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Chiffres et statistiques de consommation des benzodiazépines en France de 2002 à 2017

Par Neptune 
le 29/12/2017

 

Résumé




La France reste le second consommateur européen de benzodiazépines (anxiolytiques et hypnotiques ou somnifères) après l’Espagne, et le niveau de consommation de benzodiazépines est en légère baisse depuis 2008. Des progrès insuffisants ont été accomplis sur ce véritable problème sanitaire, qui concerne plus de 10 % de la population.

Les autorités sanitaires françaises ont commencé à prendre conscience du problème des benzodiazépines il y a quelques années, et ont progressivement mis en place des mesures pour commencer d’enrayer ce fléau. Le Royaume-Uni a de bien meilleurs résultats, ses recommandations sont bien plus précises, notamment sur la difficulté du sevrage, la méthodologie, l’incitation à une réduction progressive par paliers de 5 % à 10 %, la méthode par substitution au diazepam pour de nombreuses benzodiazépines difficiles à sevrer, etc. La méthode britannique a été soutenue, lors de la consultation nationale de 2015, par des autorités professionnelles françaises renommées, mais écartée de fait par la Haute Autorité Sanitaire.  

Nos adhérents et ceux d’autres associations concernées luttent contre leur dépendance à ces produits hautement addictifs : seuls les principes de la méthode britannique Ashton ont permis de sortir de cette dépendance. Nous espérons qu’au vu des résultats décevants, et des marges dégagées par le déremboursement des hypnotiques en 2014, la Haute Autorité engagera de véritables chantiers d’évaluation de la méthode anglaise, et améliorera une nouvelle fois sa recommandation, à l’instar de ce qu’ont réalisé les autorités britanniques.

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1. Consommation globale de benzodiazépines en France





Consommation de benzodiazépines en France - Consommation totale en équivalent diazepam <br />
Consommation totale de benzodiazépines en France - équivalent diazepam - 2002 - 2017
Les données du dernier trimestre 2017 sont obtenues par extrapolation linéaire


Notre analyse


    Si, comme annoncé par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (2), il y a effectivement une diminution d'un peu moins de 10 % entre 2012 et 2015, elle n'est que de moins de 8 % entre 2002 et 2017, ce qui correspond à une baisse moyenne de moins de 1 % par an. Globalement nous rejoignons l’avis de l’ANSM : « il demeure nécessaire de continuer à mobiliser l’ensemble des professionnels de santé et de renforcer l’information des patients ». Reste à savoir comment, et à mesurer l’efficacité de telle ou telle mesure, et c’est là que nous divergeons.

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2. Consommation d’hypnotiques et d’anxiolytiques





Consommation d'anxiolytiques et hypnotiques en France - Consommation d’hypnotiques et d’anxiolytiques en équivalent diazepam - 2002 2017<br />
Consommation d'hypnotiques et anxiolytiques en France - équivalent diazepam - 2002 - 2017
Les données du dernier trimestre 2017 sont obtenues par extrapolation linéaire


Notre analyse


    Les benzodiazépines sont principalement employées comme anxiolytiques ou comme hypnotiques. L’ANSM a choisi fin 2014 de dé-rembourser les hypnotiques (zolpidem, zopiclone, lormétazépam, loprazelam etc.) en faisant passer le taux de remboursement de 65% à 15%. Ce déremboursement n’a fait baisser la consommation que de 4 %, mais a permis à l’état d’économiser près de 60 millions d’euros par an, soit 65 %.

    Remboursements d'anxiolytiques et hypnotiques en France - 2002 2017
    Remboursements d'hypnotiques et anxiolytiques en France - 2002 - 2017
    Les données du dernier trimestre 2017 sont obtenues par extrapolation linéaire ;
    Les chiffres publiés ne tiennent pas compte de l’inflation : la baisse est en réalité plus importante


    Sur le principe, un tel déremboursement est injuste vis-à-vis des personnes à faibles ressources et pour lesquelles quelques comprimés occasionnels sont la seule façon de dormir. Pour celles devenues dépendantes, le déremboursement est une façon supplémentaire de les culpabiliser, alors que nombre d’entre elles ont simplement suivi les prescriptions de leur médecin, et ne se sont vu proposer aucun plan de sevrage efficace.

    S’il avait permis une baisse considérable des consommations et donc une amélioration conséquente de notre situation sanitaire globale, il serait possible de considérer que cet arrêt brutal des remboursements était un signe fort, désagréable mais nécessaire. Or il n’en est rien comme le montre  le graphique précédent ; l’absence de lien de cause à effet est contrôlé par le fait que, dans le même temps, la diminution des anxiolytiques est de 3 % (graphique précédent), donc quasiment la même, alors qu’il n’y a pas eu de déremboursement pour les anxiolytiques.

    Si l’économie réalisée avait été réinvestie dans de véritables études scientifiques sur, d’une part, la difficulté du sevrage (qualifier et quantifier les effets secondaires du sevrage brutal tel qu’il est actuellement préconisé), et d’autre part sur l’efficacité des méthodes britanniques (méthode Ashton adoptée de facto par les autorités du Royaume-Uni), alors nous aurions pu approuver ce déremboursement, d’autant que le prix de ces produits est modique.  

    L’explication des légères baisses de consommation est donc ailleurs.

    La sensibilisation générale par les médias à notre consommation excessive de psychotropes, le bouche-à-oreille, le recours à des informations non officielles sur internet, notamment pour les jeunes générations, et l’action des groupements d’usagers, ont probablement permis à nombre de consommateurs potentiels de ne pas commencer les benzodiazépines. Les personnes dépendantes ont, pour la plupart, continué de consommer, et de souffrir de leur dépendance, à leurs frais.  

    En Annexe B nous montrons que la diminution de consommation ne porte que sur les benzodiazépines à demi-vie longue. Celles-ci induisent moins de dépendance et sont pour cette raison utilisées en substitution dans les recommandations anglaises et dans nos préconisations pour les cas de dépendance forte, ce que devrait prendre en compte la Haute Autorité Sanitaire.


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3. En 2015, la méthode Ashton évoquée par la Haute Autorité de Santé




En 2015, alarmée de la consommation toujours élevée de benzodiazépines, la HAS (Haute Autorité de Santé) consulte ses partenaires professionnels (3) et quelques associations au sujet de son projet de recommandation en direction de l’ensemble des médecins prescripteurs. Les débats, documents proposés, conclusion, sont publiés (4). Sont proposés pour étude un ensemble de textes, dont en particulier la recommandation officielle britannique (5). Celle-ci reprend fidèlement les principes essentiels de la méthode Ashton concernant le sevrage :

  • diminution par paliers de 5 % à 10 % d’une à deux semaines chacun et pouvant durer donc plusieurs mois,
  • recours au diazepam en substitution pour le sevrage difficile de certaines molécules.

Il est notable que le Collège Pharmacie, la Société Française de Pharmacologie, la Société française de recherche et médecine du sommeil approuvent les recommandations britanniques, en suggérant à la Haute Autorité, à plusieurs reprises, des formulations plus explicites de ses éléments centraux sur le sevrage lent et la substitution, de type « Ashton ». Par contre le Réseau Morphée, et la Haute Autorité dans le document final, s’appuient sur un « manque de preuves » concernant l’efficacité de la diminution lente et de la substitution, pour ne pas préconiser au final les recommandations britanniques.

Sevrage benzodiazépines position officielle néfaste HAS
(7) Extrait du schéma envoyé à tous les médecins concernant l’arrêt des benzodiazépines

Le document issu de ces consultations, et envoyé aux médecins (6), est finalement très proche du document initial, ce que nous regrettons : nous pensons qu’il ne les aide pas à aider leurs patients aux prises avec une dépendance acquise aux benzodiazépines, puisque, entre autres, le médecin retiendra, au vu du schéma final, que l’arrêt se fait en « 4 à 10 semaines le plus souvent » (7).

Organisations ayant répondu à la consultation

    Association française fédérative des étudiants en psychiatrie (AFFEP)
    Association pédagogique nationale pour l’enseignement de la thérapeutique (APNET)
    Collège de la pharmacie d’officine et de la pharmacie hospitalière
    Réseau Morphée
    Société française de gérontologie et de gériatrie (SFGG)
    Société française de pharmacologie
    Société française de recherche et médecine du sommeil (SFRMS).

Organisations sollicitées mais n’ayant pas répondu à la consultation

    Association France dépression
    Association pédagogique nationale pour l’enseignement de la thérapeutique (APNET)
    Association Sommeil et santé
    Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS)
    Collège de la médecine générale (CMG)
    Collège national pour la qualité des soins en psychiatrie (CNSQP)
    Direction générale de la santé (DGS)
    Fédération française d’addictologie (FFA)
    Fédération française de psychiatrie (FFP)


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Conclusion




Nos adhérents et ceux d’autres associations concernées luttent contre leur dépendance à ces produits hautement addictifs : seuls les principes de la méthode Ashton ont permis de sortir de cette addiction. Nous espérons qu’au vu des résultats décevants, et des marges dégagées par le déremboursement des hypnotiques en 2014, la Haute Autorité engagera de véritables chantiers d’évaluation de la méthode anglaise, et améliorera une nouvelle fois sa recommandation, à l’instar de ce qu’ont réalisé les autorités britanniques.

Annexes




A. Statistiques Europe 2012-2015


Les chiffres proviennent d'une étude de l'Inserm et sont donnés en nombre de DDJ : Dose Définie Journalière, qui est la méthode internationale conventionnelle de comparaison entre médicaments de conditionnements, de molécules et de dosages différents, tandis que nous avons retenu l'équivalence diazepam. Les deux méthodes sont à peu près équivalentes. Pour l'Allemagne, la France, l'Espagne, le Royaume-Uni et l'Italie, l'Inserm a du effectuer des conversions faute de chiffres disponibles en unité conventionnelle par ces pays.

Comparaison des consommations de benzodiazépines Angleterre / France - 2008-2011
Statistiques comparées de consommation de benzodiazépines en Europe
Evolution de la consommation de benzodiazépines Europe 2012-2015

Source : État des lieux
de la consommation des benzodiazépines en France, 6-4-2017, ANSM


B. Évolution de la consommation en fonction de la demi-vie


Il est reconnu que les benzodiazépines à courte demi-vie induisent plus de dépendance. Le graphique ci-dessous montre que la diminution de consommation est sensible pour les molécules à demi-vie longue, et nulle pour les molécules à demi-vie courte.

Historique des consommations de benzodiazépines par demi-vie 2002 2017
Historique des consommations de benzodiazépines par demi-vie 2002 2017

Demi-vie courte : moins de 20 heures - alprazolam, oxazepam, lormetazepam, lorazepam, bromazepam, zopiclone, zolpidem, loprazolam, clotiazepam, clobazam, estazolam, midazolam, temazepam, meprobamate, triazolam.
Demi-vie longue : prazepam, diazepam, clorazepate, nordazepam, nitrazepam, ethyile loflazepate, flunitrazepam.


Pour ne pas fausser l'interprétation des chiffres, le clonazépam (Rivotril@), de demi-vie longue et qui a fait l'objet d'une suppression d'autorisation comme anxiolytique au cours de cette période, n'est pas compté. La courbe serait encore plus démonstrative.


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Voir aussi sur ce site



Arrêter les Anxiolytiques, Somnifères ou Hypnotiques, Sédatifs : méthode de sevrage des Benzodiazépines - Professeure Heather Ashton

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