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Faut-il arrêter les psychotropes ? - Chapitre XIII - Perspectives

Par Neptune 
le 24/04/2014

 

Perspectives


Médicaments futurs


À l’avenir, les entreprises pharmaceutiques prévoient de produire un large éventail de nouveaux médicaments. Beaucoup de ces médicaments seront présentés comme apportant des améliorations par rapport aux médicaments précédents.
Les antécédents de cette industrie doivent nous rendre sceptiques sur ces innovations. À plusieurs reprises des médicaments ont été proposés sur le marché comme étant “nouveaux et améliorés”. Par la suite, de graves problèmes ainsi que des effets toxiques ont été révélés, la corruption a été exposée, et des poursuites judiciaires ont été menées. Puis le cycle suivant commence, avec l’introduction de médicaments “nouveaux et améliorés” une fois de plus. Les antipsychotiques “atypiques” en sont un exemple clair.
Les médicaments perdent leur rentabilité au bout de quelques années, lorsque leurs brevets arrivent à expiration. Il est dans l’intérêt des entreprises de créer des médicaments nouveaux et coûteux pour rivaliser avec les plus vieux et moins chers, même s’ils doivent tromper le public pour cela.
La commercialisation de nouveaux médicaments équivaut à de l’expérimentation sociale. Il y a un risque énorme de conséquences négatives dangereuses et d’abus. Comme avec les médicaments passés, les promesses miracles sont susceptibles de céder la place aux scandales.

Les principes de choix et de "ne pas nuire"


La responsabilité des prescripteurs de médicaments est de travailler en collaboration avec leurs patient(e)s et de respecter leurs choix de traitements. Parallèlement, les prescripteurs sont liés au principe de “ne pas nuire”. Cela signifie que lorsqu’il y a des signes de surmédication, des effets indésirables qui ne sont pas justifiés par une utilité, ou si un(e) patient(e) souhaite prendre des médicaments qui sont dangereux ou qui ne contribuent qu’à une dépendance, les prescripteurs ne peuvent pas l’accepter sans rien dire. Ils doivent informer les patient(e)s sur les raisons de leur désaccord, basées sur l’éthique médicale, et tenter de trouver des alternatives viables. Dans le cas contraire, le respect du choix de chacun peut servir d’excuse pour négliger les besoins réels des patient(e)s.

sevrage Psychotropes - Neptune

"Discernement" et administration forcée de médicaments


Le système de santé mentale force parfois les gens à prendre des médicaments psychotropes contre leur volonté, avec la justification qu’ils manquent de “discernement” et qu’ils représentent un danger pour eux-mêmes ou pour les autres, ou qu’ils sont incapables de prendre soin d’eux-mêmes. Dans la pratique, la définition de mots tels que “discernement” et “danger pour soi ou pour les autres” est très floue et subjective. Cela peut dépendre du médecin sur lequel on tombe, de l’établissement dans lequel on se trouve, ou même de ce que nos parents estiment être le mieux, plutôt que d’une quelconque norme objective. Être dans une situation conflictuelle, ou agir d’une façon que les autres ne savent pas maîtriser, peut conduire à l’administration forcée de médicaments, et la force est souvent une solution de facilité pour un personnel surmené et qui n’est pas formé à d’autres types d’aides. Parfois, les gens sont forcés à prendre des médicaments seulement pour avoir crié, ou pour s’être auto-mutilé (ce qui n’est généralement pas une tentative de suicide). Les théories biologiques affirmant que les gens “ont besoin de leur traitement” sont utilisées pour soutenir l’administration forcée de médicaments, et dans de nombreux cadres judiciaires, “manquer de discernement” équivaut à être en désaccord avec un psychiatre qui pense que l’on est malade et que l’on devrait être sous traitement.

L’histoire des traitements psychiatriques est violent et abusif. Aujourd’hui, grâce à l’activisme pour le droit des patients et le mouvement des survivants de la psychiatrie, les lois reconnaissent souvent les dommages causés par l’administration forcée de médicaments, et il existe des protections qui rendent obligatoires l’utilisation du moins intrusif, et du moins nocif des traitements.
Ces protections, cependant, sont rarement pleinement respectées. Forcer les gens à se soigner et à prendre des médicaments est souvent traumatisant et ne fait qu’aggraver la situation, générant la peur et le refus de toute aide. Cela porte atteinte à une relation de soin, et viole les droits humains les plus fondamentaux : le droit à l’intégrité de l’esprit, de la conscience, et de l’identité. Droguer et enfermer quelqu’un à cause d’un “risque” est une mesure arbitraire qui revient en quelque sorte à punir quelqu’un parce que les autorités pensent qu’un crime sera commis dans l’avenir. Tandis que certaines personnes se sentent aidées par une hospitalisation ou une administration forcée de médicaments, les dangers d’abus et de violations des droits sont trop importants, particulièrement quand des approches alternatives et volontaires peuvent être essayées, et ne le sont pas.

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Parfois certaines personnes semblent “manquer de discernement” ou être incapables de reconnaître leurs problèmes, mais ceci n’est que l’opinion d’une personne sur une autre, et non un motif pour étiqueter les autres avec des troubles mentaux et nier leurs droits fondamentaux. Les états spirituels de conscience, les croyances inhabituelles, les conflits avec des membres abusifs de la famille, ou les réactions post-traumatiques pourraient être perçus comme un “manque de discernement”, or tout cela mérite d’être pris en considération, et non d’être transformé en maladie. Même les gens qui ont vraiment des problèmes et font de mauvais choix ont les mêmes droits que les autres à apprendre de leur propres erreurs, et ce que quelqu’un pourrait considérer comme “un comportement autodestructeur” peut être le meilleur moyen que quelqu’un d’autre a trouvé pour affronter une situation, compte tenu des autres problèmes rencontrés. Les traitements obligatoires peuvent être plus préjudiciables que les soi-disant “comportements autodestructeurs”.

Cela ne veut pas dire que les gens n’ont pas besoin d’aide, mais que l’aide ne doit pas être nocive, et doit être fondée sur ce que les personnes définissent elles-mêmes comme étant de l’aide, non sur ce que d’autres définissent pour elles. Vues de l’extérieur, les automutilations, les pensées suicidaires, ou l’utilisation de drogues peuvent sembler les problèmes les plus importants, mais d’elles-mêmes les personnes peuvent décider qu’elles ont besoin d’aide pour le logement, à cause d’un petit ami abusif, ou pour accéder à des soins de santé. Cela implique un système de santé mentale basé sur des services consentis, de la compassion, et de la patience, et non sur la force, le contrôle et le paternalisme. Cela implique aussi que la communauté prenne plus de responsabilité dans le soin des uns et des autres.
Si les gens ont des difficultés à communiquer, ils leur faut des défenseurs pour les aider et les soutenir, des personnes qui peuvent essayer de combler le fossé entre la folie et la réalité “ordinaire”. Les gens ont besoin d’aide, mais avec de la gentillesse, de la souplesse, de la patience et de l’acceptation les choses se passent généralement mieux. Parce que l’administration forcée de médicaments affirme agir dans l’intérêt du patient, des “directives anticipées” peuvent aider les personnes à définir elles-mêmes ce qu’elles veulent et ne veulent pas. Les directives anticipées sont comme un testament de vie en cas de crise, où l’on donne des instructions sur ce qu’il faut faire, qui contacter, et ses préférences de traitement (y compris nous laisser seul(e)) au cas où l’on se retrouve en crise et que l’on a des difficultés à communiquer. Les directives anticipées n’ont aucune valeur juridique (ce qui pourrait changer grâce à un mouvement de sensibilisation) mais elles ont parfois une influence sur la façon dont les gens sont traités.

Redéfinir la "normalité"


Quelle est la définition de la “normalité” ? De nouvelles recherches soutiennent le principe de réduction des effets nocifs selon lequel il n’est pas toujours préférable de se débarrasser de tout ce qui est considéré comme un “symptôme”. Beaucoup de gens entendent des voix, par exemple, et apprennent comment vivre avec ; les sentiments suicidaires sont plus fréquents que l’on ne croit et peuvent faire partie d’un besoin de changement ; et la dépression va souvent de pair avec les cycles du processus créatif. Parfois, la paranoïa est un signe de maltraitance ou reflète une sensibilité à la communication non-verbale ;


l’automutilation est souvent un moyen utile pour affronter des traumatismes accablants; avoir la sensation que l’univers nous parle et nous envoie des signes est une croyance présente dans beaucoup de religions du monde ; et les états maniaques peuvent contenir de profondes vérités spirituelles ou fournir une échappatoire à des circonstances insupportables. Même tomber amoureux donne souvent l’impression de devenir fou.
Ces expériences sont inhabituelles et mystérieuses, mais plutôt que de simplement viser à les éliminer avec de puissants médicaments, ne peuvent-elles pas être intégrées comme faisant part de la diversité mentale de l’humanité ? Pourraient-elles valoir la peine d’être explorées pour en
découvrir le sens et le but ? Ne pourraient-elles pas être comparables aux autres défis humains, qui nous offrent une opportunité pour grandir et nous transformer ?
Parmi les différentes cultures du monde, on trouve un meilleur taux de rétablissement quand les personnes qui vivent des états extrêmes sont accueillies au lieu d’être exclues ; toutes les sociétés devraient trouver une place et un foyer pour toutes personnes traversant la folie. Pour redéfinir la normalité, nos communautés ont besoin de commencer à parler plus ouvertement des états extrêmes et des limites des traitements psychiatriques. Des “coming out” sur notre différence mentale pourraient ouvrir la voie à un changement social.
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Sommaire

I. Introduction

II. Réduction des effets nocifs

III. Nous sommes tous différents

IV. Regard critique sur les 'troubles mentaux' et la psychiatrie

V. Sevrage - introduction

VI. Psychotropes et cerveau

VII. Risques des psychotropes pour la santé

VIII. Effets du sevrage

IX. Avant de commencer un sevrage

X. Stratégies alternatives

XI. Etape par étape

XII. Considérations spéciales

XIII. Perspectives

Annexes : Bibliographie et remerciements



Dernière édition par Neptune le 6/7/2014, 16:42, édité 2 fois

Message le 8/6/2014, 18:32  Olibrius

Bonjour je suis tombé "par hasard" par ici parceque je cherchais la brochure:
GUIDE POUR DECROCHER DES MEDICAMENTS PSYCHOTROPES EN REDUISANT LES EFFETS NOCIFS qui n'est autre que la traduction du:Coming Off Psychatric DrugsHarm Reduction Guide de l'excellent site: theicarusproject.net disponible http://www.willhall.net/files/ComingOffPsychDrugsHarmReductGuide-French.pdf pour la version française
http://www.willhall.net/files/ComingOffPsychDrugsHarmReductGuide-French.pdf
et [url= http://www.theicarusproject.net/advocacy-rights-politics/coming-off-medications-guide-second-edition]http://www.theicarusproject.net/advocacy-rights-politics/coming-off-medications-guide-second-edition[/url] pour la V.O.

Pardonnez ma paranoïa spontanée mais du coup je me demande:
- Pourquoi ne citez-vous pas la source du texte ?  Suspect
- Pourquoi ne pas mettre la brochure en lien ?  Sad
- Et pourquoi modifier le titre par cette question vague auquel le texte ne répond pas vraiment ?   scratch

Merci de votre compréhension et merci pour ce site résolument intéressant, malgré parfois des difficultés à lire le menu en blanc sur le fond d'écran... pirat 

Bonjour Olibrius

Vous avez désormais accès à toutes les rubriques internes.

Voici les réponses

- l'absence du lien vers le PDF est un oubli, et il y a tous les liens vers les associations (en chapitre I); je rectifie aussitôt

- en chapitre I, nous citons les auteurs (groupe désaliéner) et les remercions. Par contre nous ne les avons pas trouvés (juste un blog qui ne vit pas, sans possiblité de contact) et avons donc pris l'initiative de publier et de rendre le texte plus facile , plus référençable par les moteurs de recherche, et donc plus diffusé.

Ce en quoi les auteurs nous encouragent (chapitre I, "Bon, qui dit bonne parole, dit diffusion libre et gratuite, copyleft et tout le bazar, alors ne vous gênez pas pour faire circuler le matériel.")

- Enfin la question de fond, le titre.

Raison 1 : Nous ne voulons pas bruler les étapes du lecteur en l'incitant, d'ailleurs ça ne marche que rarement. Il faut susciter une réflexion, et argumenter par des faits. Insister pour le choix personnel et éclairé.

Raison 2 : L'article donne bien l'état d'esprit, mais médicalement l'article ainsi que nous ne sommes pas assez calés sur les différents psychotropes et le moyen de les arrêter. Déclinons :

2.1 Les benzodiazépines, pas de problème. Nous avons aussi actualisé et repris la méthode Ashton, sans état d'âme ni hésitation, car nous l'avons dûment éprouvée nous mêmes, et que le sevrage aux benzo est recommandé par les autorités (malgré le non suivi de ces recommandations par nombre de médecins et psychiatres).

2.2 Les thymorégulateurs, c'est extrêmement délicat. Nous complèterons par des témoignages précis de gens, diagnostiqués bipolaires (quel type), ayant avec succès arrêté. Et comment. Et cela ne s'appliquera pas à tous.

2.3 Les antipsychotiques ex neuroleptiques : tous les témoignages s'accordent à dire que c'est possible. Un choix personnel de risque de récidive / rechute. Une personnalité qui autorise cela. Un entourage éventuellement, une volonté etc.

Comme les lecteurs ont tendance à traduire "méthode" en "mode d'emploi", et comme la méthode en question n'est pas un mode d'emploi mais une réflexion de qualité, nous avons ajusté le titre au contenu.

Souhaitant échanger longuement avec vous.

Je suppose que vous avez lu notre présentation, contenant les valeurs de l'association :
http://www.forumpsy.net/f47-presentation

Amicalement,

Neptune

Message le 4/7/2014, 22:01  maya681

Bonjour,

Je connais depuis quelques années la version anglaise de la brochure "Coming Off Psychiatric Drugs, Harm Reduction Guide". Bravo pour la publication de la version française!

Un film qui vient de sortir, la version 'film' de la méthode à voir... et à traduire, ce que nous ferons ou diffuserons dès que possible

Coming Off Psych Drugs (English subtitles)








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