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Maltraitance à l'hôpital psychiatrique Charles Perrens de Bordeaux - 2011

Par Neptune 
le 01/12/2014

 

Motif d'admission : le témoignage d'Elodie


Avec son accord explicite, le 30 novembre 2014

Bonjour, je souhaite apporter mon témoignage.
Pour commencer je m'appelle Élodie, j'ai aujourd'hui 18 ans.

J'ai été hospitalisée il y a 3 ans à l'hôpital psychiatrique Charles Perrens à Bordeaux pendant 1 mois et demi. 3 semaines en service adulte, puis 3 au centre de crise pour adolescents (et auparavant deux jours au SECOP, c'est à dire les urgences psychiatriques).

J'ai été hospitalisée le 9 décembre 2011. Le 8 décembre, j'absorbais une très forte dose d'antidépresseurs et d'anxiolytiques qui m'étaient prescrits. Le lendemain, je me réveille, enfin qu'à moitié, je suis dans les vapes, des gens s'agitent autour de moi, j'entends ma mère sangloter, appeler des gens. Les pompiers et la police sont là. Ils vont m'emmener à l'hôpital. NON NON NON ! Tout mais pas ça je vous en prie...

Ce n'est plus au centre Abadie qui ne veut plus de moi qu'on va m'emmener... c'est à Charles Perrens !


Et ce n'est plus au centre Abadie qui ne veut plus de moi qu'on va m'amener... c'est à Charles Perrens ! Je vous en prie pas ca... Et pourtant. Je suis d'abord emmenée aux urgences de l'hôpital généraliste. On me prend ma tension, mon rythme cardiaque, ma glycémie, et tout le tintouin histoire de vérifier que je ne vais pas crever. MAIS MOI JE NE VEUX QUE ÇA VOUS L'AVEZ PAS ENCORE COMPRIS. Je dois attendre qu'une psychiatre vienne me voir et dise quoi faire. Mais j'ai compris ce qu'elle veut faire.. Je me lève, je tente de partir... Des infirmières arrivent et m'attrapent, me plaquent contre le lit, ma tête se cogne, j'ai mal... Je me débats j'en mords une. Elles crient d'aller chercher des contentions.

Je ne suis même pas un chien car un chien est mieux traité que cela


Des quoi ? Puis là c'est le drame : elles m'attachent au lit !! je continue de me débattre, je ne veux pas... Ils s'y mettent à beaucoup mais ils y arrivent. Me voilà attachée à mon lit, forcée d'uriner dans un bassin, je ne suis désormais plus un être humain, je ne suis même pas un chien car un chien est mieux traité que cela. On finit par me faire une piqure de ce qui était je pense du Tercian. Je somnole pourtant les heures sont interminables. Dans mon demi sommeil j'essaye toujours de me dégager de mes "chaînes". Je parviens à retirer un bras. Plus tard une infirmière à l'air sévère vient, elle me demande si je me suis calmée, je ne réponds pas et pleure en silence comme c'est le cas depuis plusieurs heures. Elle finit par me détacher.

Sans le savoir mes parents s'apprêtaient à me faire vivre ce qui restera sans doute la pire période de ma vie


Je veux voir mes parents, que font ils pour empêcher tout ça ? J'ai été mise dans un couloir à part des autres patients, histoire qu'ils ne voient pas la cinglée qui s'agite à côté. Finalement une psy arrive. Elle dit à mes parents que je vais être hospitalisée. Et le pire... ils donnent leur consentement. Sans le savoir mes parents s'apprêtaient à me faire vivre ce qui restera sans doute la pire période de ma vie. Je suis transférée aux urgences psychiatriques, j'ai encore mon téléphone à ce moment là et je dis à mon copain de ne pas s'inquiéter, qu'on se verra bientôt et que je l'appellerai le soir même. Si j'avais su...

Ils mont pris tout ce que j'avais sur moi à savoir mon doudou et mon portable (...) Il me fout un coup de poing dans le visage


Lorsque j'arrive aux urgences quelques minutes plus tard, on m'enferme dans une chambre. Seule. Mes parents encore une fois n'ont pas le droit de me voir. Je suis dans une chambre fermée à clef car je suis mineure. Ils mont pris tout ce que j'avais sur moi à savoir mon doudou et mon portable et les ont mis dans un placard fermé à clé. J'attends, encore assommée par le Tercian. Puis mes parents et la psy viennent. Ils ont discuté, je vais être conduite dès que possible dans un service, ils ont contacté le centre Abadie qui ne m'accepte pas en hospitalisation car je suis agitée à ce qu'il paraît. Je commence à protester, encore une fois je tente de partir, je pleure, je crie. Des infirmiers en blouse blanche arrivent, ils me font peur mais peu importe je veux juste m'enfuir même si je suis en pyjama. Ils me plaquent sur le lit, je hurle. Je me débat, je donne des coups de poings, des coups de pieds, j'arrive à me relever. Puis une dizaine d'infirmiers bien costauds arrivent. Je suis collée contre le lit, je ne peux plus rien faire. J'en mords un encore une fois, jusqu'au sang. Et là ... il me fout un coup de poing dans le visage, je sens le sang qui coule le long de mes joues.

Je fond en larmes recouverte de sang et bientôt d'urine


Je pleure. mais ça semble monnaie courante ici. On me refait une injection de Tercian. Je finis par me réveiller en pleine nuit, je suis à nouveau attachée. Mais cette fois-ci je sens que je ne pourrais même pas réussir à enlever un seul des poignets de contention... Je sens quelque chose de visqueux... J'ai mes règles. Je crie, j'appelle quelqu'un pour qu'on me laisse aller aux toilettes, il faut vraiment que j'y aille ! Quelqu'un vient et me dit de la fermer, sinon Tercian. Même pas le temps de lui expliquer mon problème. Je fond en larmes recouverte de sang et bientôt d'urine. Je n'ai pas pu me retenir. Je me sens déshumanisée. Je ne suis plus rien. Je n'existe plus. Finalement le lendemain matin quelqu'un vient et m'apporte un pyjama (en papier) et une culotte (en filet) propre, ainsi que des protections intimes. Elle me nettoie, me détache un poignet et une cheville et me dit que si je suis sage on me détachera. Que dans quelques heures je rejoindrai le service. On finit par me détacher, on m'amène un petit déjeuner puis on me fait aller à la douche. Cette douche est absolument immonde, malgré ma crasse je n'ai pas envie de me laver, mais je m'exécute. Je repars à ma chambre et j'attends. On m'a encore donnée du Tercian.

Un mois et demi d'enfer ponctué par le refus des médecins de communiquer avec moi (...) l'absorption d'une quantité énorme de Tercian, un œdème pulmonaire dû à celui-ci (...) "Si tu commences à chouiner je t'attache direct


Je finis par être transférée dans un service adulte car il n'y a pas de place au centre de crise pour ados. J'ai 16 ans. Je vais me retrouver avec des adultes de 40 ans et plus. Il n'y avait qu'une fille de 18 ans, adorable somme toute. J'arrive donc dans le service, je n'arrive pas à marcher, on doit me soutenir, d'après mes souvenirs et les témoignages de mes parents et copain, j'avais constamment le regard vide, la bouche légèrement entrouverte et je bavais beaucoup. Voilà l'image parfaite de l'internée psychiatrique. Je ne vais pas vous raconter la suite de mon séjour car ça serait trop long mais ce fut un mois et demi d'enfer ponctué par le refus des médecins de communiquer avec moi, l'absorption d'une quantité énorme de Tercian, un œdème pulmonaire dû à celui-ci, et la tentative de suicide d'un des patients du service adulte. Des menaces des infirmiers au centre ados telles que : "si tu commences à chouiner je t'attache direct" "c'est pas en pleurant que tu vas sortir". Mais j'ai vite compris.

L'HP ne m'a pas aidé et m'a laissé cette sensation horrible que je conserverai toujours : celle d'être une minable, une moins que rien, de ne pas valoir le coup de vivre.


J'ai fait mine pendant plus de 3 semaines d'aller bien, j'ai souris et ça a fini par payer j'ai pu sortir. Mais cette hospitalisation ne m'a apportée que du mal : j'en suis ressortie anorexique. J'ai fait une nouvelle TS deux mois plus tard et j'ai commencé à beaucoup plus me mutiler qu'avant. Voilà les souvenirs que je garde de Charles Perrens. Pire qu'une animalisation de la personne, une déshumanisation, la sensation de n'être rien, personne, pire qu'un animal car comme je l'ai déjà dit nombre d'animaux sont mieux traités que la façon dont je l'ai été. L'HP ne m'a pas aidé et m'a laissé cette sensation horrible que je conserverai toujours : celle d'être une minable, une moins que rien, de ne pas valoir le coup de vivre.

Elodie

Maltraitance à l'Hôpital Psychiatrique - Charles Perrens Bordeaux
L'hôpital Charles-Perrens à Bordeaux


 Charles Perrens Bordeaux - site internet pitoyable
Le site internet est à l'image des soins : bâclé, du travail d'amateur.
Même le plan de l'hôpital est illisible (il a la même taille sur le site !)



Charte du patient :  - Charles-Perrens Bordeaux
La charte du patient : le minimum syndical, date de 2000. Elle ne dit strictement rien.


Le directeur - Charles-Perrens Bordeaux
Alain de Riccardis, Directeur, répondant aux journalistes devant sa bibliothèque


PACQSS de Charles Perrens
Programme d'amélioration continue de la Qualité et de la Sécurité des Soins 2011-2015 (PACQSS)


Objectif No 1 : "Gestion des évènements indésirables (EI) : poursuivre le déploiement de l'analyse des causes"

Ndlr : le terme "évènement indésirable" concerne tous les dysfonctionnements (fugues, décès, agressions, plaintes, aggravation d'état, indisponibilité de places et de personnel etc.). Entre 2011 et 2015 on va donc "poursuivre le déploiement de l'analyse des causes". On imagine donc qu'entre 2016 et 2020 on "terminera le déploiement de l'analyse des causes", qu'en 2021-2025 on "réfléchira à des principes de base pour une méthode de priorisation de l'étude de solutions à ces causes ", pour aboutir, entre 2026 et 2030, etc etc. De quoi tenir jusqu'à la retraite et passer les certifications sans encombres.

Secteurs psychiatriques en Gironde - NeptuneA l'occasion d'une HL ou même d'une consultation libre, faites valoir votre droit de choisir votre établissement et votre équipe de soin, y compris hors secteur (Code de la Santé Publique, article L3211-1).

Cette loi n'est pas respectée par les établissements.

Pas plus, comme on le voit que les recommandations "obligatoires" de la Haute Autorité de Santé sur l'isolement et la contention, "acte thérapeutique". Les inspections de la HAS sont fantoches car confiées à des vacataires temporaires.



Le secteur couvert par le Centre Hospitalier Charles Perrens de Bordeaux.


Des avis contradictoires ou complémentaires peuvent nous être communiqués publiquement (bouton "répondre") ou par email, que nous publions uniquement s'ils sont émis par des personnes ayant été patient(e)s de ces lieux, en spécifiant bien la référence à cet article. Ils seront publiés en respectant l'anonymat si vous le demandez.

Nous diffusons des témoignages difficiles et sévères. Souvent révoltés, nous ne sommes toutefois pas motivés par la colère, ni par volonté de nuire aux personnes, qui appliquent un système parfois contre leur gré. Même si nous avons nous-même vécu ce que les témoins racontent. Nous voulons par ces descriptions, que l'on prenne plus de soin.

Que les personnes devant se rendre dans ces lieux soient vigilantes,
 
Que les médecins prennent conscience des effets de certaines pratiques mécaniques, déshumanisantes, désocialisantes et finalement iatrogènes,
 
Que les personnes découvrant cet univers réfléchissent avant d'y conduire un proche. Et qu'elles restent, justement, très proches et vigilantes avant, pendant et après le séjour.

En diffusant aussi des descriptions de lieux de bientraitance, nous voulons montrer que c'est possible, ici et maintenant, et pour tous.
Neptune.



Dernière édition par Neptune le 8/1/2016, 20:41, édité 22 fois

Un lecteur dont nous devons préserver l'anonymat pour cause de procédure en cours a écrit:Non Élodie ! Vous n'êtes pas une minable. Vous n'êtes pas une moins que rien. Vous êtes vous-même. Vous n'êtes pas ce que ces prédateurs pensent de vous. Vous êtes une personne courageuse et intelligente. Parce que vous parlez. Parce que vous témoignez. Parce que vous dites ce que vous pensez utile pour vous dans votre résistance pour vivre dans la dignité avec votre identité personnelle.

Bon courage !

J'ai vécue exactement la meme chose que toi au centre de crise!! traitement de cheval, violence physique, isolement, piqures raté, insulte, contention, humiliation, atteinte a la pudeur, refus de visite, d'appel et de sortis, et j'en passe !! je suis rentré en hp totalement normale et j'en suis resortit totalement fou. ils parlent de médecine mais je dirai plus tot qu'ils nous poussent et nous forment a devenir des dangereux psycopathe ouai !! c'est du lavage de cerveau, on perd notre identité nos proches nos convictions on perd tous ! et personne n'en est témoin on es juste devenu un numéro de chambre oublié au fond d'un couloir sombre ! de plus j'etait mineur, et le seul moyen de sortir de la bas repose sur les test psychologique, test psychologique fait par des personne froide et sans coeur, des robots ! sachant que nous sommes cachetoné a longueur de journée et que les médicament t'empeche de t'exprimer et de réfléchir je trouve difficle de faire bonne impression devant le psychologue.. Puis enssuite a ta premiere visite ta famille vient te voir et crois que tu es fou, la sayer t'es au plus bat et une foi que tu n'a plus de morale t'es foutu, c'est un cercle vicieux ! combien de personne on etait maltraité sans que personne n'ai pu les aider ?! des millions et sa sa me révolte !! c'est un peu comme si on frapper un chien et qu'on disai au gens: vous voyer il est agressif, faut l'eutanasier !! Mais bon a par sa VIVE LES INSTITUTIONS FRANCAISES !!!!!!!

Message le 30/6/2015, 13:05  Anonyme

Ton témoignage en dit beaucoup sur l'hopital  et je t'en remercie. Tu es très courageuse. Ça m'éclaircie beaucoup sur leurs "compétences".
Pour ma part Charles Perrens m'a détruit la vie. Mon père a été interné là bas en 1993 pour une dépression et schizophrénie, ils l'ont jugé apte à sortir et un mois après il s'est suicidé.
Ma grande soeur y a été internée l'an dernier elle souffrait de schizophrénie , elle n'est jamais sortie de l’hôpital puisqu'ils l'ont tué au bout de 3 semaines. Et moi je dois continuer à vivre.
Un seul conseil à donner à ceux qui veulent y interner leurs proches  : Réfléchissez y 1000 fois avant de les y interner.

Message le 8/8/2015, 14:20  anonyme

Chère Elodie,
Je t'apporte mon soutien et je confirme que des infirmiers, (particulièrement un pseudo responsable) des urgences sont des incompétents en matière d'humanité, en effet voici 1 an j'ai été hospitalisé suite à une TS, j'avais bu pour me donner du courage, je souhaitais être écouté pour pouvoir me soulager de mon mal, je me suis retrouvé "coincé" assise sur une chaise dans un couloir, toutes porte fermé à 2 heures du matin, motif, manque de place! j'ai appelé, ils passait en me regardant indifférent sans me parler à travers la petite fenêtre, au bout de 3 heures ou plus, je me suis mise en colère et là ils ont appeler à police et je me suis retrouvé en garde a vue, "pour ivresse sur la voie publique", j'ai écopé d'une amende de que j'ai contesté, et au tribunal, un an après. Sa se dit infirmiers, il sont sous serment et dés qu'il y a un problème ils appel les flics, je précise que je n'est monter aucune violence, que j'était au URGENCE,(et non sur une voie publique) que c'était leurs bouleaux de me prendre en charge, en sortant le lendemain du poste de police, j'étais DEGOUTER. Courage Elodie <3

Message le 22/10/2015, 14:50  coklico

Merci pour ton témoignage Elodie, je le prend vraiment en compte car je cherche une structure pour ma maman de 80a qui a d'énormes problèmes psychologiques (shyzophrénie, paranoïa etc) jusqu'à présent j'ai réussit à la faire laisser maintenir à son domicile bien que les voisins fassent des pétitions car elle dérange tout le monde, elle fait venir les secours à répétition etc... aujourd'hui elle est, en plus, récemment invalidée par une arthrose générale mais ils ne la gardent pas à l'hopital normal pour cela... elle est trop agitée et désagréable avec les autres pour aller en maison de retraite. Est ce que quelqu'un peut m'aider ? y a t il en France des services/établissements psychiatriques compétents et humains ?
merci pour vos réponses

Message le 4/7/2017, 01:43  Ariane

Bonjour Elodie,
Prise en charge par l'institution psychiatrique, je n'ai pas eu á m'en plaindre car je suis tombée dans un bon service et sur un bon médecin
Pour autant, je compatis profondément. En lisant ton témoignage, j'en ai encore le souffle coupé. je suis en rage, et je ne trouve pas de mot pour exprimer mon indignation. Je suis incapable de comprendre le comportement des soignants qui t'on accueillie, à moins qu'ils soient tout simplement sadiques et qu'ils prennent un plaisir diabolique á faire souffrir leurs patients. Comme l'on dit d'autre témoignes, tu as été très courageuse de t'exprimer sur ce forum, et tu montre que tu as toute ta raison. Mais tu ne dois pas en rester là. Tu peux et tu dois faire remonter cela le plus haut possible (si opportun, au président de la république actuel, Macron...). Ces médicastres doivent faire l'objet d'une sanction exemplaire car je suis sûre qu'ils outrepassent - de loin - leurs limites. Tu n'as pas le droit de laisser passer cela. " Si tu recommence à chouiner, je t'attache direct"... Je crois halluciner. Bonne chance.
PS : Tu peux peut-être aller plus loin et lancer une pétition sur www.change.org pour que justice te sois rendue, ils sont souvent très réactifs et conduise souvent à des victoire á l'échelle nationale !

Neptune

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