SommaireI. Bases de pharmacocinétique
| ![]() |
Enfants et psychotropesLa médication des enfants par des psychotropes est un sujet sur lequel les professionnels, même de la tendance pharmacologique, ne s'accordent pas. La notion même d'efficacité, par exemple d'une molécule antipsychotique, ne saurait avoir le même sens sur un enfant de 10 ans et sur un adulte. Nous, association, sommes opposés à toute médication de psychotropes sur enfants et adolescents, sauf éventuellement pour ces derniers dans le cadre de cures de désintoxication intensives. Les raisons sont les suivantes :
En France :
Revenir au sommaire Oui à la prévention, non au dépistageEn France encore, on a de moins en moins les moyens, en terme de personnel et de formation, de prendre correctement en compte les personnes faisant un premier épisode psychotique, ou présentant toute sorte de difficulté psychique. Pour les "Troubles envahissants" (spectre autistique, etc.), le droit au diagnostic, fondamental, n'est pas respecté. Il y a six mois d'attente pour obtenir un rendez-vous chez un pédopsychiatre. Outre le délai qui rend l'intervention souvent caduque, il y aura en plus le risque de tomber sur un praticien imprégné de concepts psychanalytiques : au final ce sera toujours "de la faute des parents", sans qu'aucune solution réelle ne soit proposée à l'enfant. Dans ce désert de moyens, curieusement, on parle abondamment depuis une quinzaine d'années de "dépistage"... La réalité est que le dépistage ressemble fortement à une campagne de désignation d'enfants aux structures. Que peuvent faire ces structures si l'enfant va assez bien ? Elles se sentent tenues de le "surveiller", et aussi de "l'étudier". L'enfant sert de matière première à l'une des centaines d'études qui nourrissent les professeurs de psychiatrie, et donc la plupart son financées par les laboratoires. L'enfant, même "asymptomatique", ne sortira pas indemne de cette "observation" stigmatisante. Naturellement, des psychotropes à tester seront administrés dès la première agitation ou manifestation d'humeur que l'on prendra aussitôt pour un "prodrome". (6) Hélène VERDOUX, psychiatre épidémiologiste incontestée, s'insurge dans l'ouvrage de référence "Les psychotropes", et fait un lien entre ces campagnes et la mise sur le marché des AP2P ou Antipsychotiques de 2eme génération : "Un autre exemple de disease mongering (5) appliqué aux prescriptions d'antipsychotiques concerne les programmes d'intervention précoce dans les troubles psychotiques débutants. Le postulat sous-jacent est que le seuil différenciant les personnes nécessitant ou non un traitement doit être déplacé pour inclure les personnes dites « à haut risque » ou en phase dite « prodromique ». Même si personne ne conteste les bonnes intentions des promoteurs de ces programmes, la coïncidence temporelle entre l'intérêt croissant pour le dépistage précoce des troubles psychotiques et la mise sur le marché des AP2G est troublante. L'absence de démonstration d'un réel bénéfice à long terme des programmes de dépistage va, espérons-le, contribuer à modérer l'enthousiasme et le prosélytisme actif qui a prévalu pendant quelques années concernant la mise en place de ces programmes, et donc l'extension des indications des antipsychotiques aux sujets à haut risque. Cependant, même si l'extension des frontières des troubles bipolaires et psychotiques est un phénomène plausible, il n'explique probablement qu'une faible partie de l'augmentation récente des prescriptions d'antipsychotiques. Une augmentation des prescriptions hors AMM est donc très plausible. Celle-ci est incontestable dans les deux classes d'âge extrêmes. La majorité des prescriptions d'antipsychotiques chez les enfants et adolescents se font, soit en l'absence d'AMM dans cette classe d'âge même si les AMM existent pour les troubles correspondant chez l'adulte (comme c'est par exemple le cas pour les troubles bipolaires), soit en l'absence totale d'AMM y compris chez l'adulte (comme par exemple pour le TDAH). " Hélène Verdoux, Les antipsychotiques, ch. 17 "usage et mésusage des antipsychotiques", p 224, 12-2013. | Le discours des laboratoires et du lobbyExtraits de "Maniement des antipsychotiques en population pédiatrique" (2) "Les troubles mentaux, survenant chez l'enfant et l'adolescent avec une prévalence estimée de 10 à 30 p. 100 (3), constituent une cause majeure de morbidité pédiatrique. À l'exception du développement des psychostimulants dans la prise en charge du trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité, la psychopharmacologie pédiatrique s'est essentiellement focalisée sur une généralisation des indications de molécules existantes, validées en population adulte, plutôt que sur le développement de principes actifs spécifiques à l'enfant et l'adolescent. Un nombre important de prescriptions médicamenteuses en l'absence d'autorisation de mise sur le marché (AMM) ont par conséquent été observées dans ces tranches d'âge. Trente pour cent des prescriptions en pédiatrie libérale et 60 % des prescriptions chez les enfants hospitalisées seraient ainsi réalisées hors AMM (4). Selon une étude récente, les antipsychotiques seraient à eux seuls concernés dans plus de 19 p. 100 des cas, pour un taux moyen de prescriptions d'antipsychotiques entre 2 et 19 ans variant de 0,2 à 1 p. 100, selon les pays. Les antipsychotiques ont toutefois démontré leur efficacité dans le traitement de nombreuses pathologies pédopsychiatriques (...) Suivent 15 pages dans lesquelles on détaille l'art et la manière de traiter les enfants aux antipsychotiques. Les auteurs ne déclarent pas leurs liens d'intérêt dans cet article et sont de ce fait, et au surplus, en infraction à la loi, notamment pour le premier par l'existence d'avantages perçus et de conventions avec les laboratoires BMS-Otsuka, GSK et Lundbeck au cours des 24 mois précédent la publication. (2) Messieurs Olivier BONNOT et Renaud JARDRI, Professeur en psychiatrie et maître de conférences à l'université de Nantes, dans Les antipsychotiques, Ch. XII "Maniement des antipsychotiques en population pédiatrique", dec 2013, Lavoisier. (3) les auteurs citent une étude américaine alarmiste, et ne se donnent même pas la peine de trouver les chiffres français (4) la faute d'orthographe fait partie du texte (5) disease mongering : désigne l'extension des frontières de définition des troubles nécessitant un traitement. Le DSM5 est accusé de "disease mongering", et nous partageons cet avis. A contrario, la prévention existe, mais s'intéresse aux psychoses débutantes : la méthode d'intervention rapide et faisant intervenir le réseau social de la personne, s'est avéré très efficace, et a pratiquement éradiqué la schizophrénie en Finlande (7). Mais ceci se faisant sans médicaments, et nécessitant une organisation en équipe et non hiérarchique, il reste du chemin à faire pour inverser les habitudes et croyances de la psychiatrie française. ![]() Hélène Verdoux, Professeur de psychiatrie à Bordeaux, Hôpital Charles Perrens. , déclare dans un ouvrage universitaire consacré aux antipsychotiques : "La coïncidence temporelle entre l'intérêt croissant pour le dépistage précoce des troubles psychotiques et la mise sur le marché des AP2G est troublante." (6) Voir notre campagne contre un programme de dépistage précoce soutenu par l'unafam et les laboratoires pharmaceutiques (7) Voir Open Dialogue : la méthode qui a pratiquement éradiqué la schizophrénie en Finlande Aspect légal des médicaments sans AMM : Loi L5121-12-1 du Code de la Santé PubliqueLe fait de ne pas avoir d'AMM (autorisation de mise sur le marché), n'empêche pas légalement un médecin de donner un médicament en France. C'est possible s'il existe une autorisation ou recommandation temporaire d'utilisation (ATU/RTU), ou
Revenir au sommaire |
Quels sont les psychotropes autorisés en France pour les mineurs ?Seuls les produits ci-dessous sont autorisés dans les conditions précisées. La fiche de l'ANSM précise également toutes les autres contre-indications. Ces indications ne préjugent pas de notre avis, qui est négatif pour tous les produits. On constate que les autorisations sont variées, et semblent dépendre plus des accidents médiatiques (Deroxat) et des pressions du lobby (Prozac) que de la politique de santé affichée . Ainsi voit-on revenir le Prozac, initialement interdit, et interdire le Deroxat, initialement autorisé, dans le plus grand désordre. Certains produits ont un avis et des résultats extrêmement défavorables lors d'une réévaluation, sans que l'ANSM n'"ose" retirer leur autorisation (exemple : Haldol, Risperdal, Depakote, etc.). Avis incompréhensible pour le Depakote, autorisé sous conditions, tout en indiquant : "La tolérance et l'efficacité de DEPAKOTE, dans le traitement des épisodes maniaques du trouble bipolaire n'ont pas été évaluées". Antipsychotiques
Thymorégulateurs
Antidépresseurs ISRS
Anxiolytiques, somnifères Assez peu d'information officielle concernant les enfants. "L'utilisation chez l'enfant doit rester exceptionnelle" est-il écrit sur diazepam (Valium) par exemple, mais la contre-indication n'est pas nette. Idem pour le prazepam (Lysanxia) "Non recommandé" L'autorisation est donc la même que pour l'adulte, soit limitée en durée (4 semaines pour les somnifères, 8 semaines pour les anxiolytiques) et avec, depuis 2015, obligation de prévoir l'arrêt dès l'instauration d'un traitement. Revenir au sommaire | |
Métabolisme des enfants et adolescentsIl est plus rapide que chez l'adulte dans toutes les étapes de la vie du produit dans le corps. A poids égal, un adolescent est donc supposé prendre plus de médicament pour le même effet, qu'une personne de 30 ans. Il importe, pour tous, à partir du moment où la décision de médiquer est prise (ce que nous n'approuvons pas) d'agir de préférence par augmentation de la fréquence quitte à diminuer la quantité de chaque prise, que par augmentation de la quantité d'une prise, pour des raisons exposées précédemment. Plus précisément, par rapport à l'adulte :
| ![]() Métabolisme adulte ![]() Métabolisme enfant |
Documentation
Forums
La pharmacologie et nous - II. Enfants et adolescents
Par Neptune
le 12/08/2015







Rechercher