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Harcèlement à l'école : se défendre avec des mots

Par Neptune 
le 08/10/2015

Harcèlement à l'école : se défendre avec des mots


Entretien avec Emmanuelle Piquet



Paru dans "Le Cercle Psy", Mars-Avril 2015


Dans les cas de harcèlement à l'école, tenter de raisonner le bourreau ou de surprotéger sa victime n'arrangent rien, selon Emmanuelle Piquet. En revanche, on peut agir efficacement sur leur relation. Mais comment la modifier ?



Le jour de mon entrée au collège, un vieux de 13 ou 14 ans s'est planté devant moi :
- T'es dans quelle classe?
- 6eme
- 6eme combien ?
- 6eme 8
- Baaahhh ! Les 6eme 8, c'est tous des cons !
- Ben oui, c'est pour ça qu'on m'y a mis.

Le grand dadais désarçonné n'a rien trouvé à répliquer. Il a tourné les talons, en quête d'un autre souffre-douleur. Je n'étais pas dans le rôle attendu. En jouant sur l'humour et le paradoxe, j'avais d'emblée désamorcé la relation harceleur/harcelé qui aurait pu s'installer. Ça n'était qu'un coup de chance, mais j'avais fait du Emmanuelle Piquet, ou plutôt du Palo Alto, sans le savoir !
Emmanuelle Piquet
Emmanuelle Piquet, psychologue

Le Cercle Psy
Le Cercle Psy, une revue que nous apprécions et recommandons

Selon vous les tentatives de solution mises en œuvre par l'Éducation nationale contre le harcèlement ne font qu'ajouter au problème. Quelles sont-elles actuellement ?


La solution préconisée, c'est: « Dis-le à un adulte.» Or, qu'un adulte intervienne pour régler le problème à sa place revient à conforter le harcelé dans sa position de victime, incapable, pas compétente, faible. Le message envoyé aux harceleurs est que leur cible est parfaitement bien sélectionnée. Dans la cour, on doit puiser dans ses propres ressources pour s'en sortir : celui qui brise ce code perd considérablement de sa popularité en une seconde.

Vous avancez des descriptions très dures de ce que vous appelez par antiphrase le monde enchanté de l'enfance et de l'adolescence. Vous parlez même de «système mafieux»...


Nous serions tous épouvantés si nous pouvions voir ce qui se passe dans la cour de récré, dès le CP ! Par exemple, voyez le jeu de la contamination, d'une violence extrême: les enfants décident que l'un d'entre eux est contaminé, donc plus personne ne s'approche de lui. C'est une belle métaphore du fait que lorsque quelqu'un cesse d'être populaire, il peut contaminer les autres. Au collège, plus tard, très peu d'enfants vont s'interposer en cas de harcèlement: ils ont trop peur que ça les contamine, en quelque sorte, d'être mis dans le même sac que la victime. Défendre un harcelé est extrêmement risqué. Les seuls à oser sont ceux qu'on appelle, dans notre jargon pédagogique, les «enfants Lady Di », avec leur grâce infinie qui leur permet de voltiger d'un groupe à l'autre en toute tranquillité. S'ils s'ap­prochent des« lépreux», ça n'entache pas leur popularité, mais ils représentent peut-être 2 % des élèves. Les harceleurs populaires sont des « Nellie Oison », du nom de la chipie dans La Petite maison dans la prairie: tout le monde redoute d'être leur cible. Or, les adultes interviennent en faisant la morale et en oubliant la popularité. j'ai pourtant le sentiment qu'entre le CM1 et la Seconde environ, la popularité est beaucoup plus importante que la morale !

Pour vous, il est inutile de s'attaquer aux harceleurs. Quant à la victime, difficile de la changer. Donc, selon votre approche de systémicienne, on doit changer la relation entre eux.


Pour cela, plutôt que sanctionner le harceleur, il faut non pas changer, mais armer le harcelé. Avec des armes verbales. Dans l'optique de Palo Alto, on va prendre un virage à 180°. La plupart du temps, le harcelé dit expli­citement « Arrête », mais d'une façon tellement molle que ça signifie « Continue» implicitement. Or il faut dire au harceleur « Continue » explicitement, mais d'une façon telle que les conséquences vont implicitement inciter à arrêter. Je m'explique. Prenons un exemple basique, avec un enfant de 3e qui se fait tabasser par des petites brutes n'ayant pas beaucoup de vocabulaire pour s'ex­primer. Une des façons de se défendre va être de dire:

« Je trouve que tu passes beaucoup de temps à me toucher.
Je me demande si tu ne serais pas amoureux de moi? »

La victime ne dit plus d'arrêter, mais le risque pour le har­celeur s'il continue, c'est se faire traiter de « pédé ». Jusqu'à présent, taper n'avait que des conséquences positives en termes de pouvoir sur l'autre. Désormais les conséquences peuvent être néfastes en termes de popularité, dans leur vision du monde à eux.

Si les harceleurs ne sont pas bien malins, ne risquent­ ils pas de prendre au premier degré la consigne de continuer, et donc de s' énerver encore plus ?


En effet. Dans ce cas, il faut prévoir d'accentuer encore la réponse: « Tu continues à me toucher parce que vrai­ment ça t'excite, en fait ! » L'idée est que les harceleurs prennent conscience du risque, en l'occurrence, de se faire traiter de pédé, parce que ça, je peux vous assurer que ça leur fiche la trouille !

Est-ce que ce genre de stratégie marche sur tous les harceleurs ?


Je ne sais pas, il y a peut-être 20 % d'échecs, mais en tout cas, ça marche mieux que les leçons de morale !

Vous estimez que harcèlement et cyber harcèlement sont de même nature. Les solutions le sont-elles également?


Le cyber harcèlement fait très peur aux plus de 40 ans, en gros, et les tentatives de solution donnent des résul­tats encore pires que dans la cour de récréation : dans les consignes de !'Éducation nationale, on n'est vraiment que dans la dénonciation. « Dénonce, tu n'es pas capable de te défendre... ». Or il faut modifier la structure relationnelle sur le Web comme dans la cour. Une jeune fille de 15ans se faisait traiter de Zlatan, sur le Net et en cours, parce qu'elle avait soi-disant un grand nez. Je lui ai demandé de changer sa photo sur Facebook pour mettre celle de Zlatan. Ça a complètement calmé les harceleurs: quelqu'un qui accepte le jeu est beaucoup moins intéressant.
Harcelement Lycee
"Dans la cour, on doit puiser dans ses propres ressources pour s'en sortir : celui qui brise ce code perd considérablement de sa popularité en une seconde"
Harcelement Lycee
Caricature de Zlatan Ibrahomovitch, footballeur vedette

"Je lui ai demandé de changer sa photo sur Facebook pour mettre celle de Zlatan"






Psychologie enfant

Les harceleurs choisissent-ils une autre proie, ou cessent-ils de harceler ?


Je ne saurais trop le dire. Je ne les ai pas en consultation, eux, puisque leurs parents considèrent qu'ils sauront se défendre dans la vie... Au moins, ces enfants auront constaté qu'ils ne peuvent pas toujours être tout-puis­sants. Ils n'auront plus ce sentiment d'impunité chevillé au corps. Selon une enquête britannique, les enfants harceleurs auront plus d'ennuis que les autres avec la justice, pas parce qu'ils sont méchants, mais parce qu'ils se croient au-dessus de tout : le changement de posture n'est donc pas intéressant seulement pour le harcelé, mais aussi pour le harceleur. Même s'il ne faut pas être trop optimiste pour autant...

Vous dites qu'il ne faut pas nier ni même minimiser les émotions des harcelés, mais qu'il faut les réorienter, comme la peur, ou les amplifier, comme la colère et la tristesse. Pourquoi ?


Une des tentatives de solution très fortes des parents, c'est de dire: « Fais comme si tu n'entendais pas, nie ta douleur et ta peur ... » Ca ne marche pas ! Un gamin de neuf ans, quand on lui dit « Fais comme si tu n'entendais pas », ça veut dire quoi ? Il va rentrer la tête dans les épaules, devenir tout rouge et pleurer dans les toilettes ! La peur peut même être tellement forte qu'elle empêche toute forme de colère. Or la colère est motrice dans ce genre de situation. Les enfants harcelés que je vois ne sont pas en colère, et ça m'ennuie beaucoup ! Il faut leur dire: « Je comprends que tu aies peur, d'autant que ça peut continuer et devenir de pire en pire si tu persistes à te recroqueviller, baisser la tête et attendre que les coups s'arrêtent.» Je réoriente alors la peur vers les tentatives de solution.

Pourquoi réorienter la peur vers la colère? N'est-il pas préférable de garder son sang-froid face aux harceleurs ?


La plupart des enfants harcelés rasent les murs, mais quelques-uns perdent le contrôle avec une crise de colère disproportionnée sur le moment et se donnent en spectacle, ce qui excite beaucoup les harceleurs. J'ai vu des classes entières se mobiliser pour faire péter les plombs à un enfant. Ou à un prof, ce qui est encore plus amusant (voir encadré). Néanmoins, un peu de colère froide convient très bien pour décocher une flèche et faire que le harceleur, à son tour, se donne en spectacle.

Vous expliquez que le fait d'être armé d'une flèche, justement, dispense parfois de la décocher...


C'est très souvent le cas en primaire : pratiquement chaque fois qu'un enfant sort de consultation avec une flèche, il hurle de joie dans le hall. Ensuite, en arrivant dans la cour de l'école, au lieu de baisser les yeux, de passer inaperçu, il cherche ses agresseurs, il veut en découdre, il a un truc à dire. Les harceleurs ont une sorte de radar, qui leur fait penser : « Je ne vais pas y aller...» Ils sentent que cette fois, il y a danger. Ce qui énerve encore plus le harcelé, et renforce le « Continue » à la place du « Arrête ».

Des enfants anciennement harcelés décident-ils
de se venger en harcelant leur ancien tortionnaire?


Je ne crois pas, en tout cas je ne l'ai jamais vu. Ils ont emmagasiné une telle souffrance qu'il est pour eux impossible de la faire subir. Je passe beaucoup de temps à leur expliquer que la flèche que je leur propose n'est possible que s'il y a attaque. C'est une défense qui se sert de la force de l'adversaire, comme dans l'aïkido.

Comment ces techniques sont-elles accueillies par les enseignants ?


Les professionnels de l'enfance, qu'il s'agisse des profs, des infirmières, des psys scolaires, des CPE... sont démunis face au harcèlement, et donc très en demande de ce genre de choses.

Dans certains cas, n'est-il pas malgré tout indispensable qu'un adulte intervienne ?


Si, quand il y a menace de l'intégrité physique ou morale. Ce que je déplore, c'est qu'alors on ne soit pas intervenu avant, de façon plus écologique, c'est-à-dire en outillant l'enfant plutôt qu'en le laissant s'enfoncer dans cette horreur. Je suis assez fascinée de constater depuis plu­sieurs mois, voire plusieurs années, le nombre de gamins qui me disent : « j'ai dit à maman "surtout je t'en supplie, ne va pas le dire à la CPE" », alors que la mère y va quand même. Il est hallucinant de ne pas écouter les enfants. S'ils disent « Je t'en supplie, n'y va pas », c'est qu'ils connaissent les risques encourus. La grande mode en ce moment, c'est de faire du préventif dans les établissements. c'est ainsi qu'à la demande d'un parent est organisée une conférence dans la classe pour expliquer que le harcèlement, c'est mal. Et alors, toutes les têtes se tournent vers l'enfant harcelé : tout le monde sait bien que c'est à cause de lui que la classe est sermonnée. Avant d'en parler à un adulte, il faut donc a minima s'assurer que cet adulte ne va rien faire contre l'avis de l'enfant.

J'aimerais que vous disiez un mot de ceux que vous appelez « les parents Dolto »


Je les adore, ils sont extrêmement attendrissants, et j'espère en avoir parlé dans mon livre avec beaucoup d'affection ! On les trouve dans les trois dernières générations. Ils croient qu'être un bon parent, c'est unique­ment avoir une bonne relation avec ses enfants. Cette croyance peut paraître assez inoffensive. Le problème, c'est qu'ils essaient d'éviter toute espèce de conflit ou de frustration. Beaucoup d'enfants tyrans surfent là­ dessus avec beaucoup d'élégance: ils se croient tout­ puissants, puisque les parents sont prêts à tout pour éviter la crise, alors qu'une crise n'a rien de grave pourvu qu'elle ne se transforme pas en phobie ! En plus, ces parents surprotecteurs ne supportent pas que l'uni­vers puisse faire du mal à leur enfant. À l'école, ils se mettent entre l'enseignant et l'élève en négociant ses punitions sous prétexte qu'il est «dys » ou je ne sais quoi (voir dossier du Cercle Psy n°14). Qu'est-ce qu'ils diront au DRH de leur enfant, plus tard? « Vous n'êtes pas gentil avec mon gamin ? » Et ce sont eux qui vont faire pression pour faire la morale aux harceleurs. Ce qu'il ne faut pas faire !

Harcelement Lycee
C'est une défense qui se sert de la force de l'adversaire, comme l'aikido










Dolto
Françoise Dolto, Psychiatre, psychanalyste
1908 - 1988

Les bases théoriques




Source : Chagrin scolaire, site du groupement de thérapeutes éponyme

Pragmatiques par nature, les praticiens formés et supervisés au Chagrin Scolaire consultent tous selon les prémisses rigoureuses de la thérapie brève et stratégique issue de l’Ecole de Palo Alto.

Nous fonctionnons sur le mode de la résolution de problèmes « ici, maintenant » en tentant de briser les cercles vicieux entre eux et les autres et parfois entre eux et eux-mêmes dans lesquels sont enfermés nos patients.

L’idée à la fois simple et géniale qui sous-tend en effet toute l’approche clinique des penseurs de l’École de Palo Alto est le constat que c’est souvent ce que nous mettons en place pour tenter de résoudre le problème qui l’aggrave, ainsi souvent que la souffrance qui y est associée. Comme si nous mettions des bûches sur un feu pour l’éteindre, générant ainsi bien involontairement de magnifiques flambées de ce fameux problème, alors que nous visons évidemment l’inverse. C’est ainsi que comme le disait Watzlavick : « le problème, c’est la solution ».

Les praticiens formés et supervisés au Chagrin Scolaire vont donc proposer aux enfants, adolescents, parents, enseignants, professionnels de l’enfance qu’ils reçoivent en consultation des « prescriptions » comportementales pour qu’ils arrêtent de mettre des bûches dans le feu. Car pour arrêter de faire quelque chose, il est souvent beaucoup plus facile de faire autre chose à la place.

À l’instar de l’équipe du Mental Research Institute, nous fixons un maximum de dix séances à nos consultations et travaillons le plus souvent possible en groupe. C’est ainsi que nous offrons à nos patients qui le souhaitent la possibilité de bénéficier du cerveau collectif de notre équipe par l’intermédiaire de notre système vidéo intégré.

En consultant au Chagrin Scolaire, vous êtes assuré du respect rigoureux des prémisses de l’École de Palo Alto, du travail de praticiens fréquemment supervisés et d’une spécialisation unique en France de cette approche dans le domaine de la souffrance en milieu scolaire.



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Chagrin Scolaire est un regroupement de psychopraticiens spécialisés dans les interventions visant à apaiser les souffrances scolaires. Celles-ci peuvent être de plusieurs ordres :

  • Les souffrances entre pairs, cruauté, harcèlement, isolement, brimades, racket…
  • Les souffrances liées aux apprentissages : pannes, stress, difficultés relationnelles avec les enseignants, déconcentration, procrastination, décrochages…
  • Les souffrances des enseignants, face à leur classe et parfois face à leur environnement professionnel.
  • Ou encore des souffrances croisées, comme celles issues des relations entre les parents et les enseignants, entre les parents et les enfants.


Des formations agréées sont également dispensées, des conférences, etc.

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1348 Louvain-la-Neuve, Belgique
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Marina Blanchart, Philippe Faidherbe, Joëlle Ingber, Pascale Materne, Véronique Simon, Edward Storms

hé oui ! comme j'ai pu le constater moi aussi plusieurs fois :
Les harceleurs , et les manipulateurs ne choisissent pas leur victimes au hasard
Ils choisissent des personne sensibles , qui ont généralement de belles qualités humaines , comme l’empathie, le désir de vivre en paix et en harmonie avec les autres ... qui de ce fait ne sont pas dans la recherche de conflit dans leur relations avec les autres
Ainsi n'étant pas des personnes qui recherchent l'affrontement , mais des relations saines , elles sont généralement convaincues que c'est ce que tout un chacun souhaite aussi . Ainsi les victimes de harceleurs , sont généralement désarçonnées par la relation conflictuelle qu'installent le harceleur ou le manipulateur, sans aucune raison évidente

Cette réaction normale de la victime ( pourquoi il m'agresse ? je ne lui ai rien fait!) , ouvre la place au harceleur qui va jouer à fond sur l’émotion que suscite son agression sur la victime

Réagir , on ne montrant aucune émotion , comme l'a fait la psychologue dans son adolescence , ne laisse pas paraitre la charge émotive que le harceleur à tenté de provoquer chez la victime , et rend sa tentative de déstabilisation inopérante , Il part alors chercher une autre victime sur laquelle il aura plus d’ascendant


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