Dernière mise à jour : 12 octobre 2014
Les laboratoires Lundbeck essayent de faire oublier le scandale de l'affaire Christian Gaussares, relaté dans nos colonnes (1), ainsi que sa corruption active du conseiller de l'Elysée, Aquilino Morelle.
Il s'agit de reconstruire une image auprès des médecins généralistes. Objectif : reprendre les ventes du Selincro, un médicament contre l'alcool, autorisé le 7 mars 2013 face à la concurrence certaine du baclofène, un générique, autorisé, lui, en 2014 (2).
Ce laboratoire fournit donc aide et conseils...et surtout, financement, à un psychiatro-acupuncturo-journaliste, Philippe Castera, recruté pour l'occasion par le "Quotidien du médecin". Auto-promotion assurée, et "travail" financé largement par Lundbeck. Enfin, si on peut parler de travail pour cette avalanche de banalités sur l'alcool.
 Lire l'article du quotidien du médecin
Coincidence ? Gaussares est justement aussi addictologue alcoologue. Ce psychiatre, suite à sa corruption active par Lundbeck, a été inculpé de mise en danger de la vie d'autrui de patients (affaire en cours de délibéré). Suite à des tests à 10.000 euros le patient, financés par Lundbeck qui voulait "plus de patients" pour tester un nouvel antidépresseur, une personne est décédée de mort violente par suicide (1). Doctissimo, l'Elysee et les psychiatres de ville ne suffisent plus à dépenser les budgets "essais vite faits" et "propagande" de Lundbeck : il faut maintenant aussi financer un journaliste du "Quotidien du Médecin".
Histoire de ratisser large et de conforter le point de vue courant et bien pensant dans cette profession, selon lequel "les laboratoires font des affaires, ce qui est normal, ils ont aussi le droit de conseiller car ils connaissent les médicaments" (4)
En gros, si vous n'avez pas le temps de lire des conseils de bon sens pendant une heure, voici le résumé de ce didacticiel :
- Face à une personne suspectée d'alcoolisme, ne pas intervenir frontalement, mais avec tact. - Lui suggérer de diminuer sa dose quotidienne. - Chercher les causes psychosociales de son alcoolisme. - Et, tout à la fin de l'entretien, délivrer bien sûr une ordonnance, cela va sans dire...
Le Selincro (nalméfène)
Ayant obtenu son AMM en 2013, il s'agit pour Lundbeck de "résister" à l'effet "Baclofène", une molécule tombée dans le domaine publique, et annoncée comme miraculeuse contre l'alcool. (2) Les ligues anti-alcooliques hurlent contre le baclofène, car il permettrait, non sans risques, de continuer à boire modérément sans "replonger". Notre article (2) fait état de la guerre des laboratoires contre ce générique, mais aussi de ses risques : ce n'est pas un produit dénué d'effets secondaires graves.
Concernant le Selincro (3), voici un petit résumé :
D'après Lundbeck, repris par les journaux en demi faillite comme Le Monde, Le Figaro, Le Quotidien du Médecin etc., et qui accueillent la moindre annonce comme un miracle, sans aucune vérification :
D'après des études plus sérieuses : (3) - ne concerne pas les patients lourdement dépendants, avec phénomènes de sevrage
- doit s'accompagner d'une aide psychosociale
- ne sert presque à rien : "Deux études randomisées contrôlées par placebo d’une durée de 6 mois ont évalué l’efficacité du nalméfène, administré à la demande pendant 6 mois chez 1.332 patients au total. Les résultats montrent un effet à peine supérieur par rapport au placebo en termes de diminution du nombre de jours de consommation élevée d’alcool (heavy drinking days) et de la consommation totale d’alcool par jour : la différence entre les deux groupes était inférieure à 2 jours par mois de consommation élevée d’alcool, et était de 5 à 9 g d’alcool (c.-à-d. environ ½ verre de vin) par jour. Dans une troisième étude contrôlée par placebo d’une durée d’un an, le nalméfène n’a pas entraîné de diminution statistiquement significative de ces mêmes critères d’évaluation après 6 mois, mais bien après un an. Dans toutes ces études, les patients des différents groupes recevaient un soutien psychosocial, et l’effet placebo y est très important."
- au contraire : "Le nalméfène présente des effets indésirables comparables à ceux de la naltrexone tels que insomnies, céphalées, vertiges et nausées, et plus rarement hallucinations et confusions, mais contrairement à la naltrexone, une hépatotoxicité n’a pas été rapportée jusqu’à présent. Le nalméfène est contre-indiqué chez les patients traités par des analgésiques opioïdes en raison du risque d’un syndrome de sevrage brutal ainsi que chez les patients avec des antécédents récents de dépendance aux opioïdes ou de sevrage aigu à l’alcool. Le nalméfène est également contre-indiqué en cas d’insuffisance rénale sévère ou d’insuffisance hépatique sévère. En présence d’une insuffisance hépatique légère à modérée, les taux sanguins de nalméfène sont plus élevés. On ne sait pas dans quelle mesure le nalméfène influence les complications de l’alcoolodépendance."
Le psychiatre parisien Bernard Granger (6)(6) Bernard Granger est chef de service à l'Hôpital Cochin, Paris 6e, et spécialiste en addictologie. Il n'a de liens d'intérêt avec aucun laboratoire. est de notre avis : "Dans le quatrième volet de sa saga du baclofène, Bernard Granger s'en prend ouvertement au journal de référence du monde médical français Le Quotidien du Médecin, l'accusant de complaisance à l'égard de l'industrie pharmaceutique qui voit d'un mauvais œil l'éclosion d'une molécule faisant concurrence au nalméfène, médicament très contesté en raison de sa faible efficacité mais plébiscité par certains pour ses attraits financiers." (source : http://www.baclozen.com/les-pionniers/134-bernard-granger.html)
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Un peu plus tard, après les généralités publiées pendant quelques semaines, le Quotidien du Médecin, retranscrit un extrait d'interview du Pr Michel Hamon (sans permettre la lecture des articles complet de ce médecin réputé), sur les propriétés pharmacologiques des différentes molécules disponibles. L'extrait ne parle pas bien sûr des effets indésirables du Selincro-nalmefène, ni ne relate la méthodologie des essais effectués sur le nalméfène :
Publicité payée au "Quotiden du médecin" et au Pr Michel Hamon L'article "Les traitements actuels de la maladie alcoolique" commence par critiquer poliment les produits concurrents, naltrexone, acamprosate, baclofène, GHB ou gamma-hydroxybutyrate, pour finir sur le nalméfène en ces termes : "Le nalmefène est un antagoniste des récepteurs des opioïdes, proche de la naltrexone, mais aux propriétés pharmacologiques sensiblement différentes et surtout une pharmacocinétique très nouvelle avec une demi-vie de plus de 12 heures. En pratique, explique le Pr M. Hamon, « une seule prise de nalmefène entraîne un blocage des récepteurs durant pratiquement deux jours, ce qui optimise son efficacité et permet de réduire l’appétence à l’alcool. Un autre avantage du nalmefène, poursuit le Pr. M. Hamon, est la possibilité de prendre le produit lors des envies d’alcool sans qu’il soit nécessaire de continuer la prise de produit tous les jours. »
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Avec ça, normalement vous prescrivez ou consommez du nalméfène. Les autres laboratoires achèteront-ils des pages à d'autres sites ou journaux ? Pour le baclofène, rien n'est moins sûr : c'est un générique ...
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 (1) Le psychiatre Christian Gaussares d'Arcachon sera-t-il condamné pour ses actes ? Reflexions et propositions
Philippe Castera : L'acupuncture, ça eut payé
 Philippe Castera : mais Lundbeck, ça paye quand même mieux
(4) La "Société Française d'Alcoologie", qui a participé aux travaux préliminaires à la récente autorisation du Selincro en France, a reçu en 2013 un "don" de 70.000 euros. Source : fichier de déclaration obligatoire des dons de Lundbeck aux "Personnes Morales" en 2013, illisible sur le site de l'Ordre des Médecins, et récemment mis hors ligne par Lundbeck. Fourni sur demande dûment motivée.
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