je pense que c'est l'opportunité d'observer. Il y a tant de personnes différentes et impliquées dans l'expérience Finlandaise... Vous allez être témoin du type de soins qui produit les meilleurs résultats de tous les pays occidentaux, de loin. C'est si différent ici (ndlr: aux usa), quand vous regardez les résultats. Les gens se rétablissent là-bas, mais pas ici, ni dans tant d'autres pays. Donc c'est une chance pour le monde de se défaire de ses habitudes - le système psychiatrique mondial - et de mieux faire. On parle de l'opportunité de raconter une histoire qui pourrait vraiment changer des millions de vies si les sociétés voulaient changer et apprendre, à partie de l'exemple de la Laponie de l'Ouest. Ce que je cherchais à vous dire, Daniel, c'est que je crois vraiment qu'il y a une opportunité à saisir. Ca tient la route ?
D.M. - Oh oui. Je me demande simplement ... s'il y a des survivants psychiatriques en Laponie de l'Ouest, et que pensent-ils de cette méthode ? Y a-t-il des gens qui critiquent le Dialogue ouvert et qu'en pensent-ils ?
R.W. - En Finlande ?
D.M. - Oui, je me le demande
R.W. - Il y a des rescapés de la psychiatrie en Finlande, mais plutôt dans d'autres régions. La plupart des lieux de soin en Finlande ont adopté le modèle occidental, américain, d'administration de médicaments.
DM - Il y a des Finlandais d'Helsinki qui ont acheté mon autre film et m'on dit : "La psychiatrie en Finlande est horrible"
Open Dialogue - Robert Whitaker - Neptune
Robert Whitaker, journaliste médical américain

Méthode Open Dialogue - Neptune
"Un programme bien construit et bien réfléchi"


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3. Les principes fondamentaux



"La méthode Open Dialogue est basée sur plusieurs principes fondamentaux. Le principe essentiel, cela n'est pas surprenant, est l'ouverture du dialogue. Une conversation sans secrets, sans hiérarchies, qui valorise la voix de chaque participant aux soins, surtout celle de ceux qu'on appelle les "clients". De même, les thérapeutes travaillent en équipe, ils réfléchissent et discutent ouvertement les uns avec les autres de leurs réflexions et de leurs sentiments, devant les clients et leurs familles. Bien que ces principes semblent assez raisonnables, en pratique ils sont assez éloignés de presque tous les modèles en santé mentale que j'ai observés aux Etats-Unis." Daniel Mackler, réalisateur.

D.M. - Quand vous avez décidé d'être infirmier, avez-vous pensé que vous deviendriez également thérapeute ?
T.H. - Non. Ils m'ont appelé et m'ont offert un travail pour l'été. Donc je suis venu, pour un été. Et je suis toujours là, 11 années plus tard. (rires)
D.M. - Vraiment ? Vous avez donc aimé le travail ?
T.H. - Oui. Mais pendant la première année, je pensais "Je ne suis pas convaincu", et j'ai essayé de trouver un emploi d'infirmier en anesthésie et chirurgie, mais à présent, je suis très heureux d'être resté.
D.M. - Qu'est-ce qui a été difficile la première année ?
T.H. - Vous savez quoi ? c'était ... le dialogue ! Nous nous asseyions, il y avait le patient, peut-être sa femme, ou un membre de la famille, et quelques infirmières, le médecin, et nous commencions à discuter de la situation. Au bout d'un moment je me disais : "Bon, pourquoi est-ce que nous sommes toujours assis à parler ? Nous savons ce qui va se passer. Nous devons admettre cette personne à l'hôpital, alors pourquoi sommes-nous toujours en train d'en discuter ?". Jusqu'à ce qu'on finisse par se rendre compte que cette discussion a un sens.

Open Dialogue - Infirmier - Neptune
Timo Haaraniemi, infirmier, thérapeute familial

Intérieur hôpital - Open Dialogue - Neptune
Un hôpital psychiatrique comme les autres en apparence
Open Dialogue - Markku Sutela - Neptune
Markku Sutella, psychologue, thérapeute familial

M.S. - Ce que j'aime bien, c'est qu'on peut lancer des idées, discuter avec les collègues, les familles...
D.M. - Devant les clients ?
M.S. - Oui, et avec eux. Non pas à propos d'eux, mais avec eux. Je peux discuter de quelque chose avec Marianne et demander au patient : "Qu'est-ce que vous en pensez ?"
D.M. - Et on dirait aussi que les gens ici s'aiment bien les uns les autres ?
M.S. - Oui (hoche la tête et fait une pause)... Oui, maintenant que vous me le dites, je m'aperçois que c'est un fait important ! Vous savez, la région est petite, et si nous avons 100 personnes qui travaillent ici, le travail des uns interfère avec celui des autres. Les gens se connaissent aussi pas mal personnellement : ils peuvent devenir amis, et discuter ensemble d'autre chose que du travail. Et cela nous rend la tâche facile de travailler comme nous le faisons

Elina Löhönen - Quand le me lève le matin et que je regarde mon emploi du temps et que je vois que j'ai par exemple cinq ou six clients, mais que je vois que j'ai une équipe, quelqu'un qui peut travailler avec moi, je trouve que c'est une si bonne idée, elle me fait me sentir bien.
Mia Kurtti - Nous partageons toujours les tâches, et nous discutons de nos tâches sans arrêt aussi. Cela garde nos idées en mouvement tout le temps.
Eija Lampela - Vous partagez vos pensées et impressions avec vos collègues, en situation de traitement. Vous pouvez réfléchir.
Päivi Vahtola - Pendant le premier entretien, le patient peut être parfois mal à son aise, méfiant, et vous demander "Pourquoi deux thérapeutes ?". Mais quand nous expliquons nos raisons et que nous commençons à discuter ensemble, il ou elle en reconnaît la valeur. Parfois nous sommes trois thérapeutes. Par exemple, quand nous avons un nouveau patient psychotique qui vient avec sa famille, souvent on prend trois thérapeutes.
Eija Lampela - Beaucoup de choses sont difficiles à dire directement aux clients, comme "J'ai l'impression que vous ressentez ceci ou cela.". C'est plus facile pour moi par exemple de parler à l'un de vous et de dire "Je me demande ou je me sens comme ci ou comme ça".


Open Dialogue - Finlande - Neptune
Elina Löhönen, Riitta-Liisa Heikkinen, Eija Lampela, Mia Kurtti, pendant l'interview


Eija Lampela - Voilà comment nous travaillons d'habitude (se lève et montre) : Nous nous regardons dans les yeux et nous pivotons notre corps quelque peu.
D.M. - En pleine session de thérapie ! Donc, lorsque vous êtes en pleine session de thérapie et que vous êtes avec un client ou une famille, vous faites ça les uns aux autres, vous faites des va-et-vient entre vous et vous vous parlez les uns aux autres ?
Eija Lampela - Oui. Nous pouvons ensuite demander aux clients : "Comment vous sentez-vous à nous entendre, de quelle façon avez-vous vécu cette discussion ?"
D.M. - Ainsi, c'est presque comme si nous supervisions le travail des uns et des autres, en pleine session de thérapie !
Le groupe - Oui c'est cela, tout à fait cela !
Riitta-Liisa Heikkinen - Et il est très important que nous réfléchissions aux questions et problématiques que les familles ramènent dans la discussion.
D.M. - Mais c'est un autre genre de supervision, qui doit être fait de façon aussi thérapeutique pour la famille que pour le client. Est-ce cela ?
Le groupe - Oui
D.M. - Vous devez donc vous assurer que tout ce que vous dites passe par le filtre - car c'est un filtre n'est-ce pas ? - de la thérapie... (approbations) Vous devez donc être plus respectueux, (approbations). Dans une situation de supervision, on peut dire : "C'est n'importe quoi ! Ce père est tellement narcissique ! " Mais on ne pourrait jamais faire ça avec Dialogue ouvert, c'est trop discourtois. Est-ce que c'est cela ?
Le groupe - Oui. Ca colle très bien à ce que nous pensons.
Open Dialogue - Psychologue - Neptune
Elina Löhönen, psychologue, thérapeute familiale

Open Dialogue - Päiva Vahtola, thérapeute familiale - Neptune
Päiva Vahtola, thérapeute familiale

Open Dialogue - Mia Kurtti infirmière psy - Neptune
Mia Kurtti, infirmière psychiatrique, thérapeute familiale

Open Dialogue - Elja Lampela - therapeute familiale - Neptune
Eija Lampela, thérapeute familiale
Open Dialogue - Dr. Birgitta Alakare, Directrice, psychiatre, thérapeute - Neptune
Dr. Birgitta Alakare, Directrice, psychiatre, thérapeute
B.A. - Au cours de nos discussions, nos réunions de traitement, c'est la première fois que le patient peut parler de sa propre expérience, ou de ses expériences, le genre d'expériences que certains appelleraient psychotiques. Et d'autres écoutent - et entendent.

Psychose - Open Dialogue - Neptune
"Le genre d'expériences que certains appelleraient psychotiques"
Open Dialogue - Neptune
Dr. Kari Valtanen, psychiatre, thérapeute familial
K.V. - Je vois parfois les clients seuls, de moi-même, mais je le fais de moins en moins souvent, car cette formule est moins souple. Les candidats sont bien moins nombreux pour ça, à cause de la nouvelle méthode. Nous avons beaucoup plus de possibilités lorsque nous avons plus de gens dans l'équipe. Et notre approche nous permet aussi d'écouter les autres lorsqu'ils parlent. Mais aussi de nous "écouter" nous-même. C'est donc utile de plusieurs façons. Je nous considère plus ou moins comme des visiteurs dans la vie des gens. Les gens nous permettent d'entrer dans leur vie, mais nous ne sommes pas ceux qui ont le plus d'importance dans leur vie. Il est plus important qu'ils soient compris par les membres de leur famille et par les membres de leur réseau social. C'est ainsi que cette personne est entendue, comprise et valorisée en tant qu'individu.



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4. Psychose et neuroleptiques


"J'étais intrigué de savoir comment les cliniciens en Laponie de l'Ouest abordaient le sujet des neuroleptiques, c'est-à-dire des médicaments antipsychotiques. Selon ce que j'ai observé et étudié, l'utilisation et la non-utilisation de neuroleptiques sont sans doute les facteurs les plus importants en lien avec la guérison de la psychose. Mais avant que l'essentiel de la relation des Finlandais avec les médicaments m'apparaisse de façon lumineuse, j'ai trouvé qu'il était important d'explorer le contexte non seulement des neuroleptiques, mais de la conception même que les Finlandais se font de la psychose." Daniel Mackler, réalisateur

Open Dialogue - Neptune
"L'utilisation ou la non-utilisation de neuroleptiques sont sans doute les facteurs les plus importants en lien avec la guérison"

Open Dialogue - Jaikko Seikkula Neptune
Jaikko Seikkula, psychiatre, fondateur d'Open Dialogue

J.S. - Nous pourrions tous souffrir de problèmes psychotiques. La psychose est une réponse à une situation de vie très difficile. Si j'étais confronté à une situation qui me causait beaucoup de stress, je pourrais, par exemple, commencer à entendre des voix. Et ces voix ou expériences peuvent comprendre des événements qui se sont produits au cours de ma vie.

Au début, il est peut-être impossible de comprendre ce que quelqu'un souffrant de psychose dit, et je suis très désorienté. Mais par la suite, je commence à percevoir qu'elle parle de choses qui lui sont arrivées dans sa vie, et que c'est peut-être la première fois qu'elle a la possibilité d'exprimer ces expériences. C'est une façon métaphorique de parler de choses pour lesquelles jusqu'alors on n'avait aucun mot. Pour cette raison, il est important, extrêmement important d'écouter ses paroles, de les prendre au sérieux pour que peu à peu, elle trouve encore plus de mots pour articuler son expérience.

Open Dialogue - Jaikko Seikkula Neptune
"Si j'étais confronté à une situation qui me causait beaucoup de stress, je pourrais, par exemple, commencer à entendre des voix." Jaikko Seikkula
Open Dialogue -  Neptune
Mia Kurtti, thérapeute familiale
M.K. - Il y a une sorte de dilemme dans votre vie, votre vie émotionnelle. Et quand vous commencez à travailler sur ce dilemme, les symptômes peuvent disparaître.
Open Dialogue -  Neptune
Elina Löhönen, Riitta-Liisa Heikkinen, Eija Lampela, Mia Kurtti, thérapeutes familiales
Elina - Nous devons les écouter, vraiment écouter et les laisser raconter leur histoire. On ne peut pas dire qu'elle soit fausse. Peut-être que certaines histoires sont tellement... (hésite)
Eija - ... folles ?
Elina - (hésite) folles peut-être, quel est le mot juste ?
Riitta-Liisa - Nous devons poser davantage de questions à propos des hallucinations et nous devons tenter de comprendre ce qui est arrivé. Nous ne disons pas "Vous êtes insensé, c'est impossible !"
Elina - Nous n'avons aucun droit de nier leurs expériences comme impossibles, parce que nous n'en savons rien (approbations). Nous ne devons pas seulement utiliser les mots "système de Dialogue ouvert" : le dialogue doit réellement être ouvert.
Open Dialogue -  Neptune
"Au début, il est peut-être impossible de comprendre ce que quelqu'un souffrant de psychose dit". Jaikko Seikkula
K.V. - Je prescris rarement, très rarement des médicaments antipsychotiques.
D.M. - Pour quelle raison ne les vous prescrivez que rarement ?
K.V. - En fait, je prescris rarement des médicaments. Voilà donc un argument... La création de sens psychotique est de la création de sens. Je veux dialoguer à partir de la création d'un sens... et je ne crois pas que nous devrions médicamenter la création de sens psychotique.

Open Dialogue - Dr Kari Valtanen Neptune
Dr Kari Valtanen, psychiatre et thérapeute familial

Open Dialogue - Neptune
J'ai fini par passer deux semaines en Finlande du Nord
Open Dialogue - Neptune
Interview par le journal Pohjolan Sanomat
D.M. - Dans la plupart des pays du monde, lorsqu'une personne est atteinte de psychose, on la met immédiatement sous forte médication.
P.S. - Est-ce que c'est dans le monde entier ou uniquement en occident ?
D.M. - Certainement en occident, mais ça se répand partout ailleurs. Pourtant des recherches (1) montrent que les personnes souffrant de psychose se portent mieux dans les pays du tiers monde.

(1) Jablencky, A. (1992)  Psychol. Medicine. Suppl 20, p 1-95. OMS Studies
R.W. - Ils ont comparé les résultats concernant la schizophrénie dans les pays pauvres, particulièrement en Inde, au Nigéria et en Colombie, aux résultats des pays riches, les Etats-Unis et d'autres pays européens, dits "pays développés" (2). Dans cette enquête, on a trouvé que les résultats sur deux ans et cinq ans (3) étaient vraiment meilleurs dans les pays pauvres, surtout en Inde et au Nigeria (4). Le contraste était si fort qu'ils ont conclu que de vivre dans un pays développé était "un facteur prédictif si fort qu'on ne pourrait pas y guérir d'une crise psychotique ou de schizophrénie". L'une des hypothèses de l'Organisation mondiale de la santé était que "peut être que la différence réside dans le fait que les gens des pays plus pauvres prennent mieux leurs médicaments. Ils vivent dans un environnement différent, où on observe mieux les prescriptions du médecin". Ils se sont donc penchés sur la consommation de médicaments. L'hypothèse était que "plus grande est la consommation de médicaments, meilleurs sont les résultats". Et ils ont fait l'hypothèse que les médicaments changent le cours à long terme de la schizophrénie et de la psychose. C'est une hypothèse valable - c'est ce qu'on attend des médicaments quand on les trouve utiles.

Mais qu'ont-ils découvert ? Que dans les pays les plus pauvres, seuls 16 % des patients prenaient régulièrement des médicaments antipsychotiques, alors que bien sûr, ce sont les soins standards des pays développés. Ainsi, dans cette étude, nous avons trouvé de bons résultats à long terme et des taux de guérison beaucoup plus élevés, associés au fait de ne pas garder les gens sous médication. D'ailleurs, les chercheurs de l'OMS ont finalement réalisé un suivi à 25 ans auprès des patients des pays pauvres, et ce qui est remarquable, c'est qu'environ 70 % - je n'ai plus le chiffre exact en tête - des personnes du groupe initial de patients en Inde et au Nigeria, que des médecins occidentaux, et non locaux, avaient diagnostiqués comme schizophrènes - selon les paramètres occidentaux -, étaient asymptomatiques 20 à 25 ans plus tard, et travaillaient. Ils n'étaient plus schizophrènes, ni psychotiques.


(2) Danemark, Tchecoslovaquie, Royaume-Uni, Taiwan, Russie
(3) Une étude portait sur 2 ans, l'autre sur 5 ans
(4) NDLR : ceci est confirmé par le paragraphe "Caractéristiques liées à la culture, à l'âge et au sexe culturels" dans le DSM-IV, chapitre "Schizophrénie". "Des différences culturelles ont été observées dans la présentation, l'évolution, et le devenir de la Schizophrénie. On a rapporté que le comportement catatonique était relativement peu courant parmi les individus  présentant une Schizophrénie aux États-Unis mais plus fréquent dans les pays non occidentaux. Les individus présentant une Schizophrénie dans les nations en voie de développement ont tendance à avoir une évolution plus aiguë et un meilleur pronostic que les sujets des nations industrialisées."

Open Dialogue R. Whitaker- Neptune
Robert Whitaker, journaliste médical, USA


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5. Eviter l'hospitalisation


"J'ai appris pendant mon séjour en Laponie de l'Ouest que les praticiens du Dialogue ouvert conçoivent la psychose très différemment de la façon dont la voient la plupart des gens aux États-Unis. En Amérique, la psychose est généralement vue comme un problème qui réside dans le cerveau d'un individu, ce qui explique pourquoi on traite les gens en les retirant de leur vie quotidienne en les hospitalisant, en leur administrant des médicaments qui agissent sur le cerveau. En Laponie de l'Ouest, en revanche, on conceptualise la psychose comme un problème qui a pour origine l'espace entre les individus, c'est-à--dire un problème qui provient des relations interpersonnelles. Ainsi, leur traitement vise la participation dans les réseaux sociaux, la reconstruction des relations, et, si possible, évite aux gens l'expérience aliénante et stigmatisante de l'hospitalisation." Daniel Mackler, réalisateur.



Open Dialogue - Keroputaan Hopital - Neptune
Entrée de l'hôpital de Keroputaan

T.H. - Le plus souvent, les patients sont admis à l'hôpital parce qu'ils ont besoin d'un abri ; ils ont besoin d'être dans un lieu sûr, assez sûr pour qu'ils ne se suicident pas. Ou s'ils sont gravement psychotiques, l'hôpital peut être un havre de paix.Open Dialogue - <br />- Neptune
Timo Haaraniemi, infirmier, thérapeute familial
Open Dialogue - <br />- Neptune
Päivi Vahtola, infirmière, thérapeute familiale
D.M. - Pourquoi préférez-vous éviter l'hôpital aux gens ?
P.V. - Si toute la psychose ou la situation se résout sans que la personne soit hospitalisée..
D.M. - S'ils sont capables de s'en sortir sans aller à l'hôpital ?
P.V. - Oui. C'est beaucoup mieux pour le patient et pour la famille. Ils n'auront pas un historique d'hospitalisation psychiatrique.
Open Dialogue - <br />- Neptune
Dr. Birgitta Alakare, Directrice, psychiatre, thérapeute
B.A. - Je me souviens d'une famille avec qui nous avons travaillé au début des années 1990. Ils avaient un fils de 25 ou 26 ans, qui est venu à l'hôpital pour quelques jours. Ensuite nous avons demandé à la famille ce qu'elle pensait de ce qui était arrivé, et ils ont dit que ça avait été très dur quand leur fils était à l'hôpital, et très dur aussi de le soigner quand il était revenu à la maison, mais que c'était bien plus facile de l'avoir chez eux. Ils ont dit que c'était une erreur de l'envoyer à l'hôpital.
Mia Kurtti, infirmière psychiatrique, thérapeute familiale - NeptuneMia Kurtti, infirmière psychiatrique, thérapeute familialeRiitta-Liisa Heikkinen, thérapeute familiale - Neptune
Riitta-Liisa Heikkinen, thérapeute familiale
Eija Lampela, thérapeute familiale - Neptune
Eija Lampela, thérapeute familiale
M.K. - Une autre raison sérieuse est lorsqu'une personne n'a pas dormi depuis, disons une semaine, et qu'il lui faut un lieu où elle peut se sentir en sécurité. Mais on peut aussi créer cet environnement chez eux, si on peut coopérer avec la famille.
D.M. - Donc, vous pouvez travailler sur ce genre de problème chez les gens ?
M.K. - Oui. Et nous pouvons y aller tous les jours. Nous pouvons, par exemple, faire une réunion de traitement, et ensuite une infirmière peut rester là pendant le quart de nuit.
D.M. - Toute la nuit ?
M.K. - Oui.
D.M. - Avec la famille, à la maison ?
M.K. - Oui.
D.M. - Alors ceci élimine complètement le recours à l'hospitalisation...
M.K. - Oui, et quand nous sommes chez eux, il y a plus d'occasions d'avoir des conversations sur la situation.
E.L. - Très souvent, des membres de la famille viennent aider la famille.
R.L.H. -  C'est très typique dans le cas d'adolescents psychotiques, s'ils vivent chez leurs parents, que ceux-ci prennent congé pour être à la maison avec leur enfant - et nous les voyons chaque jour au cours des deux premières semaines.
B.A. - Quand nous soignons les gens chez eux, c'est toujours important d'avoir des réunions de traitement chaque jour au début, puis de les continuer aussi souvent que nécessaire.

Open Dialogue - Maison finlandaise - Neptune
"Quand nous sommes chez eux, il y a plus d'occasions d'avoir des conversations sur la situation"


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Dernière édition par Neptune le 17/9/2017, 20:51, édité 8 fois

6. Utilisation sélective de la médication


"Même si, idéalement, je préfère un système de santé mentale pour la psychose qui évite complètement les neuroleptiques, les cliniciens finlandais du Dialogue ouvert ont adopté un modèle d'administration sélective de médicaments qui se rapproche plus de mon idéal qu'aucun autre programme majeur que j'ai vu aux États-Unis. C'est pour cette raison que j'ai trouvé leur approche fascinante, et souvent basée sur tant de sens commun, que je me suis demandé pourquoi il n'était pas plus répandu dans le monde occidental." Daniel Mackler, réalisateur.




Open Dialogue - <br />Usage sélectif des médicaments - Neptune

Open Dialogue - Neptune
Markku Sutela, psychologue, thérapeute familial
M.S. - Bon nombre de gens psychotiques qui nous consultent se voient prescrire un médicament, mais c'est pour une courte durée, pour les sortir du pire de la crise. Nous discutons toujours ensuite de leurs médicaments. Le but est plus de minimiser la médication.
D.M. - Et de quels types de médicaments parlez-vous ?
M.S. - Heu, je ne suis pas un spécialiste, mais moins des neuroleptiques, que des somnifères ou des anxiolytiques. Maintenant, c'est bien normal et habituel pour nous que nous discutions beaucoup de médicaments. De plus, quand les psychiatres veulent prescrire des médicaments, je leur demande toujours "Pourquoi prescrivez-vous ceci ? Qu'espérez-vous ? Y aurait-il une autre solution ?"
D.M. - Et vous dites ça devant le client ?
M.S. - Oui, parce que c'est loyal. C'est juste de dire ce qu'on pense, quels sont nos préjugés, nos pratiques, en face du client.
Open Dialogue - Neptune
Mia Kurtti, infirmière psychiatrique, thérapeute familiale
M.K. - Nous administrons les médicaments durant la première semaine. La situation est qu'ils nous appellent et que nous les voyons dans les 24 heures qui suivent, et habituellement le client n'a pas dormi depuis une semaine ou deux. Donc, la plupart du temps, les médicaments ne sont administrés que pour un court moment, quatre ou 5 jours environ, pour aider la personne à retrouver le sommeil.Cependant, nous utilisons les neuroleptiques dans certains cas mais à court terme, et en doses légères.
D.M. - J'ai une question : quand nous étions là haut, dans la salle du personnel, je jouais avec un stylo. Vous avez remarqué ?
M.K. - Non ...
D.M. - Je jouais avec un très joli stylo et je me suis dit : "Quelqu'un a oublié son beau stylo !". Je l'ai tourné de l'autre côté et j'ai vu qu'il y était inscrit "Xeroquel". J'ai pensé : "Ils ont même envahi cet endroit !"  
M.K. - (rit)
D.M. - Et puis j'ai vu des gens qui uitisaient des tapis de souris où était inscrit...
M.K. - Risperdal ...
D.M. - Oui, et Effexor.
M.K. - Bien sûr que les compagnies pharmaceutiques viennent ici, pour parler des médicaments avec les médecins. Et souvent ils apportent de bonnes choses à manger, des pancakes, des trucs comme ça. De plus, nous allons avoir une journée de formation pour le personnel cet automne et nous avons invité un représentant de la compagnie pharmaceutique à venir parler du Xeroquel ; ils nous payent ensuite le déjeuner à tous. (rit)
D.M. - Qu'est-ce que vous pensez de ça ?
M.K. - Ca m'est égal, puisque nous n'allons que les écouter.
D.M. - Est-ce vraiment tout ?
M.K. - Oui. En fait, Birgitta, qui est notre médecin à la clinique, a dit qu'elle ne les inviterait pas. Elle ne fera pas ça. Mais l'une de nos infirmières est allée à leur journée d'information, puis les a invités, et nous avons dit : "C'est bon, vu que nous allons avoir un déjeuner gratuit, prenons-le !"
K.V. - Ici, nous pensons toujours en nombre de cachets que nous prescrivons. Nous ne prescrivons pas une boîte de cachets. Nous donnons plutôt deux à quatre cachets pour un ou deux jours. Il y a tant d'autres façons d'aider. (note du réalisateur : le régime, le sport, un bon sommeil, écire son journal intime, l'amitié, la sobriété, le travail, le yoga, la nature, les arts, la musique, le soutien, la danse, les vitamines, l'amour) Il y a beaucoup de choses qui améliorent l'état des gens, bien plus que les médicaments. Je peux présenter les médicaments comme un des choix, quelque chose dont on peut discuter, en pesant les bénéfices et les désavantages potentiels, les effets potentiels, les effets secondaires potentiels. Mais si nous trouvons d'autres méthodes de travail, je n'ai même pas besoin de parler de cette option. En général, quand nous travaillons, il y a tellement de possibilités que nous n'abordons même pas celle des médicaments.Open Dialogue - Neptune
Dr Kari Valtanen, psychiatre et thérapeute familial

Open Dialogue - Neptune
"Si nous trouvons d'autres méthodes de travail, je n'ai même pas besoin de parler de cette option."
R-L. H. - Selon moi, au début du traitement - c'est mon avis personnel - il faut éviter les neuroleptiques. Mais s'il le faut, il le faut. Il existe des situations où le patient a besoin de neuroleptiques. Ce genre de situation arrive. Ce qui importe, c'est la façon dont nous parlons de ces médicaments, et nous devons faire attention aux dosages pour qu'il n'y ait pas d'effets secondaires.
D.M. - Je voudrais savoir, quand un patient nécessite l'usage de neuroleptiques plus tard dans le traitement, considérez-vous cela comme un échec ?
R-L. H. - Non. (réfléchit) Non.
D.M. - Il me semble que si quelqu'un a besoin de neuroleptiques, c'est qu'il n'est pas guéri, n'est-ce pas ?
R-L. H. - C'est cela... mais j'ai aussi vu des situations où les patients ont pris des neuroleptiques plus tard, mais ils ne les prenaient que pour quelques mois, parfois pour un an ou deux de petites doses, puis ils n'en ont plus eu besoin. Si le patient prend déjà des médicaments, nous n'arrêtons pas le traitement.
D.M. - Vous n'arrêtez pas le traitement ?
R-L. H. - Non, nous continuons le traitement tant qu'ils prennent leurs médicaments, par exemple des neuroleptiques.
D.M. - Dans le but de les aider à s'en sevrer ?
R-L. H. - Oui, oui. Dans le but de les aider à s'en défaire.
Open Dialogue - Neptune
Riitta-Liisa Heikkinen, thérapeute familiale
Open Dialogue - Neptune
Dr. Birgitta Alakare, Directrice, psychiatre, thérapeute
D.M. - Au cours d'une année, parmi tous les patients ayant des problèmes de psychoses que vous voyez, quel est le pourcentage de ceux à qui l'on prescrit des neuroleptiques ?
B.A. - Environ 30%
D.M. - Donc 70 % ne reçoivent jamais de neuroleptiques ?
B.A. - Oui, c'est cela. Je me souviens de deux patients à qui j'avais prescrit des médicaments, et à qui j'avais dit "Vous devez les prendre !". Mais ils ne les ont jamais pris, et ils se sont bien remis quand même !
D.M. - Il y a donc des cas où vous avez prescrit des médicaments, mais ils ne les ont même pas pris ?
B.A. - Oui, et j'ai essayé de leur dire qu'ils y étaient obligés.
D.M. - Et ils ne l'ont pas fait ?
B.A. - C'est ça, et ils se sont quand même rétablis.
D.M. - A l'encontre de vos recommandations.
B.A. - Oui.
J.S. - Ce n'est pas l'un ou l'autre, soit avec médicaments, soit sans médicaments, mais on peut le considérer au besoin comme faisant partie du traitement.
D.M. - Au besoin, c'est compliqué... Qui décide ce qui est nécessaire ?
J.S. - Nous le décidons ensemble, au cours de la réunion.
D.M. - Est-ce que vos collègues sont parfois d'une autre opinion ?
J.S. - Absolument. C'est utile. Si les collègues sont d'un autre avis, on en discutera ouvertement. Un collègue peut penser que les antipsychotiques n'aideront pas un client, alors qu'un autre collègue peut penser que si. Donc c'est très important d'en discuter ouvertement.
Open Dialogue - Neptune
Pr Jaakko Sekkula, fondateur de la méthode Open Dialogue
Open Dialogue - Neptune
Interview par le journal Pohjolan Sanomat
P.S - Maintenant je vous demande à propos de votre documentaire : quand il sortira, qu'est-ce que ce sera ?
D.M. - Je ne sais pas encore ! Je ne sais pas ! Je tourne ce film d'abord pour montrer aux gens dans le monde qu'il y a de meilleurs traitements que les traitements conventionnels.
R.W. - Ici aux États-Unis, où nous avons vraiment adopté les soins basés sur la médication à vie, nous sommes témoins d'une explosion du nombre de gens dits "souffrant de problèmes mentaux", et nous voyons tant d'autres problèmes, tels que les morts précoces et des taux d'emploi décroissants. Et là-bas où l'on a utilisé ce modèle de médicaments administrés de façon sélective, que trouve-t-on ? Le contraire. Alors, que nous reste-t-il à faire ? De toute évidence, nous devrions aller en Laponie de l'Ouest, comme vous allez le faire, s'ils acceptent de nous recevoir, et essayer de comprendre ce qu'ils font, puis tenter de les imiter.Open Dialogue - Neptune
Robert Whitaker, journaliste spécialisé, USA


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7. Le risque de ne pas prescrire


"J'ai découvert qu'en Laponie de L'Ouest, les cliniciens n'ont pas peur, contrairement à de nombreux collègues progressifs aux États-Unis, de s'attirer des ennuis pour le travail qu'ils font. Ceci, je l'ai compris, vient du fait que les Finlandais ne travaillent pas dans un système de santé mentale qui sans cesse leur fait comprendre qu'ils enfreignent le code de traitement, et que ceci peut causer du tort à leurs clients. L'ironie de la chose, c'est qu'aux États-Unis, nous qui utilisons systématiquement les antipsychotiques pour soigner la psychose, obtenons de très mauvais résultats et créons ainsi une épidémie de souffrances". Daniel Mackler, réalisateur

Open-Dialogue
Le réalisateur évoque, par une attaque d'un volatile sur un autre plus petit, la lutte du pot de terre contre le pot de fer...

D.M. - Alors je vous pose la question : prenez-vous un grand risque en ne prescrivant pas immédiatement des neuroleptiques ?
M.K. - Que voulez-vous dire par "risques" ?
D.M. - Pourriez-vous perdre votre licence d'infirmière ?
M.K. - (incrédule) Si je ne fais pas quoi ? Si je ne dis pas aux gens qu'ils devraient prendre des médicaments ?
D.M. - Oui
M.K. - Bien sûr que non ! Comment avez-vous eu cette idée ? (éclate de rire)
D.M. - Laquelle ? Que vous pourriez perdre votre licence ?
M.K. - Oui.
D.M. - Cela aurait pu se produire tous les jours ! Donc il n'y a aucun risque ici ?
M.K. - Non, aucun, non.
D.M. - Vraiment ? Vous ne pourriez pas avoir d'ennuis ?
M.K. - Non ! Moi en tant suis infirmière...
D.M. - Mais Birgitta, ne pourrait-elle avoir des ennuis pour son travail ?
M.K. - Non.
D.M. - Pourquoi ?
M.K. - Parce que tout est basé sur les résultats du traitement. Tout le monde sait qu'on n'a pas besoin de neuroleptiques au début pour guérir les maux des gens.
D.M. - Et votre système peut le prouver avec des recherches ?
M.K. - Oui, oui, oui, oui.


Mia Kurtti, infirmière psychiatrique, thérapeute familiale
Mia Kurtti, infirmière psychiatrique, thérapeute familiale

D.M. - Risquez-vous de perdre votre permis d'exercice de la médecine à cause du type de travail que vous faites ici ?
K.V. - (réfléchit, sourit)
D.M. - ... puisque vous vous êtes tellement éloigné de l'approche médicale ?
K.V. - Non, je ne crois pas ... euh... non... (réfléchit puis en souriant) Non. Si je travaillais dans un autre contexte, ce serait assez difficile. Mais tout le personnel ici est très bien formé. Nous avons presque tous une formation en thérapie familiale, et notre service en entier a pour base cette méthode de travail. Il y a beaucoup d'études en cours, qui nous donnent une base solide pour exercer notre travail. (1)

Dr Kari Valtanen, psychiatre et thérapeute familial
Dr Kari Valtanen, psychiatre et thérapeute familial
(1)
Etudes Open Dialogue - Neptune
Etudes Open Dialogue - Neptune
Interview de Daniel Mackler par la presse locale
Interview de Daniel Mackler par la presse locale
D.M. - Dans le monde occidental, les médicaments neuroleptiques sont prescrits presque partout. Les médicaments sont considérés comme le meilleur traitement, et si un thérapeute ou un organisme ne les prescrit pas, on les considère comme dangereux. On considère cela comme un "mauvais traitement".

"Il est très difficile de survivre en tant qu'individu pouvant prescrire des médicaments, sans prescrire des antipsychotiques à ses clients. Et même si on est thérapeute sans pouvoir prescrire, on doit travailler dans les paramètres du modèle de soins basé sur la médication. Cela montre l'extraordinaire force qu'a cette fable créée aux États-Unis en partenariat, et qui a étendu son influence très loin. Elle est née de l'entente entre l'industrie pharmaceutique et la psychiatrie universitaire, de concert avec l'Alliance nationale en santé mentale (NAMI), et nous raconte essentiellement un mensonge, qui a réussi à se faire passer pour une vérité que l'on croit très profondément." Robert Whitaker

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8. Les meilleurs résultats du monde occidental


"Voyons les chiffres : quels sont leurs résultats ? C'était, après tout, un bref compte rendu de leurs résultats pour le traitement de la psychose qui m'a mené en Finlande du Nord au début, et ce sont ces résultats qui attirent l'attention du monde". Daniel Mackler, réalisateur.
Resultats Open Dialogue - Neptune

Resultats Open Dialogue - Neptune
A Tornio, les 2/3 de la population étudiée n'ont pas pris d'antipsychotiques...

Resultats Open Dialogue - Neptune
... et la moitié de ceux qui en ont pris, n'en prennent plus 5 ans après. Donc les 5/6 de la population étudiée, soit 84%, n'a jamais eu besoin, ou n'a plus besoin d'antipsychotiques.

R.W. - L'adoption de l'administration sélective de médicaments vient d'une étude nationale finlandaise sur les soins psychiatriques. Il y avait 6 sites dans l'étude :
3 sites n'avaient pas administré de médicaments aux gens au début :

  • Kupittaa Hosp. (Turku)
  • Western Lapland (Tornio)
  • Jorvi Hosp. (Espoo)

3 autres l'avaient fait :

  • Lohja
  • Turku Psy. Clinic
  • Jyväskyla

Tous ont fourni des soins psychothérapeutiques. Ce que l'on pensait dans les sites expérimentaux, c'est que si les gens commençaient à avoir besoin de médicaments, on pouvait leur en donner.
1. Tout d'abord, les sites expérimentaux ont obtenu de meilleurs résultats en général.
2. De plus, ce sont les patients des sites expérimentaux qui n'avaient jamais pris de médicaments au cours de l'étude qui ont obtenu les meilleurs résultats.
Mais il y a une autre chose fondamentale : parmi ces trois sites, un seul, au bout de 6 semaines, s'était vraiment efforcé d'éviter les médicaments : c'était en Laponie occidentale. Les deux autres étaient revenus aux soins traditionnels et avaient prescrit des médicaments. Ainsi, non seulement ils ont observé une progression dans l'état des gens au bout de 6 semaines, mais ils ont maintenu cette progression. Et qu'est-ce que ceci a généré ? Cela a évolué en une forme de traitement qui donne les meilleurs résultats du monde occidental, de loin. Comment administrent-ils les médicaments ? Seulement le 1/3 des patients qui en sont à leur première crise psychotique ont eu à prendre des antipsychotiques dans les 5 ans. Donc, si vous prenez 100 patients qui en sont à leur première crise psychotique en Laponie de l'Ouest, il n'y en aura que 33 parmi ceux là, au bout de 5 ans, qui auront pris la moindre dose. Et seulement une vingtaine parmi les 100 qui prendront des médicaments de façon régulière.

Le résultat ? Au bout de 5 ans, 85 % des patients qui en sont à leur première crise psychotique sont asymptomatiques, et sont soit au travail, soit de retour à l'école. Ainsi, seulement 15 % d'entre eux sont devenus des malades chroniques et reçoivent des prestations d'invalidité de la Finlande - tandis qu'aux États-Unis, si vous avez une première crise psychotique, ou une première crise de schizophrénie, on vous dit "Nous allons vous stabiliser, puis vous demanderez des prestations d'invalidité." C'est ce qui se fait habituellement. Ceci nous indique qu'une autre issue est possible. Radicalement possible. Par ailleurs, ils font ceci depuis 20 ans déjà, ou 18 ans, ce n'est donc pas une étude frauduleuse. Elle n'est pas frauduleuse, et ils ont fait étude après étude. C'est la meilleure étude de cohorte de patients de toute l'Europe. (suit une liste de 59 publications de Jaakko Seikkula)
J.S. - Tornio était l'un des sites de recherche où les antipsychotiques n'avaient pas été administrés au début du traitement. De cette façon, on verrait comment notre solide intervention psychologique aidait les gens, et que les antipsychotiques n'étaient administrés que si la thérapie ne les soutenait pas assez. Sur une durée de 5 ans, le tiers de nos clients a pris des médicaments antipsychotiques, et les deux tiers n'en ont pas pris. Parmi ceux qui ont pris des antipsychotiques, la moitié a pu s'en sevrer.
D.M. - Ainsi, parmi le tiers de ceux qui ont pris des médicaments, la moitié de ces gens a pu se sevrer des médicaments ?
J.S. - Oui.
D.M. - Donc maintenant, à la fin de ces 5 ans, un sixième des gens prennent encore des médicaments, et un seul tiers en a déjà pris.
J.S. - Oui, oui, oui. C'est donc déjà assez différent de la conception répandue selon laquelle on devrait toujours administrer des médicaments antipsychotiques.
D.M. - Des 85 % qui ont guéri en 5 ans, quel pourcentage prenait des médicaments, et quel pourcentage n'en prenait pas ?
J.S. - Je n'ai pas étudié la question sous cet angle, mais la plupart ne prenaient pas de médicaments.
D.M. - La plupart, ça veut dire plus de 50 % ?
J.S. - Non, 90 %.
Jaakko Seikkula, professeur de psychologie, fondateur d'Open Dialogue - Neptune
Jaakko Seikkula, professeur de psychologie, fondateur d'Open Dialogue
Etudes Jeikko Seikkula - Neptune
"Ils font ceci depuis 20 ans déjà, ou 18 ans, ce n'est donc pas une étude frauduleuse. Elle n'est pas frauduleuse, et ils ont fait étude après étude."



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Une rue de Tornio

9. Au revoir la schizophrénie


"Vers la fin de mes deux semaines en Finlande, je me suis rendu compte qu'il y avait une question qui me revenait encore et encore, c'était que l'approche du Dialogue ouvert n'était pas un système de santé mentale alternatif ici - c'était le système de santé principal ! Au cours des trois dernières décennies, ils avaient donné l'exemple en convertissant un système psychiatrique traditionnel avec son immense hôpital grouillant de gens et ses mauvais résultats, en l'opposé." Daniel Mackler, réalisateur.
"Une autre chose franchement extraordinaire s'est produite en Laponie de l'Ouest et soutient cette potentialité. Dans les années 1960, 1970 et 1980, cette région de Finlande avait l'un des plus haut taux de schizophrénie de toute l'Europe. Puis ils établissent cette transformation, et établissent cette thérapie appelée le Dialogue ouvert pour les patients qui en sont à leur première crise psychotique. Et la schizophrénie est en train de disparaître de cette région. Ils en sont à 2 cas pour 100.000 habitants, une baisse de 90 % des cas de schizophrénie ici. Et pourquoi ? Parce que leurs cas de première crise ne deviennent pas chroniques. Le nombre de cas en première crise reste stable, ils ont toujours un problème de psychose dans la société, mais comme ils appliquent une forme de traitement qui ne prend pas les gens pour des malades chroniques, la schizophrénie est en voie de disparition." Robert Whitaker, journaliste médical, USA. Open Dialogue - 1970 - Neptune
"Dans les années 1960, 1970 et 1980, cette région de Finlande avait l'un des plus haut taux de schizophrénie de toute l'Europe (...) Aujourd'hui: 2 cas pour 100.000 habitants"
Birgitta Alakare, Directrice, psychiatre - Neptune
Birgitta Alakare, Directrice, psychiatre
D.M. - On tient généralement pour acquis bien sûr qu'une fois que quelqu'un est atteint de schizophrénie, il restera schizophrène, mais pas vous ?
B.A. - Non. Je pense que le mot "schizophrénie" nomme simplement quelque chose, mais qu'on peut devenir très bien portant par la suite.
D.M. - Sans médicaments ?
B.A. - Sans médicaments.
M.S. - Nous étudions ce que nous faisons avec grand soin, pour voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.
K.V. - Je ne vois pas en quoi ceci est très radical. Je ne sais pas, peut-être que quelqu'un pourrait voir ça comme radical, mais de mon point de vue, cela ne l'est pas.
R-L. H - Et c'est très important qu'on y croie. Je crois vraiment que la situation peut changer.
D.M. - Qu'est-ce qui vous fait croire en cela ?
R-L. H - J'y crois parce que j'ai vu beaucoup de patients et leurs familles survivre à ce genre de situation. Et puis, je ne sais pas, j'y crois... j'y crois !
M.K. - J'ai vu qu'on peut guérir de la psychose, sans médicaments forts et sans hospitalisation, donc c'est ainsi que je pense.
D.M. - Vous pensez que les gens peuvent guérir ?
M.K. - Oui... non seulement je le crois, mais je sais que c'est vrai : je l'ai vu !
D.M. - Alors vous voyez des gens psychotiques se rétablir ici, guérir sans médicaments ?
M.S. - Oui, oui. Pas facilement, mais nous les voyons se remettre.
Markku Sutela, psychologue, thérapeute familial - Neptune
Markku Sutela, psychologue, thérapeute familial
Open Dialogue - Neptune"Le DSM-IV facile, guide des cliniciens pour le diagnostic" D.M. - Ce point n'est jamais assez souligné, et cela demande des explications. D'après les définitions de la psychiatrie conventionnelle, les gens ne peuvent être diagnostiqués comme étant schizophrènes que si leurs symptômes psychotiques persistent durant plus de 6 mois. Ainsi, s'ils guérissent de leur psychose avant la fin de ces six mois, ce qui se passe souvent en Laponie de l'Ouest, grâce au Dialogue ouvert, on ne les identifie jamais comme ayant été schizophrènes.  

10. Que coûte Open Dialogue ?


D.M. Voici une façon dont on pourrait critiquer Open Dialogue. On pourrait dire : "Autant de thérapeutes doit coûter très cher."
M.S - Comment cela ? À long terme, nous économisons de l'argent en nous réunissant en équipes, car c'est plus efficace. On n'a pas besoin d'avoir tant de réunions que cela
B.A. - Cette région est assez pauvre. Les communes locales essaient toujours d'économiser. C'est pourquoi ce n'est pas facile de leur expliquer que cette approche fait économiser de l'argent à long terme, puisque l'on fait de la prévention. Il y a toujours un manque d'argent. Nous devrions avoir plus d'infirmières et de psychologues au sein du personnel, pas beaucoup, mais quelques uns de plus. La question d'argent n'est pas importante. J'essaye de dire aux collègues qu'ils ne doivent pas s'en soucier. C'est mon souci à moi.
M.S - Quand nous travaillons en équipe et que nous rencontrons les gens avec leurs femme, leur mari, leur famille, nous ne devons pas les revoir aussi souvent, pour une raison ou une autre. Je crois que c'est parce que nous avons leurs différents points de vue plus rapidement. Nous pouvons mener une discussion plus large sur les sujets.

Open Dialogue - Neptune
Dr Birgitta Alakare, Directrice, psychiatre
Financement - Open Dialogue - NeptuneR-L. H. - Quand nous rencontrons un patient, nous envoyons la facture à la municipalité.
D.M. - Et ils payent ?
R-L. H. - Oui, nos impôts servent à cela
M.S - Notre système fonctionne à long terme - mais en Finlande les individus qui prennent les décisions économiques ne regardent pas plus loin que le bout de leur nez.
D.M. - Qui paye pour tout ceci ?
J.S. - C'est un service d'État, il est donc gratuit pour les clients.
D.M. - Un service d'État - gratuit pour les clients. Ainsi on peut avoir des centaines de sessions pendant deux ans et tout est gratuit ?
J.S. - Tout est gratuit, oui.

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Salle animée - Open Dialogue - Neptune
"C'est drôle, je ne sais toujours pas où se trouve le bureau de Birgitta"

Epilogue...


D.M. (à l'assemblée, dans une pièce animée, apparemment une salle de détente)  - C'est drôle, je ne sais toujours pas où se trouve le bureau de Birgitta.
M.S. - Ah, personne ne sait (rires). Ah oui, son bureau et à l'hôpital Kerpoudas, mais elle n'y est jamais.
D.M. - Parce qu'elle travaille ? Elle voit les clients, c'est ça ?
M.S. - C'est ce qu'on dit : difficile de l'y trouver, car soit elle est dans la salle des malades, ou elle parle à quelqu'un, ou qu'elle va dans la communauté urbaine.
D.M. -  C'est  intéressant d'avoir une directrice d'hôpital qui fait autre chose que du travail administratif.
M.S. - Oui, moi aussi je le pense. Et je l'apprécie beaucoup. C'est important pour notre travail que notre plus haute directrice fasse du travail de clinique comme nous, côte à côte. C'est si précieux - et rare.

Open Dialogue - Neptune
Timo visite la psychiatrie traditionnelle

"J'ai fini par passer deux semaines en Finlande du Nord ; j'ai alors entretenu des rapports amicaux avec plusieurs cliniciens. En discutant avec eux hors caméra, j'ai appris, à ma grande surprise, que plusieurs d'entre eux n'avaient que peu d'expérience en dehors de la méthode du Dialogue ouvert, au point que certains semblaient sous-estimer l'importance internationale de ce qu'ils faisaient." Daniel Mackler, réalisateur.

Open Dialogue - <br />Paysage industriel en Finlande- Neptune
Paysage industriel en Finlande

D.M. - Toute votre expérience professionnelle provient donc de l'approche du Dialogue ouvert ?
T.H. - Oui. Mais j'ai fait l'expérience d'une réunion thérapeutique dans une autre région.
D.M. - Une conférence ?
T.H. - Non. Un patient est sorti de notre région géographique et est allé dans un autre endroit ...
D.M. - En dehors de votre région de travail habituelle ?
T.H. - Oui. Bien que dans notre système on l'ait soigné chez lui, quand il est arrivé dans cet autre endroit, ils l'ont hospitalisé, et nous sommes allés à une réunion là-bas pour essayer de les aider.
D.M. - Vous êtes donc allés là-bas. Comment était-ce ?
T.H. -  (soupire) ... Je n'ai pas aimé ça !
D.M. - Comment était-ce ?
T.H. - Il y avait dans la réunion une infirmière et un médecin de l'hôpital, nous deux, les infirmières, et le patient...
D.M. - Donc deux infirmières de la méthode du Dialogue ouvert ?
T.H. - Oui, et nous avons ouvert une discussion avec le patient et les infirmières - nous avons réfléchi. Nous avons essayé de parler ouvertement du travail que nous avions fait et de ce que nous pensions de la situation. Mais, pendant la réunion, le médecin ne faisait qu'écouter, et quand il en a eu suffisamment entendu, il a dit : "Ok, merci. J'en ai assez entendu". Et il est sorti.
D.M. - Il n'a donc rien dit ?
T.H. - (sourit) Non ...
D.M. - Il n'a donc pas fait un dialogue ouvert ?
T.H. - Non. Une ou deux questions peut-être, mais il n'a pas participé au dialogue.
D.M. - Ca vous a semblé étrange ?
T.H. - Oui, et je lui ai dit "Bon, vous partez maintenant ? ..."
D.M. - Et vous en avez discuté avec l'autre infirmière de votre système ?
T.H. - Oui, et quand nous en avons discuté ensemble ensuite, de la façon dont le médecin nous a quitté après avoir dit qu'il en avait suffisamment entendu, tous les deux nous avons pensé : "A quoi servait-il que nous ayons été là nous mêmes ?"

Open Dialogue - Infirmier - Neptune
Timo Haaraniemi, infirmier, thérapeute familial
Open Dialogue - NeptuneAvec la presse locale J.L. - Mais peu de gens comme vous viennent ici pour faire ce genre de travail, donc il est aussi très intéressant pour nous aussi de savoir combien les étrangers s'intéressent à ceci, surtout parce que les finlandais ne sont jamais fiers de quoi que ce soit.
D.M. - Les Finlandais ne sont jamais fiers de quoi ?
J.L. - De rien ! Nous sommes très modestes.
D.M. - Pas même de Nokia ? Mais je m'en suis aperçu ! Quand je fais des interviews avec des Finlandais, ils ne vous parlent jamais de la qualité des résultats ! Leurs résultats sont là, noir sur blanc, mais quand je leur demande de commenter, ils minimisent toujours les résultats, en les rabaissant. Et je dis "Mais soyez donc positifs !". Vous voyez ce que je veux dire ? Ils sont si modestes et humbles. Ils ont pris un risque en me laissant examiner les lieux avec ma caméra. Laisser un étranger entrer avec sa caméra, interviewer le personnel et parler avec les patients.. beaucoup d'endroits ne veulent pas que quelqu'un entre avec une caméra. Ils auraient pu me rejeter. Cela aurait été plus courant, car de nombreux endroits que je voulais visiter m'ont dit : "Vous pouvez venir, pour 6 heures, vous pouvez parer avec 2 thérapeutes, aucune conversation avec les patients, et nous voulons voir tout ce que vous mettrez dans votre film avant qu'il soit produit." Je ne savais pas s'ils allaient me laisser venir, vu que je suis un étranger, d'un autre pays. J'écrivais un mail à Jaakko Seikkula, et j'ai écrit : "Ne vous inquiétez pas, je serai très plaisant, et je poserai des questions respectueuses, et je ne vous fera pas de mauvaise publicité". Il m'a répondu "Mais non ! Vous entrez, vous demandez ce que vous voulez, et n'essayez pas de nous faire de la bonne publicité. Montrez la réalité, soyez honnête." J'ai pensé "C'est vraiment intéressant. Bravo, il a du courage."
M.K. - C'est une façon de travailler honnête, je pense. Quand quelqu'un en crise entre en psychiatrie, ils sont dans leur crise, je pense que nous sommes obligés d'être honnêtes. Ça doit être un pacte honnête. Sinon personne ne peut guérir.
B.A. - Notre personnel travaille très fort, j'y fais confiance. On peut compter sur lui, il est responsable et très bien formé. Ils savent ce qu'ils font.

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Quizz !


Les praticiens de la méthode Open Dialogue :

Ont un secrétariat chargé d'évaluer l'urgence d'un appel, et orientent celui-ci vers les urgences, ou fixent un rendez-vous pour une consultation en fonction de l'agenda des psychiatres
Répondent immédiatement à tout appel, sauf la nuit
Répondent immédiatement à tout appel, même la nuit


Les praticiens de la méthode Open Dialogue :

Rencontrent les personnes sans leur famille de préférence
Rencontrent les personnes et/ou leur famille, suivant leur souhait
Rencontrent les personnes et/ou leur famille dans leur bureau ou dans une salle de réunion à l'hôpital
Rencontrent les personnes et/ou leur famille dans le lieu de leur convenance, le plus souvent à domicile
Plusieurs réponses possibles


La méthode Open Dialogue est en usage

Dans toute la Finlande
Uniquement dans une petite partie de la Finlande


Peut-on discuter entre soignants devant le patient ?

Il importe de ne pas discuter entre thérapeutes devant les patients, cela est perturbant pour le patient et peut le mettre en doute en cas d'hésitations ou d'interrogations
Les thérapeutes peuvent discuter entre eux pendant un entretien avec le patient, et le patient participe même à cette discussion
Il importe d'avoir un langage unique face au patient; les réunions d'équipe servent à expliquer aux infirmier(e)s quel type de discours peut ou ne peut pas être tenu devant tel ou tel patient.


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