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Statistiques des consommations d'antipsychotiques ou neuroleptiques en France : 2008-2013

Par Neptune 
le 21/04/2015

 

Le marché des antipsychotiques (ex-"neuroleptiques") en France de 2008 à 2013



Analyse de l'évolution des ventes aux particuliers 2008-2013, sur la base des chiffres publiés pour chaque molécule, marque et conditionnement par la Caisse Primaire d'Assurance Maladie, 2014.

par Mat et Neptune, décembre 2014 - avril 2015.



Introduction


"Antipsychotiques" est le nouveau nom des "neuroleptiques". Ce second baptème a pour cause la très mauvaise image donnée dans les années 70 aux neuroleptiques par le film "Vol au dessus d'un nid de coucou". Pour autant cette image n'est pas surfaite, lorsque l'on connait les effets des doses massives injectées en hôpital, ou les effets à long terme d'une prise régulière de ces psychotropes.

Ils ont tous en commun le fait d'inhiber le circuit de la dopamine, qui est le carburant de l'élan vital, en excès au moment d'une crise psychotique. Non sélectifs, les antipsychotiques inhibent donc également l'élan vital, et provoquent divers effets indésirables, dont les dyskinésies tardives et autres effets parkinsoniens. La maladie de Parkinson se manifeste justement par une carence en dopamine. Autrement dit, pour soigner les psychoses, on injecte Parkinson (très schématiquement). Nous reviendrons plus scientifiquement sur les antipsychotiques dans les articles à venir.

Les antipsychotiques ont certes évolué depuis cette époque, avec ceux dits de "2eme génération", ou "atypiques". Annoncés comme bien moins nocifs que leurs prédécesseurs, ils ont, dans les années 2000, envahi le marché et ont été alors prescrits et recommandés pour d'autres troubles psychiques que les troubles psychotiques : trouble bipolaire, etc. On sait aujourd'hui que ces nouvelles molécules ne tiennent pas leurs promesses, sur le plan des effets indésirables.

Le présent article analyse la tendance de prescription d'antipsychotiques.

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1. Les ventes globales tous produits confondus


Ventes en pharmacie antipsychotiques 2008-2013- Neptune

Toutes classes d'antipsychotiques - neuroleptiques, hors établissements de santé - Source : CPAM

The Matrix - antipsychotiques - Neptune
Autres articles sur les antipsychotiques


Liste des antipsychotiques vendus en France entre 2008 et 2013

MarquemoléculeLaboratoire
Atypiques
AbilifyaripiprazoleOtsuka
Leponex@clozapineNovartis
+génériques
OrappimozideEumedica
RisperdalrisperidoneJanssen
+divers
SolianamisulprideSanofi
+génériques
XenazinetretrabenazineEusa
XeplionpalipéridoneJanssen
XeroquelquetiapineAstrazeneca
ZyprexaolanzapineLilly
+génériques
Conventionnels - anciens
(tous vendus aussi en génériques)
TerciancyamémazineSanofi
LargactilchlorpromazineSanofi
FluanxolflupentixolLundbeck
ModitenfluphénazineSanofi
ModecatefluphénazineSanofi
HaldolhaloperidolJanssen
NozinanlévomépromazineSanofi
LoxapacloxapineEISAI
TrilifanperphénazineSchering
DipiperonpipampéroneEumedica
PiportilpipotiazineSanofi
NeuleptilpropériciazineSanofi
DogmatilsulpirideSanofi
Sulpiridesulpiridedivers
SynedilsulpirideSigma
TiapridaltiaprideSanofi
TiapridetiaprideMylan
TiapridetiaprideSandoz
ClopixolzuclopenthixolLundbeck
Le volume en Euros semble se stabiliser en 2012, alors que les quantités - nombre de boites - poursuivent une progression ininterrompue depuis des décennies. Les chiffres des dépenses hospitalières et des cliniques ne sont hélas pas disponibles.

Explication : les molécules les plus vendues (Risperdal-risperidone, Zyprexa-olanzapine) ont atteint l'âge du générique. On continue d'en vendre de plus en plus (courbe verte) mais le prix de chaque boîte est passé d'un prix élevé à un prix dit "générique", fortement limité par l'état.

16,5 millions de boites représentant chacune un mois de prise, ceci fait 1,3 million de consommateurs libres (16,5/12) soit 2,3 % de la population française.

Ces chiffres montrent donc que la "cible" traditionnelle des troubles psychotiques - environ 1% de la population - a bien été rejointe par la population plus importante des personnes ayant un trouble bipolaire - plus de 1% - cette dernière ayant été la cible des "antipsychotiques atypiques" en prise chronique, apparus dans les années 2000. 1

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1 Ce terme de "prise chronique" renvoie aux "maladies" psychiques abusivement qualifiées de "chroniques" par l'institution et les laboratoires. La schizophrénie en particulier n'est pas chronique, quant au trouble bipolaire, ceci reste à démontrer. Nous pensons alors que l'affirmation "il faut prendre des médicaments à vie", avec le rapprochement au diabète, est, elle, réductrice, néfaste et invalidante. D'où l'expression de "prise chronique" de médicaments car nocifs à long terme pour un bénéfice non démontré sur le long terme.

2. Antipsychotiques "atypiques" vs antipsychotiques "anciens"


Les "atypiques" sont les produits découverts depuis les années 90, le plus ancien étant la clozapine (Leponex@). Les principaux sont le Zyprexa-olanzapine, Solian-amisulpride, Risperdal-risperidone, Abilify-aripiprazole, Xeroquel-quetiapine.

Etant inhibiteurs seulement partiels du circuit de dopamine, ils sont donc moins puissants et ont des effets indésirables extrapyramidaux moins visibles à court terme. C'est leur raison d'être, et la raison pour laquelle ils sont massivement prescrits aux personnes ayant un trouble bipolaire (sauf la clozapine et l'amisulpride). Par contre ils provoquent globalement davantage de troubles métaboliques (prise de poids).

En terme de quantité, ils n'ont pas "remplacé" les produits anciens, mais "tirent" toute la croissance, pour parler en langage marketing.

Les laboratoires doubleraient ce chiffre d'affaire à 1 milliard d'euros si tous les antipsychotiques étaient remplacés par des atypiques, ce qui expliquent un tel déploiement d'énergie autours des nouveaux "APA". L'état français et ses hôpitaux, eux, préfèrent faire des économies et injectent encore majoritairement de vieux produits comme l'Haldol (coût : 4 euros par mois). Certains médecins estiment "ne pas voir de différence" entre les vieux et les nouveaux produits.


Ventes en pharmacie antipsychotiques 2008-2013- Neptune
En volume, les anciens produits restent majoritaires, et stables. L'augmentation des prescriptions vient des atypiques - Source : CPAM

Ventes en pharmacie antipsychotiques 2008-2013- Neptune
En chiffre d'affaire, les atypiques, surtout les nouveaux, sont la principale source de bénéfices des laboratoires - Source : CPAM

3. La stratégie des laboratoires


Comme on le voit médicament par médicament, les laboratoires et leurs promoteurs ne comptent pas en rester là. Même si les molécules "génériques" continuent de rapporter des marges non négligeables grâce aux quantités importantes vendues, les laboratoires tentent de faire progresser marge et chiffre d'affaire au moyen de différents "leviers" :

  • La continuelle mise sur le marché de nouvelles molécules, vendues au prix fort. Les dernières nées se nomment Abilify (aripiprazole - Otsuka), Xeroquel (quetiapine - Astra-Zeneca), et Xeplion (paliperidone - Janssen-Cilag, un métabolite du Risperdal-rispéridone du même Janssen). Leur "supériorité" est clamée au moment de la mise sur le marché, puis, des années plus tard, contestée par ceux là même qui en espéraient des miracles. 2

  • Le lobbying ininterrompu auprès des prescripteurs, et maintenant aussi, des associations professionnelles, de familles de patients, de médecins, les réseaux sociaux 3

  • Les études et financement d'études tendant à élargir la cible des produits existants ou nouveaux. Ainsi, les professionnels de santé se sont tous laissés convaincre, dans les années 2000, que les antipsychotiques atypiques étaient la nouvelle panacée, bien meilleurs et moins nocifs que les thymorégulateurs comme le lithium, largement décriés par ce type d'études.
    Aujourd'hui les experts reconnaissent avoir été trompés. 2

  • Le sponsoring de patients "observants" dont ils financent la communication, un peu comme les marques de sport achètent des clips auprès de sportifs. Aucun de ces patients observants filmés n'a bien sûr encore les marques visibles de leurs camarades moins chanceux : syndromes extra-pyramidaux (tremblements, patte folle, mouvements involontaires de la mâchoire) , obésité, etc. Les films n'évoquent bien sûr pas les "effets indésirables" à long terme.  

  • La loi de 2011 sur les "programmes de soins", qui autorise la médication forcée et à domicile, dont les laboratoires tirent profit avec des solutions injectables "innovantes" comme le Xeplion : 218 euros par mois garantis, à moins que l'hôpital ne choisisse l'ancien produit, plus nocif, mais plus économe : Haldol en injection, 4 euros / mois.  



Les finlandais de toute une région ont résolu ce dilemme autrement 4 : ils n'achètent d'antipsychotiques qu'exceptionnellement, et ont pratiquement éradiqué la schizophrénie en 30 ans. Mais pour cela, il faut une réelle volonté et un réel changement dans la manière d'aborder la maladie et son traitement.


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Christian Gay - Neptune
2 Christian Gay, qui est pourtant un promoteur connu de la pharmacothérapie, tire diplomatiquement la sonnette d'alarme dans "Les troubles bipolaires". Il  déclare avec ses confrères Marc Masson et Thomas Mauras ""Quelques essais cliniques ont permis une extension de l'autorisation de mise sur le marché ( AMM ) en France de certaines molécules jusqu'alors réservées aux pathologies psychotiques (aripiprazole, olanzapine, quétiapine) (...) Une littérature grandissante rend compte d'une mauvaise tolérance des patients bipolaires aux antipsychotiques. Cette tolérance varie en fonction du profil spécifique de chaque molécule. Le syndrome métabolique iatrogene reste le plus emblématique et touche plus d'un tiers des patients bipolaires. Certaines études font part de l'augmentation de dyskinésies tardives chez le patient bipolaire. Le risque serait identique pour les neuroleptiques classiques ou de seconde génération dans cette population et va poser un problème aux praticiens dans les années à venir" "Les troubles bipolaires", Lavoisier 2014, ch. 55, "

3. Les associations comme l'unafam, profamille etc., destinées aux proches et amis de "malades", reçoivent des subventions et dons des laboratoires leaders. Par exemple, ont été déclarés 66 000 euros par Janssen-Cilag pour l'unafam au cours des 5 dernières années. Lundbeck, BMS-Otsuka participent aussi à ces financements (dons, sponsoring de plaquettes, etc.) . Ces dons et financements peuvent expliquer le langage au minimum non critique de ces associations, vis à vis de la médication systématique.

4 Voir Open Dialogue, la méthode qui a pratiquement éradiqué la schizophrénie en Finlande

Ventes en pharmacie antipsychotiques 2008-2013- Neptune

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4. Les différents antipsychotiques


Le Tercian est le plus vendu : son rôle anxiolytique d'appoint (sans danger d'addiction connu) et le prix très bas de ce vieux produit bien connu lui font un résultat logique (pour un tout petit chiffre d'affaire)

Le Risperdal est le "block buster" de Janssen qui, avec le Haldol, a fait sa fortune. Plus de 10 laboratoires distribuent le générique de rispéridone : un produit encore juteux.

Le chiffre incroyablement élevé de l'Haldol et du Loxapac pour ces vieux produits ont trois explications : leur faible coût, leur puissance inégalée - zombification instantanée -, et enfin le conservatisme des vieux prescripteurs.

La banalisation des antipsychotiques par les génériques et les discours répétés en boucle des représentants médicaux, explique aussi que même des médecins généralistes, en dépit de toutes les recommandations, s'autorisent à prescrire ce genre de produits. La banalisation des neuroleptiques - et leur changement de nom -  est sans doute l'explication majeure de l'explosion des consommations. De tels produits étaient au siècle dernier strictement réservés à un usage hospitalier.

Jusqu'au jour où, à l'instar des benzodiazépines qui sont aujourd'hui reconnues comme un problème de santé majeur, les autorités sanitaires de notre pays décideront de tenter de mettre fin - un peu tard - à ce qui sera un nouveau problème de santé publique majeur.

Annexe : évolution des ventes pour les 11 principaux produits


1er - Tercian-cyamémazine

Ventes de Tercian 2008-2013 - Neptune

2e Risperdal-rispéridone

Ventes de Risperdal-rispéridone 2008-2013 - Neptune

3e Haldol - halopéridol

Ventes de Haldol - halopéridol 2008-2013 - Neptune

4e Zyprexa-olanzapine

Ventes de Zyprexa-olanzapine 2008-2013 - Neptune

5e Abilify - aripiprazole

Ventes Abilify - aripiprazole de 2008-2013 - Neptune

6e Tiapridal-tiapride

Ventes de Tiapridal-tiapride 2008-2013 - Neptune

7e Loxapac-loxapine

Ventes de Loxapac-loxapine 2008-2013 - Neptune

8e Nozinan-lévomépromazine

Ventes de Nozinan-lévomépromazine 2008-2013 - Neptune

9e Xeroquel-quetiapine

Ventes de Xeroquel-quetiapine 2008-2013 - Neptune

10e Leponex-clozapine



La progression de la clozapine est plus importante encore que ne le montre ce graphique, ce produit très dangereux étant majoritairement prescrit par des psychiatres hospitaliers du fait de ses effets secondaires majeurs et à risque vital

Cette progression est due à un regain d'intérêt suscité par une grande déception dans les autres produits (faible efficacité), et à une réputation de "meilleur produit antisuicide". Cette réputation se base sur une étude Lancet menée en Finlande, totalement biaisée, mais reprise en boucle dans la "littérature" psy.
A tel point que cette étude, également contestée par des experts, nous sert de modèle d'étude pour décrire les biais de sélection et les biais de présentation.

Ventes de Leponex-clozapine 2008-2013 - Neptune

11e Solian-amisulpride











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Ventes de Solian-amisulpride 2008-2013 - Neptune

tres bon partage merci

Neptune

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