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Hôpital Psychiatrique Saint-Jacques de Besançon : témoignage de maltraitance

Par Neptune 
le 26/04/2017

 

Résumé


Ce témoignage sur la maltraitance hospitalière au sein de ce CHU, reste malheureusement d'actualité en 2017. Nous le relayons (1) car il montre aussi qu'une thérapie correcte et humaine de la dépression existe et est possible : le parcours d'Yves LAGIER trouve une issue heureuse, il confirme ce que tous nos articles et témoignages montrent : lorsque, au plus bas, nous subissons la maltraitance individuelle et institutionnelle, nous devons absolument changer de lieu et de psychiatres. Un parcours difficile et qui concerne tout particulièrement les proches (2).


Psychiatrie de l'adulte au CHU de Besançon : on achève bien les patients




Souffrant d’une grave dépression au printemps 2008, j’ai été hospitalisé le 30 Juin 2008, à la demande de mon médecin psychiatre, dans le service de psychiatrie de l’adulte au CHU de Besançon. J’y ai effectué un premier séjour jusqu’au 2 Septembre 2008.

Mon histoire est banale : âgé de 67 ans, j’ai connu plusieurs épisodes dépressifs dans mon existence qui a été marquée par de lourdes et douloureuses épreuves. C’est le lot de bien de nos concitoyens.

Certes, mais la façon dont le CHU m’a privé de plus d’un an d’existence « normale » exige qu’un témoignage soit apporté sur les effrayants dysfonctionnements de l’hospitalisation psychiatrique au Centre Hospitalier Universitaire de Besançon. Tel est l’objet de cette note qui sera largement diffusée (internet et voie postale) afin de permettre à celles et ceux qui souffrent d’éviter de prendre les chemins menant aux Pavillons Pasteur et Ledoux de l’hôpital Saint Jacques de Besançon. (3)

Hopital psychiatrique Saint-Jacques, Besançon
(3) L'Hôpital Psychiatrique Saint-Jacques, 3 bd Alexandre Fleming, 25000 BESANÇON

Le site est à vendre en 2017 pour devenir "Cité des savoirs et de l'innovation". Nous conseillons donc au repreneur de ne pas reprendre le personnel.
Yves LAGIER ancien maire de Pontarlier, témoigne sur la psychiatrie à Besançon
Yves LAGIER, maire de Pontarlier de 1989 à 1995, témoigne


(1) Témoignage publié initialement : Groupe Information Asiles - GIA - témoignages

(2) Citation vérifiée des centaines de fois par nos adhérents : "Le meilleur remède contre la dépression, c'est l'amour". S. Marius.


Le service « psychiatrie de l’adulte » est dirigé par le Professeur S. qui a autorité sur le Professeur V. et les Docteurs T., B., et N. Différents internes en psychiatrie et externes interviennent dans le service et ont autorité sur le personnel soignant. Au pavillon Ledoux les structures « hôtelières » sont d’une obsolescence stupéfiante : locaux d’un autre âge qui n’auraient pas déparé dans les hôpitaux de la Roumanie de Ceaucescu, nourriture infecte, promiscuité désolante eu égard à l’étroitesse des lieux, mélange des genres concernant les pathologies, le tout sous la responsabilité de professeurs de médecine (4), manifestement peu gênés par l’inconfort permanent de leurs patients. La psychiatrie n’est certainement pas une science exacte. On doit en conséquence déplorer le rôle trop important dévolu aux internes, à la bonne volonté évidente mais sans aucune expérience. Triste image de l’hospitalisation publique qui devrait être la vitrine de ce qui se fait de mieux dans notre pays en matière de médecine !

Durant une première hospitalisation d’une durée de deux mois j’ai été soumis à différents et antinomiques traitements médicamenteux prescrits soit par les professeurs, soit par les praticiens hospitaliers, quand ce n’était pas les jeunes internes qui décidaient de la suite à donner au processus de soins. Le tout dans une cacophonie assourdissante ponctuée par les cris et gémissements de certains patients atteints d’Alzheimer et de démence sénile. En deux mois, la prescription médicale variait tous les trois jours : les changements de médicaments étaient aussi soudains qu’inattendus. Aucune continuité et aucun souci d’éviter les effets secondaires ravageurs. Devenu un cobaye et traité comme tel, je n’avais qu’à me taire et souffrir en silence. Les journées étaient aussi rythmées en ce bel été 2008 par de longues et interminables stations dans l’escalier menant au service ou sur des bancs éculés, « squattés » par des patients se livrant à un tabagisme intensif, sous l’œil indifférent du personnel soignant. Je ne parle pas des nuits sans sommeil ponctuées par le bruit des chariots de livraison de nourriture maniés sans aucune précaution par un personnel peu enclin à respecter le sommeil des patients au petit jour.

J’alerte les responsables de l’hospitalisation publique à Besançon sur la réalité de la condition des patients à l’Hôpital Saint Jacques, la Fédération de Psychiatrie et Psychologie Médicale, pour reprendre le titre ronflant figurant sur les ordonnances : l’A.R.H (5)., le Conseil d’administration du CHU, le corps médical, et les syndicats du personnel. Ce service est indigne  d’une capitale régionale qui a pour ambition de se placer parmi les « pôles de santé » qui comptent dans l’Hexagone.

Il m’a fallu quitter l’établissement le 2 Septembre 2008, sur « l’amicale pression » d’un praticien hospitalier et le rictus d’un jeune interne d’autant plus sûr de lui et dominateur qu’il avait manifestement réussi à s’extraire des dérives des pays de l’Est de l’Europe après la chute du communisme.

Rentré dans mes foyers je m’en suis remis à la médecine libérale avec un court passage à Jean Minjoz (6) pour régler un problème de TSH à la thyroïde. Il m’avait en effet bien été précisé que le service hospitalier ne pourrait assurer mon suivi psychiatrique. Je n’épiloguerai pas sur les quatre mois d’enfer vécus en mon domicile durant l’automne et le début de l’hiver 2009. Bourré de médicaments non tolérés parce que non appropriés, soigné par une psychiatre dépassée par les évènements, j’étais devenu une loque pour la simple raison que le CHU m’avait lâché dans la nature, très malade et sans aucune aide psychologique (la psychologue du service, rencontrée une fois, m’ayant froidement assuré qu’elle ne pouvait rien faire pour moi). Cette longue marche vers la déchéance et la mort souhaitée n’a pas connu d’issue fatale car dans mon désespoir et ma souffrance mon épouse veillait sur moi avec beaucoup d’abnégation et d’amour.

Je n’en étais cependant qu’au début d’une agonie annoncée et marquée par une nouvelle hospitalisation au pavillon Ledoux pour subir des séances de Stimulation Magnétique Transcrânienne dispensées au pavillon Pasteur par un jeune praticien dont l’unique intervention consistait à prendre chaque lundi matin des mesures sur le crâne pour les séances de la semaine, le tout sans aucune explication ni mot d’encouragement. Bel exemple de médecine robotisée et totalement déshumanisée. La dépression est un enfer pour celui qui la subit. Je ne suis pas sûr que ceux qui ont la responsabilité d’enseigner la psychiatrie dans nos universités en aient totalement conscience. Participer à des colloques, publier dans des revues spécialisées, pourquoi pas, mais ce qui est essentiel et que je n’ai pas rencontré ce sont la capacité d’écoute et l’intelligence des situations. A preuve , la proposition qui m’a été faite , après l’échec total de la SMT , « d’aller voir ailleurs » , soit dans une maison de retraite, soit dans un foyer dépendant du CHS de Saint Ilye (39), et pourquoi pas dans des associations travaillant à la réinsertion sociale de ceux et celles que le pape Jean Paul II qualifiait  « d’accidentés de la vie ». Tout et son contraire pour déboucher finalement sur un transfert dans une clinique spécialisée de la banlieue de Chalon/Saône, manifestement inconnue de celles et ceux qui avaient décidé de m’y transplanter.

C’était mon deuxième « renvoi » du CHU pour des raisons aussi obscures qu’inopérantes, au seul motif que le CHU ne « pouvait plus rien faire pour moi » , ainsi que me l’avait froidement affirmé le professeur V. (4) dont les propos avaient manifestement heurté un jeune interne (parfaitement dévoué mais à l’expérience limitée) qui assistait à l’entretien.
(4) Nombreux sont en effet les articles spécialisés, écrits par des professeurs de psychiatrie du CHU de Besançon. La non déclaration de liens d'intérêt fait aussi partie des pratiques locales, puisqu'au moins deux d'entre eux sont en infraction manifeste sur ce sujet. Voir 44 psychiatres en infraction à la loi de publication des liens d'intérêt
















(5) A.R.H : Association Régionale Hospitalière




CHU Besançon
(6) Le nouveau Centre Hospitalier Jean Minjoz de Besançon.
La psychiatrie est, elle, restée dans les locaux vétustes du centre-ville




"Cette longue marche vers la déchéance et la mort souhaitée n’a pas connu d’issue fatale car dans mon désespoir et ma souffrance mon épouse veillait sur moi avec beaucoup d’abnégation et d’amour."
Yves LAGIER


La clinique psychiatrique de Saint-Rémy (71 Saône et Loire) : une "usine à fric"




Nouvelle étape de mon calvaire avec l’arrivée le 6 Mars 2009 à la clinique médicale de S. R. (71100). En fait de clinique , il s’agissait d’une « usine à fric ». Pourquoi se gêner avec les patients dans la mesure où le conventionnement avec la Sécurité Sociale assure des rentrées d’argent régulières pour le fonctionnement courant et procure aux psychiatres libéraux qui interviennent de confortables honoraires pour des visites facturées 44 Euros à la sécurité sociale et dont la durée moyenne (quotidienne) n’excédait pas 5 minutes et dont certaines se déroulaient la nuit entre 22 et 24 Heures. Un détournement des fonds de la sécurité sociale bien organisé et avec la bénédiction de professeurs de médecine (qui sont des fonctionnaires dont la mission est d’être au service de la collectivité qui à travers les impôts et diverses taxes assure leur rémunération) puisque ce sont eux qui m’ont aiguillé sur cette voie bien périlleuse, tel un guide de montagne qui enverrait ses clients sur des glaciers parsemés de crevasses sans aucune retenue.

Je ne décrirai pas par le menu le quotidien de la vie dans cette clinique : personnel soignant très réduit et à la compétence douteuse, aucun autre suivi médical qu’une visite quotidienne bâclée et jamais assurée par le même médecin (principe du turn-over et de la nécessité de voir le maximum de malades dans le minimum de temps ). L’important n’était pas de soigner et de soulager la douleur mais d’émettre des factures en direction de la CPAM de Saône et Loire. Je devais, selon le professeur V. (4), retrouver courage et sérénité dans cette structure. En fait un pas de plus avait été accompli vers le gouffre fatal : traitement aux antidépresseurs aux effets ravageurs (perte partielle de la vue, impossibilité de me mouvoir, d’où un confinement pendant de longues semaines dans une chambre décrépie et à la propreté douteuse).

Seule et bien maigre consolation : le souci manifesté par un psychiatre, sensible et cultivé,de m’aider à m’en sortir. Mais il était trop tard. En plein accord avec ma femme, après trois mois d’enfermement dans une bien improbable structure de la banlieue de Chalon, il ne restait qu’une solution : demander mon admission au CHS de Novillars.
Clinique psychiatrique de Saint-Rémy près de Chalons sur Saône 71100
Photo du site "EPHAD Hospi Conseil" du groupe Humanis, dont dépend la clinique de Saint-Rémy, et décrivant les "Services de Psychiatrie".

On ne sait qui elle est destinée à rassurer.


Clinique psychiatrique de Saint-Rémy près de Chalons sur Saône 71100
La clinique psychiatrique de Saint-Rémy près de Châlons-sur-Saône (71)

Novillars, ou le retour à la vie




Admis au pavillon « Les Tilleuls », dirigé par le docteur N., praticien hospitalier, j’ai eu la chance de bénéficier du diagnostic éclairé et plein d’humanité de ce médecin. Loin des sentences pontifiantes des « mandarins », en mal de reconnaissance sociale et d’honneurs flattant des egos surdimensionnés, j’ai trouvé dans ce pavillon dit de gériatrie sens de l’écoute, respect d’autrui, et surtout grande compétence médicale. Un personnel soignant admirable, des conditions « hôtelières » très satisfaisantes, des animations permettant aux patients de sortir de leur bulle (sport, musique, promenade, cafeteria). Pour ma modeste personne le résultat a été aussi rapide qu’efficace : une guérison en quelques semaines, avec l’arrêt de tout traitement antidépresseur.

Je ne connais rien à la médecine mais force est de constater que les éminences du CHU sont passées totalement à côté de la réalité de la situation. J’ai connu d’autres services au CHU où les soins sont dispensés avec talent et discernement : ophtalmologie et ORL notamment. Pour la psychiatrie tout reste à faire. Afin que d’autres patients n’endurent pas le chemin de croix qui a été le mien, je rendrai public ce court rapport .J’envisage également de saisir la justice et procède aux consultations idoines en la matière.

Seront naturellement destinataires de ces bien modestes écrits : le cabinet de Madame Bachelot, l’ARH, les instances de tutelle des établissements hospitaliers. (7)

L’incompétence des médecins intervenant à Saint Jacques m’a coûté plus d’un an dans une retraite active placée sous le signe de l’engagement associatif et du service à autrui.

Il ne faut pas que d’autres soient les victimes d’un système qui manifestement ne marche pas. Tel est le sens de ce témoignage et de l’hommage qu’il faut rendre au Docteur N. et à son équipe. Homme éclairé et parfait humaniste, le Docteur N. est un praticien qui fait honneur au CHS de Novillars, établissement si injustement décrié par ceux et celles qui n’en ont jamais franchi les portes.

A Besançon le 21 septembre 2009.

YVES LAGIER, administrateur territorial hors classe (ER), ancien maire de Pontarlier.



Dernière édition par Neptune le 28/4/2017, 00:46, édité 2 fois

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