Neptune - Information, recherche, entraide, action - 'maladies' psy - Forum

Le trouble bipolaire n'est ni héréditaire, ni génétique

Par Neptune 
le 13/12/2013

 

Le trouble bipolaire n'est ni héréditaire, ni génétique


Les erreurs d'interprétation des études sur l'aspect génétique ou non des maladies psychiques sont nombreuses. C'est pour nous l'occasion de faire un point :

  • sur la méthodologie des études, et les plus fréquentes erreurs commises dans la réalisation aussi bien que dans l'interprétation des études,
  • sur la question de l'hérédité ou non du trouble bipolaire.

Revu et corrigé le 12 décembre 2014



I. Génétique et hérédité : une distinction importante




Tout d’abord, il faut faire la différence entre une maladie génétique et une maladie héréditaire. Trop de confusion entre ces deux termes font dire et écrire trop d’erreurs et causent des interprétations erronées.

    Génétique : due à un ou plusieurs gènes

    Héréditaire : transmise par les parents biologiques

Une maladie génétique peut ne pas être héréditaire : la malformation d’un gène peut parfois ne pas être innée, survenir après la conception, par exemple à la suite d’une irradiation, d’une maladie, etc. Exemple: la trisomie 21 est génétique (due au chromosome 21) mais non héréditaire (le chromosome 21 n'est pas altéré chez les parents biologiques (a) ).

Une maladie héréditaire peut ne pas être génétique. Elle peut être transmise par des phénomènes non génétiques, par exemple infectieux. Exemple : le VIH peut être transmis de la mère à l'enfant, sans être génétique.

(a) A l'exception, que nous signale un lecteur, des cas de translocation D-21 : 5 % des cas

Pour simplifier, voici comment on peut classifier les maladies du point de vue de leur transmission :

génétique et hérédité - neptune - trouble bipolaire


On commence à parler, ces dernières années, d’épigénétique. Etymologiquement, « epi » signifie « au dessus ». Les caractères épigénétiques signifient que les gènes sont identiques (le « code » de l’ADN est le même), mais d’autres types de modifications surviennent après, suite à différents évènements, modifiant leur expression. La découverte de l'épigénétique est récente, et révolutionne toute la recherche médicale, dont celle sur les "troubles" mentaux. Cette révolution n'a pas encore commencé en France. (1)

II. Les erreurs commises par les études et par ceux qui les interprètent




Des dizaines d'études, réelles ou vaguement citées, avancent des chiffres divers et variés sur les questions de transmission du trouble bipolaire, de la schizophrénie, de la personnalité antisociale, etc. Selon les sources, on pourra, lors d'une lecture superficielle ou sous l'emprise du stress émotionnel que constitue une information qui nous touche, ne pas assez prendre garde à ce qu'ils signifient réellement, ou ne pas prendre garde à ce que les auteurs omettent de préciser.

Il est devenu courant d'être induit en erreur par les chiffres et les statistiques. Il est déjà difficile de faire le "tri" lorsque les hommes politiques avancent des chiffres choisis spécialement dans l'intention de renforcer leur thèse, il l'est encore plus lorsque nous lisons des articles qui semblent avoir l'"autorité" de la blouse blanche, du spécialiste, et pourtant, ces chiffres sont souvent mal interprétés par ces personnes, ce qui cause des confusions et des idées dramatiquement erronées.

Il y a différentes sortes d'erreurs, qu'on appelle, en statistique, des "biais" :
  • des erreurs de sélection des populations étudiées tendant à modifier le résultat, ou "biais de sélection"
  • les erreurs de mesure effectuées au moment de la collecte d'information ou de la définition de la méthode de collecte, comme par exemple mesurer un poids au lieu d'un indice de masse corporelle,
  • les mauvaises interprétations, ou "biais présentation, biais de publication"
  • les erreurs de traduction, de vocabulaire, de décontextualisation.

Nous allons définir les principaux types de biais par des exemples.

II.1 Biais d'interprétation


    Lorsque je vous dit la chose suivante : "25 % des accidents de la route sont dus à l'alcool. J'en déduis donc que 75 % des accidents sont causés par des gens qui ne boivent pas. J'en déduis alors  qu'il faut empêcher ceux qui ne boivent pas de conduire, car ils causent 75 % des accidents".

    Vous suivez le discours, mais, avec un minimum d'effort, vous savez que mes conclusions sont erronées, car je n'ai pas pris tous les bons paramètres en compte, j'ai ignoré quantité de facteurs (la vitesse, la fatigue, etc) pour arriver à la conclusion que je voulais. Je n'ai pourtant avancé aucun chiffre faux, et pourtant ma conclusion est erronée, par omission d'information, volontaire ou pas.

    En matière de recherche médicale, c'est hélas, souvent le cas. L'effet placebo appartient à ce type de biais. De manière générale, on consolidera l'interprétation par l'utilisation de "groupes de contrôle", ce qui signifie que l'on compare les résultats de la population étudiée, par rapport à une population "contrôle" dont on doit maîtriser aussi la sélection. Par exemple, on compare l'effet d'un médicament par rapport au placebo, pour éviter d'attribuer au médicament les "effets placebo". En matière d'étude d'hérédité, on doit comparer les chiffres de la population étudiée, à ceux d'une autre population, ou de l'ensemble de la population.

II.2 Biais de sélection


    En 1990, une étude a analysé le nombre de personnes atteintes d'un trouble dépressif majeur, par tranche d'âge. Il en est ressorti que les personnes âgées de 50 à 60 ans étaient significativement plus dépressives que les 60-70 ans et que les 40-50 ans. On en a hâtivement déduit que la dépression majeure était liée en partie à l'âge, l'âge le plus "sensible" étant 50-60 ans.
    Or, en refaisant la même étude dix ans plus tard, c'étaient les 60-70 ans qui étaient le plus dépressifs.
    On a fini par comprendre que la variable qui déterminait le plus le risque dépressif était non pas l'âge, mais le fait d'avoir connu dans sa jeune enfance les évènements traumatisants de la guerre mondiale.

    On appelle aussi ce type de biais de sélection l'effet cohorte.

    Il y en beaucoup d'autres sources d'erreurs : population trop réduite, non représentative, suggestibilité, ... qui mènent à des conclusions erronées. Ce qui est intéressant dans cet exemple c'est de remarquer que le fait discriminer le facteur important du mauvais facteur (donc, l'enfance par rapport à l'âge), coûte très cher : en effet, attendre 10 ans pour relancer une étude identique avant d'émettre toute conclusion, c'est cher, non seulement en termes de moyens financiers, mais aussi en terme médiatiques : la "rentabilisation" en terme de notoriété, de vente de médicaments, ne veut plus attendre dix ans... Ce type d'erreur explique pourquoi nous savons si peu de choses sur les effets à long terme (10 ans) des thérapies et médicaments nouveaux. Le "long terme", en psychiatrie, est incroyablement court : on considère qu'un traitement est efficace sur le long terme si l'amélioration est confirmée au bout de deux ans seulement.

    Les études ne sont donc pas toujours rigoureuses, pour de multiples raisons analogues aux exemples ci-dessus, et leurs conclusions sont aussi souvent erronées, qu'elles soient faites par leurs auteurs, ou par des personnes ayant un intérêt économique ou idéologique à tirer des conclusions hâtives sous couvert d'études "scientifiques".

    En matière de médecine, la plupart des recherches ne visent pas forcément à manipuler l'opinion, mais la concurrence et la pression sont telles entre équipes de recherche médicales, que la tentation est grande de faire un "scoop", en étant parfois moins regardant sur la lourde et coûteuse validation.

II.3 Biais de présentation


    Les biais de présentation sont souvent liés à des utilisations erronées de vocabulaire, des décontextualisations, des mauvaises traductions, des simplifications excessives. Ils se rencontrent le plus souvent dans des articles de la presse ordinaire, ou tendancieuse, mais hélas aussi dans des textes se prétendant scientifiques.  

    Comprendre un mot dans une autre signification que son sens réel - dans le contexte d'emploi -, est fréquent, surtout lorsqu'on essaye de comprendre un texte étranger. Les "faux amis" sont de véritables ennemis de la vérité scientifique... et des amis de la désinformation.

    Ainsi, la fameuse étude de 2009 1 qui conclut, en anglais, que "Heritability for schizophrenia was estimated to be 64%", ne doit pas être traduite par "La schizophrénie est héréditaire à 64 %" et encore moins par "64 % des enfants de personnes atteintes de schizophrénie le seront" .
    Pas du tout : en étudiant précisément l'étude citée, on se rend compte que le chiffre de 64 % est la proportion de personnes souffrant de schizophrénie, dont l'un des parents en a également souffert.

    Dans la même étude, on calcule également que le risque pour une personne atteinte d'avoir un enfant atteint est de 9,9 %, soit un enfant sur 10 (6,4 % pour le trouble bipolaire).
    Au lieu du terme "heritability", qui dans le tableau de chiffres est "genetic", celui de "parenthood correlation" aurait été plus adapté et moins sujet à interprétation. Les mots sont donc menteurs et totalement imprudents quant aux désastres que s'empresseront de causer les journalistes amateurs de scoops.

    Le terme "d'hérédité" et de "génétique" ne devraient pas être employés, car rien dans cette étude ne prouve, bien au contraire, la nature héréditaire ou génétique de ces troubles. Tout au moins apporte-t-elle des constats statistiques qui peuvent orienter les chercheurs vers des axes de recherche biologiques tout autant qu'environnementaux, ces derniers facteurs étant quantitativement autant corrélés que les premiers.

    C'est une manne pour une certaine presse qui s'empare facilement de "résultats" dans un but commercial ou idéologique. En l'occurrence, on exploite et on déforme comme dans l'exemple ci-dessus, les chiffres et les résultats des études sur l'éventuelle hérédité ou généticité de la bipolarité ou de la schizophrénie : ce, pour faire penser que les malades mentaux sont des malades "congénitaux", qu'ils coûtent cher, comprenez donc qu'il ne faut pas les laisser se "reproduire". De l'eugénisme à peine masqué, les relents d'une époque qu'on croyait révolue, revient dans des journaux tels que "Figaro Santé" 2, qui n'hésite pas à résumer l'étude le jour même de sa publication, sous une signature se voulant d'autorité, en "Les résultats confirment le caractère largement héréditaire de ces affections (64 % pour la schizophrénie et 59 % pour les troubles bipolaires)" sans aucune explication de texte, ce qui relève très clairement de la manipulation d'opinion.

Revenir au sommaire

III. Les critères indispensables qu'une étude d'hérédité d'une "maladie" psychique devrait respecter




  • La confirmation par les pairs indépendants. Une règle du métier, pas toujours respectée, est qu'aucun chiffre ni aucune conclusion ne doit être acceptée sans que d’autres études ne le confirment : les scientifiques reconnus par leurs pairs, admettent tous humblement qu'ils peuvent commettre des erreurs méthodologiques, et demandent toujours une contre-étude, ou des études différentes, avant d'annoncer un résultat qui puisse revêtir une quelconque importance. La presse, elle, ignore cette prudence, et le public encore plus.

  • La citation pour une vérifiabilité intégrale. L'étude doit pouvoir être consultée dans son intégralité, et dans le texte original écrit par les auteurs initiaux. La population étudiée doit être très précisément décrite. A cause des trop nombreuses récentes manipulation de l'opinion, on ne prendra jamais au sérieux les textes contenant les expressions "selon certaines études" ou "des études ont démontré que", sans qu'un lien précis ne permette de consulter les dites études. Trop souvent, nous nous laissons facilement impressionner par l'image de l'autorité en blouse blanche, ou par l'article au ton "scientifique" que personne n'osera contester. Ce type d'article commencera fréquemment par la référence à une équipe anglo-saxonne conduite par un professeur X - sans la citer précisément-  ce qui d'emblée nous impressionne : "l’équipe du Pr John Crawley Lewinski, Université du Michigan a réalisé une étude de grande envergure portant sur..." suivi de termes scientifiques que nous ne comprenons pas et concluant 3 lignes plus bas "apporte désormais la preuve de la transmission génétique par le chromosome 36 x22 du trouble bipolaire".

  • L’étude doit porter sur un nombre assez important de cas
    Il est trop fréquent que les études, faute de moyens (ou de résultats) se contentent de la population d'un hôpital, de la patientèle d'un docteur, et ne sont de ce fait pas valables. Le champion de ce type d'abus reste toutefois le business des médecines dites douces, dont on parlera au passage (toutes les occasions sont bonnes !). Ce business fustige la médecine conventionnelle pour nous orienter vers les vendeurs de produits qui, médicalement parlant, n'ont apporté aucune preuve d'efficacité. Prenons par exemple le safran, qui est très cher pour un bénéfice homéopathique, nous le disons clairement, en tous cas nul dans le cas de dépressions graves. Ses promoteurs-vendeurs citent tous une étude, utilisant des termes impressionnants, des noms étrangers, des "instituts", etc. Renseignements pris, cette étude ne portait que sur… 46 cas, et s’est déroulée dans un seul pays, l’Iran, dans des conditions non contrôlées par un tiers indépendant. Toute citation d’étude doit donc nommer le laboratoire, l’équipe, l’année, la méthode d’analyse, la description précise de l’échantillon, et à défaut être ignorée.

  • Les cas doivent être représentatifs de la population ciblée, sans biais
    Par exemple, on ne mesure pas le taux de pratique d’une religion en France en interrogeant 100 personnes au hasard le dimanche à midi sur la Place Notre-Dame. Cet exemple est caricatural, mais nombre d'enquêtes médicales non validées, ne le sont pas à cause de ce type d'erreur (dit de l'effet cohorte).

  • Dans le cas des troubles mentaux ou psychologiques, nous n’accordons aucun crédit à des études basées sur des jumeaux ou enfants adoptés
    En matière de transmission héréditaire, une étude scientifique prend souvent son argumentation par l’observation de la transmission ou non à un jumeau, si possible monozygote (même ADN) qui sera élevé dans une famille différente, afin de déceler le rôle de l’environnement, de l’acquis éducatif. C'est sur la base d'études sur des populations faibles de jumeaux, que l'on a commencé à parler de "cause génétique de la maladie bipolaire" 3
    Ces études sont aujourd'hui considérées comme insuffisantes, pour des raisons "standard" (population faible et biais divers). 3
    Nous proposons une raison supplémentaire de ne pas se fier, en psychologie ni en psychiatrie, aux études tendant de déterminer si un trouble est ou non héréditaire, à partir de cas de jumeaux ou d'enfants adoptés.
    En effet , si, élevé dans une famille dite "normale", un enfant né de parents biologiques bipolaires développe plus souvent un trouble psychologique ou psychiatrique, on en conclut un peu trop facilement que la nature du trouble est biologique. On fait la même erreur dans l'autre sens, en attribuant à l'environnement uniquement un trouble, lorsqu'un enfant dont les parents biologiques sont indemne de trouble, est adopté dans un milieu défavorisé.
    L'effet de cohorte joue à fond, et les lecteurs sont totalement abusés par cet aspect apparemment incontestable d'une démonstration faisant appel à un phénomène rare mais qui nous impressionne : les jumeaux, les enfants adoptés. On oublie de penser ce qui peut se produire dans le psychisme d'un enfant arraché à sa famille biologique ! Même si le transfert s'est fait au tout premier âge, qui peut affirmer que le transfert lui-même n'est pas la cause du trouble ? Cette évidence et le bon sens sont totalement oubliés, obscurcis par l'effet hypnotique des grandes idées, des beaux mots, des chiffres et de la prestance de ceux qui les emploient.

    Sans compter que personne ne se demande alors, comment on fait pour trouver ne serait-ce que 100 jumeaux ou enfants adoptés, et de plus, volontaires pour répondre objectivement à des questions. Objectivité qu'on devra trouver aussi chez les adoptants tout autant que chez les parents biologiques répondant à des questions "psy". Tant la quantité que la qualité de l'échantillon sont totalement irréalistes.

Les critères de pertinence des études en psychiatrie n'ont donc rien à voir avec celles qui valent pour les maladies somatiques, ce que semblent ne pas considérer nombre d'instituts.

Revenir au sommaire

IV. Génétique et bipolarité : ce qu'on sait aujourd'hui





IV.1 La probabilité d'avoir un enfant développant le trouble bipolaire


L'étude suédoise citée plus haut effectue des dénombrements :

6,4 % des enfants de personnes atteintes du trouble bipolaire, ont été également atteintes du trouble bipolaire. Par "atteintes du trouble bipolaire", l'étude précise qu'il aura fallu être hospitalisé deux fois avec ce diagnostic entre 1973 et 2004.
- Ne sont donc pas comptés tous les enfants n'ayant pas encore développé le trouble en 2004, ce qui rend ce résultat compatible avec celui d'autres études plus pessimistes (chiffres aux alentours de 10 %)
- le risque n'est donc pas "10 fois plus élevé" comme on le lit souvent dans la littérature, mais, si l'on suit cette étude, 3 à 6,4 fois plus élevé, en se basant sur une prévalence générale de 1 % à 2 %, pour les deux types primaires (source : DSM-IV-TR 3). Et encore moins si l'on additionne la prévalence des Troubles bipolaires induits par une affection médicale générale, ou induits par une substance ou médicament (prévalence de 1 à 5 % selon les ouvrages, mais en fait très mal connue)
Les auteurs qui parlent d'un risque "multiplié par 10" exagèrent donc, et, lorsqu'ils n'explicitent pas ce que cela signifie réellement, à savoir que 10 fois une quantité proche de zéro, restera toujours un nombre très faible, jouent à vous faire peur.  

La seule conclusion qui nous intéresse à ce stade est la suivante :
Si vous souffrez du trouble bipolaire, il vous faudra faire 10 à 15 enfants pour que l'un d'eux, statistiquement, développe le trouble.

Cette conclusion est pourtant encore insatisfaisante. Nous oublions tout simplement par cette affirmation rassurante mais simpliste, d'étudier le rôle psychosocial, ou environnemental de survenue de la "maladie".

C'est là que la statistique, la "moyenne", est trompeuse.

De la même manière, je pourrais affirmer que "les espèces animales sur terre vivent en moyenne deux ans". Même si c'est mathématiquement exact, c'est ignorer les différences qu'il peut y avoir d'une espèce à l'autre, c'est faire un raccourci statistique souvent idiot. En négligeant les paramètres psychosociaux dans ce type de conclusion, on commet la même erreur.  

IV.2 L'héritabilité biologique du trouble bipolaire.


L'étude cité plus haut indique que 59 % des personnes souffrant du trouble, ont un de leurs deux parents biologiques souffrant du trouble.

Cela prouve-t-il que le trouble est héréditaire, c'est-à-dire qu'il est transmis par les parents biologiques ? Non.

Si c'était le cas, ceci laisserait sans aucune explication les cas de survenue, sans antécédent familial, du trouble.

Le chiffre de 59 % n'est toutefois pas contesté, mais ne doit pas mener à des conclusions erronées. Les bons spécialistes s'accordaient, avant cette étude et encore maintenant, à avancer l'hypothèse "biopsychosociale" (c'est à dire, en clair, un peu de tout sans qu'on sache vraiment !).

Il est également possible que certaines formes du trouble soient davantage génétiques, et d'autres davantage environnementales. Il est possible qu'il y ait non pas une poignée, mais des centaines de "maladies" au sens biologique du terme, partageant les mêmes symptômes ou presque. Nous n'en savons rien, mais la "tendance" de la recherche va plutôt dans cette direction. 3

Faute de mieux nous nous en tiendrons donc là. Les connaissances sur les troubles psy, sont du même niveau qu'étaient les connaissances sur les maladies infectieuses avant Pasteur : on dénombrait très peu de maladies, et leur agent causal était totalement inconnu, et on parlait d'"humeurs".

IV.3 La part d'héritabilité psychosociale, ou environnementale, du trouble bipolaire


Lorsque l’on est atteint d’un tel trouble de l’humeur :

    - avec perte de contrôle du raisonnable,
    - perte de conscience de ses responsabilités éducatives,
    - déformation de ces responsabilités lors des épisodes maniaques ou hypomaniaques,
    - perte de l’élan vital lors des périodes dépressives,
    - que l’on connaît peu de périodes stables,
    - que l’on est conduit au divorce, à des ruptures familiales, professionnelles, sociales, amicales,
    - que l’on expose nos enfants à des tentatives de suicide et autres automutilations,

alors nos enfants en subissent les effets. Ils développent à leur tour des troubles non héréditaires mais dus à leur environnement familial perturbé, (survenue de troubles dus à l’environnement familial dégradé, traumatismes, séparations, anxiété liée au comportement du parent, etc.)

Les bons spécialistes, comparent avec le diabète : les enfants sont peut être en "vulnérabilité génétique" (ce qui, pour le trouble bipolaire, n'est qu'une hypothèse non prouvée). Si de plus, le parent diabétique qui ne se soigne pas correctement, donne des quantités irresponsables de sucreries à manger à leurs enfants, il est évident que le diabète a de fortes chances de survenir chez l’enfant.

Revenir au sommaire

V. L'étude qu'il faudrait vraiment faire




Nous voudrions une étude différente qui, seule, permettrait de faire la part des choses entre l'héritabilité biologique, même partielle, et la causalité psychosociale.

Prenons d'abord 1 million de personnes bipolaires ayant des enfants et n’étant pas ou mal diagnostiquées, donc peu conscientes de leur état. Dans ce lot, vous pouvez aussi y ajouter des personnes étant diagnostiquées mais en déni, ou en situation de précarité à cause de ce trouble. C’est la « population 1 ». La littérature estime très importante cette population ; bête noire des médecins qui l'appellent "non compliante".

Prenons ensuite 1 million de personnes bipolaires et suivant une thérapie efficace, ayant atteint au moins une certaine "stabilité", et un bon niveau de self-control. Appelons-là « population 2 ».

Il y a fort à parier, mais nous ne nous avançons pas plus que cela, que :

  • dans la « population 2 »,
    on trouvera à peu près autant d’enfants bipolaires que dans la population générale, soit 1 à 2 %. (on notera que ces 1 % à 2 % est même très en dessous du chiffre global de 10 % admis pour l'ensemble comme probabilité pour un bipolaire d'avoir un enfant bipolaire). Si tel est le cas, il sera démontré qu'il n'y a aucune vulnérabilité héréditaire, mais uniquement une étiologie psychosociale ;

  • dans la « population 1 »,
    on trouvera 5 % à 10 % d’enfants bipolaires, voire plus en compensation des résultats de la population 1.

Conclusion





La bipolarité n’est ni une maladie génétique, ni une maladie héréditaire, mais, comme le disent les bons spécialistes, une maladie qui semblerait (au conditionnel) légèrement favorisée par une vulnérabilité génétique, mais qui a surtout des racines sociales et psychologiques. Une transmission "biopsychosociale" est le terme le mieux adapté.

Et s'il n'y a qu'un seul chiffre à retenir, c'est le chiffre 10 : il faut faire 10 enfants pour craindre que l’un d’eux développe la maladie. Et selon nous, il faut en faire bien plus si l’on est soi-même correctement traité, entouré, stabilisé.


Revenir au sommaire

Annexes





Annexe 1 - Dr Christian Gay, Vivre avec des Hauts et des Bas - 2003 - pages 42-43


"D'une manière simpliste, on pourrait se référer aux conceptions des années cinquante et évoquer la dimension strictement héréditaire privilégiant la théorie de l'endogénéité et du biologique. Cette approche de la maladie est aujourd'hui obsolète. De nombreuses données scientifiques mettent désormais en avant l'aspect pluridéterminé du trouble maniaco-dépressif : plusieurs éléments doivent intervenir pour que la maladie soit déclenchée. Autrement dit, la maladie bipolaire a plusieurs causes.

Il y a encore vingt ou trente ans, on parlait d'une transmission génétique. De nos jours, sans rejeter cette hypothèse, on utilise les termes plus nuancés de "susceptibilité" ou de "vulnérabilité génétique" pour désigner le facteur héréditaire, en prenant simultanément en compte les autres critères de fragilisation (personnalité, situation socio-économique, niveau de stress, hygiène de vie...). Il est admis que plusieurs gènes de vulnérabilité interviennent dans la survenue des troubles bipolaires, comme c'est le cas de nombreuses autres maladies. Certains cancers, par exemple, apparaissent sur des terrains ainsi prédisposés : ils ne sont pas liés à un seul, mais à plusieurs gènes de vulnérabilité, à une exposition à des agents physiques toxiques, et éventuellement à un état de fragilisation psychique. La terminologie scientifique se réfère à la notion de "maladie à hérédité complexe", en opposition à celle de "maladie monogénique", où la maladie est liée à un seul gène (c'est le cas par exemple de la mucoviscidose ou de la chorée de Huntington). De la même façon, l'impact de situations stressantes, et plus particulièrement du surmenage, d'évènements pénibles à répétition, de cassures des rythmes quotidiens ou d'une carence de sommeil (les "agents toxiques" reconnus du trouble bipolaire), sera bien plus fort sur une personne qui présente ces gènes de vulnérabilité. Des antécédents familiaux de ces troubles multiplient par 8 ou 10 le risque de déclencher une maladie maniaco-dépressive ; le risque se situe entre 1 et 2 % pour l'ensemble de la population, et passe à près de 10 % chez les personnes prédisposées... Restent les 90 % de chances de ne pas présenter la maladie qui permettent à la fois de relativiser le danger et de souligner l'influence des facteurs exogènes maîtrisables : on peut limiter le risque en adoptant des mesures préventives."

Commentaire de Neptune

Pour résumer, il y aurait des gènes (mais personne ne peut encore dire lesquels ni comment ils seraient transmis) qui rendent le risque plus important mais toujours extrêmement secondaire par rapport aux facteurs exogènes.


Annexe 2 - Dr Elie Hantouche, Vivre heureux avec des hauts et des bas - 2010 - pages 45-47


"Quelles sont les causes de la cyclothymie?
Pour l'instant, il n'existe aucun projet d'étude spécifiquement dédié à la recherche des causes de la cyclothymie. En effet, la majorité de la recherche est consacrée aux formes classiques de la bipolarité, c'est-à-dire au trouble BP-I. Toutefois, on peut extraire de ces travaux certaines données utiles.
Autre point à préciser : il ne faut pas confondre les causes de la cyclothymie et les facteurs déclenchant, aggravant ou maintenant la cyclothymie, comme les événements stressants (deuil, ruptures, perte d'emploi, séparation, traumatismes...), les rythmes de vie, les facteurs relatifs à l'environnement du sujet.
A l'heure actuelle (en l'état de nos connaissances), on estime que les causes de la cyclothymie sont principalement de nature génétique et que le tempérament cyclothymique correspond à la partie biologique de notre personnalité. Les experts dans ce domaine estiment que l'on naît cyclothymique (on ne le devient jamais). En regardant de près l'enfance des adultes cyclothymiques, on retrouve souvent des éléments évocateurs de la cyclothymie. Des enquêtes récentes démontrent de manière assez nette que la cyclothymie est le facteur de risque le plus robuste lié à la nature bipolaire des dépressions récurrentes ou résistantes aux antidépresseurs (1).
Parler de "génétique" en psychiatrie permet de dédramatiser la responsabilité et l'implication de chacun dans la maladie, des personnes souffrantes comme de leur famille. Il ne faut pas culpabiliser d'être colérique, irritable et conflictuel, puisque vous n'avez aucun contrôle sur vos gènes et que vous n'avez pas décidé lesquels vous auriez à votre naissance. Vos parents non plus !
Quand on évoque la "génétique" comme facteur responsable de la cyclothymie, il convient néanmoins de préciser qu'on ne connaît pas encore les gènes qui sont spécifiquement altérés ou mutés. Les chercheurs parlent de dérèglement qui toucherait au moins une vingtaine de gènes. En revanche, il y a tout un ensemble de facteurs non génétiques qu'on connaît bien et qui sont impliqués dans le maintien et le renforcement de la cyclothymie : le stress, les problèmes relationnels, la consommation d'alcool, de café ou de drogues, les mauvaises habitudes de sommeil, les rythmes sociaux chaotiques. Ces éléments sont importants à connaître en vue d'améliorer la réponse au traitement et réduire autant que possible l'instabilité cyclothymique.
La majorité des personnes cyclothymiques le sont de manière spontanée, c'est-à-dire sans l'effet de drogues ou de substances illicites. Certaines personnes deviennent affectivement instables sous l'effet des antidépresseurs (pris au long cours) ou dans les suites d'une longue période d'abus d'alcool ou de stimulants (amphétamines, cocaïne). Ainsi on peut distinguer la "cyclothymie spontanée" des cas de "cyclothymie induite par les substances". Dans les deux cas, on observe fréquemment une histoire familiale de bipolarité. Ce qui signifie que des facteurs génétiques communs existent dans les deux formes de cyclothymie, qu'elle soit spontanée ou apparemment induite par l'abus de substances.
D'autres facteurs somatiques peuvent interférer avec la cyclothymie. Par exemple, la thyroïde a une influence significative sur les troubles de l'humeur. On sait que l'hypothyroïdie peut entraîner des symptômes dépressifs, et l'hyperthyroïdie des symptômes maniaques ou hypomaniaques. D'autres hormones sont également impliquées dans la modulation des humeurs et de la stabilité émotionnelle, comme le cortisol, la prolactine et les hormones gonadiques. Cela dit, il importe de faire un examen clinique et un bilan endocrinien avant de poser un diagnostic de cyclothymie.
Au final, pour mieux appréhender la cyclothymie, il convient de concevoir ce trouble comme le résultat d'un terrain génétique (prédisposition, vulnérabilité) et d'un cumul de facteurs environnementaux. De plus, les facteurs génétiques et biologiques rendent la personne "sensible et extrêmement réactive" à son environnement."

(1) Hantouche et Al "Prévalence de l'hypomanie dans les dépressions récurrentes ou résistantes", Ann. Méd. Psychol., 2009

Commentaire de Neptune  

Le Dr Hantouche, pape de la cyclothymie en France, prend davantage de risques et de liberté avec les études, en commençant par dire qu'elles n'existent pas (sur la cyclothymie), tout en affirmant que "les causes de la cyclothymie sont principalement de nature génétique". Le "déclenchement, l'aggravation ou le maintien" étant, eux, exogènes ce qui rejoint cette fois-ci l'analyse du Dr Gay. Le Dr Hantouche ne donne aucun chiffre, mais l'ensemble de ses ouvrages laisse, volontairement ou non, l'impression que la cyclothymie et, au-delà, la bipolarité, sont héréditaires. En effet, la partie pratique de son ouvrage commence par le dessin, par le patient, d'arbres généalogiques (fiche pratique 1, page 25), sans autre forme d'explication que "La cyclothymie est à fort déterminisme génétique".
Un patient inquiet et lisant un tel livre ne peut qu'en ressortir avec la conviction que sa maladie est héréditaire et qu'il la transmettra, ce qui est faux à 90 % au moins.

Le psychiatre Elie Hantouche manque donc singulièrement de psychologie, même s'il affirme "déculpabiliser" ses patients.

Nous disons au contraire qu'on peut très bien contracter une maladie non génétique et être tout autant non coupable de l'avoir contractée. La différence d'approche est que, correctement informés, nous mesurons mieux les risques de transmission de notre trouble à nos enfants : ils ont 90 % de chances de ne pas déclencher la maladie, et ces chances doivent et peuvent être "mises du bon côté" en s'efforçant de prendre soin de leur environnement d'enfants et donc, indirectement, d'adultes.  


Annexe 3 - Le Figaro santé, 16 janvier 2009 "Enquête sur l'hérédité des maladies mentales"


http://sante.lefigaro.fr/actualite/2009/01/16/9390-enquete-sur-lheredite-maladies-mentales

"Une étude menée sur 9 millions de personnes durant trente ans confirme que la psychose maniaco-dépressive et la schizophrénie ont des origines génétiques communes.
Les maladies mentales restent un mystère pour les médecins à plus d'un titre, même si des progrès ont été faits, quant au diagnostic et à la prise en charge. Aux heures de gloire de la psychanalyse et de l'antipsychiatrie, ces affections avaient été attribuées en partie à des troubles de l'interaction précoce mère-enfant, ou de la communication familiale. Depuis, plusieurs enquêtes ont indiqué que le facteur génétique était important, mais n'était pas seul en cause.
Une des plus grandes études sur ce sujet, publiée vendredi dans la revue médicale The Lancet, vient d'analyser, pour 9 millions de personnes suivies pendant trente ans, la transmission au sein des familles de la schizophrénie et de la psychose maniaco-dépressive. Partant de ce travail, plusieurs conclusions s'imposent : d'une part, ces deux maladies ont des origines communes, d'autre part, il existe bien une transmission génétique pour ces affections.
Pour aboutir à ces résultats, l'auteur, le professeur Paul Lichtenstein, épidémiologiste au sein de l'Institut Karolinska à Stockholm, et son équipe ont mis en rapport les fichiers d'état civil avec les registres des hôpitaux psychiatriques. Ils ont utilisé des données concernant 2 millions de familles entre 1973 et 2004. Parmi cette population, on comptait 35 985 cas de schizophrénie et 40 487 cas de psychose maniaco-dépressive (également appelés troubles bipolaires). L'objectif étant de déterminer pour une personne donnée le risque d'être atteinte de schizophrénie ou de psychose maniaco-dépressive en fonction de la présence ou non dans sa famille de malades souffrant de l'une ou l'autre pathologie.
Les résultats confirment le caractère largement héréditaire de ces affections (64 % pour la schizophrénie et 59 % pour les troubles bipolaires). Le risque est 9 fois plus important quand on a un frère ou une sœur schizophrène.

Les facteurs environnementaux
Pour la psychose maniaco-dépressive, le risque est 8 fois plus élevé quand on a un frère ou une sœur déjà atteint. Cette étude montre également que si l'on a un frère ou une sœur schizophrène, on a 3,7 fois plus de risques d'être bipolaire et réciproquement. Et que si l'on a un frère ou une sœur bipolaire, on a 3,9 fois plus de risques d'être schizophrène. Par ailleurs, les enfants adoptés, de parents biologiques qui présentaient des troubles bipolaires, ont également un risque accru de développer une schizophrénie. La prédominance de la génétique par rapport à un contexte social est claire et ce, même si les facteurs environnementaux jouent un rôle non négligeable.
Le psychiatre Bruno Etain, qui travaille dans l'équipe de psychiatrie génétique du groupe hospitalier Chenevier-Mondor de Créteil, estime que le grand intérêt de cet article est d'avoir étudié un nombre très important de familles alors que les études précédentes avaient porté sur seulement quelques centaines de cas. Ce psychiatre qui travaille également à l'Inserm relève que ces dernières années, de nombreuses recherches ont été menées pour étudier la part génétique dans ces maladies. «Or il ne faut pas oublier les facteurs environnementaux», insiste-t-il. Sont suspectés, la grippe pendant la grossesse, certains rétrovirus endogènes, la toxoplasmose et le virus de l'herpès. À cela s'ajoutent les complications obstétricales, accouchement long et compliqué, infections périnatales. Mais aussi des antécédents de traumatisme dans l'enfance, abus sexuels, troubles affectifs. En dépit de son caractère scientifique, la génétique n'est pas en mesure de prédire l'avenir… "

Commentaire de Neptune

Cet article est tendancieux et eugéniste dans ses non dits. L'empressement à le publier a certainement un lien avec le fait de préparer l'opinion au discours sécuritaire de Nicolas Sarkozy envers les maladies psychiques, l'enfermement à tout va, l'isolement, la détection dès la maternelle, etc.

On pourrait tout aussi bien, en comparant des marqueurs génétiques, affirmer que l'homme et l'éléphant sont la même espèce animale, car ils ont génétiquement plus de points communs que la "population générale" des mammifères. Tout est question d'interprétation, et ici de récupération, des résultats d'une étude qui, elle, est sérieuse


Annexe 4 - Common genetic determinants of schizophrenia and bipolar disorder in Swedish families: a population-based study



http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(09)60072-6/fulltext

Summary
Background
Whether schizophrenia and bipolar disorder are the clinical outcomes of discrete or shared causative processes is much debated in psychiatry. We aimed to assess genetic and environmental contributions to liability for schizophrenia, bipolar disorder, and their comorbidity.
Methods
We linked the multi-generation register, which contains information about all children and their parents in Sweden, and the hospital discharge register, which includes all public psychiatric inpatient admissions in Sweden. We identified 9 009 202 unique individuals in more than 2 million nuclear families between 1973 and 2004. Risks for schizophrenia, bipolar disorder, and their comorbidity were assessed for biological and adoptive parents, offspring, full-siblings and half-siblings of probands with one of the diseases. We used a multivariate generalised linear mixed model for analysis of genetic and environmental contributions to liability for schizophrenia, bipolar disorder, and the comorbidity.
Findings
First-degree relatives of probands with either schizophrenia (n=35 985) or bipolar disorder (n=40 487) were at increased risk of these disorders. Half-siblings had a significantly increased risk (schizophrenia: relative risk [RR] 3·6, 95% CI 2·3—5·5 for maternal half-siblings, and 2·7, 1·9—3·8 for paternal half-siblings; bipolar disorder: 4·5, 2·7—7·4 for maternal half-siblings, and 2·4, 1·4—4·1 for paternal half-siblings), but substantially lower than that of the full-siblings (schizophrenia: 9·0, 8·5—11·6; bipolar disorder: 7·9, 7·1—8·8 ). When relatives of probands with bipolar disorder were analysed, increased risks for schizophrenia existed for all relationships, including adopted children to biological parents with bipolar disorder. Heritability for schizophrenia and bipolar disorder was 64% and 59%, respectively. Shared environmental effects were small but substantial (schizophrenia: 4·5%, 4·4%—7·4%; bipolar disorder: 3·4%, 2·3%—6·2%) for both disorders. The comorbidity between disorders was mainly (63%) due to additive genetic effects common to both disorders.
Interpretation
Similar to molecular genetic studies, we showed evidence that schizophrenia and bipolar disorder partly share a common genetic cause. These results challenge the current nosological dichotomy between schizophrenia and bipolar disorder, and are consistent with a reappraisal of these disorders as distinct diagnostic entities.
Funding
Swedish Council for Working Life and Social Research, and the Swedish Research Council.


Commentaire de Neptune

Une étude de taille et attendue pour les constats faits. Il est malheureux que certaines phrases de la conclusion, et notamment "Heritability for schizophrenia and bipolar disorder was 64% and 59%, respectively" n'ait pas été précisée et ait autant porté à interprétations erronées.

Annexe 5 - Sources correctes et, heureusement, majoritaires en nombre



La plupart reprennent les conclusions du Dr Christian GAY, avec plus ou moins de reformulation, mais sans changer en rien le fond. Dans le "top 10" des mots clé "bipolarité et hérédité", nous avons relevé :

http://www.troubles-bipolaires.com/vivre-avec-malade/situations-particulieres/bipolarite-et-transmission-genetique.htm

http://www.santepratique.fr/troubles-bipolaires.php

https://www.lilly.ch/sante/neurologie-psychiatrie/trouble-bipolaire/facteurs-etiologiques-du-trouble-bipolaire%20

http://www.psychologies.com/Moi/Problemes-psy/Troubles-Maladies-psy/Reponses-d-expert/Quelles-sont-les-causes-de-la-maniaco-depression

Article de Doctissimo

Annexe 6 - La voix de son maître



http://www.bipolaire-info.org/content/view/194/68/

Commentaire de Neptune

On assène d'entrée, dans le chapitre consacré aux causes, et sans plus de précaution :
"La bipolarité est une maladie familiale (aucun doute) dont la transmission est de nature génétique et non sociale ou liée à l’éducation ou les conditions de vie des parents".

Aucune étude à l'appui, ni aucun chiffre. Prenez ça dans la figure et tirez-en, tout(e) seul(e), les conclusions. Le site "bipolaire-info" a épousé, sans le dire clairement et sans aucun esprit critique, tout ce que dit, sent ou ressent le Dr Elie Hantouche. Dans le même site, des personnes très inquiètes sur cette question peuvent en débattre pendant des jours sans qu'aucun éclairage ne soit apporté :

Bipolaire-info et la génétique
Le maître n'était probablement pas là lors de ces échanges, aucun "animateur" de ce site n'a osé dire quoi que ce soit.


Annexe 7 - Extrait du meilleur site psy au monde, dans "la bipolarité expliquée aux enfants"


La bipolarité expliquée aux enfants - CAMH

Le trouble bipolaire est causé par un déséquilibre des substances chimiques dans le cerveau. Par contre, nous ne savons pas vraiment ce qui cause ce déséquilibre. Chez certaines personnes, les symptômes apparaissent soudainement, sans raison précise. Chez d’autres, ils semblent apparaître à la suite d’une crise personnelle, de stress ou d’une maladie.

·  Le trouble bipolaire peut également être héréditaire, c’est-à-dire se transmettre par les gènes. Cependant, la maladie n’est habituellement pas transmise aux enfants. Un enfant sur dix environ, dont le père ou la mère est atteint du trouble bipolaire, développera également la maladie. Neuf enfants sur dix ne seront pas touchés.

·  Nous ne savons pas vraiment pourquoi, mais certaines personnes sont plus vulnérables à cette maladie que d’autres.

·  Un enfant n’est pas la cause du trouble bipolaire chez son père ou sa mère.

Revenir au sommaire
Idées reçues et réalités sur les troubles bipolaires - Neptune
Idées reçues et réalités : autres articles


Autres articles généraux sur les troubles de l'humeur - Neptune
Autres articles généraux sur les troubles de l'humeur


Dépression - Neptune
Troubles dépressifs


Bipolarité- Neptune
Troubles bipolaires


Thérapies
Base d'information sur les thérapies et la pharmacothérapie




A propos d"épigénétique", d'inné et d'acquis ...


"Aujourd'hui, on dit qu'une cellule-souche possède tous les potentiels qui lui permettront de prendre des formes différentes adaptées aux pressions du milieu. On dit la même chose de l'ADN dont les caractères génétiques s'expriment différemment selon les milieux. Cette donnée récente disqualifie le raisonnement qui oppose l'inné à l'acquis. Cette scie intellectuelle est devenue un réflexe qui empêche de penser."

Boris Cyrulnik, autobiographie, vol II "Les âmes blessées" 2014. Ed. Odile Jacob, 1:39.

Boris Cyrulnik est neuropsychiatre et directeur d'enseignement à l'Université de Toulon. Un parcours atypique, tour à tour en neurotraumatologie, psychiatrie, psychanalyse, pharmacologie, et enfin psychologue théoricien. Pour une fois nous sommes d'accord avec lui.



Dernière édition par Neptune le 11/11/2017, 23:51, édité 31 fois

Droit de réponse

Nous avons reçu par mail la réaction suivante d'une personne préférant garder l'anonymat :


Au début de votre article vous affirmez doctement : la trisomie 21 est génétique (due au chromosome 21) mais non héréditaire (le chromosome 21 n'est pas altéré chez les parents biologiques).

GRAVE ! Cette monumentale erreur est susceptible de créer bien des grossesses à (mauvaises) surprises... En effet, 5% des cas de trisomie 21 sont dues à des translocations "D-21"donc GENETIQUEMENT transmissibles avec une prévalence de 50 %. Qui peut affirmer qu'il n'en est pas de même au simple niveau du GENE pour la bipolarité?

Pas médecin ? pas généticien ? Moi Si ! documentez-vous SVP avant d’asséner des contre-vérités.




D'abord, merci pour votre contribution. En effet, le fait d'affirmer que la trisomie 21 n'est pas héréditaire, n'est exact que dans 95 % des cas. Ces 5 % de différence font, pour les personnes concernées, toute la différence, et peuvent justifier une recherche de translocation D-21 chez toute personne ayant des craintes pour sa descendance.

Nous faisons amende honorable, et rectifions la phrase, ou trouverons d'autres exemples.

Nous notons que, médecin, vous ne contredisez pas le reste de l'article, mais soulevez une question : "Qui peut affirmer qu'il n'en est pas de même au simple niveau du GENE pour la bipolarité ?"

Nous n'avons pas affirmé que la bipolarité n'avait aucune composante génétique. Si vous lisez bien, ce que nous contestons derrière ce titre volontairement accrocheur, est l'affirmation absolument dénuée de preuves, du fait que "le trouble bipolaire est génétique". Nous insistons par ailleurs sur la notion de vulnérabilité héréditaire , qui n'en fait pas une vulnérabilité génétique. La vulnérabilité héréditaire pourrait aussi s'expliquer par le fait de vivre auprès d'un parent souffrant de bipolarité, formant une sorte de transmission "environnementale" de la maladie. Aspect largement repris par les spécialistes. Qui préfèrent parler, en prenant garde de l'exprimer au conditionnel,  de "facteurs déclencheurs environnementaux, avec une vulnérabilité génétique" Côté génétique, les multiples gènes candidats, malgré toutes les intenses recherches visant à démontrer une origine génétique, ne sont pas non plus concluantes.

Génétiquement parlant, le fait de trouver des corrélations statistiques dans certaines expressions génétiques et d'en déduire des conclusions fermes est péremptoire. On "veut" ainsi également rapprocher la schizophrénie de la bipolarité, simplement par des corrélations qui ne sont pas concluantes, de l'aveu même des chercheurs. Ceux ci se sont d'ailleurs dits déçus des résultats trouvés : ils souhaitaient prouver la cause génétique et transmissible de la bipolarité.

Pour utiliser une image, des chercheurs, pourraient tout aussi bien comparer les gènes de kangourous et de scarabées, trouver de nombreux gènes communs (ce qui est forcément exact), et les médias d'en déduire un titre choc "les kangoureux et les scarabées sont cousins", sur la base de tels résultats.

Nous luttons donc, comme vous apparemment, contre les déformations et les études biaisées.

Dans ce domaine, nous sommes encore à des dizaines voire des centaines d'années de recherches et de progrès avant d'avoir des certitudes. Nous pouvons aussi penser qu'il y a des dizaines, voire des centaines de formes biologiques des troubles bipolaires, ayant en commun les même symptômes.

Nos connaissances en biologie de la bipolarité, sont comme celles de l'infectiologie avant Pasteur : à l'époque, on pensait que toutes les maladies étaient dues à des "humeurs" indéfinissables, et qu'on expurgeait à l'aide des saignées.  Pour autant, les médecins de l'époque faisaient ce qu'ils pouvaient, autant que les chercheurs aujourd'hui progressent en travaillant, quand bien même ils en sont encore à un stade très primaire dans le domaines des "maladies" psychiques.

Nous comprenons que le titre de l'article, volontairement péremptoire, vous ait choqué. Il fait réponse à des titres tout aussi péremptoires comme "le trouble bipolaire, les origines génétiques" dans les médias que nous dénonçons, et qui ont comme effet de stigmatiser un peu plus ces personnes, tout en les encourageant à ne pas avoir d'enfants. La "déculpabilisation" avancée pour justifier un recours à l'explication génétique ne suffit pas : on ne doit pas donner de contre-vérités aux personnes dans le seul motif de les "déculpabiliser", ceci relève de l'infantilisation et du mensonge dont l'intention n'est pas toujours claire.

Dans l'état des connaissances, la déformation des résultats réels des recherches, s'appelle de l'eugénisme.

Nos souhaiterions que vous développiez un peu plus vos arguments. Renseignements pris, vous n'êtes pas généticien, mais médecin généraliste dans une petite ville (ce qui n'est pas déshonorant, loin de là !), et intervenez ici ou là sur des forums. Vous êtes également abonné au Figaro, et avez du comprendre que nous n'apprécions pas les articles que ce journal a produit. Vous avez aussi signé une pétition avec Formindep à propos du lobbying pharmaceutique lors de la menace H5N1, et de ce fait, avez toute notre sympathie.

En espérant vous avoir convaincu que nous sommes des gens sérieux, et que de non-médecins peuvent également avoir une approche scientifique rigoureuse, et des opinions étayées.

A votre disposition pour poursuivre cette discussion, si elle demeure courtoise.

Neptune.

Message le 12/12/2014, 01:59  Bonie

Cela prouve-t-il que le trouble est héréditaire, c'est-à-dire qu'il est transmis par les parents biologiques ? Non.
D'une par parce que si tel était le cas, le chiffre serait de 100%.


Il y a pleins de maladie génétique héréditaire qui ne sont pas transmises à 100% par les parents biologiques (Heureusement). Comme la couleur des yeux par exemple !

Dans le cas des troubles mentaux ou psychologiques, nous n’accordons aucun crédit à des études basées sur des jumeaux.

C'est utile de montrer les faiblesses des études génétiques jumellaires, mais il faut noter qu'elles ont comme une certaine utilité : Elles permettent notamment de confirmer les résultats des études génétiques au sein des familles.
Et probablement elles contribuent aux recherches génétiques phénotypiques (si on cherche pas on trouvera rien...).
Donc certaines études peuvent sembler futiles et anecdotique (voir fallacieuses sous un certain angle) mais peuvent tout de même ajouter une pierre à l'édifice.
C'est interressant de pouvoir "étudier" 2 génomes strictement identiques dans des environnements différents, même si les résultats sont effectivement à prendre avec des pincettes (méthode, cohorte). Il n'y a pas d'études parfaites, il y a toujours un facteur d'incertitude qu'il faut essayer d'estimer.

Et vous ne parlez pas en détail des études génétiques faites sur les familles, ce qui est pourtant l'essentiel au niveau cohorte. Il y a surement des synthese sur La Cochrane mais j'ai la flemme de chercher.

L'étude qu'il faudrait vraiment faire
Prenons d'abord 1 million de personnes bipolaire
.
On doit faire très très peu d'études avec 2 millions de personne ? Et 2 millions de bipolaire ca veut dire 2 millions de diagnostic bipolaire (qui eux meme sont loin d'être fiable à un temps T).
Il faut aussi une population témoin, sous placebo...

Comme le disent les bons spécialistes, une maladie qui semble (au conditionnel) légèrement favorisée par une vulnérabilité génétique, mais qui a surtout des racines sociales et psychologiques.
Les Meilleurs spécialistes disent qu'on en sait rien: On ne sait pas quel est la part génétique, sociale, psychologique. Ce qui est légitime c'est le doute ! Le reste c'est des querelles de spécialistes... (J'admire beaucoup ce que fait Christian Gay !)

En conclusion peut-etre qu'il ne faut pas effacer des études génétiques qui, même si elles sont extremement criticables, ont au moins le mérite d'exister. Et il faut surement parler, de façon plus approprié, des études les plus importantes en terme de cohorte faites sur les familles.

Un bipolaire qui se tient informé

Merci !
Ps: Des références scientifique contradictoire quand on parle de science c'est mieux !

Message le 12/12/2014, 12:00  Invité

Il y a probablement trop peu d'études génétiques sur la maladie bipolaire. Ces études sont surement imparfaites (cohortes trop faible, mauvaise méthodologie,...). Cependant les résultats semblent aller dans le sens d'un facteur génétique prédisposant.
En science il y a toujours un degré d'incertitude à prendre en compte (la terre est bien ronde il me semble ? La couleur de vos yeux est 100% héréditaire et pourtant vous n'avez pas nécessairement la couleur des yeux de vos parents).
Autrement  dit la science se trompe tout le temps et avance par approximation. Tout est dans la méthode.
Ca n'est pas parce qu'une étude parait fausse à posteriori, qu'elle n'a pas eu une utilité.
Vos sources cités à la fin sont des guides de bonne pratique destinés aux patients et pas des articles scientifiques contradictoires sur les causes génétiques du trouble bipolaire.

On ne connait pas précisément les causes du trouble bipolaire. Polémiquer sur la part innée, acquis, est dérisoire. Mais on cherche... Et la génétique est une piste sérieuse, qui pourrait amener de nouvelles thérapies (un gene codant pour une protéine défectueuse). Il y a d'autres champ de recherche utiles (pour ce qui est du Biologique) : la Physiologie, la Neurologie, la Neuroendocrinologie... L'imagerie médicale progresse sans arrêt.


Voici un article (sérieux?) paru dans Médecine science le 12 décembre 2014 qui reprend les erreurs,les progrés et les problèmes (de phénotype notamment) en recherche génétique :

http://www.erudit.org/revue/ms/2003/v19/n10/007167ar.pdf

A bientot
Bonie

Merci Bonie pour cette intervention.

Nous avons, depuis l'écriture de cet article, avancé dans nos recherches et réflexions, et approuvons la plupart de vos remarques, qui pour certaines peuvent être prises en compte dans un article écrit par et destiné à des non généticiens, ce que nous avons fait. Mais nous pensons, comme disait C.G. Jung, que parfois la science pure et tellement prise dans ses hypothèses et ses recherches, qu'elle en oublie les observations de bon sens, ce que nous voyons souvent.

Nous écrivons certes aussi avec nos "tripes", tout en nous efforçant au maximum de rationalité.

Et ces "tripes" nous disent qu'il faut clamer haut et fort que, contrairement à une idée reçue et propagée dans des intentions douteuses ou par pure inconscience, une personne atteinte de bipolarité, a moins d'une chance sur 10 que son enfant souffre un jour du trouble bipolaire.

Cordialement,
Neptune

Neptune

Information, recherche, action et entraide sur les "maladies" psychiques

Association Loi de 1901

Accueil - Forum Psychiatrie
Chat
Créer un forum | © PunBB | Forum gratuit d'entraide | Contact | Signaler un abus | Forum gratuit