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La psychanalyse à l'épreuve de l'autisme - film "Le Mur" de Sophie Robert

Par Neptune 
le 08/06/2015

Le mur


Depuis plus de 30 ans, la communauté scientifique internationale reconnait l'autisme comme un trouble neurologique entraînant un handicap dans l'interaction sociale. Tous les autistes présentent des anomalies dans une zone du cerveau, le sillon temporal supérieur, identifiées en 2000 par le Docteur Monica Zilbovicius. En France, la psychiatrie, qui est très largement dominée par la psychanalyse, ignore résolument ces découvertes. Pour les psychanalystes, l'autisme est une psychose, autrement dit un trouble psychique majeur, résultant d'une mauvaise relation maternelle.

Restranscription intégrale par Neptune
Avec l'autorisation et les encouragements de Sophie Robert

Film Le Mur - Sophie Robert - Neptune
Voir le film
(tarif :  2€ pour participation aux frais)



Sommaire



Articles connexes



Qu'est-ce que l'autisme pour les psychanalystes ?


Dr Stevens

- Je pense que l'autisme, c'est un mode de réaction du sujet, qui est évidemment très tôt dans son "histoire logique" si je puis dire, c'est quand même, qu'au fond, en réponse à ce qui vient d'envahissement du monde et de l'autre, il se ferme. Il se ferme, il se met dans une bulle et il refuse, au fond, d'entrer dans les mécanismes... de la parole, encore que certains autistes parlent, n'est-ce pas, donc c'est plus que de la parole : dans les mécanismes subjectifs. C'est-à-dire parler, d'accord, mais sans y être impliqué.

Dr Alexandre Stevens Dr Alexandre Stevens, Psychanalyste (Ecole de la Cause Freudienne)
Psychiatre en chef de l'institution pour enfants "Le Courtil", Tournai, 59
S. Robert- Est-ce que vous faites une distinction structurale entre la psychose et l'autisme ?
Dr Stevens- Non. Pour ma part, non.
S. Robert- Les autistes sont psychotiques ?
Dr Stevens- Oui. C'est-à-dire si vous voulez au fond l'autisme est une situation extrême de quelque chose qui est dans le cadre de l'ensemble des psychoses.



Dr Pierre Delion Professeur Pierre Delion, psychanalyste
Chef du service de pédopsychiatrie du CHU de Lille, 59



S. Robert


- Est-ce que vous faites une distinction structurale entre la psychose et l'autisme ?
Pr Delion- La distinction structurale qu'on peut faire entre l'autisme d'une part et la psychose de l'enfant d'autre part, qui est véritable sur le plan de la description et de la structure sous-jacente, en fait ne résiste pas à l'analyse dans la continuité entre cette première structure et la deuxième, et il me semble qu'il y a des passages entre la structure autistique et la structure psychotique et la structure dysharmonique. Maintenant si on dit ça, on fâche beaucoup les associations de parents d'enfants autistes, qui pensent qu'il n'y a rien à voir entre les autistes et les psychotiques. A mon avis c'est une erreur, je pense qu'il y a beaucoup de choses à voir.



Dr Loison

- C'est le crocodile ! Voilà le crocodile. Alors le crocodile, il nous indique tout de suite de quoi il s'agit, ils jouent avec, quand ils mettent la main dedans, je suis inquiète, ou un objet dedans, je suis inquiète ; quand ils se mettent dessus et quand ils tapent dessus, je suis rassurée !

Genevieve Loison, psychanalysteDr Genevieve Loison, psychanalyste lacanienne
Pedopsychiatre référente, Lille


Genevieve Loison, psychanalyste
Le crocodile symbolise la mère, dévoreuse de l'enfant. "Tout le but de notre travail, c'est de lui interdire de manger."
S. Robert- Pourquoi ?
Dr Loison- Ils se battent !
S. Robert- Qu'est-ce que ça veut dire, le crocodile ?
Dr Loison- Le crocodile, c'est le ventre de la mère, les dents de la mère.
S. Robert- C'est ce que Lacan appelait "la mère crocodile" ?
Dr Loison- Oui. Alors tout le but de notre travail, c'est de lui interdire de manger, voilà. (prend un stylo puis s'en sert pour bloquer la mâchoire du crocodile)
S. Robert- De manger l'enfant ?
Dr Loison- Donc on lui met une barre, voilà voilà. Alors l'enfant il commence à sortir de ça... Alors là il met parfois sa main ! Parfois il met une figurine dedans.
S. Robert- Et ce crayon il représente quoi ?
Dr Loison- Heu ça c'est ... voilà, tu ne peux plus ! (en plaçant à nouveau le stylo en travers de la bouche du crocodile) C'est la barre.
S. Robert- C'est le phallus paternel ?
Dr Loison- Voilà, tu ne peux plus ! (n'écoutant pas la question)
S. Robert- C'est la loi du père ?
Dr Loison- Oui.
S. Robert- Qui barre l'enfant à sa mère ?
Dr Loison- Voilà !
S. Robert- Et qui lui interdit, à la mère, de détruire l'enfant ?
Dr Loison- Voilà, et de le dévorer.
S. Robert- Est-ce que ça concerne aussi les autistes ?
Dr Loison- Mais oui. Les autistes, euh... c'est un peu ... c'est une question de stade, voyez, on prend les enfants à un stade, parfois. Les autistes, c'est eux qui, souvent, (sort une tortue en caoutchouc d'un coffre à jouets) ils nous mettent l'enfant là-dedans. Là on est assez inquiet, hein.


Guillaume


- Bonjour, je m'appelle Guillaume. Je suis autiste de 80%, et mon problème, c'est que j'ai des troubles du comportement de temps en temps. Je vais essayer d'en faire le moins possible. Mes deux frères s'appellent Julien et Gabriel. Un qui est hyperactif, Julien, il a des troubles du comportement comme moi, il fait des crises. Et Gabriel, qui est "fou"... qui est fou. (commence à rire) Eh ! Et Gabriel ... (rit) Et Julien qui vient m'embêter... Aïe Julien ! Et ils font ça, ils arrêtent pas de me faire tomber ! (course-poursuite dans la maison).


Guillaume
Guillaume


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S. Robert- Tu peux nous présenter Julien ? Le grand Julien ?
Guillaume- Grand Julien c'est un frère qui est autiste, comme moi, mais qui ne parle pas. C'est pas mon frère, c'est le frère de Florian. Il parle pas.
Le grand Julien assis sur un canapé se met à se balancer et tape avec ses pieds



L'autisme lié à une dépression maternelle ?



Professeur Daniel Widlocher, psychanalyste, Association Psychanalyste de France
Ancien chef du service de psychiatrie, Hôpital de la Pitié-Salpétrière, Paris

Par rapport à aussi bien la psychose que l'autisme, il y a une explication, qui est traditionnellement utilisée, c'est qu'une dépression maternelle pendant la grossesse ou dans les premiers mois de la vie aurait altéré la relation mère-enfant, et pourrait être responsable de ces troubles graves.
Pr Wildocher- Alors c'est ce que des collègues sérieux me disent, par conséquent moi je les écoute.
Dr Stevens- Ça peut être le cas, quand l'enfant arrive dans les conditions où l'autre, son premier autre, la mère, est très déprimée, c'est-à-dire va être absente à lui, dans un autre regard sur lui, dans autre type d'accroche sur lui, que ça puisse à l'occasion faire que cet enfant choisit plutôt de se retirer. Parfois, quand la mère est déprimée, in utero enfin pendant qu'elle est enceinte, ou à la naissance, ça peut parfois, enfin l'enfant peut être autiste.
Dr Loison- Ouh là ... On en a vu plusieurs hein. Je me souviens, c'était quand j'étais en hôpital de jour, hein, que je les ai surtout vus. J'ai vu des choses massives, des vides massifs, des troubles r... J'ai vu des mères abandonnées. J'ai vu... A chaque autiste il y avait une cause, si j'ose dire, différente. J'ai vu pas mal de mères abandonnées en fin de grossesse. Et l'enfant ... Les mère dépressives aussi. Les mères dans le baby-blues après, abandonnées en fin de grossesse qui font un baby-blues après l'accouchement, qui sont elles-mêmes dans le vide et qui mettent l'enfant dans le vide relationnel.
Pr WidlocherPar exemple une grande carence. Par exemple une maman, qui pour des raisons de dépression, ne s'occupe absolument pas de son enfant, reste muette devant lui, figée, alors que l'enfant est là en train de s'accrocher à elle, de chercher du contact, etc., ça peut, si ça dure longtemps dans l'enfance, avoir des conséquences chez le jeune adulte qui va rester très froid, très inhibé sur le plan affectif parce que, quand il était petit, il a eu le malheur d'avoir une maman... très... très froide, si vous voulez.
S. Robert- Est-ce qu'il y a une plus grande incidence des cas de psychose ou d'autisme dans les pays en guerre, dans les favelas de Rio, dans toutes ces circonstances où les mères ont de bonnes raisons d'être déprimées ?
Dr Loison- Je suis pas au courant, je n'arriverais pas à répondre, je peux dire que ce que je vis au cabinet, vous voyez...  


Mme Cavret


Là il "fume". Il adore faire la fumée ; il aime beaucoup être dehors. Donc là c'est la période de l'année qu'il aime le moins parce qu'évidemment il ne peut pas sortir ; et manger ; et sinon euh/// C'est vrai qu'il ne sait pas s'occuper tout seul. Donc se promener, manger, bouger beaucoup... A l'IME il fait du vélo ; ici je ne peux pas l'emmener, parce qu'il sait pédaler mais il ne sait pas freiner ni regarder devant, donc ce serait risqué. Il fait du roller aussi, mais selon le revêtement, il faut que ce soit très lisse, donc c'est en salle.




Maison de Guillaume
Chez la famille Cavret



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L'autisme lié à des raisons biologiques ?


Alexandre Stevens
Dr Alexandre Stevens, Psychanalyste (Ecole de la Cause Freudienne)
Psychiatre en chef de l'institution pour enfants "Le Courtil", Tournai, 59


Aldo Naouri
Dr Aldo Naouri, pédiatre, analyste, essayiste


Pr Bernard Golse
Professseur Bernard Golse, psychanalyste APF
Chef du Service de pédopsychiatrie de l'hôpital Necker, Paris

Curieusement, pour justifier de la toxicité maternelle à l'égard de l'enfant, les psychanalystes n'hésitent pas à recourir à la biologie.
S.R.- Comment peut-on expliquer qu'une dépression maternelle puisse rendre un enfant autiste ? A commencer par : in utero ?
Dr Stevens- Donc d'abord, in utero, il se passe déjà des choses, je ne suis pas spécialiste de l'in utero, mais il se passe des choses in utero : l'enfant bouge, les mères en parlent, les mères lui parent, les enfants réagissent à un certain nombre de stimuli. En effet, qu'est-ce que les enfants savent du lien à l'autre, in utero ? Ça ne passe pas complètement par le langage, mais ça passe par tout l'environnement des sons corporels, et, au fond, est-ce qu'une mère déprimée, quand l'enfant est là in utero, l'enfant en ressent quelque chose ? Ça je suis parfaitement incapable de vous le dire, n'est-ce pas. Mais en soi, moi, ça ne me paraît pas une étrangeté que de le penser.
Dr Naouri- Eh bien, la plupart du temps, le symptôme de l'enfant n'est ni plus ni moins que le symptôme qui lui est imparti d'avoir par l'inconscient maternel, principalement. Parce que les enfants sont dans une relation très très très perméable dans leur communication avec leur mère. La gestation conditionne littéralement un enfant, et le formate, et, et.. et vraiment lui donne quelque chose qui est entièrement fabriqué sur le corps, sur ce qui vient du corps de sa mère. Ça fragilise le terrain, c'est-à-dire que ça met l'enfant dans un état où, justement, sa résistance est altérée par les conditions qui lui sont faites et de son environnement.
Pr Golse- Parce que le bébé, il y a une partie, la moitié de ses gènes, de ses chromosomes viennent de la mère, la moitié du père, donc il y a une partie qui est comme la mère, celle-là ne pose pas problème, mais il y a une partie qui est comme le père, et celle-là pose immédiatement un problème. Et d'ailleurs dès que le bébé est conçu, l'organisme maternel va immédiatement secréter une vague d'anticorps, très forte, pour expulser ce bébé, qui est à demi étranger, pour le corps de la mère. C'est un peu triste à dire, si je dois vous le dire comme ça, mais finalement la première chose que biologiquement la mère ne supporte pas chez son bébé, c'est la partie qui vient du père. Alors ce qui est anthropologique là-dedans c'est le double "non". Non je ne reconnais pas ce bébé je veux l'éjecter, mais tout de suite un non au non. Ce qu'on va retrouver dans le langage. Il y a toute une question intéressante là, et dans le langage on va retrouver aussi des doubles négations de ce type-là. On a ça au niveau de la biologie.


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Autisme et parole



Pr Widlocher
Professeur Daniel Widlocher, psychanalyste, Association Psychanalyste de France



Dr Stevens
Dr Alexandre Stevens, Psychanalyste (Ecole de la Cause Freudienne)



Genevieve Loison, psychanalyste
Dr Genevieve Loison, psychanalyste lacanienne



Pr Bernard Golse
Professseur Bernard Golse, psychanalyste APF

S. Robert- Pourquoi est-ce que les autistes profonds ne parlent pas ?
Pr Widlocher- Je sais pas. Ma première idée c'est qu'ils ne parlent pas parce qu'ils ne sont pas stimulés à la parole,  de même que des enfants qui sont très peu entourés par un bain de langage auront quand même souvent des difficultés de langage même s'ils ne sont pas autistes hein, par conséquent il y a une stimulation dans le langage, une stimulation parentale, de l'environnement, qui est tout à fait importante.
Dr Stevens- On n'est pas cablé neurologiquement pour le langage.
La psychanalyse ne s'inscrit pas là, si vous voulez. On n'est pas cablé neurologiquement pour le langage, bien sûr il faut avoir les capacités de parler, mais l'essentiel c'est que le langage justement il est hors de l'organisme.
Dr Loison- Pourquoi voulez-vous qu'ils communiquent, ils sont en fusion. Ils communiquent sans parole, il n'y a as de raison d'acquérir la parole. La parole suppose l'accès au symbolique hein, au père. Je ne suis pas qu'avec ma mère, il existe un père qui m'a créé à l'origine, qui a été le fondateur avec sa puissance paternelle qui a créé un enfant. Et l'enfant ne découvrira que progressivement ça.
S. Robert- En quoi le père incarne-t-il le symbolique ?
Dr Loison- Ah c'est difficile ça... (hésite longuement) Ben c'est l'accès à ... à l'abstraction, l'accès à la distance, l'accès... faut bien parler quand on n'est plus collé. Il vient s'interposer, entre la mère et l'enfant.
Pr Golse- Parler à l'autre veut dire qu'on n'est plus confondu avec l'autre, je veux dire, tant qu'on n'est pas séparé, tant qu'on est confondu dans l'autre, tant qu'on est fusionné dans l'autre, ce qui est le problème des enfants autistes justement, pour qui d'ailleurs l'autre n'existe pas, mais après quand l'autre commence à émerger ils sont encore dans une distance tellement pathologique qu'ils ne peuvent pas parler à l'autre.
S. Robert- Les enfants autistes, on dit que leur mère n'arrive pas à capter leur regard ?
Dr Loison- Ben oui, ils ne sont pas dans la relation du tout, ils sont restés dans un oeuf.
S. Robert- Ils fuient la mère parce qu'ils sont fusionnés à la mère ?
Dr Loison- Ils n'ont pas décollé du tout. Moi ce que j'en dis, et c'est... Ils sont restés dans l'oeuf, dans l'utérus. Ils sont restés dedans, pourquoi voulez-vous qu'ils regardent ou qu'ils parlent ?
Pr Golse- On ne peut penser à l'autre, on ne peut parler à l'autre que si l'on a pris du champ. Tant qu'on est encore inclus, interpénétré, fusionné avec l'autre, on ne peut ni penser à l'autre, ni parler à l'autre, c'est presque un truisme ! Si le langage nous touche tout au long de notre vie à ce point et la psychanalyse passe par le langage, c'est que le langage ne parle que de séparation. Et ça c'est une vision, qui n'a... Très, très... C'est une vision du développement, si on veut, mais extrêmement spécifique de la vision psychanalytique des choses.



Sandrine Guy, Stephane Moeris, parents d'autistes


S. Guy



- Concrètement c'était : quand on l'appelait il ne nous regardait pas, il ne répondait pas, tout simplement. Il ne paralit pas, il ne jouait pas avec les autres enfants, aucun centre d'intérêt, il ne se mélangeait pas...
S. Moeris- Retard pour la marche.
S. Guy- C'était Guillaume à 2 ans. 18 mois, 2 ans, 2 ans et demi même encore. Et c'est vrai qu'il alignait tous les objets, les bouteilles d'eau, les paquets de cigarettes, il prenait tout, il alignait. Il jouait avec les lumières : "jour-nuit-jour-nuit-jour-nuit". C'était assez sympa , quoi. Donc pas mal de stéréotypies. Beaucoup de mal avec tous les changements en fait : si on changeait de chemin pour aller à un endroit, ça pouvait être une crise, si on passait devant un endroit où il aimait bien aller mais qu'on s'arrêtait pas, si on passait juste devant, c'était une crise aussi. On faisait frissonner un papier de bonbon, il arrivait en courant. Par contre, c'est vrai que s'il était à 3 mètres de nous, on l'appelait, il ne se retournait pas. Donc c'est vrai que là il y avait des signes assez importants.




S. Robert


Le psychisme, il n'évolue pas indépendamment du cerveau, il ne se promène pas tout seul dans le vide. Si on a d'un côté un enfant qui a un cerveau "normal", qui fonctionne bien, d'un côté, et de l'autre côté un enfant autiste par exemple dont le cerveau ne fonctionne pas bien, est-ce que ça ne fait pas une différence fondamentale dans sa capacité à communiquer avec le monde extérieur ?



Esthela Solano
Esthela Solano, psychanalyste, Ecole de la Cause Freudienne, Psychologue clinicienne








Sandrine Guy
Sandrine Guy, mère de Guillaume, autiste

"au bout de 2-3 mois de PECS, il commençait à dire ses premiers mots, et au bout de 6 mois il n'utilisait plus le PECS parce qu'il faisait des phrases"






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E. Solano- Cette façon de concevoir la causalité de l'autisme est très réductrice. Ce que nous pouvons constater lorsque nous nous occupons d'enfants autistes, c'est précisément que les enfants autistes sont malades du langage. Que l'autisme est une façon de se défendre, de ... de la langue.
S. Robert- Qu'est-ce que tu as ressenti quand tu as compris que Guillaume était autiste ?
S. Guy- Euh... un coup de massue sur la tête ! Énorme. C'est ... pffuuuh.. "qu'est ce qui lui arrive, qu'est-ce que c'est, pourquoi ... on se pose vraiment toutes ces questions, on passe par des phases de peur, de colère, de culpabilité, on passe par toutes ces phases et puis on se bouge les fesses et puis on avance après. On se dit ça sert à rien de s'apitoyer, on va trouve ce qu'il faut pour le faire avancer. Pour 'aider à grandir correctement, le mieux possible, à s'intégrer aux autres. Donc voilà, et on a fait toutes les démarches, associations, et c'est là qu'on a appris qu'il y avait des méthodes éducatives... pour leur apprendre à communiquer, à se développer, à diminuer leur angoisse , donc à s'ouvrir au monde, tout simplement.
S. Robert- C'est le PECS ?
S. Guy- PECS, oui. Et ça a très bien marché avec Guillaume.
S. Robert - C'est-à-dire concrètement, c'est des images, ça permet de communiquer avec des images ?
S.Guy- Oui, tout à fait, oui. C'est-à-dire que pour me demander un verre d'eau, avec lui j'ai commencé avec un carte. Parce qu'il prenait de l'eau et crachait l'eau par terre. Je me suis dit bon, je commence tout de suite avec ça, parce que là il va en faire un jeu... J'ai dit : tant pis, j'essaye. Pour me demander l'eau, je lui ai appris à me donner la carte. Comme ça dès qu'il me donnait la carte il avait l'eau. Et au bout de 2-3 fois il a compris que pour avoir l'eau il fallait qu'il me donne la carte. Donc ça a marché comme ça pour l'eau au début, après ça a continué pour les aliments, et pour plein d'autres choses. Et au bout de 2-3 mois de PECS, il commençait à dire ses premiers mots, et au bout de 6 mois il n'utilisait plus le PECS parce qu'il faisait des phrases.
S. Robert- À quel âge ?
S. Guy- Il avait presque 4 ans. Donc, pour ça, ça a été très bénéfique pour lui. Son langage s'est développé à une vitesse grand V avec le PECS. Sacrée victoire. Le premier "maman" : boum ! On tombe par terre. (rires)



Dernière édition par Neptune le 14/8/2015, 18:55, édité 7 fois


Les théories de Bettelheim (1903-1990) récusées partout, sauf en France


Bruno Bettelheim
Bruno Bettelheim, psychanalyste célèbre, 1903-1990

Le psychanalyste austro-américain Bruno Bettelheim a été le précurseur du traitement psychanalytique de l'autisme. Bettelheim comparait les enfants autistes aux prisonniers des camps de concentration nazis, qui se balançaient d'avant en arrière, sidérés de terreur, dans l'attente d'une mort imminente. Raisonnant par analogie, il était convaincu que les autistes étaient victimes de parents tortionnaires, de mères glaciales qui avaient désiré la mort de leur enfant.

Les travaux de Bettelheim ont été largement récusés aux États-Unis depuis plus de 30 ans. Mais qu'en est-il en France ?
Pr Pierre Delion
Professeur Pierre Delion, psychanalyste
Pr Delion- Bruno Bettelheim est une victime de l'injustice de l'histoire contemporaine. Je pense qu'il a fait un travail, à une époque où personne, il faut bien le dire,  ne s'intéressait aux autistes, un travail de pionnier tout à fait exemplaire. Il s'est intéressé aux autistes parce que lui sortait d'une expérience de carence artificielle qu'il avait traversée dans les camps de concentration, il est arrivé dans cette planète autistique en se disant finalement voilà des enfants qui ont peut-être souffert de carences de façon comparable à ce que j'ai vécu comme expérience, je vais essayer de les taiter à partir de cette hypothèse, c'est-à-dire en les séparant des parents.
Dr Genevieve Loison, psychanalyste lacanienne<br />
Dr Genevieve Loison, psychanalyste lacanienne
Dr Loison- Il y avait pas de lien du tout. Les mères qui ont si peu de lien pendant la grossesse et après, y a pas de lien du tout, l'enfant est abandonné, on se demande même comment il a pu être conçu ais ils sont conçus quand même. Il est complètement dans le vide, la grossesse n'est qu'organique, l'enfant n'existe pas en tant que personne. Il est complètement dans le vide relationnel. Et ça, ça donne ce que dit Bruno Bettelheim, oui, bien sûr.
<br />Yann BogopolskyYann Bogopolsky, psychanalyste kleinienne

Y. Bogopolsky- Non, non Bruno Bettelheim il a dit bien d'autres choses que ça, ça c'est la caricature... Je dis pas ça pour vous, mais pour ceux qui... Il ne s'agit pas d'ailleurs que des mères, il s'agit aussi de la place du père dans le désir de la mère, et il s'agit d'un certain nombre de données, ne serait-ce déjà que celles avec lesquelles l'enfant lui-même est venu au monde, et du lien qui s'est créé ou des désirs de mort que telle mère a pu avoir effectivement pour cet enfant nouveau-né, mais toutes les désirs de mort des mères pour leur enfant ne vont pas faire que l'enfant va être psychotique pour autant !  


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Les théories de Lacan (1901-1981) : la mère psychogène


A la fin des années 60, la psychanalyse commence à décliner un peu partout dans le monde. Mais elle connaît un essor phénoménal en France, sous l'impulsion d'un psychiatre ambitieux et charismatique. Pour Jacques Lacan, les enfants psychotiques et autistes sont victimes de l'aliénation à une mère psychogène, une femme qui refuse d'abandonner sa grossesse parce qu'incapable de se séparer d'un enfant substitut d'un pénis qu'elle n'a pas reçu à la naissance.

<br />Jacques LacanJacques Lacan, psychiatre psychanalyste 1901-1981

<br />Yann BogopolskyYann Bogopolsky, psychanalyste kleinienne

Dr Genevieve Loison, psychanalyste lacanienne
Dr Genevieve Loison, psychanalyste lacanienne

Y. Bogopolsky- Au début l'enfant pense qu'il est le phallus de la mère, c'est-à-dire qu'il est cet objet qui viendrait tout donner, combler la mère, la faire jouir complètement.
S.Robert- L'autisme, donc, c'est la fusion maternelle ?
Dr Loison- Hé attendez, là, il y a toutes les théories hein. Pour moi, j'ai soit la fusion, soit l'abandon complet et le vide. Soit l'un soit l'autre. Les 2 pôles, hein. C'est pas pareil. Quand ils sont complètement dans le vide mais ... moi ce que je rencontre ici, dans le cabinet, c'est plutôt les fusions. Les abandons complets, je les vois pas, ils vont en institution.
S.Robert- Bruno Bettelheim dit que les autistes sont victimes de mères trop froides, et de l'autre côté, on a Jacques Lacan qui théorise la psychose et l'autisme par la fusion maternelle, par une espèce de relation quasi-incestueuse entre la mère et l'enfant ?
Dr Loison- Oui ! oui, oui tout à fait.
S.Robert- Voilà, et donc d'un autre côté on a une mère trop chaude ?
Dr Loison- Oui, trop chaude ou trop froide ça va pas. Il faut une mère comme dit Winnicott suffisamment bonne, ni trop bonne trop chaude, ni trop vide complètement évidemment, s'il y a pas de relation ça donnera rien.
S.Robert- Comment expliquer que deux attitudes, deux comportements totalement opposés puissent donner le même résultat ?
Dr Loison- C'est des mécanismes différents, nous c'est notre travail de remettre entre les deux.



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Les théories de Winnicott (1896-1971) : la folie maternelle


Donald Winnicott - Conseils aux parents
Donald Winnicott 1896 - 1971


Le pédiatre analyste anglais Donald Winnicott est l'auteur du concept de "mère suffisamment bonne", selon lequel une mère qu veut trop bien faire est toxique pour son enfant. Il affirme que la maternité ferait passer les mères et les nourrissons par un stade de folie transitoire, prototype de tous les troubles psychiques à venir. Avec Winnicott, la boucle est ainsi bouclée : la maternité est psychogène par nature.
Dr A. Stevens
Dr Alexandre Stevens, Psychanalyste Ecole de la Cause Freudienne


S.Robert- Vous êtes d'accord avec la notion de folie maternelle ? Que toute femme, toute mère traverse, les premiers mois après l'accouchement, une phase de folie qui peut s'avérer problématique pour le nourrisson si elle se prolonge ?
Dr Stevens- Oui, oui,oui moi ça ne me gêne pas du tout le terme de folie maternelle.
S.Robert- Vous êtes psychiatre, la folie c'est quand même très connoté, de manière assez négative, quand-même ?
Dr Stevens- Ah pas pour moi !
Laurent Danon-Boileau
Laurent Danon-Boileau, Linguiste modyco CNSR Psychanalyste SPP
Centre Alfred Binet, Paris


L. Danon-Boileau- Il y a cette idée, qu'on appelle familièrement la folie maternelle des premiers temps, c'est-à-dire grosso modo, il y a un moment où la mère est tellement contente d'avoir son lardon, qu'elle fait un tout avec le lardon, et puis qu'il est pas question qu'il y ait... que quiconque intervienne.
S.Robert- Pourquoi appeler ça "folie" d'ailleurs ?
L. Danon-Boileau- Heu .. parce qu'il y a l'idée de, d'une espèce de totalité qui serait, qui donne une espèce de toute-puissance, il y a l'idée que, à partir du moment où on a fait un enfant ou quelque chose comme ça on est tout puissant, ien ne peut vous atteindre, etc. etc. etc.
L Danon-Boileau- La folie maternelle, est-ce que la folie maternelle est un obstacle majeur à l'émergence du langage ? Dit sous cette forme là, bien entendu que oui.
Dr Genevieve Loison, psychanalyste lacanienne<br />
Dr Genevieve Loison, psychanalyste lacanienne

Dr LoisonSaisit une araignée en peluche

- Inconsciemment, voilà ce que tu me fais, dans tes pattes !
- Vous savez la folie, c'est le premier mois de la vie? Mais, le tout.. on a tous été fous hein. Et puis... ou presque.
S.Robert- Pourquoi qualifier cet instinct, cette relation, cette capacité hors langage qu'a la mère à comprendre le comportement de son enfant. Hors langage, pourquoi qualifier ça de "folie" ?
Dr Loison- Ben, parce que si on en restait là, l'enfant irait dans la folie. La folie c'est justement ce vous demandiez tout à l'heure pour l'autisme : ils en sont restés là.
Dr Aldo Naouri, pédiatre, analyste, essayiste
Dr Aldo Naouri, pédiatre, analyste, essayiste

Dr Naouri- La mère se situe du côté de la nature, et de ce côté là elle est animale, là si vous voulez, tandis que le père, lui, a été celui qui a fondé la culture. Ce qui fait dire d'ailleurs à Claude Levi-Strauss cette magnifique définition quand il parle du couple, il dit c'est "l'union dramatique  de la nature et de la culture". D'accord ? Quand le droit soutient la culture, en disant il y a du père, il dit "nous sommes dans la culture, le retour à la nature ne doit pas se faire".  

Maternité et autisme


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Lorsque les parents refusent


S. GuyOn avait refusé qu'il fasse une psychothérapie de groupe, et du coup, ils l'ont mis en psychothérapie individuelle. On avait oublié de préciser que c'est les deux qu'on refusait. Et là, on a eu un rapport, qui a été fait sur l'intervention pour Guillaume, et ... wrahh ! On est restés.. verts, quoi. C'était des trucs complètement délirants, "phobie sexuelle", "il se liquéfiait"... des termes hallucinants. Ça nous a fait peur, on a rencontré la psychothérapeute, et on a cessé tout de suite ça. C'était du texte de Lacan, et on avait mis Guillaume dedans, en fait. En gros c'est ça. Ça fait peur quoiFamille de Guillaume


Rapport de psychanalystes 2

S. MoerisÇa ne ressemblait pas du tout à Guillaume... Par rapport au miroir, soi-disant qu'il avait peur de son image dans un miroir, alors qu'au quotidien, il passe devant et ça ne pose aucun souci, donc je pense qu'il a joué : il avait une stéréotypie, il se mettait par terre, effectivement il faisait un peu la "feuille". Donc elle a inventé des délires, "corps mou sur un sol dur", enfin  
S. Guy
(riant)
"Mettre son tout mou sur du tout dur"
S.RobertMère trop froide, mère trop chaude, mère trop bonne ou pas assez, mère mortifère, mère fusionnante, mère toxique par nature...
Guillaume
(riant)
- Attention il va y avoir du bruit ! Je signale tout de suite. Le bruit survient. Julien, apeuré, se réfugie dans les bras de sa mère.



L'autisme, conséquence d'un inceste maternel ?


Dr Alexandre Stevens
Dr Alexandre Stevens, psychanalyste ECF
Psychiatre en chef de l'institution pour enfants "Le Courtil", Tournai, 59


Jacqueline Schaeffer
Jacqueline Schaeffer, psychanalyste - SPP
Enseignante formatrice en psychanalyse


<br />Yann BogopolskyYann Bogopolsky, psychanalyste kleinienne


Laurent Danon-Boileau
Laurent Danon-Boileau, Linguiste modyco CNSR Psychanalyste SPP
Centre Alfred Binet, Paris

Il restait pourtant un dernier pas à franchir. Au cours des repérages, plusieurs psychanalystes m'ont affirmé que l'autisme était la conséquence d'un inceste maternel.
Dr Stevens- La fonction paternelle consiste à ... à intervenir de deux façons. D'une part à un dire que non à la fusion de la mère et de l'enfant. Le père est celui qui interdit la mère.
S.Robert- Qui interdit sexuellement c'est ça ?
Dr Stevens- Qui interdit la jouissance de la mère, c'est à entendre dans son équivoque, qui interdit aussi bien que l'enfant jouisse exclusivement de la mère, que le fait que la mère jouisse exclusivement de l'enfant.
J. Schaeffer- La naissance d'un enfant il y a une "lune de miel". Quelquefois ce n'est pas si lune de miel que ça, ça peut même être dramatique, mais il y a une lune de miel, il y a une fusion, il y a un extraordinaire... Bon alors, quand vous dites ne faire qu'un, bien sûr il y a cette fusion, mais il y a en même temps un grand plaisir pris ensemble. Le bébé très rapidement, je pense qu'on peut dire heu... il n'y a pas de différence des sexes mais il y a un grand plaisir érotique pris ensemble.
S.Robert- Le fait qu'une mère s'occupe de son enfant comme d'un être humain et considère son enfant comme un être humain, c'est pas sexuel ?
Y. Bogopolsky- Et bien parce que ... Si. La sexualité au départ, ça n'est pas au sens où les adultes l'entendent comme sexualité génitale. C'est tout ce qui pour Freud, puisque c'est lui qui a théorisé cela, va être les endroits du corps qui vont donner du plaisir à l'enfant. Donc le corps de l'enfant et le corps de la mère, je veux dire, sont dans une étroite unisson et même, le nourrisson qui vient au monde ne sait pas qu'il est séparé du corps de la mère. Il pense ne faire qu'un - enfin, il pense : on lui attribue cela - ne faire qu'un avec sa propre mère. Donc, c'est un travail de séparation des corps, et le plaisir que l'enfant va avoir dans le rapport à l'autre, qui est d'abord la mère, va se faire 1) dans un corps à corps, et 2) les plaisirs vont avoir trait aux différents orifices du corps.
L. Danon-Boileau- Il y a des psychanalystes qui, il y a très longtemps, on parlé de quelque chose qu'ils ont appelé "la censure de l'amante". Ça veut dire une chose très simple. Ça veut dire que quand la mère est en train, disons, de changer le nourrisson, et puis que tout d'un coup, elle prend un peu trop de plaisir à son propre goût, dans le toucher qu'elle a du nourrisson, et elle se dit "oh la la, il y a quelque chose de bizarre, de pas logique, là je le traite pas comme je ...
S.Robert- Un truc incestueux ?
L. Danon-Boileau- Un truc un peu incestueux. Qu'est-ce qui se passe ? Eh bien elle va penser à l'homme avec lequel elle l'a conçu, en d'autres termes à son amant. Bon. Et du coup, ça va créer une distance entre elle-même et le nourrisson en question. C'est ce qu'on appelle la censure de l'amante.
S.Robert- Il faut qu'elle ait un homme dans la tête pour qu'elle ne soit pas dans une relation incestueuse avec l'enfant ?
L. Danon-Boileau- C'est pas il faut que, c'est qu'on ne peut pas y échapper !
J. Schaeffer- Dans les soins maternels, la mère peut très bien exciter le pénis d'un petit garçon, je veux dire les soins maternels, et les petits garçons ne s'en privent pas, on a beaucoup de petits garçons qui quand ils sont langés, quand ils sont, vous voyez, nettoyés par la mère, le petit pénis réagit.
Y. Bogopolsky- Le père est là pour dire l'interdit et en même temps protéger l'enfant. C'est-à-dire protéger l'enfant du désir incestueux de la mère.
S.Robert- Toutes les mères ont des désirs incestueux envers leur enfant ?
Y. Bogopolsky- Ah oui ! Qu'elles en aient conscience ou pas. Oui.
S.Robert- D'où vous vient cette conviction ?
Y. Bogopolsky- Oh ben déjà des écrits psychanalytiques, je veux dire le désir il n'est pas interdit ! C'est sa réalisation qui l'est.
S.Robert- Mais que l'amour d'une mère pour son enfant est un désir incestueux, c'est ...
Y. Bogopolsky- Et bien, oui, parce que, déjà elle a beaucoup de mal à se séparer de son enfant qui est né,  il y a là une unité qui se fait, qui si le père de l'enfant, ou celui qui occupe cette place, qui n'est pas forcément le géniteur, ne vient pas dire à la mère que la jouissance, ça se passe entre eux, ne vient pas rappeler son désir à la mère et la jouissance qu'elle va pouvoir avoir par le truchement de ce désir qui les lie tous les deux, la mère va avoir une jouissance à caresser son enfant, à l'avoir sur le corps toute la journée, que sais-je, enfin, va jouir,  et c'est en cala, pour reprendre votre question de tout à l'heure que le corps est bien présent, et que la sexualité, pour autant qu'elle ait à voir avec la jouissance que donne le corps, et qui est reprise par le langage, est d'emblée présente dans les questions des psychanalystes.


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Dernière édition par Neptune le 9/6/2015, 20:34, édité 1 fois


Dans ce cas, pourquoi la majorité des incestes sont-ils perpétrés par des hommes ?







<br />Aldo Naouri
Dr Aldo Naouri, pédiatre, analyste, essayiste



<br />Jacqueline Schaeffer
Jacqueline Schaeffer, psychanalyste - SPP
Enseignante formatrice en psychanalyse



A. Naouri

- D'abord il faut vous signaler une chose, c'est que l'inceste père-fille est infiniment plus fréquent que l'inceste mère-fils, n'est-ce pas. Et pourquoi est-ce qu'il n'y a pas ou pas pus d'incestes mère-fils ? Pour une raison simple, c'est que l'attitude maternelle à l'endroit des enfants qu'ils soient garçons ou filles, est une attitude d'essence incestueuse, spontanément. Le rêve de toute mère, c'est que son enfant ne manque de rien. La disposition maternelle à l'endroit de l'enfant est une disposition incestueuse. Donc elle n'a pas besoin de passer à l'acte. Dans sont attitude, il y a déjà suffisamment de choses, elle ne passe pas à l'acte.
J. Schaeffer- L'inceste paternel, ça fait pas tellement de dégâts. Ça rend des filles un peu débiles, mais l'inceste maternel, ça fait de la psychose, c'est à dire des f... c'est la folie. Il peut pas y avoir d'inceste maternel, entre un garçon avec sa mère, sans qu'il y ait un énorme trouble mental, c'est pas possible. A cause justement de cette fameuse barrière, mais la fille avec le père, elle est pas issue du père hein, elle a pas été dans le ventre du père, donc il y a quelque chose voyez, c'est un inceste secondaire, je dirais ça. Alors que l'inceste primaire, le véritable, c'est la mère. C'est de pénétrer la mère. Et les garçons qui pénètrent leur mère, ils sont psychotiques. Alors que la fille, non. Les filles peuvent, on a beaucoup d'expériences de filles avec un inceste paternel, elles se débrouillent pas trop mal. Bon, on ne peut pas dire que ça va très très bien, il y en a qui sont très très mal, il y en a qui sont moins mal, puis il y en a qui se débrouillent.... autrement. Autrement, c'est ce que je disais, un petit peu débile. Mais c'est très différent.


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Et le père, n'est-il pas lui aussi coupable ?


Genevieve Loison
Dr Genevieve Loison, psychanalyste lacanienne
Pour les psychanalystes, le père est lui aussi coupable : coupable d'être absent ou transparent, coupable d'être soumis à sa femme, coupable d'avoir été incapable de s'interposer entre l'enfant et l'ogre maternel.

Dr Loison- Il a pas pu ! Souvent, vous savez, combien de fois on voit des pères qui auraient voulu ! Et c'est ce qu'on appelle la forclusion. La forclusion du Nom-du-Père.
S. Robert - Qu'est-ce que ça veut dire ?
Dr Loison- Bonne question. Ça veut dire que le père, en termes simples, a fait l'enfant, mais qu'il n'existe pas, on nie son existence !
S. Robert- La mère nie son existence ?
Dr Loison- Nie son existence, il n'y a qu'elle et l'enfant qui comptent ! Le père n'existe pas ! Il est peut-être là pour apporter un peu d'argent... Il est là comme un figurant ! Il n'a pas la fonction d'un mari aimé, considéré, dans sa parole. Quand la mère considère la parole du père, l'enfant découvre la parole.
S. Robert- Si l'enfant ne parle pas, c'est que la mère déconsidère la parole du père ?
Dr Loison- Ben, on en a pas beaucoup ici, c'est surtout en hôpital psychiatrique, en hôpital de jour que j'avais les gros autistes profonds.
Dr Esthela Solano
Esthela Solano, psychanalyste, ECF, Psychologue clinicienne


E. Solano- Mais fondamentalement, la fonction du père, c'est une fonction symbolique. Et des fois, le père réel ne porte pas cette fonction symbolique. Et il peut être absolument adorable et gentil, et néanmoins, l'enfant se trouve confronté à une carence symbolique du côté de la fonction paternelle.
Dr Loison- Ou alors c'est, il n'existe que... Il n'a pas de place, ou alors il n'existe que dans la violence, ou il est lui-même violent. Parfois, on se rend compte qu'il est violent pour pouvoir exister ! Et qu'il force les portes en quelque sorte quand on ne les lui ouvre pas.
E. Solano- Quand on parle de la fonction paternelle, on parle de quelque chose qui oriente dans la vie. C'est comme une sorte d'autoroute, une boussole.
S. Robert- Pourquoi est-ce que la mère, en tant que femme, ne pourrait pas donner une assise à l'enfant ? Même livrée à elle-même ?
E. Solano- Il a des mères qui peuvent bien transmettre une fonction paternelle...
S. Robert- Mais pourquoi est-ce que ce n'est pas une fonction, une symbolique maternelle ? Pourquoi lui donner un sexe ?
E. Solano- La loi de la mère c'est une loi de caprice.
Aldo Naouri
Dr Aldo Naouri, pédiatre, analyste, essayiste
A. Naouri- En 1984, il y a un biologiste qui a fait la démonstration assez extraordinaire que le placenta est d'origine paternelle exclusive. C'est-à-dire qu'il est sous le contrôle de gènes portés par le spermatozoïde. Autrement dit, le placenta, c'est ce qui permet à une mère de ne pas détruire son enfant, et à l'enfant de ne pas tuer sa mère,  
S. Robert- C'est ce qui permet à la mère de nourrir son enfant.
A. Naouri- Oui, qui permet, qui fait transiter et filtre tout ce que la mère peut éventuellement apporter comme mauvais. Autrement dit, c'est un élément régulateur entre eux, c'est une interposition, ce placenta. C'est-à-dire que, en gros, on a le sentiment comme ça que, l'attitude du père à l'intérieur des décisions qu'il prend, de ce patriarcat qu'il instaure, de cette domination masculine, etc., a été toujours une recherche empirique de cette fonction que le placenta occupe et qui permet à chaque enfant de venir au monde sans être détruit.

Famille Sandrine Guy

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Ecole, vie sociale...






Famille Sandrine Guy





<br />Notes de Guillaume
Les notes de Guillaume



S.Guy

- Plus petit, comme il avait un diagnostic d'autiste, enfin sévèrement autiste, on partait sur l'idée de l'IME, en fait. L'IME *** qui a quand même une bonne réputation par rapport à l'autisme. Et au fur et à mesure du temps, il n'y a pas mis les pieds, parce qu'à l'école ça se passait super bien. Il se développait bien, le langage se développait super, il a de très bonnes compétences, en maths entre autres ! Et puis maintenant, tu vois, en fait, il est arrivé en 6ème.Il est à l'école à plein temps. A plein temps, en 6ème normale. Avec des difficultés bien sûr, il y en a. Il a une auxiliaire de vie qui est avec lui en classe, qui l'accompagne, mais dans l'ensemble ça se passe super bien. Et tu as de super résultats en plus !
Guillaume
(pensif)
- Oui
S. Guy
- Ce qui le différencie des autres collégiens en fait c'est en récré. En récré, il fait des stéréotypies des fois, il va faire des jeux que les ados ne font plus, il va pousser ou alors il va faire des petits cris, il aime beaucoup Mario Kart donc il va faire Mario Kart dans la cour de récré. Donc les autres enfants sont un peu... Mais bon ils ont eu une information complète, pour ça le collège a été super, Guillaume est déjà connu d'autres enfants.
Guillaume
- Les animaux ils ont peur, là...
S.Guy
- Et ils ont prévenu tous les élèves de sa classe, et ça a fait le tour... ça passe bien, quoi. (s'adressant à Guillaume) C'est quoi la matière que tu préfères ?
Guillaume
- Maths !
S. Guy
- Pourquoi tu aimes les maths ?
Guillaume (fier)


- Parce que c'est facile !

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En quoi consiste le traitement psychanalytique des enfants autistes ?


Depuis Bruno Bettelheim, la grand principe psychanalytique du traitement des autistes consiste à séparer les enfants de leurs parents. Les parents qui subissent parfois des pressions pour suivre une thérapie car ils sont considérés comme la source du problème. Aujourd'hui encore, en France et en Belgique, un certain nombre d'institutions psychiatriques sont des lieux de vie inaccessibles aux familles, qui ne sont pas tenues informées de ce qui s'y passe.

Dr Esthela Solano
Esthela Solano, psychanalyste, ECF, Psychologue clinicienne


S. Robert

- En quoi consiste le traitement psychanalytique des enfants autistes ?
E. Solano- Disons que lorsqu'on reçoit un enfant autiste, on pratique une psychanalyse qui est une pure invention. On se trouve en face d'un sujet qui, la plupart du temps, ne dispose pas du langage.

Aucune volonté de maîtrise, aucune volonté éducative, aucune imposition de quoique ce soit.

Il s'agit justement de prendre en compte les détails les plus insignifiants, et de s'apercevoir que ce détail insignifiant peut être interprété comme voulant dire un petit quelque chose, et donc petit à petit on peut intervenir en supposant que là il y a un signe, donc nous le prélevons comme étant de l'ordre d'un vouloir dire.
Laurent Danon-Boileau
Laurent Danon-Boileau, Linguiste Modyco CNRS Psychanalyste SPP
Centre Alfred Binet, Paris
L. Danon-Boileau- Moi je suis plutôt du genre à être, disons, comme dans une attitude d'observation. C'est-à-dire, avec un enfant autiste, j'en fais très peu. Très peu ça veut dire quoi ? Que je pose mes fesses, que je me mets à côté de lui, et j'attends qu'il se passe quelque chose. Et, j'oublie, j'essaye d'oublier tout. J'oublie le temps, j'oublie qu'on est pressé par le temps pour qu'il acquière le langage, j'oublie tout. Parce que je me dis qu'à partir du moment où je suis dans cette espèce d'apesanteur, il risque de se passer quelque chose que je ne peux pas prévoir.

Si l'enfant ne fait rien de toute la séance, et si je somnole à côté de lui, ça m'est égal. Je suis habitué à ça dans mon travail de psychanalyste. Bon. Mais ça suppose un certain nombre de trucs. 1) Ça suppose de pas s'emmerder quand on pense avec ses idées à soi. 2) Ça suppose aussi, disons, de ramer à l'encontre de tout un fonctionnement social qui veut dire que, on est pressé par le temps, que il faut faire des trucs, que etc., que c'est bien gentil tout ça, mais quand même, et si l'enfant est encore comme ça dans 10 ans, c'est pas vous qui allez... etc. Tout ça est vrai ! Je me mets dans la position d'être psychanalyste, ça veut dire de n'avoir ni mémoire ni attente. Et à partir de ce moment-là il se passe quelque chose. Et ça, c'est une attitude, je pense, qui est une attitude psychanalytique, profondément.
Dr Alexandre Stevens
Dr Alexandre Stevens, Psychanalyste Ecole de la Cause Freudienne
Dr Stevens- Vous voyez des auteurs comme Tustin ou Magaret Mahler, au fond expliquer comment il s'agit d'abord d'apprivoiser l'enfant. Là on est en cabinet, mais c'est la même chose en institution. Apprivoiser l'enfant c'est-à-dire, je sais plus laquelle des deux décrit ça, il s'agit de se tenir un peu en retrait, pas dans la direction de son regard, ne pas parler trop fort, suivre ce qu'il dit plutôt que d'essayer de le précéder etc.
Pr Golse
Professseur Bernard Golse, psychanalyste APF,
Chef du Service de pédopsychiatrie de l'hôpital Necker, Paris

Pr Golse- Au fond on essaye par tous les moyens de faire sentir à l'enfant autiste qu'un autre existe et qu'il n'est pas menaçant.

Quand... Peut-être... Oui. Je, euh, je suis sensible à ce que vous me dites que il faudrait que le téléspectateur sente quand même qu'on accepte d'aller au bout de nos convictions.
S. Robert- Bah oui.
Pr Golse
Silence d'une vingtaine de secondes

Laurent Danon-Boileau
Laurent Danon-Boileau
L. Danon-Boileau- Si vous chantez une petite chanson et que l'enfant autiste s'y trouve pas mal, il y a quelque chose qui se passe. Alors vous allez me dire il y a pas besoin d'être psychanalyste pour ça. Si, si vous n'en faites pas une méthode éducative. Si, si vous vous dites "après tout, ce que l'enfant va en faire je m'en ... je m'en moque,  visiblement ç a l'air de l'intéresser, on verra bien après, ou on verra pas après." C'est vraiment le point fondamental de mon attitude en tant qu'analyste avec respect pour ces enfants-là, c'est le fait d'abdiquer l'idée d'une progression. Et ça va pas de soi, je vous prie de croire que mon idéal analytique me fait exigence d'abandonner cette dimension-là, mais il se trouve aussi que j'appartiens à une société dans laquelle je suis payé pour donner du soin. Par conséquent je suis en conflit. Mais ça, la situation de conflit, si un analyste est pas foutu de la vivre, il faut qu'il change de métier, parce que c'est le fondement même de la pratique analytique.


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Dernière édition par Neptune le 9/6/2015, 20:36, édité 1 fois


Quel est l'impact de la psychanalyse sur les enfants autistes ?


Quel est l'impact de la psychanalyse sur les enfants autistes ? Qu'est-ce qu'un enfant autiste peut raisonnablement en attendre en terme de résultats ?

Pierre Delion
Professeur Pierre Delion, psychanalyste
Chef du service de pédopsychiatrie du CHU de Lille, 59


P. Delion

- Mais ça, je peux pas répondre à ça, c'est pas une question de psychanalyste, ça !

Laurent Danon-Boileau
Laurent Danon-Boileau, Linguiste Modyco CNRS Psychanalyste SPP
Centre Alfred Binet, Paris



L. Danon-Boileau

Sourit en évitant le regard du journaliste, se plie complètement en avant, très longuement...
... se redresse finalement, puis, affronte le regard et répond

- Le plaisir de s'intéresser à une bulle de savon.

Prend un air victorieux et pénétré. Puis s'excuse :

- Je ne peux pas vous répondre autre chose.

Et pourtant, des solutions existent


Elles s'appellent PECS, TEACCH et ABA. Ces méthodes éducatives et comportementales ont été mises au point aux États-Unis il y a plus de 30 ans, pour permettre aux autistes de communiquer et de s'ouvrir au monde. Grâce à ces outils adaptés à leur handicap, les jeunes autistes font, en quelques mois, des progrès considérables. Hélas, les psychanalystes s'opposent farouchement à leur implantation en France.

Dr Stevens

- Dans le monde francophone, l'envahissement par les techniques cognitivo-comportementales est un envahissement nouveau. Récent, mais très présent actuellement. La psychanalyse se bat contre cet envahissement, n'est-ce pas. Un certain nombre de collègues, spécialement Jacques Alain Miller, ont pris la tête de cette lutte, de ce combat. D'autres aussi, dans d'autres mouvements, n'est-ce pas. C'est un combat très important pour maintenir vivant le... la dimension, au fond, de la subjectivité, c'est-à-dire de la singularité de chaque sujet par rapport, au fond, à cette idée comportementale du réglage par cases.


Dr Alexandre Stevens
Dr Alexandre Stevens, psychanalyste ECF
Psychiatre en chef de l'institution pour enfants "Le Courtil", Tournai, 59
E. Laurent- Si vous voulez, s'il s'agit en effet pour la psychanalyse d'être aussi cet appareillage de désenchantement. Il y a des espoirs qui surgissent du côté de la biologie. Et ces espoirs, ça serait merveilleux d'y croire ! Si on peut croire, demain, demain on va avoir des solutions ! Et bien la psychanalyse, comme discours coruscant envers toutes les croyances, est d'essayer de faire vivre l'humanité sans qu'elle croie à des lubies trop importantes, ça fait partie de son effort. donc le dialogue avec les neurosciences, c'est pas simplement nous-mêmes nous informer des résultats et faire valoir que cela ne change pas ce qui est notre pratique fondamentale, l'orientation de notre pratique, c'est aussi de pouvoir faire vivre l'humanité sans avoir trop de grands espoirs dans les différentes bonnes nouvelles qui sont publiées tous les jours, et qui sont faites pour essayer de maintenir justement un taux de bonnes nouvelles dans un environnement où il y en a fort peu.

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Eric Laurent
Eric Laurent, Psychanalyste ECF, Enseignant formateur en psychanalyse

Le Mur - Neptune

Dans les années 80, 100% des psychiatres et psychologues français étaient formés à la psychanalyse. Depuis les années 90, cette tendance décline, mais ils sont encore près de 80% aujourd'hui. Une situation unique dans le monde avec l'Argentine, qui a des conséquences énormes sur la prise en charge du handicap.

À quatre ans, Guillaume était diagnostiqué autiste sévère. Sa psychiatre a refusé d'appliquer sur lui les méthodes de communication adaptées aux autistes, et déconseillé son intégration scolaire. Mais ses parents ont tenu bon. Grâce à leur ténacité, et la rencontre d'une équipe pédagogique formidable, Guillaume suit aujourd'hui une scolarité normale. Il est un excellent élève. Guillaume


Julien


Faute de place dans une structure adaptée à son handicap, Julien a passé son enfance en hôpital psychiatrique de jour. À 14 ans, il est complètement dépendant, pour les moindres gestes du quotidien. Aujourd'hui Julien est suivi dans un centre pour enfants qui s'occupe très bien de lui, mais seule une éducation spécifique, adaptée au comportement des autistes, lui permettrait de devenir continent, moins dépendant et peut-être même d'apprendre à parler.

En France, ces éducateurs spécialisés sont rares, donc chers, inaccessibles aux moyens de sa maman. On estime entre 430 000 et 600 000 le nombre de personnes avec autisme en France.



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Le Mur - Neptune
Écrit et réalisé par Sophie Robert
Produit par Océan Invisible Productions ©

Avec la participation de
Autisme sans Frontières
Vincent Gerhards
Delhine Floquet

Remerciements
Sabrina Cravet
Julien Salmon
Sandrine Guy
Stephane Moeris
Guillaume Moeris
Julien Moeris
Gabriel Moeris

Et par ordre alphabétique
Yann Bogopolsky
Laurent Danon-Boileau
Pierre Delion
Bernard Golse
Eric Laurent
Geneviève Loison
Aldo Naouri
Jacqueline Schaeffer
Esthèla Solano
Alexandre Stevens
Daniel Wildocher


Qui est Sophie Robert ?



J'ai eu le plaisir ce soir d'interviewer Sophie Robert  - réalisatrice du film "Le Mur - La psychanalyse à l'épreuve de l'autisme" dont nous venons de publier le texte intégral. Au départ je souhaitais juste qu'elle m'envoie un petite biographie, juste un paragraphe pour comprendre les raisons qui l'avaient motivé à réaliser un film aussi exceptionnel. Mais Sophie n'a pas publié de telle biographie. Avec son téléphone, dans la rue, elle a donc répondu simplement, et avec passion, à mes questions.
Neptune


Sophie Robert
Sophie Robert
Neptune- Comment en êtes vous arrivée à réaliser un film comme "Le Mur" ? Qu'est-ce qui vous motive ?
Sophie Robert- Étant jeune je voulais être psychanalyste, par attirance intellectuelle pour cette discipline, pas forcément pour pratiquer, étant encore plus attirée par l'audiovisuel. J'ai étudié la psychanalyse par moi-même en lisant beaucoup et en assistant à de nombreuses conférences, colloques, etc. Je suis finalement devenue scénariste, puis réalisatrice et productrice.

En 2008 j'ai voulu savoir ce qu'était devenue la psychanalyse. J'avais dans l'idée qu'elle avait forcément évolué, et la curiosité de savoir comment elle avait évolué, sans idée préconçue : même si j'avais entendu dire que le mouvement était "en crise", mais je voulais en savoir plus. Ce qu'on pouvait lire ici où là était soit inaccessible au public, soit caricatural et trop simplificateur, plein d'amalgames. Je pensais que le public finalement ne savait pas grand chose sur la psychanalyse. Je me suis donc lancée dans des interviews filmés, avec comme volonté de poser des questions naïves, simples, et d'obtenir des explications dans un langage également simple, "déjargonné".
Neptune- Comment se sont passées les interviews ?
Sophie Robert- Ce fut un très long travail : pendant 4 ans, j'ai interviewé 52 psychanalystes : des intellectuels, des praticiens, des cliniciens, à tous les niveaux, et le plus variés possible. Certaines interviews ont duré plus de 3 heures ! Ils ont joué le jeu proposé: aller au fond des choses, et exposer leurs convictions le plus simplement possible. L'idée était de faire passer aux profanes un discours qu'ils réservent habituellement aux seuls initiés.  Je leur faisais très souvent répéter et confirmer les affirmations qui m'étonnaient.

Au cours de ces interviews j'ai découvert avec stupéfaction que la situation était beaucoup plus grave que ce que j'imaginais : ce mouvement se révélait replié sur lui-même, et en situation de conflit vis-à-vis de la société. Certains me signalaient même des "dérives sectaires au sein de la psychanalyse". J'ai trouvé que mon enquête  dans ce milieu très spécial, avait une portée sociologique.

J'ai également été frappée par des positions choquantes. Par exemple sur l'homosexualité, encore considérée par certains comme une psychose. Un psychanalyste qui a passé deux heures à justifier la pédophilie... Un mépris viscéral de la féminité, y compris par les femmes psychanalystes. A tel point que j'ai cru au départ être tombée par hasard sur des extrémistes. Mais je me suis rendue compte peu à peu que leur opinion était celle de l'écrasante majorité des psychanalystes.
Sophie Robert - Le Mur

Neptune- On en sent certains assez déconnectés de la réalité, voire perturbés...
Sophie Robert- Complètement.
Neptune- L'autisme n'était donc pas le sujet principal du film au départ ?
Sophie Robert- Non. L'autisme est apparu comme l'extrême, la "reine" des pathologies, et s'est invité tout naturellement dans les discussions. Il "occupe" moins de 15 % du temps total de mes interviews. J'ai aussi parlé d'autres sujets pendants des heures avec certain(e) psychanalystes, comme des rapports homme-femme avec Jacqueline Schaeffer, etc.

J'ai ensuite proposé mon travail au monde de l'audio-visuel. J'ai été très mal reçue, je n'ai trouvé que froideur et incrédulité. Même si les mots et images étaient là, les personnes des milieux audio-visuels sont encore très influencées par la psychanalyse, et ne me croyaient pas : personne n'a voulu de mon travail. Ce n'est qu'en rencontrant les associations de parents d'enfants autistes que j'ai enfin trouvé une reconnaissance, énorme cette fois. Lorsque j'ai rencontré Vincent Gerhards, président d'Autistes Sans Frontières, il m'a dit "Vous tombez du ciel : cela fait des années que nous dénonçons cette situation, mais comme cela se passe dans les cabinets des psychanalystes, personne ne nous croit". C'est ce qui m'a motivée à monter "Le Mur", en prenant les interviews parlant de l'autisme.  

Les prochains films de Sophie Robert

Sophie Robert - Quelque chose en plus
Voir "Quelque chose en plus"
Neptune- Quels sont vos autres films, vos projets ?
Sophie Robert- Tout d'abord il y a "Quelque chose en plus" qui est sorti l'an dernier...(1)
Neptune- Ah oui, sur l'ABA ...
Sophie Robert- Tout à fait. Et je prépare des émissions de type "plateau", sur l'inclusion scolaire des enfants autistes, l'un sur la maternelle et le primaire, l'autre sur le collège et le lycée. Ils devraient sortir à la rentrée. (2)

Il y a aussi deux long-métrages à venir pour projection en salle, à partir du même matériel d'interview, mais sur d'autres sujets : je vous recommande en particulier des extraits de 9 minutes pour "Le phallus et le pas tout", sur la sexualité, et aussi "Dans l'antre de la mère crocodile" (3)
Neptune- Le film "Le Mur" marche bien ? Sophie Robert - (3) Les extraits des deux prochains films
(3) Les extraits des deux prochains films
Sophie Robert- Oui. De très nombreux parents d'enfants autistes, de très nombreux chercheurs et professionnels dans le milieu de l'autisme l'ont vu et m'ont remercié. Il a également été diffusé dans de nombreux pays.


(2) Ces émissions pourront voir le jour grâce à une collecte de dons sur internet, qui en quelques jours a dépassé largement l'objectif de financement d'un des deux films, et permet la sortie des deux émissions


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Dernière édition par Neptune le 14/8/2015, 18:51, édité 1 fois



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Un tout d'horizon complet : Le  "j'accuse" de Danièle Langloys, vice-présidente d'Autisme France

http://dlangloys.blog.lemonde.fr/2015/07/12/jaccuse-autisme-et-aide-sociale-a-lenfance/

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