Lundbeck, alcool et Selincro (nalméfène) : après la corruption de Christian Gaussares, au tour de Philippe Castera et du Quotidien du Médecin

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Lundbeck, alcool et Selincro (nalméfène) : après la corruption de Christian Gaussares, au tour de Philippe Castera et du Quotidien du Médecin

Par Neptune le 05/07/2014

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Dernière mise à jour : 12 octobre 2014


Les laboratoires Lundbeck essayent de faire oublier le scandale de l'affaire Christian Gaussares, relaté dans nos colonnes (1), ainsi que sa corruption active du conseiller de l'Elysée, Aquilino Morelle.


Il s'agit de reconstruire une image auprès des médecins généralistes. Objectif : reprendre les ventes du Selincro, un médicament contre l'alcool, autorisé le 7 mars 2013 face à la concurrence certaine du baclofène, un générique, autorisé, lui, en 2014 (2).

Ce laboratoire fournit donc aide et conseils...et surtout, financement, à un psychiatro-acupuncturo-journaliste, Philippe Castera, recruté pour l'occasion par le "Quotidien du médecin". Auto-promotion assurée, et "travail" financé largement par Lundbeck. Enfin, si on peut parler de travail pour cette avalanche de banalités sur l'alcool.

Le quotidien du médecin financé par LundbeckLe quotidien du médecin financé par LundbeckLire l'article du quotidien du médecin

Coincidence ? Gaussares est justement aussi addictologue alcoologue. Ce psychiatre, suite à sa corruption active par Lundbeck, a été inculpé de mise en danger de la vie d'autrui de patients (affaire en cours de délibéré). Suite à des tests à 10.000 euros le patient, financés par Lundbeck qui voulait "plus de patients" pour tester un nouvel antidépresseur, une personne est décédée de mort violente par suicide  (1).
Doctissimo, l'Elysee et les psychiatres de ville ne suffisent plus à dépenser les budgets "essais vite faits" et "propagande" de Lundbeck : il faut maintenant aussi financer un journaliste du "Quotidien du Médecin".

Histoire de ratisser large et de conforter le point de vue courant et bien pensant dans cette profession, selon lequel "les laboratoires font des affaires, ce qui est normal, ils ont aussi le droit de conseiller car ils connaissent les médicaments" (4)

En gros, si vous n'avez pas le temps de lire des conseils de bon sens pendant une heure, voici le résumé de ce didacticiel :

- Face à une personne suspectée d'alcoolisme, ne pas intervenir frontalement, mais avec tact.
- Lui suggérer de diminuer sa dose quotidienne.
- Chercher les causes psychosociales de son alcoolisme.
- Et, tout à la fin de l'entretien, délivrer bien sûr une ordonnance, cela va sans dire...

Philippe Castera financé par Lundbeck

Le Selincro (nalméfène)



Ayant obtenu son AMM en 2013, il s'agit pour Lundbeck de "résister" à l'effet "Baclofène", une molécule tombée dans le domaine publique, et annoncée comme miraculeuse contre l'alcool. (2)
Les ligues anti-alcooliques hurlent contre le baclofène, car il permettrait, non sans risques, de continuer à boire modérément sans "replonger". Notre article (2) fait état de la guerre des laboratoires contre ce générique, mais aussi de ses risques : ce n'est pas un produit dénué d'effets secondaires graves.

Concernant le Selincro (3)
(3) Source : cbip
, voici un petit résumé :

D'après Lundbeck, repris par les journaux en demi faillite comme Le Monde, Le Figaro, Le Quotidien du Médecin etc., et qui accueillent la moindre annonce comme un miracle, sans aucune vérification :

le Selincro réduit de 60 % l'alcoolisme  cheers  cheers  cheers 

D'après des études plus sérieuses : (3)


- ne concerne pas les patients lourdement dépendants, avec phénomènes de sevrage

- doit s'accompagner d'une aide psychosociale

- ne sert presque à rien : "Deux études randomisées contrôlées par placebo d’une durée de 6 mois ont évalué l’efficacité du nalméfène, administré à la demande pendant 6 mois chez 1.332 patients au total. Les résultats montrent un effet à peine supérieur par rapport au placebo en termes de diminution du nombre de jours de consommation élevée d’alcool (heavy drinking days) et de la consommation totale d’alcool par jour : la différence entre les deux groupes était inférieure à 2 jours par mois de consommation élevée d’alcool, et était de 5 à 9 g d’alcool (c.-à-d. environ ½ verre de vin) par jour. Dans une troisième étude contrôlée par placebo d’une durée d’un an, le nalméfène n’a pas entraîné de diminution statistiquement significative de ces mêmes critères d’évaluation après 6 mois, mais bien après un an. Dans toutes ces études, les patients des différents groupes recevaient un soutien psychosocial, et l’effet placebo y est très important."

- au contraire : "Le nalméfène présente des effets indésirables comparables à ceux de la naltrexone tels que insomnies, céphalées, vertiges et nausées, et plus rarement hallucinations et confusions, mais contrairement à la naltrexone, une hépatotoxicité n’a pas été rapportée jusqu’à présent. Le nalméfène est contre-indiqué chez les patients traités par des analgésiques opioïdes en raison du risque d’un syndrome de sevrage brutal ainsi que chez les patients avec des antécédents récents de dépendance aux opioïdes ou de sevrage aigu à l’alcool. Le nalméfène est également contre-indiqué en cas d’insuffisance rénale sévère ou d’insuffisance hépatique sévère. En présence d’une insuffisance hépatique légère à modérée, les taux sanguins de nalméfène sont plus élevés. On ne sait pas dans quelle mesure le nalméfène influence les complications de l’alcoolodépendance."

Le psychiatre parisien Bernard Granger (6)
(6) Bernard Granger est chef de service à l'Hôpital Cochin, Paris 6e, et spécialiste en addictologie. Il n'a de liens d'intérêt avec aucun laboratoire.
est de notre avis :
"Dans le quatrième volet de sa saga du baclofène, Bernard Granger s'en prend ouvertement au  journal de référence du monde médical français Le Quotidien du Médecin, l'accusant de complaisance à l'égard de l'industrie pharmaceutique qui voit d'un mauvais œil l'éclosion d'une molécule faisant concurrence au nalméfène, médicament très contesté en raison de sa faible efficacité mais plébiscité par certains pour ses attraits financiers."
(source : http://www.baclozen.com/les-pionniers/134-bernard-granger.html)




Un peu plus tard, après les généralités publiées pendant quelques semaines, le Quotidien du Médecin, retranscrit un extrait d'interview du Pr Michel Hamon (sans permettre la lecture des articles complet de ce médecin réputé), sur les propriétés pharmacologiques des différentes molécules disponibles. L'extrait ne parle pas bien sûr des effets indésirables du Selincro-nalmefène, ni ne relate la méthodologie des essais effectués sur le nalméfène :

Publicité payée au "Quotiden du médecin" et au Pr Michel Hamon


L'article "Les traitements actuels de la maladie alcoolique" commence par critiquer poliment les produits concurrents, naltrexone, acamprosate, baclofène, GHB ou gamma-hydroxybutyrate, pour finir sur le nalméfène en ces termes :
"Le nalmefène est un antagoniste des récepteurs des opioïdes, proche de la naltrexone, mais aux propriétés pharmacologiques sensiblement différentes et surtout une pharmacocinétique très nouvelle avec une demi-vie de plus de 12 heures. En pratique, explique le Pr M. Hamon, « une seule prise de nalmefène entraîne un blocage des récepteurs durant pratiquement deux jours, ce qui optimise son efficacité et permet de réduire l’appétence à l’alcool. Un autre avantage du nalmefène, poursuit le Pr. M. Hamon, est la possibilité de prendre le produit lors des envies d’alcool sans qu’il soit nécessaire de continuer la prise de produit tous les jours. »


Avec ça, normalement vous prescrivez ou consommez du nalméfène. Les autres laboratoires achèteront-ils des pages à d'autres sites ou journaux ? Pour le baclofène, rien n'est moins sûr : c'est un générique ...



Alcool - Neptune
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(4) La "Société Française d'Alcoologie", qui a participé aux travaux préliminaires à la récente autorisation du Selincro en France, a reçu en 2013 un "don" de 70.000 euros. Source : fichier de déclaration obligatoire des dons de Lundbeck aux "Personnes Morales" en 2013, illisible sur le site de l'Ordre des Médecins, et récemment mis hors ligne par Lundbeck. Fourni sur demande dûment motivée.



Dernière édition par Neptune le 12/10/2014, 00:46, édité 8 fois

Il convient de nuancer nos propos : Philippe Castera n'est pas le seul médecin payé par un laboratoire pour écrire des points de vue dans "Le quotidien des médecins".

Rendons donc justice à ses collègues :

DE BROUCKER Thomas, neurologie, hôpital Delafontaine, Saint-Denis

Pour l’article « Le système nerveux central mis à rude épreuve » publié dans la rubrique « Dépendance à l’alcool...État de piège », dans « le Quotidien du médecin » du 24 mars 2014 :

Liens d’intérêt :
- Consultant pour Bœhringer Ingelheim, Bayer, Novartis, Biogen-Idec et Sanofi-Genzyme ;
- Travaux scientifiques pour Teva-Sanofi et Biogen-Idec ;
- Intervention en congrès : Biogen.

DERVAUX Alain, PH, service d’addictologie du Dr Laqueille, Centre hospitalier Sainte-Anne, Paris

Pour l’article « Mésusage d’alcool : ce qui doit attirer l’attention » dans la série « Dépendance à l’alcool... État de piège », paru dans « le Quotidien du médecin » du 24 février 2014 :

Liens d’intérêt : au cours de ces deux dernières années, A. Devraux a reçu des honoraires pour 20 conférences de Bristol-Myers-Squibb, Otsuka, Lilly, Lundbeck et Janssen.


PAILLE François, PU PH, Service de Médecine L - Addictologie CHU Brabois, Vandœuvre-lès-Nancy


Pour l’article « Impacts sanitaires et sociaux des conduites d’alcoolisation » de la série « Dépendance à l’alcool...État de piège », paru dans « le Quotidien du médecin » du 27 janvier 2014 :

Liens d’intérêt : le Pr François Paille a participé à des activités ponctuelles (essais cliniques, conseil, conférences) financées par les laboratoires Éthypharm, Lundbeck, D&A Pharma et Merck-Serono.

REYNAUD Michel, professeur, département de psychiatrie et d’addictologie, hôpitaux universitaires Paris Sud, APHP

Pour l’article : « Des interventions simples pour aider à réduire une consommation excessive d’alcool », de la série « Dépendance à l’alcool...État de piège », paru dans le « Quotiden du médecin » du 24 février 2014 :

Liens d’intérêt :

- Board scientifique : Merck/Serono, Reckitt, Lundbeck, DA Pharma, Ethypharm
- Conférences : Merck/Serono, Reckitt, Lundbeck




Enfin, une loi est faite pour être respectée. Le Quotiden du Médecin ne respecte pas la loi sur la publication des liens d'intérêt à propos des médecins suivants, intervenant dans une série d'articles financée par Lundbeck :






Dr Martine ANDRE
http://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites-dependance-alcool-etat-de-piege/addictologie-alcoologie-prise-en-charge/les-traitements-

Pr Michel HAMON, professeur de neuropharmacologie à l’UPMC (Université Pierre-et-Marie-Curie) Paris, directeur de recherche honoraire à l’Inserm et vice-président du comité scientifique de l’IREB (Institut de recherches scientifiques sur les boissons). Après vérification, le Pr Michel HAMON, et l'IREB, n'ont pas de relations directes avec Lundbeck. Ce qui n'enlève rien au côté tendencieux de la manoeuvre du Quotidien du Médecin consistant à extraire une partie de ses textes, sans parler des effets secondaires ni de l'efficacité quasi nulle du nalméfène.  

Dr Benoît FLEURY, médecin addictologue, CHU de Bordeaux
abondamment cité dans :
http://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites-dependance-alcool-etat-de-piege/addictologie-alcoologie-prise-en-charge/modalites-pratiq

Pr Olivier COTTENCIN (Professeur de Psychiatrie et d'Addictologie, Université Lille 2, Service d'Addictologie, CHRU Lille
une video :
http://www.lequotidiendumedecin.fr/dependance-alcool-etat-de-piege/prise-en-charge/questions-dexperts-pr-olivier-cottencin

Dr Claudine GILLET, médecin addictologue coordinateur à la Maison des Addictions, hôpital Saint Julien, Nancy
pour :
http://www.lequotidiendumedecin.fr/dependance-alcool-etat-de-piege/prise-en-charge/le-role-du-mg-dans-la-prise-en-charge-du-patient

Dr Guillaume GONIN, médecin généraliste et addictologue
pour :
http://www.lequotidiendumedecin.fr/dependance-alcool-etat-de-piege/accompagnement/quand-la-famille-pose-des-questions

Dr Philippe BATEL responsable de l'UTAMA hôpital Beaujon, Clichy
http://www.lequotidiendumedecin.fr/dependance-alcool-etat-de-piege/glissement/questions-dexperts-dr-batel



Dernière édition par Neptune le 11/10/2014, 23:47, édité 1 fois

Message le 11/10/2014, 19:29  Yves BRASEY

Merci pour cet article ! je ne le découvre que maintenant et je croyais que nous étions les seuls à dénoncer ce scandale.

Dans le même sens que vous, et avec des informations sourcées, déjà dès décembre 2012 je commençais à donner l'alerte : NALMEFÈNE / SELINCRO KÉZAKO ? en précisant "Concrètement, c'est du mercurochrome sur une jambe de bois ! " http://www.baclofene.com/index.php?p=topic&t_id=5060

Depuis, le Selincro est arrivé et les malades en subissent les conséquences ... http://www.baclofene.com/index.php?p=topic&t_id=8768

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1247443-.html

Merci encore.

Merci de l'honneur que vous faites d'adhérer en tant que Vice-Président de l'Association Baclofène, et aussi pour votre excellente démonstration de la falsification des essais ayant précédé l'AMM du Selincro. : Votre article dans le Nouvel Obs

J'ai fait en sorte que votre article soit mieux référencé.

Pour information, vous devriez consulter le fichier 2013 des dons faits par Lundbeck aux personnes morales (que nous avons sauvegardé car il ne sera bientôt plus en ligne), vous constaterez que la SFA (Société Française d'Alcoologie), a curieusement reçu 70.000 euro de "don" de la part de Lundbeck en 2013. A ajouter aux liens d'intérêt ayant forcément joué un rôle dans l'AMM de ce smarties.

Nous ne prenons position que sur des bases scientifiques.

Nous n'encourageons également personne à se ruer sur le baclofène : tout doit être tenté avant : sevrage violent, foyer post-cure, thérapie de groupe type AA. Nous ne croyons pas aux solutions miracle sans revers à leur médaille, et nous sommes longuement exprimés à ce sujet. Maintenant, les psychotropes sont un palliatif pour des cas très graves, et il faut savoir accepter le risque, lorsque le mal est pire que le "remède"...

Bien cordialement et amicalement,

Message le 12/10/2014, 01:34  Yves BRASEY

C'est moi qui vous remercie d'avoir publié sans modération l'ensemble de mes propos qui sont la triste réalité sourcée d'un scandale de santé publique.

Je note bien votre position et je la respecte.

Le baclofène n'est pas un médicament miracle. Seuls ses détracteurs l'ont prétendu pour nous ridiculiser et dénigrer le baclofène.

Le baclofène traite la maladie neurobiologique.
Dans 40 à 50% des cas il est suffisant pour guérir un malade, les résultats de l'essai clinique Bacloville nous le confirmerons mais déjà lors de notre colloque du 17 novembre 2012, Annie Rapp l'indiquait : 43 % de ses patients guéris au baclofène SEUL. http://www.baclofene.org/baclofene/baclofene-quoi-de-neuf-video-du-colloque-du-17-novembre-partie-24
Après il reste ( 55 % ) une surconsommation d'alcool ( qui n'est plus du craving ). Il faut traiter les origines et la persistance par un traitement psychosocial.
Seuls les 2% des cas les plus graves se traitent en milieu hospitalier.

Bien cordialement,
Yves BRASEY

Message le 14/12/2014, 12:45  Neptune

Vu le 14 décembre 2014, en accédant au site "Le Quotidien du médecin"

Pubicité Selincro - Lundbeck sur Le quotidien du Médecin - Neptune
La campagne "Selincro" était donc bien orchestrée par Lundbeck.

1. Financer une publication de généralités, censée aider les médecins généralistes à traiter l'alcoolisme en consultation (voir le début de l'article)

2. Se donner une crédibilité en faisant citer des noms de professeurs, et fournir un dernier chapitre "comparatif" sur les molécules dans lequel les effets secondaires sont escamotés (voir le début de l'article)

3. Envoyer la cavalerie par cette publicité à l'approche de Noël, et du spleen de janvier, à tous ces médecins ainsi sensibilisés. Mais au moins cette fois ci la publicité n'est pas déguisée. Le fruit est mur, cueillons-le.



Dernière édition par Neptune le 17/12/2014, 00:00, édité 1 fois

Bien sûr... j'ajouterais, mais je n'en ai pas encore la preuve, que Lundbeck rémunère des MG pour les inciter à prescrire du Selincro au titre d'une "étude"...

Je suis aussi beaucoup intervenu pour dénoncer cette escroquerie, j'ai déjà donné des liens dans ce sujet, le dernier en date :  http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1266157-.html 

Merci encore.
Yves BRASEY

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