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Traitement orthomoléculaire de la schizophrénie - Abram Hoffer - texte intégral

Par Neptune 
le 12/02/2017

 

Traitement orthomoléculaire de la schizophrénie


Abram Hoffer, 1999, titre original "Orthomolecular treatment for Schizophrenia"


Texte intégral
Avec l'autorisation gracieuse des enfants Hoffer.

Sommaire


Abram Hoffer Schizophrénie
Version originale disponible

Prix : 6,50 €
1999, 55 pages

Du même auteur, des ouvrages plus conséquents :
"How to Live With Schizophrenia" 1966
"Healing Schizophrenia", 2015


Documents complémentaires


  • Médecine orthomoléculaire, vitamines et troubles psychiatriques


  • Schizophrénie : la découverte du kryptopyrrole, et du traitement à la vitamine B3 - A. Hoffer


  • Sceptiques du Québec - médecine orthomoléculaire
    L'argumentation des opposants à la médecine moléculaire


  • Le site de référence orthomolecular.org



  • COMBATTRE LA SCHIZOPHRENIE AVEC LES STRATEGIES NUTRITIONNELLES ET LES MEGAVITAMINES DE LA PSYCHIATRIE ORTHOMOLECULAIRE




    La schizophrénie est une maladie et un  syndrome ayant des origines biochimiques, dont les effets typiques sont des troubles handicapants au niveau des perceptions et des pensées. La psychiatrie orthomoléculaire, une stratégie de traitement qui utilise des mégadoses de vitamine B3 et C en association avec une alimentation correcte, et aboutit à un taux de rétablissement de 90 % dans les cas aigus, et jusqu’à 50 % pour les patients chroniques. Ce guide écrit par le cofondateur de la thérapie orthomoléculaire donne une approche pas-à-pas afin que les patients et leur famille puissent tirer le meilleur bénéfice du traitement.

    Traitement orthomoléculaire de la schizophrénie a un but uniquement d’information et d’éducation et non un conseil médical. Veuillez consulter un professionnel de santé si vous avez des questions sur votre santé.



    Preface




    Un bel après-midi de juin 1996, je participais à une fête donnée par un de mes patients pour l’obtention de son diplôme. Il venait d’obtenir la licence de psychologie de l’Université de Victoria et prévoyait de poursuivre un troisième cycle. (1)
    Ce qui était remarquable dans le succès de ce jeune homme, c’est que quatre ans plus tôt, un psychiatre avait dit à sa famille :
      1/ que jamais il n’irait bien
      2/ qu'il ne réussirait jamais le baccalauréat
      3/ qu'il n’arrêterait jamais les antipsychotiques.
    Son père s’était effondré avec un tel pronostic, mais son fils était schizophrène et les antipsychotiques étaient le seul traitement. Si ce garçon était resté entre les mains de ce psychiatre, il est vraisemblable que les prévisions du docteur se seraient réalisées, puisque c’est le sort de 90 % des jeunes patients schizophrènes traités par les seuls psychotropes.

    Heureusement, ce patient m’a été adressé et a entrepris un régime orthomoléculaire. Aujourd’hui il va bien. Ma définition de « bien » pour un  patient est qu’il n’a plus de symptômes, qu’il a de bonnes relations sociales et avec sa famille, et qu’il travaille ou se prépare à travailler. Accessoirement, j’ai fait économiser 2 millions de dollars au Canada, car c’est ce que coûte au pays la prise en charge de toute personne schizophrène développant la maladie, que la personne soit traitée pharmacologiquement ou non traitée, pendant les 40 années de vie qui suivent en général le déclenchement de la maladie.

    Lors de la fête, mon patient me présenta sa cousine, une femme éduquée ayant un mastère en sociologie, qui avait enseigné et eu des postes avec responsabilités, mais qui était devenue schizophrène trois ans auparavant. Elle avait été traitée par électroconvulsiothérapie (ECT) et prenait du lithium, de la clozapine et du risperdal. Elle me murmura qu’au moins elle était débarrassée des voix, mais elle ne pouvait pas boire son café si quelqu’un ne lui tenait pas la main pour l’empêcher de trembler. Elle avait une dyskinésie tardive sévère, une réaction neuromusculaire handicapante qui cause des tremblements et des mouvements désordonnés de n’importe quel groupe musculaire. La médication qu’elle prenait la rendait obèse, enflée par du liquide depuis les chevilles jusqu’à la taille. Elle avait si peu d’énergie que sa participation de quelques heures à la fête l’obligerait à rester au lit pendant trois jours, selon sa mère dont la prédiction s’est avérée exacte. Inutile de dire que la jeune femme était démoralisée.

    En décembre 1996, le jeune homme et ses parents vinrent me voir pour faire le point sur ses progrès. Il était à mi-parcours d’un cours de 3eme cycle, après lequel il prévoyait d’étudier encore. Il avait gagné en confiance et continuait d’aller bien. La famille me dit ensuite que la jeune femme que j’avais rencontré était devenue si malade après la fête qu’elle dut rester au lit plusieurs semaines. Toutefois, au bout de plusieurs mois elle demande à son psychiatre si elle pouvait suivre le même programme avec des mégadoses de vitamine B3 et vitamine C, comme son cousin. Le psychiatre, qui reconnaissait ne pas avoir réussi à l’aider pendant ses trois ans de travail avec elle, approuva le nouveau régime. Elle fut brièvement hospitalisée mais poursuivit le régime des vitamines et commença à aller mieux.

    Ces deux cas représentent les deux modalités distinctes de traitement. Le traitement standard, psychotropes seuls, laissa les deux cousins gravement diminués et en nette dégradation. Au contraire, en utilisant le traitement orthomoléculaire, le jeune homme, un patient considéré par les psychiatres modernes comme terminal au sens où il ne se rétablirait jamais, s’est rétabli. Après quelques mois de traitement, la jeune femme était aussi en voie de rétablissement. S’ils n’avaient pas été traités par les moyens orthomoléculaires, ces patients n’auraient jamais pu avoir une vie normale. Quatre années de chimiothérapie par les antipsychotiques n’a eu de résultat pour aucun des deux, mais quelques mois de traitement orthomoléculaire ont provoqué des changements positifs importants et ont été une étape décisive de leur retour au bien-être.

    (1) Hoffer, A. Hoffer on Schizophrenia. Website http://www.islandnet.com/~hoffer/hofferhp.htm Members Mall, Health and Medicine,  1998.




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    Terminologie : évolution du terme « orthomoléculaire »




    Le terme « orthomoléculaire » a été utilisé pour la première fois en 1968 par Linus Pauling (2) dans son article dans Sciences, « Psychiatrie orthomoléculaire ». Cette terminologie était une amélioration par rapport à l’étape précédente, de la médecine « moléculaire », apparue peu après qu’il démontra que la depranocytoce (ndt : sickle-cell anemia : depranocytose ou anémie à hématies falciformes) était une maladie moléculaire (3). Il montra qu’une anomalie génétique de la structure moléculaire de l’hémoglobine était responsable de sa tendance à se transformer en cellule malade, incapable de franchir les capillaires comme le font les cellules normales, sous certaines conditions. Le chemin parcouru entre les concepts de « moléculaire » et « orthomoléculaire » était immense selon Pauling, qui désormais suggérait que ces maladies moléculaires ne pouvaient être traitées efficacement qu’en utilisant des méthodes orthomoléculaires.

    « Ortho » signifie « correct » ou « le meilleur ». Ceci implique que pour traiter ces maladies moléculaires correctement, on doit utiliser des molécules présentes dans l’organisme. Aucune déficience ne peut être traitée par autre chose que par ce qui comble cette déficience. L’excès d'une chose ne peut être traitée qu’en supprimant cet excès. Une enzyme déficiente ne peut être remplacée par aucun médicament. Les travaux de Pauling suggèrent qu’aucune maladie moléculaire – aucune maladie causée par quelque défaut dans les réactions biochimiques internes – ne sera soignée par l’utilisation de molécules xénobiotiques car, même si elles sont très bénéfiques ou très néfastes, leur utilité sera limitée. C’est la raison pour laquelle aucun des médicaments disponibles aujourd’hui n’a guéri la moindre  maladie chronique.  

    L’histoire de la controverse des paradigmes « vitamines préventives » versus « vitamines de traitement »




    La thérapie orthomoléculaire est née de la thérapie des mégavitamines, et c’est une des principales raisons de son rejet pendant si longtemps. Nous assistons à un affrontement majeur des paradigmes, une avancée par  laquelle tout le domaine de la nutrition et de la médecine nutritionnelle se transforme à partir du paradigme accepté « vitamines préventives » vers le nouveau « vitamine de traitement ». Comme il est courant avec toutes les révolutions de paradigmes, les défenseurs de l’ancien n’aiment pas les promoteurs enthousiastes du nouveau, et vont utiliser chaque opportunité pour bloquer les nouvelles idées. Le nouveau finalement est accepté, mais cela peut prendre plus de quatre décennies avant que le nouveau paradigme soit fermement établi. L’histoire de la médecine orthomoléculaire est l’histoire de cette bataille des paradigmes.  

    Vitamines préventives


    Le paradigme des vitamines préventives était très utile lorsqu’il apparut suite à l’observation du besoin de vitamines en petites quantités et pour seulement quelques maladies de déficience typiques. Ainsi, la vitamine B1 pour prévenir le beri-beri, la vitamine C pour prévenir le scorbut, et ainsi de suite. L’isolation de ces facteurs a reposé sur la provocation de ces maladies chez des animaux, puis la restauration de leur santé en leur donnant à nouveau ce qui avait été retiré de leur nourriture. Au début, ce paradigme a été vigoureusement combattu par l’establishment médical, mais il a finalement été accepté et est entré dans la pratique courante à depuis 1950. Les années 1935 à 1950 ont vu un florilège étonnant de pratiques et de théories utilisant ce paradigme, et menèrent à des mesures sanitaires publiques à grand échelle, qui incluaient  l’ajout d’un peu de ces produits à notre nourriture : farine, jus de pomme, lait, etc.
    Les principes de base de ce paradigme ont été solidement implémentés dans les politiques publiques, la pratique médicale, et l’utilisation populaire. Ils se limitaient aux idées ci-après, et il est bien connu par certains de nous dans la profession médicale qu’ils s’apparentent aux  « Dix Commandements » pour le public. Précisément :

      1. Tu n’utiliseras pas les vitamines pour traiter autre chose qu’une maladie de carence classique
      2. Tu n’utiliseras pas les mégavitamines
      3. Tu utiliseras les saintes « doses journalières autorisées » (RDAs – Recommended Daily Allowance)


    Même si les RDA n’avaient pas été extensivement testées cliniquement pour prouver leur efficacité, la croyance dans l’utilité des RDA devint solidement implantée dans la communauté médicale. Comme dans toute église, le paradigme des vitamines préventives punissait sévèrement ces docteurs hérétiques qui refusaient d’obéir à ses commandements, et il leur en coûta leur licence de médecine.
    Même lorsque ce paradigme se mettait en place, les graines de sa propre destruction ont commencé à germer. La pellagre chronique ne guérissait pas avec les RDAs de vitamine B3. Des mégadoses de 600mg/j furent souvent nécessaires pour obtenir un résultat.

    En 1955, nous avons publié des données qui prouvent que la niacine diminuait les niveaux de cholesterol (5), un résultat confirmé peu après par la Clinique Mayo. Aujourd’hui, la niacine est reconnue comme l’une des substances les plus efficaces, valables et économiques pour diminuer le cholestérol LDL (low density lipoprotein)  et élever le choléstérol HDL (high density lipoprotein). Notre résultat désobéissait aux deux commandements. Nous avons en effet prescrit des mégadoses de vitamines pour traiter un état qui n’était pas un déficit de vitamines. Ce résultat étonnant est considéré comme le point de départ du nouveau paradigme « vitamines de traitement ». Ainsi notre travail a provoqué une offensive majeure contre le paradigme « RDA ».

    Vitamines de traitement


    Le paradigme moderne, vitamines de traitement, considère que de nombreuses situations non considérées comme des maladies de carences en vitamines peuvent être traitées par des vitamines, et par des doses optimales et non par les doses arbitrairement basses des RDAs. Des maladies différentes, tout comme différents degrés de stress comme la grossesse ou l’allaitement, auront des spécifications d’optima différents. Nous devrions peut-être avoir des « ODA » (Optimum Disease Allowance – Autorisation optimale par maladie). Elles seraient des guides plus utiles mais demanderaient aussi une marge plus large de doses. Le traitement de la schizophrénie est un cas sur mesure car il est une maladie pour laquelle les mégadoses de vitamine B3 doivent être utilisées. Le traitement de maladies cardiaques par la vitamine E représente une autre de ces situations. En réalité il y a beaucoup de maladies qui ne sont pas des déficiences et qui répondent à la thérapie par mégavitamines, et qui peuvent être définies comme maladies de dépendance aux vitamines – celles pour lesquelles les patients ont besoin de plus grandes doses de vitamines s’ils veulent obtenir une santé optimale.
     
    Heureusement, la médecine moderne accepte rapidement le nouveau paradigme ; malheureusement, la psychiatrie non. La psychiatrie moderne, séduite par les compagnies pharmaceutiques et ses marchandises, n’a que faire de la nutrition ni de la nourriture ; ils ne sont pas promus par de gigantesques budgets publicitaires, des conférences à but commercial, séances de formation, etc. Quand le traitement est déterminé par une mentalité de ce niveau, le seul résultat tiré des médicaments est l’échec à long terme du traitement de la maladie chronique, et un profit financier pour cette industrie, mais aucun bénéfice pour le patient. Nous ne devons pas oublier que le business du business est de faire de l’argent, mais le business de la médecine, c’est de guérir les malades.

    (2) Pauling, L. "Orthomolecular Psychiatry." Science 160:265-271, 1968.
    (3) Pauling, L. "Orthomolecular Somatic and Psychiatric Medicine" Sonderdruck aus den Zeitschrift Vitalstoffe-Zivilsations krankeheiten 12: 3-5, 1968.
    (4) Machlin, L. J. Introduction, Annals of the New York Academy of Sciences 669: 1-6, 1992.
    (5) Altschul, R., Hoffer, A. and Stephen, J. D. "Influence of Nicotinic Acid on Serum Cholesterol in Man." Archives of Biochemistry and Biophysics 54 :5559, 1955.



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    Qu’est-ce que la schizophrénie ?





    Les symptômes


    La schizophrénie est un trouble mental qui provoque deux catégories principales de symptômes : les symptômes perceptifs et les troubles de la pensée. Les symptômes perceptifs affectent un ou plusieurs sens (i.e., illusions et hallucinations telles de des voix, des visions, et plus souvent, de subtiles distorsions du monde visuel). Les troubles de la pensée se réfèrent à l’incapacité à évaluer correctement le monde réel (i.e., pensées paranoïaques, idées de référence, de grandeur, etc.), de telle sorte que la personne en conclue que les changements perceptifs sont réels et peuvent ou ne peuvent pas agir sur eux correctement. Ainsi, si une personne entend une voix lui disant de brûler la maison de son voisin, et s’il ne réalise pas que la voix est créée par son propre cerveau, il peut en conclure que la voix doit venir de Dieu. S’il est une personne craignant Dieu, il obéira et brulera la maison. Les voisins seront totalement abasourdis parce que, bien qu’ils savent ce qu’il a fait, ils ne comprennent pas pourquoi. Ceci conduit à beaucoup de spéculations inutiles sur les motifs « réels ». Ainsi une jeune personne timide commet un crime odieux. Les voisins se rassemblent et disent qu’il était si calme, si gentil, si poli, mais réservé. Ils se demandent pourquoi ceci a pu se produire. Ils ne réalisent pas que la schizophrénie peut tellement déformer la personnalité de ses victimes que peu importe à quel point elles étaient normales, elles ne sont plus normales après que la maladie se soit déclenchée.

    Brève histoire de la définition de la schizophrénie


    L’histoire des définitions de la schizophrénie est intéressante et explique pourquoi il y a eu tant de confusion dans le diagnostic et autant de traitements inadéquats jusqu’à ce jour.

    La schizophrénie a été décrite pour la première fois il y a environ 200 ans. Vers 1900 elle était appelée « démence précoce », terme remplacé plus tard par « schizophrénie », qui signifie une séparation : un schisme entre la pensée et le ressenti. Ce concept a été interprété pour signifier qu’il y avait une double personnalité. Toutefois, l’idée de la séparation était incorrecte. La seule séparation était celle qui séparait les patients des familles et de la communauté. Les définitions ont changé. En Angleterre jusqu’en 1900, la schizophrénie était définie comme une maladie des perceptions combinée à une incapacité de dire si ces changements de perceptions étaient réels ou pas. L’ouvrage de J. Conolly, Indications of Insanity (6), donne la description la meilleure et la plus précise de cette maladie. Après 1900, le Dr E. Bleuler (7) sema la confusion en mettant en avant le trouble de la pensée, reléguant les changements perceptifs au second plan. C’est devenu la définition standard d’aujourd’hui et c’est l’une des raisons du diagnostic confus généralisé : la schizophrénie a été confondue avec le trouble maniaco-dépressif (bipolaire) et, plus récemment, avec le trouble de la personnalité borderline (BPD). Si une telle confusion de diagnostic pouvait être éliminée, un diagnostic plus rapide pourrait être possible et le résultat des traitements s’améliorerait significativement.

    Aux États-Unis, toutefois, le diagnostic de la schizophrénie a été plus précis lors des 20 à 30 dernières années et a inclus les deux ensembles de symptômes. Mais finalement, les psychiatres anglais ont convaincu les américains qu’ils étaient trop libres et négligents dans leurs diagnostics et demandèrent à ce que l’Association Américaine de Psychiatrie restreigne le diagnostic de schizophrénie aux patients détériorés. Toutes ce qui était labellisé auparavant schizophrénie devait à présent être classifié comme maniaco-dépressif ou l’un des nombreux nouveaux diagnostics inventés par le génie créatif du manuel de diagnostic de l’APA, dont la version la plus récente est le DSM-IV (8 ).  

    Comment le diagnostic impacte le traitement  


    A un moment donné, le diagnostic détermine quel traitement il faudrait. Les maniaco-dépressifs étaient traités au lithium, les schizophrènes étaient traités avec un ou plusieurs antipsychotiques. Aujourd’hui, la médecine moderne essaye d’éliminer toute trace de la schizophrénie. Ce biais est tel que si les médecins détectent un signe apparent de trouble de l’humeur, le patient est promptement redéfini maniaco-dépressif et soumis au lithium et si les patients ont un changement prononcé de personnalité, ils sont promptement déclarés intraitables et sont éloignés. Le diagnostic n’est pas plus important que cela, puisque le traitement sera le même : n’importe lequel dans la panoplie des antipsychotiques et/ou antidépresseurs, psychothérapie, et peut-être pour quelques chanceux, un peu  de soutien apporté sur de longues années.

    Mon approche du diagnostic et du traitement




    J’utilise la définition de Conolly dans le diagnostic (6). Conolly a défini la maladie comme un trouble de perception combiné à l’inaptitude à déterminer le fait que les changements de perception sont faux. La schizophrénie existe quand les symptômes perceptifs sont présents, combinés à des troubles de la pensée comme décrit ci-dessus. A moins que les patients vous disent quels sont leurs troubles perceptifs et vous parlent de leurs réactions face à ces troubles, il sera impossible d’expliquer leur comportement.

    Pour illustrer ceci, il y a de nombreuses années un homme d’église était admis à l’hôpital psychiatrique car il a été surpris à agir de manière inappropriée, poursuivant une jeune fille dans la rue principale d’une grande ville. Il a été très décontenancé lorsqu’il fut forcé de venir à l’hôpital. Quand je l’ai examiné et lui ai demandé ce qu’il avait fait, il me dit qu’alors qu’il marchait en ville en fin d’après-midi il vit soudain le paradis ouvert et une grande lumière, de laquelle il entendit Dieu lui dire « Vous avez la syphilis. Vous devez avoir des rapports avec une jeune vierge. ». Il reçut ce commandement comme un ordre de Dieu et se mit docilement à poursuivre la jeune fille. Ses expériences visuelles et auditives étaient les hallucinations. Sa certitude que les mots venaient de Dieu étaient son délire, et son comportement était le résultat de la combinaison de ces deux ensembles de symptômes. Il fut l’un des premiers patients que nous avons traités par la niacine. Il se rétablit durablement, et parvint à une fonction élevée dans l’église.

    Les tests de diagnostic de la schizophrénie


    Ces symptômes sont en général facilement révélés par des questions directes. Il existe deux tests de diagnostic particulièrement utiles et valables : le HOD – Hoffer Osmond Diagnostic (9 10 11), et l’Experiential World Inventory d’El Megili et Osmond (12) qui est plus avancé et précis mais qui prend plus de temps à exécuter et interpréter. La description de Conolly de la schizophrénie est donnée dans notre livre "Comment vivre avec la schizophrénie".

    Le test de l’Hoffer Osmond Diagnostic (HOD) comprend 145 cartes, chacune contenant une phrase côté face et un nombre au dos. Les questions sont conçues pour que le testeur ait une vue du monde expérientiel de la personne testée. Le sujet doit lire chaque carte et la placer dans une catégorie vrai ou faux – un procédé qui prend, en moyenne, entre 10 et 20 minutes. Les cartes sont notées par leur numéro dans une feuille de score. Le profil qui résulte des scores est évalué en utilisant des modèles, ou plus récemment via un programme informatique. Du fait que la base de ces questions est l’expérience schizophrénique, il n’est pas surprenant que les patients schizophrènes aient des scores bien plus élevés que les patients non schizophrènes ou ordinaires. J’ai utilisé ce teste pendant 35 ans, comme l’ont fait d’autres médecins. Les psychiatres et psychologues préfèrent utiliser le MMPI (Minesotta Multiphasic Inventory), un test qui, selon moi, est sans utilité pour le diagnostic de la plupart des cas de schizophrénie. Il est intéressant que de nombreux chiropracteurs utilisent avec habileté  le test HOD maintenant.

    (6) Conolly, J. An Inquiry Concerning the Indications of Insanity (1830). London: Dawsons of Pall Mall, 1964.
    (7) Bleuler, Eugene. Dementia Praecox or the Group of Schizophrenias, 1911. Translated by J. Zinkin, New York: International Universities Press, 1950.
    (8 ) American Psychiatric Association. Diagnostic Criteria from DSM-IV
    Washington, D.C., 1994.
    (9) Hoffer, A. and Osmond, H. "A Card Sorting Test Helpful in Making Psychiatric Diagnosis." Journal of Neuropsychiatry 2: 30&-330, 1961.
    (10) Hoffer, A., Kelm H., and Osmond, H. The Hoffer-Osmond Diagnostic Test. Huntington, New York: R. E. Krieger,  1975.
    (11) Hoffer Osmond Diagnostic Test Web Page http://www.islandnet. com Members Mall, Health and Medicine. Soft Tech. Ent., 1997.
    (12) El Meligi, A. M. and Osmond, H. Experiential World Inventory. Manual for the Clinical Use of. New York: Mens Sana Publishing, 1970. Available from R Mullaly, Intuition Press, P.O. Box 404, Keene, N.H. 03431.


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    La schizophrénie en tant que syndrome


    En ayant seulement décrit la schizophrénie comme une maladie, je me hâte d’ajouter que c’est, en fait, non pas une maladie, mais un groupe de maladies : un syndrome. Plusieurs facteurs mènent à une constellation de perturbations sensorielles et de troubles des pensées. Quelques-uns de ces facteurs sont :

      1. Les allergies connues comme allergies cérébrales
      2. Les dépendances à la vitamine B-3 et B-6
      3. Les déficiences en vitamines comme le scorbut ou le pellagre
      4. Les déficiences en acides gras essentiels
      5. Les déficiences minérales, comme la déficience en zinc
      6. Les intoxications, par exemple au plomb ou aux médicaments
      7. Le LSD en les hallucinogènes similaires
      8. Les infections comme les rhumatismes articulaires aigus, la syphillis et beaucoup d’autres

    Examinons les deux premières : les réactions allergiques alimentaires, et les dépendances aux vitamines.

    Allergies alimentaires


    Aussi évident que cela paraisse, il doit être affirmé sans équivoque qu’il est essentiel de déterminer quelle est la cause du syndrome. Environ la moitié des patients chroniques ont des allergies à un ou plusieurs aliments. Si le patient est schizophrène à cause d’une consommation quotidienne de lait, lui administrer des antipsychotiques permettra de contrôler certains des symptômes mais cette personne ne répondra pas à une monothérapie aux vitamines. Il n’y aura aucune guérison, jusqu’à ce que les produits laitiers soient retirés de l’alimentation.

    Allergies cérébrales et dépendances à la vitamine (B3 et B6) : l’hypothèse de l’adrénochrome dans la schizophrénie

    (13 14 15 16)
    Les facteurs de cause peuvent conduire à la schizophrénie, mais tous les cas doivent avoir une voie finale commune, responsable des changements perceptifs et du trouble de la pensée. Mon hypothèse est que la réaction à l’adrenochrome est cette voie finale commune. Ainsi, une allergie cérébrale, ou n’importe laquelle des autres causes, va déclencher la réaction adrénochrome.
    L’utilisation de méga doses de vitamine B3 et de vitamine C n’était pas un hasard : elle était issue de l’hypothèse adrénochrome que mes deux collègues et moi-même ont publiée pour la première fois en 1954. Cette hypothèse peut être exprimée par les réactions suivantes :

    1. Noradrénaline + groupe méthyl => Adrénaline
    2. Adrénaline + oxygène => Adrénochrome

    Auparavant, Osmond et Smythies avaient suggéré (17) qu’une substance liée à l’adrénaline avec les propriétés psychotropes de la mescaline, l’une des drogues hallucinogènes, pourrait être présente dans l’organisme d’une personne schizophrène. C’était la première hypothèse de transméthylation en psychiatrie. La transméthylation est une réaction qui transfère un groupe methyl (ndt : CH3) d’une substance à une autre. La réaction 1.  est un exemple de transméthylation.

    Ensuite nous avons concentré nos recherches sur l’adrénochrome. C’est la premier dérivé d’oxydation de l’adrénaline. La réaction 2. est une réaction d’oxydation facilement visible lorsqu’une solution d’adrénaline pure est exposée à l’air : elle vire au violet, puis se décolore et vire au gris ou au noir. Les premières recherches que j’ai dirigées à Saskatchewan ont mis en lumière cette observation très utile. Nous avons fait l’hypothèse que la schizophrénie est une des maladies d’oxydation-réduction, c’est-à-dire, qu’elle résulte d’une formation excessive de radicaux libres (hyperoxydation) et d’une concentration trop faible d’antioxydants. De ce fait, le traitement doit essayer de diminuer l’hyperoxydation et d’augmenter la concentration d’antioxydants. Nous avons testé l’acide ascorbique, mais il y a eu peu de tests d’autres antioxydants comme la vitamine E, les carotenoïdes, le glutathione, l’acide urique et le sélénium.
     
    Avec en 1954 une subvention conséquente sur 6 ans de la Fondation Rockefeller pour poursuivre et étendre nos recherches dans cette direction, nous avons montré que l’adrénochrome est un hallucinogène qui pourrait être produit par l’organisme, et avons prouvé notre hypothèse, bien que notre travail ait été ignoré pendant de nombreuses années. Aujourd’hui non seulement nous savons qu’il est présent dans l’organisme, mais nous avons en outre des méthodes pour le mesurer précisément. L’hypothèse de l’adrénochrome a été mise en évidence par une série d’excellentes publications de John Smythies (18 19 20 21 22).

    La schizophrénie est un trouble biochimique très complexe mettant en jeu le tryptophane, la vitamine B3, la vitamine B6, l’acide ascorbique, l’acide folique, la vitamine B12, les acides gras essentiels (EFAs), le zinc, et des substances produits par l’organisme comme l’adrénaline et les autres catécholamines, sérotonine, prostaglandine, et beaucoup d’autres. Mais je pense que l’adrénochrome et substances similaires jouent un rôle majeur dans le point terminal de la maladie, au niveau synaptique dans le cerveau.

    L’hypothèse de l’adrénochrome rend compte d’un grand nombre des découvertes physiques et psychologiques chez les patients schizophrènes. Nous les décrivons dans notre livre « Les hallucinogènes » (23). Un à-côté intéressant, est le fait que la persistance de la schizophrénie dans toutes les populations humaines prouve que c’est un morphisme génétique. Cela veut dire que bien qu’il n’y ait pas d’avantage à souffrir de la schizophrénie, il y a un avantage à en porter les gènes : en avoir suffisamment sans en devenir malade. Les parents au premier degré en sont un exemple dans le sens Darwinien de supériorité biologique, ils sont reproductivement gagnants. Les schizophrènes eux-mêmes tendent à être psychiquement supérieurs aux non schizophrènes (24) et ont une allure plus jeune (même à un âge avancé) ; leurs cheveux ne blanchissent pas aussi vite que ceux de la population ordinaire ; ils ont une résistance meilleure à la douleur ; ils ont une moindre incidence d’arthrite ou de cancer ; ils sont plus résistants aux infections bactériennes. Ils semblent aussi plus créatifs, un trait psychologique dû peut-être à leur expérience innée des changements perceptifs.  

    Nous pensions que nous pourrions traiter efficacement les personnes schizophrènes en ralentissant le processus de transformation de l’adrénaline en adrénochrome. Nous pensions que nous pourrions ralentir la formation d’adrénaline depuis la noradrénaline, un récepteur de méthyl, en utilisant de larges doses d’un autre récepteur de méthyl, la vitamine B3. La noradrénaline devient l’adrénaline par addition d’un groupe méthyl. En diminuant la quantité d’adrénaline on diminuerait par conséquent la quantité d’adrénochrome. Nous avons donc décidé de donner à nos patients des doses importantes de cette vitamine, en espérant que cela absorberait les groupes methyl et ainsi arrêterait la formation excessive d’adrénaline. Nous savions aussi que la pellagre était un état similaire à la schizophrénie et que dans ses stades précoces ne pouvait souvent pas être distingué de la schizophrénie. La vitamine B3 était sure, avec un LD énorme (50) (ndt : LD : Level od Disease, seuil de toxicité) chez les animaux, à peu près 4 grammes par kilo de masse corporelle. Pour une personne de 70 kilos ceci correspond à une demi livre (ndt : environ 250 grammes) par jour.

    (13) Hoffer,  A.,  Osmond,  H.  and  Smythies, J. "Schizophrenia: A New Approach, II: Results of a Year's Research." Journal of Mental Science 100: 29-45, 1954.
    (14) Hoffer, A. "Adrenochrome and Adrenolutin and Their Relationship to Mental Disease." Psychotropic Drugs, eds. S. Garattini and V. Ghetti, London: Elsevier Press, 1  20, 1957.
    (15) Hoffer, A. "The Adrenochrome Hypothesis of Schizophrenia Revisited." Journal of Orthomolecular Psychiatry 10: 9118, 1981.
    (16) Hoffer, A. and Osmond, H. "The Adrenochrome Hypothesis and Psychiatry." Journal of Orthomolecular Medicine 5: 32-45,1990.
    (17) Osmond, H. and Smythies, Journal of "Schizophrenia: A New Approach." Journal of Mental Science 98: 309-320, 1952.
    (18) Smythies, J. "On the Function of Neuromelanin." Proceedings of the Royal Society (London) B 263: 491-496, 1996.
    (19) Smythies, J. "The Role of Ascorbate in Brain: Therapeutic Implications." Journal of the Royal Society of Medicine 89: 241, 1996.
    (20) Smythies, J. "Disturbances of One-carbon Metabolism in Neuropsychiatric Disorders: A Review." Biological Psychiatry 41: 23233,  1997.
    (21) Smythies, J. "Oxidative Reactions and Schizophrenia: A Review discussion: Schizophrenia Research 24: 356--364, 1997.
    (22) Smythies, J. "Hallucinogenic Drugs." In Encyclopedia of Neuro­ science. In press, 1997.



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    En résumé, la vitamine B3 pourrait diminuer la formation d’adrénaline, et la vitamine C rendrait plus difficile sont oxydation en adrénochrome.    

    La première fois que j’ai utilisé les méga doses de vitamine C au début des années 1950, j’ai constaté un effet thérapeutique remarquable. Une femme d’âge moyen avec un cancer du sein fut admise dans notre service psychiatrique. L’ouverture de son opération s’était infectée, suppurait et ne se cicatrisait pas. En même temps elle devint psychotique. Son diagnostic psychiatrique était la schizophrénie et son psychiatre décida d’une électroconvulsiothérapie (ECT) pour la semaine suivante. C’était avant que les antipsychotiques soient disponibles, et l’ECT était le seul traitement disponible. Pour des raisons dont je ne me souviens pas, j’ai décidé de lui donner une méga dose de vitamine C, peut-être 3 grammes chaque jour, et demanda à son psychiatre s’il pouvait reporter l’ECT de quelques semaines pour me permettre de tester la vitamine C. Il fut d’accord pour reporter l’ECT de quelques jours. Je demandai alors qu’on lui donne 1 gramme de vitamine C toute les heures, nuit et jour. Si elle dormait, la vitamine C était mise de côté, et lorsqu’elle se réveillait, on lui donnait ce qu’elle n’avait pas pris pendant son sommeil. Entre le samedi matin et le lundi matin suivant elle prit donc 45 grammes. Lorsque le psychiatre vint pour la soumettre à l’ECT, il la trouva mentalement normale, et elle fut renvoyée à domicile une semaine plus tard sans ECT. A ma grande surprise, la masse ulcérée sur sa poitrine avait commencé à se résorber, avec un tissu granulé frais. Bien qu’elle mourût six mois plus tard de son cancer, elle resta mentalement normale. Je n’étais pas un chercheur sur le cancer du sein, et n’ai pas suivi en particulier ce type de cas jusqu’à de nombreuses années plus tard, mais j’étais impressionné par l’effet de la vitamine sur sa psychose et par la suite, ai prescrit la vitamine C au plus grand nombre possible de patients.

    L’hypothèse adrénochrome décrit l’agent final commun de cette maladie, mais la schizophrénie peut être déclenchée par nombre de situations. Il est probable que chacun des facteurs que j’ai énumérés précédemment en tant que liste des causes, active l’agent adrénochrome. Pour cette raison, le meilleur traitement doit éliminer les facteurs de cause, et en même temps neutraliser l’agent adrénochrome. Notre ouvrage, Les hallucinogènes (23), fournit une description complète de l’hypothèse adrénochrome et de la façon dont elle rend compte des phénomènes cliniques relevés dans la schizophrénie.

    Le régime thérapeutique

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    Le régime thérapeutique comprend plusieurs nutriments et médicaments qui doivent être ajoutés aux recommandations diététiques données au patient. Ce régime est simple et tout praticien peut le prescrire, même un praticien qui n’a pas accès aux laboratoires pour certains des tests disponibles auourd’hui.
    Ce régime n’est pas nécessairement suivi par tous les praticiens orthomoléculaires ; toutefois un praticien orthomoléculaire suivra les principes sous-jacents lorsqu’il utilisera différentes combinaisons d’aliments et de médicaments pour obtenir les réponses voulues.

    Comment le médecin peut effectuer un pré-diagnostic


    L’importance du diagnostic est telle, que la première étape du traitement est de déterminer le diagnostic le plus probable. Je m’intéresse à l’histoire de la maladie donc j’écoute les patients et les membres de leur famille, en les guidant avec les bonnes questions. Je ne pose pas de manière routinière les questions sur les facteurs psychodynamiques habituellement recherchés par les analystes et les psychothérapeutes. Après l’histoire, je passe beaucoup de temps à évaluer tous les domaines de l’état mental en incluant les changements perceptifs, les troubles de la pensée, les changements d’humeur et de comportement. C’est l’aspect le plus important du diagnostic puisqu’il détermine quel traitement il y aura. Je peux utiliser l’un des deux tests perceptifs de diagnostic décrits précédemment. Une fois que je suis raisonnablement certain du diagnostic, j’avise le patient et sa famille de celui-ci. Si c’est la schizophrénie, je lui dis que ce n’est pas un trouble mental mais un trouble biochimique, qui s’exprime par des symptômes mentaux. La schizophrénie n’est pas causée par un traumatisme, l’anxiété ou des évènements de l’enfance, même si ces facteurs peuvent influencer la maladie. Elle est causée par des facteurs génétiques inconnus tout autant que par d’autres facteurs étiologiques décrits précédemment, qui influencent la biochimie et font générer au corps des toxines, ou une chimie qui agit négativement sur le cerveau. J’expose mes recommandations pour un régime thérapeutique et estime combien de temps cela prendra pour qu’ils soient sensiblement améliorés ou pleinement rétablis. J’envoie un compte-rendu de cette consultation au médecin référent.



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    La recherche des causes nutritionnelles

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    Les allergies cérébrales


    Recueillir l’histoire nutritionnelle complète est une partie cruciale de l’examen. Je questionne sur les allergies alimentaires et comment elles se sont exprimées en début de vie, comme des coliques infantiles, maux de gorge ou rhumes fréquents, végétations et amygdales, éruptions cutanées, grippes, asthme, et ainsi de suite. Si l’histoire suggère qu’une allergie alimentaire est présente, j’explore les préférences alimentaires du patient. Les aliments préférés sont en général ceux auxquels le patient est allergique. Si des allergies alimentaires sont suspectées, je vais suggérer des régimes tels que des diètes d’élimination et des diètes de rotation conçues pour trouver ce que sont ces allergies. Une diète d’élimination dure plusieurs semaines et élimine l’aliment qui peut être responsable de la réaction allergique. S’il y a une amélioration notable à la fin de cette période, cet aliment est réintroduit et s’il provoque un retour des symptômes, nous pouvons diagnostiquer le facteur alimentaire. Dans un régime de rotation on alterne chaque jour les aliments. Il y a des régimes de 4, 5 ou de 7 jours. Avec le régime de 7 jours le même aliment est consommé tous les 7 jours. Je trouve très utile le régime de jeûne à l’eau de 4 jours, une catégorie spéciale de régime d’élimination puisqu’il élimine tous les aliments. Sur une durée de plusieurs années j’ai fait jeûner plus de 200 de mes patients schizophrènes.

    Quelques cas notables mettant en jeu des allergies cérébrales


    Les trois premiers patients furent les plus mémorables, parce que l’effet obtenu par la suppression des allergènes fautifs a été renversant. Deux sœurs vinrent me voir en 1970, l’une habitait à Saskatoon, l’autre venait de Toronto. La sœur de Toronto avait été malade pendant trois ans et avait vécu trois hospitalisations en psychiatrie pendant cette période. Elle était très paranoïaque, suspectait son mari de l’empoisonner, et, terrorisée, s’envola rejoindre sa sœur à Saskatoon pour échapper à son mari. Cette femme était clairement schizophrène mais je ne pouvais pas la faire admettre à l’hôpital local dans lequel j’avais mes entrées, donc j’ai proposé qu’elle est sa sœur suivent un jeûne à l’eau de 4 jours. J’étais familiarisé jusque-là au concept de l’allergie cérébrale mais ne savais pas franchement si un tel jeûne pourrait aider le patient. En fait je pensais plutôt improbable qu’elle y réponde et espérais juste gagner un peu de temps jusqu’à ce qu’un lit d’hôpital se libère. Sa sœur promit d’aider. Je demandai à la patiente de commencer le jeûne le lendemain en se passant du petit déjeuner. Elle allait ne rien manger pendant 4 jours, mais devait boire au moins 8 verres d’eau chaque jour. Les deux femmes furent guidées sur la manière de réintroduire les aliments un par un dans le régime du patient et elles allaient tester quatre aliments différents chaque jour. Chaque aliment qui ne produisait aucun symptôme paranoïaque ou autre pouvait être ajouté au régime. Elle acheva le jeûne et commença à tester les aliments, mais aucun d’eux n’était l’aliment néfaste. Elle continua d’être bien. Elle s’était rétablie au cinquième jour, appela son mari à Toronto et lui dit quelque chose comme « Chéri, je suis si désolée d’avoir été si folle. Puis-je revenir à la maison ? ». Alors qu’elle continuait le processus de test des aliments, elle fut prise de douleur à la hanche et prit un cachet d’aspirine. En quelques heures elle était redevenue paranoïaque. La situation de cette femme était un exemple probant d’une allergie à l’aspirine causant son syndrome schizophrénique. J’appris alors qu’elle avait souffert de la douleur à la hanche pendant plus de deux ans et avait utilisé de l’aspirine tout ce temps, même lorsqu’elle était hospitalisée. Comme j’avais demandé à ce qu’aucun médicament ne soit pris pendant le jeûne, elle n’avait pas pris l’aspirine. Quelque jours plus tard, rétablie, elle s’envola pour rentre chez elle à Toronto.

    L’autre patient était un homme d’âge moyen qui avait été dépressif pendant au moins quatre ans. Il avait été soigné pour schizophrénie dans un hôpital psychiatrique pendant plusieurs mois. Sa femme l’avait quitté parce qu’elle ne pouvait plus supporter son comportement bizarre. Après sa sortie, une tante s’était occupée de lui. J’essayai le jeûne à l’eau de 4 jours et lui demandai de ne pas fumer et de ne prendre aucun médicament. Je cherchais en fait des patients pour lesquels ce régime ne fonctionnerait pas ! Mais, comme pour le patient précédent, ses symptômes s’estompèrent et il ne trouva pas d’aliment qui déclenche un nouvel épisode dépressif. Il recommença à fumer une semaine après avoir fini le jeûne. Sa dépression revint aussitôt. Il arrêta de fumer à nouveau et fut bien. Un mois après le traitement, il était capable de retourner au travail comme principal d’un lycée. La compagnie d’assurance qui l’avait indemnisé envoya un représentant de Vancouver à Saskatoon pour comprendre ce qui s’était passé pour que cet homme se rétablisse aussi vite. L’ironie du sort était que son frère était directeur dans une compagnie de tabac et lui avait fourni des cartons de cigarettes gratuitement.

    Le troisième cas était une jeune femme catatonique, qui était si raide et tendue qu’elle ne pouvait pas marcher. Je l’ai d’abord examinée à domicile et ai vite appelé une ambulance pour l’emmener à l’hôpital. Toutefois elle n’a pas répondu à mon régime alimentaire. Comme j’avais suivi de près à cette époque la visite du Dr Allan Cott à Moscou, où il avait observé le traitement par le jeûne pour les patients schizophrènes chroniques (34), je demandai à ma patiente si elle voulait essayer le protocole russe. Elle accepta. Incroyablement, elle était redevenue normale après le 5eme jour. Mais comme je ne connaissais pas encore le concept de l’allergie, je continuai le jeûne jusqu’au bout, et comme elle était toujours bien à ce moment, j’ai commencé à réintroduire la nourriture. En quelques jours elle redevint malade. Je ne pouvais pas la faire jeûner de nouveau sur le champ parce qu’elle avait perdu beaucoup de poids. Je la gardai à l’hôpital jusqu’à ce qu’elle ait regagné assez de poids et la fit jeûner à nouveau, mais cette fois pour seulement 5 jours. Elle se rétablit à nouveau. J’ai alors découvert qu’elle était allergique à toutes les viandes. Quand elle évitait la viande elle était normale et le restait. Son cas est illustratif d’une allergie sévère à la protéine animale.

    Ces trois exemples étaient si renversants que j’ai commencé à faire jeûner les patients qui ne s’étaient pas rétablis ou qui ne répondaient que partiellement. Le jeûne fut proposé à environ 200 patients. Seulement 10 % furent mis au jeûne dans l’hôpital. Sur le groupe total, environ 60 % étaient allergiques à des aliments et quand on éliminait ces aliments, ils allaient mieux ou se devenaient normaux. En conséquence, j’en suis venu à croire que l’allergie cérébrale joue un rôle majeur dans l’étiologie du syndrome de schizophrénie. J’ai amélioré mes capacités à détecter les allergies potentielles dans les vingt dernières années, et donc j’ai fait jeûner très peu de patients durant cette période. Les régimes d’élimination sont suffisamment efficaces pour découvrir les substances responsables et sont plus faciles à gérer pour les patients. Mais même lorsqu’il n’y a pas d’allergie je conseille l’élimination de toute « junk food », en particulier celles qui contiennent des sucres ajoutés. Cette étape va effectivement purifier la plupart des régimes modernes d’environ 90 %. Les aliments qui contiennent des sucres ajoutés contiennent invariablement d’autres additifs.
    (23) Hoffer, A. and Osmond, H. The Hallucinogens. New York, Academic Press, 1967
    (24) Huxley, J., Mayr, E., Osmond, H. and Hoffer, A. "Schizophrenia as a Genetic Morphism." Nature 204: 220-221, 1964.
    (25) Hoffer, A. Orthomolecular Medicine for Physicians. Los Angeles, CA: Keats Publishing, 1989.
    (26) Hoffer, A. Vitamin B-3 and Schizophrenia: Discovery, Recovery, Controversy Kingston, ON: Quarry Press, 1997, in press.
    (27) Kunin R. A. Mega Nutrition. The New Prescription for Maximum Health, Energy and Longevity. New York: McGraw Hill, 1980.
    (28 ) Cott, A., with J. Agel and E. Boe. Dr Cott's Help for Your Learning Disabled Child: The Orthomolecular Treatment. New York: Times Books, 1985.
    (29) Holford, P. Mental Health. The Nutrition Connection: How to Enhance Your Mental Performance and Emotional Well Being. On the other side: Pfeiffer, C. How to Beat Depression, Anxiety and Schizophrenia. London: Ion Press, 1996.
    (30) Hoffer, A. and Walker, M. Orthomolecular Nutrition. Los Angeles, CA: Keats Publishing, 1978.
    (31) Hoffer, A. and Walker, M. Putting It All Together: The New Orthomolecular Nutrition. Los Angeles, CA: Keats Publishing, 1996.
    (32) Hoffer, A. and Walker, M. Smart Nutrients-A Guide to Nutrients That Can Prevent and Reverse Senility. Garden City Park, NY: Avery Publishing Group, 1994.
    (33) Hoffer, A. Hoffer's Law of Natural Nutrition. Kingston, ON: Quarry Press, 1996.
    (34) Cott, A., "Controlled Fasting Treatment of Schizophrenia in USSR." Schizophrenia 3: 2-10, 1971.



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    Dernière édition par Neptune le 25/5/2017, 15:45, édité 7 fois

    Les vitamines





    La vitamine B3


    La vitamine B3 (le terme est rapporté  pour la première fois dans la littérature par Bill W., cofondateur des Alcooliques Anonymes) se réfère à l’acide nicotinique et  à la nicotinamide, plus souvent appelés niacine et niacinamide dans la littérature médicale (35). Les deux sont des précurseurs de la nicotinamide adenine dinucleotide (NAD), la coenzyme active dans l’organisme, et ont des propriétés similaires. Toutefois, elles ont aussi des différences. La niacine est un vasodilatateur : elle fait baisser les triglycérides et le cholestérol total, et augmente le niveau de HDL (High Density Lipoprotein) cholestérol. La niacinamide n’a pas d’effet sur le profil lipidique.

    Sécurité et effets secondaires


    Bien que les deux formes soient sans danger (36), chacune a ses effets secondaires.

    Une trop forte dose de niacinamide peut provoquer des nausées, qui conduisent souvent à des vomissements. La dose doit être diminuée dès qu’il y a des nausées. Les réactions allergiques sont possibles mais on ne peut pas les prévoir.

    La niacine a comme effet secondaire le plus fréquent et le moins dangereux, une vasodilatation ou un rougissement, avec des sensations de démangeaisons et de chaleur car la niacine dilate les capillaires dans la peau et augmente le flux sanguin. Le rougissement peut durer à tout endroit entre plusieurs minutes et plusieurs heures ; il commence habituellement par le front et traverse le corps de haut en bas. Plus rarement, il enveloppe tout le corps. Le rougissement le plus intense se produira à la première prise ; par la suite il diminue jusqu’à être pratiquement imperceptible. L’usage de la vitamine doit être interrompu si le rougissement reste intolérable.

    L’intensité du rougissement dépend de la vitesse d’absorption de la niacine dans le sang. Si elle est injectée en intraveineuse, le rougissement sera plus intense. Mais la plupart des gens la prennent par la voie normale.
    La boire dissoute dans un thé chaud avec l’estomac vide produira aussi un rougissement intense. Vous pouvez réduire son intensité en ayant de la nourriture dans votre estomac et en buvant une boisson fraîche. Les autres stratégies de diminution du rougissement sont de prendre de l’aspirine quelques jours avant de commencer la niacine, ou de prendre un antihistaminique comme le Periactin@ une demi-heure avant l’ingestion de niacine.
    L’une des présentations de la niacine est à libération lente, avec laquelle le rougissement est réduit ou inexistant, un petit nombre de complications hépatiques se sont produites en utilisant ce produit sans que l’on connaisse les causes de ce effet secondaire. La seconde présentation – isonitol niacinate (hexaniacin inositol) – est un ester d’inositol et de niacine. Il ne provoque pas de rougissements, est plus facilement toléré, et aussi efficace que les formes produisant du rougissement. On n’a pas rapporté qu’il ait causé des complications hépatiques, mais c’est un produit plus cher.  

    Les personnes schizophrènes ne rougissent pas tellement, à la différence des autres patients. Souvent elles ne rougissent pas du tout jusqu’à ce qu’elles aient commencé à se rétablir. C’est maintenant la base d’un test diagnostic développé par Horrobin (44). Comme pour la niacinamide à forte dose, la nausée jusqu’au vomissement est  un effet secondaire de la niacine si la dose est trop élevée. Cette réaction peut être utilisée pour déterminer la dose optimale, en augmentant la dose jusqu’à ce qu’il y ait de la nausée, puis en diminuant juste sous ce niveau pour avoir le dosage d’effet maximal pour ce patient.

    Un effet secondaire plus grave et bien plus rare est un ictère (jaunisse) par obstruction, qui s’arrête lorsque l’on interrompt la niacine. Les tests hépatiques habituels sont trompeurs car ils donnent un résultat élevé sous niacine, suggérant qu’il y a un problème de foie alors qu’en fait il n’y en a pas. De ce fait il ne faudrait pas prendre de niacine 5 jours avant de faire un test hépatique, il sera alors normal. Il s’agit probablement d’un artéfact. Si les tests sont normaux, c’est qu’il n’y avait pas de dommage hépatique ; s’il y avait dommage, les résultats ne reviendraient pas aussi rapidement à la normale. Toutefois, la niacine doit être interrompue immédiatement après les premiers signes de jaunisse. Il est possible qu’une personne qui a eu une jaunisse comme effet secondaire lors d’un traitement à la niacine puisse essayer à nouveau sans que cela se reproduise. Je n’ai vu aucun cas de jaunisse depuis au moins 10 ans. Si un patient a un haut cholestérol ou une maladie cardiaque, la niacine est indiquée et peut augmenter son espérance de vie.

    Dosages


    La dose thérapeutique habituelle pour les personnes schizophrènes est entre 3 et 6 grammes par jour en 3 prises, après les repas. Je commence en général avec 3 grammes et l’augmente après plusieurs mois si la réponse est trop lente. L’échelle des doses est énorme. J’ai eu des patients avec 30 grammes par jour sans aucune gêne, et un sujet, une jeune patiente avec schizophrénie, a augmenté d’elle-même sa dose jusqu’à 60 grammes par jour. A ce niveau, les voix, qu’elle entendait constamment, disparurent. Plus tard, elle put se maintenir avec 3 grammes. Les patients ne devraient prendre ces doses importantes que sous supervision médicale. Il n’est pas possible de prendre de telles doses avec la niacinamide parce qu’elle cause des nausées à des doses plus faibles que ne le fait la niacine. La dose la plus fréquente est de 3 à 4,5 grammes / jour. Une fois que les patients vont mieux, la dose peut être diminuée vers un niveau de maintenance inférieur. Je pense que la plupart de mes patients le font de toutes façons et finissent souvent par trouver la quantité qu’ils doivent prendre pour rester bien.

    Durée du traitement


    Il y a un lien direct entre la durée de la maladie et le temps nécessaire pour aboutir au rétablissement, et les thérapeutes doivent avoir assez de patience pour rester avec leur patient jusqu’à ce qu’ils se rétablissent effectivement. Le traitement à la vitamine B3, et avec les autres composants de ce programme, continue jusqu’à ce que le patient soit bien, et doit même être poursuivi jusqu’à ce qu’il y ait motif à penser qu’aucune rechute ne se produira si l’on interrompt le programme. Le rétablissement peut prendre plusieurs années si le patient a été malade pendant plusieurs années. Malheureusement, tout le monde ne guérira pas, mais beaucoup guériront.

    La vitamine B6 (pyridoxine)


    Lorsque j’étais directeur de la recherche en psychiatrie au Saskatchewan entre 1960 et 1967, nous avons découvert que lorsque l’on analysait l’urine de patients ayant récemment développé une schizophrénie, jusqu’à 75 % d’entre eux avaient une zone d’aspect mauve sur le papier chromatogramme, contenant du kryptopyrrole. Le Dr C. Pfeiffer et son groupe de recherche a montré que cette substance était liée à la fois au zinc et à la vitamine B6, produisant une double déficience. Le traitement de cet état a été de fournir ces deux nutriments. La détection de cet état a été décrite par Pfeiffer (37).  

    La pyridoxine est sûre lorsqu’elle est utilisée dans les doses habituelles. A des doses supérieures à 2.000 milligrammes /jour et en l’absence d’autres vitamines elle peut causer une neuropathie périphérique qui disparaît si on arrête la vitamine. Je n’ai pas vu d’effets secondaires pour des doses sous 1.000 milligrammes. Pour des enfants, B6 doit être associée avec du magnésium car elle a tendance à augmenter leur niveau d’activité lorsqu’elle est prise seule. Je la prescris habituellement en association avec la vitamine B3.

    La vitamine C


    Je prescris 3 grammes de vitamine C par jour mais peux en donner plus en cas de  besoin, bien que les patients schizophrènes ne requièrent habituellement pas de telles doses. Les niveaux optimaux sont un peu en dessous du niveau laxatif. Cet effet a été qualifié de réaction toxique, mais techniquement ce n’en est pas, parce qu’elle vient de l’incapacité du patient à l’absorber entièrement, et de ce fait entraine les fluides dans l’intestin. La vitamine C est singulièrement sans danger. Au contraire de la fiction propagée par quelques médecins, elle ne cause pas de calcul rénaux, d’anémie pernicieuse, ou de stérilité, pas plus qu’elle ne détruit le sang. De plus, elle a le grand avantage de réduire les symptômes du rhume ordinaire. (38)

    Acide folique et vitamine B12


    Plus de recherches devraient être conduites sur le rôle de l’acide folique et de la vitamine B12 dans le traitement de la schizophrénie. DeLiz (39) l’a prescrit en association avec la niacine. Le Dr L. Kotkas traite de nombreux patients schizophrènes avec des doses importantes d’acide folique et de B12. Ces vitamines et la vitamine B3 sont impliquées dans les réactions de transméthylation, qui sont probablement très importantes dans la schizophrénie, mais B12 améliore aussi le flux des hématies (globules rouges) à travers les capillaires (Simpson, 40,41). Le flux sanguin dans les lobes frontaux des cerveaux de personnes schizophrènes à tendance à être faible. Toute mesure thérapeutique qui améliore ce flux est supposée être bénéfique. Des études à grande échelle seraient justifiées.

    Acides gras essentiels (EFA)


    Les deux classes d’EFAs sont importantes. Dans l’alimentation moderne il y a de bonnes chances qu’il y ait un déficit en oméga-3 par rapport à l’omega-6. L’acide linoleique est le précurseur des séries omega-6. Toutefois, beaucoup de patients ont eu un blocage partiel de cette transformation vers les successeurs de la chaîne. L’huile de primevère du soir et d’autres huiles contenant de l’acide linolenique gamma, qui est converti en acide dihomogammalinolenique qui, à son tour, est le précurseur de la prostaglandine, séries 1 et 2. Horrobin (42 43 44 45) suggère que les EFAs et la prostaglandine sont impliqués dans la pathologie biochimique de la schizophrénie. Rudin (46) a découvert une thérapie à l’huile de lin pour les patients schizophéniques. Il décrit deux types de pellagre (l’un des syndromes schizophréniques). Le plus connu est causé par le déficit de vitamine B3. Elle est nécessaire à la transformation des EFAs en prostaglandine. Mais s’il y a un déficit en EFAs – même avec des quantités adéquates de vitamine B3 – il y aura toujours un déficit de prostaglandine. Il appelle le premier type la « déficience en vitamine » et le second «  déficience en EFAs » (47 48). Ainsi, en traitant la schizophrénie, on doit prendre en compte l’apport de tous les nutriments essentiels, y compris les EFAs.

    (35) Hoffer, A. . Vitamin B-3 (Niacin ). Los Angeles, CA: Keats Publishing, 1984. Hoffer A. Vitamin B-3 (Niacin) Update: New Roles for a Key Nutrient in Diabetes, Cancer, Heart Disease and Other Major Health Problems. Los Angeles, CA: Keats Publishing, 1990.
    (36) Hoffer, A. "Safety, Side Effects and Relative Lack of Toxicity of Nicotinic Acid and Nicotinamide." Schizophrenia 1: 78-87, 1969.
    (37) Pfeiffer, C. C. Mental and Elemental Nutrients. Los Angeles, CA: Keats Publishing, 1975.
    (38) Hemila, H. "Does Vitamin C Alleviate the Symptoms of the Common Cold? A Review of Current Evidence." Scandinavian Journal of Infectious Diseases 26: 1-6, 1994.
    (39) DeLiz, A. J. "Large Amounts of Nicotinic Acid and Vitamin B-12 in the Treatment of Apparently Irreversible Psychotic Conditions Found in Patients with Low Levels of Folic Acid." Journal of Orthomolecular Psychiatry 8: 63-65, 1979
    (40) Simpson, L. 0. "Capillary Blood Flow; Red Cell Shape: Implications for Clinical Haematology." Advances in Physiological Fluid Dynamics, ed. M. Singh and V. P. Saxena, New Delhi, India: Narosa  Publishing  House, 1995.
    (41) Simpson, L. 0. "Chronic Tiredness and Idiopathic Chronic Fatigue-A Connection." New Jersey Medicine 89: 211-216, 1992.
    (42) Horrobin, D. F., Glen A. I. M. and Hudson C. J. "Possible Relevance of Phospholipid Abnormalities and Genetic Interactions in Psychiatric Disorders." Medical Hypotheses 45: 605--613, 1995.
    (43) Horrobin, D. F. "Schizophrenia: A Biochemical Disorder?" Biomedicine 32: 454-455, 1980.
    (44) Horrobin, D. F. "Schizophrenia as a Prostaglandin Deficiency Disease." Lancet 1: 936-937, 1977.
    (45) Horrobin, D. F. "Niacin Flushing, Prostaglandin E and Evening Primrose Oil: A Possible Objective Test for Monitoring Therapy in Schizophrenia." Orthomolecular Psychiatry 9: 33-34, 1980.
    (46) Rudin, D. and Felix, C., with Schrader, C. The Omega-3 Phenomenon. New York: Rawson Associates, 1987.
    (47) Rudin, D. 0. "The Major Psychoses and Neuroses as Ornega-3 Essential Fatty Acid Deficiency Syndrome: Substrate Pellagra." Biological Psychiatry 16: 837-850, 1981.
    (48) Rudin, D. 0. "The Three Pellagras." Journal of Orthomolecular Psychiatry 12: 91-110, 1983.


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    Les minéraux




    Cuivre et Zinc


    Les kryptopyrroles ont été trouvées chez la majorité des patients schizophréniques au Saskatchewan (49, 50). Après leur identification, Carl Pfeiffer – ancien Directeur de la Recherche au Brain Bio-Center près de Princetown, New Jersey, un service qui n’existe plus – l’étudia intensément, l’appela pyrolurie, découvrit qu’elle se liait à la fois au zinc et à la pyridoxine, causant ainsi une double déficience, et la décrivit cliniquement. Il considéra que la pyrolurie caractérisait l’une des trois principales variantes de la schizophrénie, les deux autres étant les groupes de haute histamine et de basse histamine. Ce travail a attiré l’attention au rôle du zinc et du cuivre puisque ces minéraux ont une relation inverse dans l’organisme. Pour diminuer le cuivre on peut élever le niveau de zinc. L’ouvrage Le mental et les nutriments élémentaires contient la première description détaillée du rôle joué par le zinc et le cuivre dans la schizophrénie.
    Pfeiffer (51 52) mit l’accent sur le cuivre comme facteur négatif et le zinc comme facteur positif. Dans de grandes cohortes de patients testés dans son laboratoire, très peu avaient trop peu de cuivre, la plupart en avaient trop. Il prépara une solution liquide contenant 10 % de sulfate de zinc et 0,5 % de chlorure de manganèse et donna aux patients jusqu’à 10 gouttes ou plus par jour de cette préparation. J’ai découvert que c’était très utile pour traiter des patients atteints de dyskinésie tardive, et je prescris habituellement une tablette quotidienne de 50 mg de zinc.

    Sélénium


    Le sélénium est un bon antioxydant avec des propriétés antidépressives, il devrait donc être un adjuvant pertinent pour le traitement de la schizophrénie (53). Foster (54) a conduit une étude à grande échelle sur le lien entre diverses maladies et la composition des sols en minéraux. Il découvrit que la prévalence de la schizophrénie augmente là où le fourrage est déficitaire en sélénium. Le taux de corrélation était de 0,58, un taux très élevé pour des phénomènes naturels. L’hypothèse qu’il y ait une relation entre des niveaux bas de sélénium et une incidence augmentée de schizophrénie est confortée par des données plus récentes (55). Il découvrit aussi une corrélation négative entre le niveau de mercure et la schizophrénie. Le sélénium est un antidote du mercure. Une carence alimentaire en sélénium augmente la difficulté de fabriquer de la prostaglandine dans l’organisme. L’antioxydant glutathione peroxydase (selenoenzyme) contient du sélénium. Ces découvertes suggèrent que le sélénium peut être prescrit dans le traitement de la schizophrénie. Je prescris 200 à 600 microgrammes par jour.

    Manganèse


    La dyskinésie tardive est une réaction neuromusculaire similaire à la maladie de Parkinson. Elle cause divers tremblements et des mouvements aléatoires et peut affecter n’importe quel groupe de muscles. Elle peut être irréversible et peut être très handicapante. L’effet secondaire le plus grave des antipsychotiques était la dyskinésie tardive, jusqu’à ce que la clozapine arrive avec un effet secondaire encore plus grave : la mort. Ainsi, si l’on utilise la clozapine, des précautions exceptionnelles, dont des numérations sanguines tous les quinze jours, doivent être prises pour la survie du patient. Avec le développement des nouveaux médicaments, l’effet secondaire neuromusculaire toxique décrit précédemment a relativement diminué. Toutefois, les compagnies pharmaceutiques ont ignoré la meilleure solution de toutes : donner du manganèse. Si chaque tablette d’antipsychotique contenait des quantités microgrammes de manganèse, il est vraisemblable que cet état ne se développerait pas. Kunin (56) a montré qu’administrer du manganèse supprimait la dyskinésie tardive chez la plupart des patients, et qu’utiliser du manganèse en association avec la niacine fonctionnait encore mieux. J’ai confirmé cette observation et ajoute couramment du manganèse au régime lorsque je vois un patient admis et qui souffre de dyskinésie tardive. J’ai rarement vu ce problème chez les patients que j’ai traité depuis le début de leur maladie, mais lorsque de tels symptômes apparaissaient, la thérapie au manganèse les supprimait rapidement. Je prescris 30 mg de manganèse chelaté de la préparation de Carl Pfeiffer – équivalent de 5 à 10 gouttes quotidiennes d’une solution contenant 10 % de sulfate de zinc et 0,5 % de chlorure de manganèse. Les patients traités par les méthodes orthomoléculaires ne contractent pas de dyskinésie tardive.      

    (49) Hoffer, A. and Mahon, M. "The Presence of Unidentified Substances in the Urine of Psychiatric Patients." Journal of Neuro­psychiatry 2: 331-362, 1961.
    (50) Hoffer, A. and Osmond, H. "The Relationship Between an Unknown Factor (US) in Urine of Subjects and HOD Test Results." Journal of Neuropsychiatry 2: 363-368, 1961.
    (51) Pfeiffer, C. C. Zinc and Other M icro-Nutrients. Los Angeles, CA: Keats Publishing, 1978.
    (52) Pfeiffer, C. C. and LaMola S.  "Zinc and Manganese in the Schizophrenias." Journal of Orthomolecular Psychiatry 12: 215-234, 1983.
    (53) Benton, D. and Cook, R. "The Impact of Selenium Supplementation on Mood." Biological Psychiatry 29: 1092-1098, 1991.
    (54) Foster, H. D. Health, Disease & The Environment. Boca  Raton, FL: CRC Press, 1992.
    (55) Brown, J. S. and Foster, H. D. "Schizophrenia: An Update of the Selenium Deficiency Hypothesis." Journal of Orthomolecular Medicine  11: 211-222, 1996
    (56) Kunin, R. A. "Manganese and Niacin in the Treatment of Drug-induced Dyskinesias." Journal of Orthomolecular Psychiatry 5: 4-27, 1976.


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    Médication




    Antipsychotiques


    Les médicaments les plus communément utilisés sont les antipsychotiques, découverts vers 1950 et introduits en Amérique du Nord en 1955, et les antidépresseurs, un dérivé des antipsychotiques découverts vers 1956 et rapidement introduits en Amérique du Nord. Nous avons commencé nos recherches sur la vitamine B3 et la vitamine C avant que ces psychotropes soient découverts. La chlorpromazine (thorazine aux USA) venait de France, où elle a été utilisée en premier. Elle était rejetée par la plupart des académistes, et en particulier par le National Institute for Mental Health (NIMH) qui à cette époque était dirigé par des psychanalystes. Le psychotrope a été plus facilement accepté par les psychiatres travaillant dans les hôpitaux psychiatriques après qu’ils aient vu avec quelle rapidité et efficacité il contrôlait le comportement psychotique d’un patient.

    Il a fallu une immense et intense pression d’un grand nombre de sénateurs et membres du Congrès menés par Mary Lasker, avant que le NIMH change de positions sur les neuroleptiques. Mme Lasker était influente à Washington, et le prix Lasker était recherché par de nombreux scientifiques en vue. Il lui fallut l’aide et la détermination de beaucoup d’autres pour aboutir à ce changement au NIMH. Les compagnies pharmaceutiques virent l’énorme potentiel de ces médicaments et eurent tôt fait de persuader presque tous les psychiatres que les neuroleptiques étaient la réponse pour le traitement de la schizophrénie. Il est vrai que ces psychotropes sont très efficaces, et de nouveaux ont été développés d’année en année. Le problème avec tous les psychotropes utilisés est qu’ils n’étaient que partiellement efficaces, et avaient beaucoup d’effets secondaires, comme la bouche sèche ou la dyskinésie tardive.

    Le Sacré Graal serait un antipsychotique qui pourrait soigner les patients et n’aurait pas d’effets secondaires. En réalité nous l’avons déjà avec le régime orthomoléculaire. Malheureusement il n’a pas été reconnu et ne bénéficie pas de la promotion des compagnies pharmaceutiques multi milliardaires. Bien que les derniers antipsychotiques aient moins d’effets secondaires que leurs prédécesseurs, aucun n’est aussi efficace que les régimes orthomoléculaires pour restaurer la santé des patients.

    Antipsychotiques et rétablissement : un catch-22


    (ndt : un catch-22 désigne une situation qui, à cause d’un problème intrinsèque de logique, n’a pas de solution. Par ex. : Il faut avoir de l’expérience pour avoir du travail, mais il faut du travail pour avoir de l’expérience.)


    La confiance dans les antipsychotiques seuls crée un dilemme majeur pour les patients autant que pour les psychiatres. Le problème devient évident aussitôt que l’on reconnaît 3 faits :
    1. Les antipsychotiques sont utiles en diminuant l’intensité d’une symptomatologie psychotique (évident pour quiconque a déjà utilisé ces médicaments), mais ils ne la suppriment pas.
    2. Les antipsychotiques rendent malade une personne normale (évident pour quiconque en a pris par erreur, ou pour les russes qui, enfermés en hôpital pour dissidence, ont été mis sous antipsychotiques tels que la thorazine, et ont été rendus psychotiques de cette façon). Ces psychotropes produisaient des réactions catatoniques chez l’animal, ce qui était l’un des premiers tests d’efficacité.
    3. La schizophrénie est une maladie chronique. Une fois installée elle suit son cours et continue indéfiniment jusqu’à ce qu’elle soit interrompue par une mesure thérapeutique. La guérison spontanée de la schizophrénie est rare.

    Le rétablissement partiel est plus courant  – de nombreux patients ne se plaignent plus d’hallucinations visuelles ou auditives, mais continueront de souffrir de dépression ou d’anxiété. Dans de nombreux cas les troubles de la pensée ne deviennent manifestes qu’à l’exposition à un stress important, et pour beaucoup uniquement sous l’emprise de l’alcool. J’ai vu de nombreux patients alcooliques qui deviennent très paranoïaques lorsqu’ils sont ivres, mais qui ne présentent pas ces symptômes lorsqu’ils sont sobres. Les estimations sur les rétablissements ne comptabilisent pas de groupe des patients partiellement rétablis ; en lieu et place, ils sont inclus dans le groupe « rétablis » pour l’analyse statistique, ce qui fait croire à un taux de rétablissement de 33 %. Mon opinion est que le chiffre réel est probablement plus proche de 10 %, et elle est fondée sur le grand nombre de patients que j’ai vus, qui n’ont jamais dû retourner en hôpital psychiatrique mais qui sont restés malades.

    Le problème de l’utilisation des antipsychotiques est le suivant. Les psychotropes entament le processus de rétablissement en réduisant l’intensité et la fréquence des symptômes et autres signes. Mais cela devient un « catch-22 » : pendant que le patient devient cliniquement et biochimiquement « normal », il commence à réagir de plus en plus comme si il ou elle était « normal », ce qui signifie qu’il devient psychotique à cause du psychotrope. Nous considérons deux psychoses distinctes : la psychose schizophrénique initiale décrite précédemment, et la psychose induite par l’antipsychotique, ou psychose iatrogénique, caractérisée par des symptômes tant physiques que psychologiques. Les effets secondaires sont de degré léger à sévère, les secousses, tremblements et mouvements involontaires grotesques de la dyskinésie tardive étant les plus graves. L’intérêt sexuel peut décliner, les hommes peuvent aussi devenir impotents et refuser de continuer le traitement. Psychologiquement, les effets secondaires peuvent comprendre des changements perceptifs, mais ils ont tendance à être moindres que si le patient n’était pas sous traitement psychotrope. Cela est vrai également pour les pensées désorganisées, bien que ceci soit moins prononcé, il y a une difficulté plus grande de concentration, des problèmes de mémoire surviennent, et les patients sont de plus en plus préoccupés par eux-mêmes. L’inertie, l’émoussement des affects, et l’incapacité de ressentir de la peine ou de la joie, sont tous les trois des effets secondaires des antipsychotiques. Beaucoup de ces patients sous antipsychotiques perdent les qualités qui font des hommes et des femmes des personnes spontanées, réactives, intéressées et intéressantes. Dans la plupart des cas, ils ne peuvent travailler à des postes de responsabilité. Personnellement je ne permettrais pas à un chirurgien prenant 6 mg de Risperdal de m’opérer, pas plus que je ne voudrais que mon chauffeur de bus soit sous 50 mg d’Haldol.  

    C’est donc là qu’est le dilemme. Comment peut-on transformer la psychose initiale en un état normal sans induire la psychose neuroleptique ? Les psychiatres tentent de prendre en compte ce problème en diminuant les doses et éventuellement d’ouvrir une « fenêtre thérapeutique », ou de les soumettre à un nouveau psychotrope. Mais, comme le processus de la maladie est toujours actif, lorsque la dose est trop réduite, la psychose originale induite par la schizophrénie revient. Les patients gèrent ce problème en refusant de prendre leur médicament, préférant être atteints par leur psychose originale plutôt que de souffrir des ravages de la psychose iatrogène. Ainsi, les patients tendent à alterner ces deux psychoses. La psychiatrie orthomoléculaire leur donne un troisième choix pertinent pour aller bien.

    La complémentarité entre thérapie antipsychotique et régimes orthomoléculaires


    Les antipsychotiques opèrent très vite. C’est ce qui les rend précieux aux yeux des psychiatres qui veulent qu’un état pathologique soit rapidement contrôlé. Mais les antipsychotiques ne permettent pas aux patients de guérir. D’un autre côté, les nutriments opèrent très lentement. Ils ont souvent besoin de plusieurs mois pour atteindre l’efficacité optimale. Mais ils ne rendent jamais psychotique. En associant les deux types de traitement et en utilisant les psychotropes et les nutriments, il est possible de tirer le bénéfice de l’effet rapide des médicaments. Lorsque les nutriments ont atteint leur efficacité, la quantité de psychotrope nécessaire à gérer les psychoses peut être progressivement diminuée. Plus la personne est bien, moins le psychotrope sera nécessaire. Dans la plupart des cas, les patients n’auront plus besoin d’aucun psychotrope et resteront rétablis avec les nutriments seuls.
    Cela résout le dilemme des effets secondaires et de l’observance de la thérapie. Certains patients ont besoin de doses très faibles de psychotropes, si faibles qu’ils n’ont plus d’effets secondaires. Beaucoup de patients apprennent comment utiliser les antipsychotiques en fonction des nécessités, comme on prendrait une aspirine pour les maux de tête.

    Antidépresseurs et régime orthomoléculaire


    Les antidépresseurs doivent être pris lorsque la dépression est la composante majeure de la schizophrénie. J’ai commencé à prescrire la clomipramine il y a de nombreuses années pour mes patients paranoïaques qui n’étaient pas en dépression profonde. Il s’est trouvé que je n’avais jamais vu une personne paranoïaque joyeuse. Il semble qu’il y ait une très forte corrélation entre le fait d’être paranoïaque et le fait d’être dépressif. Cela me suggérait que si je pouvais améliorer l’humeur de ces patients, il serait plus facile de dissiper leurs idées paranoïaques. De plus, la clomipramine était encore le meilleur antidépresseur pour l’état obsessionnel-compulsif. La paranoïa, de même, présente souvent ce caractère obsessionnel. Pour tester ma théorie, j’ajoutais de la clomipramine au régime d’un patient schizophrène chronique qui était malade depuis l’âge de 13 ans et qui était resté paranoïaque tout au long de sa thérapie. Par exemple, il avait peur de quitter sa maison parce qu’il « savait » que les enfants du pâté de maison voisin parlaient de lui. Après trois mois de clomipramine, ses idées paranoïaques avaient régressé et, après plusieurs années de cet antidépresseur, avaient presque disparu. J’ai pu finalement arrêter la clomipramine et il continua d’être bien. J’ai utilisé cette approche de nombreuses fois toutes ces années, et la plupart du temps cela fonctionnait bien.

    Autres médications et régime orthomoléculaire


    Les psychotropes comme le lithium, les benzodiazépines, les anticonvulsivants et ainsi de suite, sont utilisés pour les mêmes causes et de la même façon qu’ils le seraient par tout psychiatre traditionnel. Le programme orthomoléculaire est compatible avec toutes les médications. Au cours du traitement, la quantité de psychotrope nécessaire en association avec le programme orthomoléculaire est de loin inférieure à celle nécessaire lorsque seuls les psychotropes sont pris. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’effet secondaire de la dyskinésie tardive n’est pas observé lorsque le traitement orthomoléculaire est suivi conjointement aux autres médications.

    J’ai traité plusieurs patients ayant une dyskinésie tardive (DT). Je les ai fait commencer le régime et ai ajouté du manganèse. Kunin a montré que l’association de manganèse et de vitamine B3 était très efficace pour prévenir et traiter la dyskinésie tardive.
    Une étude du Pr David Hawkins (57), l’un des pionniers dans ce domaine, a montré que sur plus de 58.000 patients traités par des médecins orthomoléculaires, il n’y avait aucun cas de dyskinésie tardive. Ce constat est à lui seul une bonne raison d’utiliser les nutriments.

    (57) Hawkins, D. R. "The Prevention of Tardive Dyskinesia with High Dosage Vitamins: A Study of 58000 Patients." Journal of Orthomolecular Medicine 1: 24-26, 1986


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    Récapitulatif





    Patients sous psychotropes


    L’histoire du cas qui va suivre illustre mon programme de traitement. Chaque patient est bien sur unique et aura besoin de l’approche qui lui convient le mieux. Mais l’histoire du traitement de ce patient est un modèle sur lequel le traitement orthomoléculaire peut se définir. (Je suppose que la plupart des lecteurs de cette discussion n’auront pas accès aux tests modernes les plus sophistiqués pour les allergies, pour les niveaux sanguins d’acides aminés, de vitamines, etc. Un tour d’horizon de ces tests est donné par Kunin (58), dont l’ouvrage décrit, référence et code plus de 50 procédures).

    Michaël, né en 1927, a été conduit dans mon bureau par sa femme A et son frère en juin 1993. Il était obèse (125 kilos pour 1,80 m), confus, et attardé en apparence. Il ne manifesta aucune réaction émotionnelle et répondit brièvement aux questions. J’ai dû m’adresser à ses proches pour obtenir son histoire. Il n’avait pas travaillé depuis dix ans.

    Il se maria à l’âge de 27 ans et peu après fut hospitalisé en psychiatrie pour une première dépression. A 46 ans il eut une autre dépression, et fut admis à nouveau à 59 ans et alla mieux après 3 semaines de médication. Toutefois, sa santé s’était progressivement dégradée au long de l’année précédent ma consultation, et était devenu si confus qu’il ne pouvait plus conduire. Au cours de sa maladie il avait eu quelques 5 séries d’életroconvulsiothérapie au cours d’au moins 5 hospitalisations.

    Il présentait les caractéristiques perceptives et de pensées troublées du syndrome schizophrénique. Il entendait des voix, croyait qu’on l’observait, était très paranoïaque, et pensait que les gens complotaient contre lui. Il s’était souvent plaint à sa femme comme quoi le téléphone était buggé. Sa mémoire et sa concentration étaient très diminuées, et il était confus. Par moments il était agité et excité, mais il n’avait jamais eu d’oscillations d’humeur maniaco-dépressives. Il était sous traitement de 800 mg de chlorpromazine, 900 mg de lithium et 32 mg de perphénazine. Il devait prendre un médicament pour le protéger des effets secondaires de ces psychotropes. Ce sont de très fortes doses, que j’ai rarement eu à prescrire au cours de 45 années de psychiatrie.

    Il répondait à mes critères diagnostiques de schizophrénie. J’ai discuté avec lui et avec sa famille, et lui dit que la schizophrénie B état un trouble biochimique et qu’elle était idéalement traitée par l’utilisation des bons nutriments en association avec les psychotropes qu’il prenait alors C. Puis je lui conseillai de passer à un régime sans sucre, et prescrit 1 gramme de niacine et 1 gramme d’acide ascorbique D après chaque repas. La vitamine C était ajoutée pour réduire le stress physique de la dose énorme de psychotropes. Je lui ai dit que je voulais qu’il évite les sucreries, sauf les fruits, de manière à supprimer la plupart des additifs de son régime et pour l’aider à perdre du poids. Il ne semblait pas souffrir d’allergies alimentaires.

    Un mois E plus tard, il était un peu mieux. Sa famille avait diminué la chlorpromazine (CPZ – « thorazine » aux USA) à 700 mg / jour. A la fin de l’année il avait perdu 7 kilos, prenait 300 mg de CPZ et 16 mg de perphenazine. Les membres de sa famille étaient contents de ses progrès parce qu’ils voyaient sa personnalité d’avant sa maladie revenir.

    Un mois plus tard, il eut de graves frissons, tremblements, confusion et une infection de la vessie, et était proche du coma. Il fut admis à l’hôpital où le médecin de service ne lui a pas permis de prendre des vitamines. Chaque jour à l’hôpital, sans ses vitamines, il se détériora toujours davantage, et fut mis au Risperdal F. Après sa sortie, sa famille arrêta ce nouveau psychotrope et recommença mon régime G. Il était alors à 600 mg de lithium, 1 mg de perphénazine, 200 mg CPZ. Le 22 mars 1994 j’augmentais sa niacine à 2 grammes après chaque repas H. Son humeur était bonne. A la fin du mois d’avril il pesait 101 kilos et marchait beaucoup plus. Les voix régressaient et il était beaucoup moins paranoïaque. Je diminuai la CPZ à 150 mg. Le 9 juin, j’ajoutais 1200 mg (unités internationales) de vitamine E et diminuai la CPZ à 100 mg I. Mais un mois plus tard je dus l’augmenter à 125 mg car il avait des nausées J. Il en était arrivé à avoir des journées entières sans entendre de voix. J’ajoutai 5 mg d’acide folique 3 fois par jour K.  

    En octobre 1994, il était normal. En décembre 1994 sa dose de CPZ fut descendue à 50 mg ; son poids était descendu à 98 kilos. Il continua à aller mieux et en juin 1995, les voix étaient parties, sa mémoire allait bien mieux, et il ne prenait plus aucun psychotrope. Quand il eut des difficultés de sommeil en septembre 1995, j’ajoutais 2 grammes de tryptophane à prendre l’estomac vide avant de se coucher. Début 1996 il prit 50 mg de CPZ occasionnellement. En juillet 1997 il était toujours normal. La dernière fois que je l’ai vu il était alerte, détendu, à l’aise, parlant sans difficulté, et plaisantait avec sa femme. Nous avons parlé de sa peinture lorsque j’ai découvert qu’il était artiste. J’ai pensé qu’il était guéri comme le pensait sa femme, il ne se plaignait de rien et se sentait bien.

    Il remplissait complètement mes critères de rétablissement : il n’avait plus de symptômes et s’entendait bien avec sa famille et dans la communauté. Je prévoyais qu’il reprendrait sa profession d’artiste. Il avait atteint mes objectifs thérapeutiques : pouvoir se passer des psychotropes, guéri de la psychose induite par les neuroleptiques, et guéri de la schizophrénie. Il y a de très fortes chances qu’il ne rechute pas tant qu’il continue de suivre le régime orthomoléculaire. S’il y a une rechute, il pourrait avoir besoin d’une révision de son traitement. Il ira bien tant qu’il ne tombe pas dans les mains d’un psychiatre qui ne croit pas que le  programme des nutriments l’a aidé, et insiste pour qu’il soit à nouveau mis sous les neuroleptiques qui l’ont tant fait souffrir pendant tant d’années.

    Après que les patients soient rétablis, je leur recommande de garder le programme orthomoléculaire pendant au moins 5 ans, ou, encore mieux, le reste de leur vie. Cela procure une amélioration considérable de leur qualité de vie, et probablement aussi l’allongement de sa durée (59).

    (58) Kunin, R. A. Syllabus of Orthomolecular Laboratory Usage. San Francisco, CA: Society for Orthomolecular Health-Medicine, 1997.
    (59) Pauling, L. How To Live Longer and Feel Better. New York: W. H. Freeman  & Co. 1986.



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    A propos du traitement de ce patient :

    • A - J’ai trouvé très utile de recevoir la famille dans mon bureau pendant l’interview, avec sa permission. On gagne beaucoup de temps pour rassembler l’information nécessaire au diagnostic. Il est également utile que la famille écoute la discussion et sache ce que sera le traitement. Bien que la plupart des psychiatres n’accusent plus la famille de la maladie d’un parent, cela peut encore arriver. Il est important de libérer la famille de toute culpabilité qui peut venir d’explications antérieures démodées et néfastes.
    • B – Bien que mon patient ait été clairement schizophrène, il présentait aussi toutes les caractéristiques de la psychose des neuroleptiques dont j’ai parlé plus haut. La difficulté était de savoir comment le débarrasser de la médication qui le détruisait sans provoquer une régression vers sa schizophrénie. Je n’ai pas eu à évoquer la psychose due aux neuroleptiques à cette famille. Elle était au courant depuis longtemps. La patience est un acteur très important pour parvenir au résultat positif d’un traitement. Si les psychotropes sont retirés trop rapidement, il y a un effet de réaction prononcée et un retour précipité à l’état initial de la schizophrénie, tant que la maladie sévit fort et que le programme de vitamines n’a pas encore eu assez de temps pour devenir pleinement opérant. Si un thérapeute n’a pas la patience de travailler pendant des années avec un tel patient, c’est un mauvais service à lui rendre que de le prendre en charge.
    • C- L’obésité du patient était due à la prise excessivement élevée de psychotropes et de l’inactivité qui en résulte. Il importe qu’un thérapeute fasse tout ce qui est possible pour restaurer la confiance en lui de son patient. L’aider à retrouver le physique qu’il avait avant les psychotropes est un bon commencement : s’il est trop maigre ou trop gros, il faut prendre en charge ce problème.
    • D – Je préfère la niacine pour les hommes et femmes d’âge moyen qui sont susceptibles d’avoir aussi des problèmes de circulation en plus de leur schizophrénie. En général ils peuvent tolérer le rougissement du début sans trop d’inconfort (60). Souvent les patients schizophrènes ne rougissent pas autant que les patients non schizophrènes. Le Dr D. Horrobin (61 62 63) a même développé un test diagnostic basé sur cette découverte. Il applique un pansement adhésif contenant quatre concentrations différentes de niacine. Au bout de cinq minutes on enlève le pansement. Il découvrit que la plupart des patients avec schizophrénie n’ont aucun érythrème, les zones sous le pansement ne rougissent pas, là où la plupart des autres personnes présentent une réaction rougissante. Il y a très peu de recouvrement. Ce test sera bientôt disponible dans le commerce. Si la vasodilatation est susceptible d’embarrasser les patients, ou s’ils sont très jeunes, ils peuvent préférer prendre de la niacinamide. Les deux sont probablement aussi efficaces, mais l’avantage de la niacine est que l’on peut en prescrire une dose beaucoup plus élevée sans atteindre la limite nauséeuse. Souvent, les patients schizophréniques ne rougissent pas du tout au début. Certains ont commencé à avoir des rougissements après des mois ou des années de traitement, et cette réaction physique est accompagnée par une amélioration clinique soudaine et importante.  
    • E – Si le patient est très psychotique ou que la famille est très perturbée, je leur propose de les revoir une semaine ou deux plus tard. Toutefois, dans la plupart des cas, les patients déjà sous contrôle des psychotropes n’ont pas besoin de consulter plus souvent qu’une fois par mois. Au fur et à mesure de leur amélioration, l’intervalle entre deux visites augmente. Quand ils sont bien, ils n’ont plus besoin de me voir, mais ils savent qu’ils peuvent m’appeler n’importe quand pour reprendre la relation thérapeutique.
    • F – Se voir refuser l’accès à leurs vitamines est un problème courant pour mes patients qui doivent être hospitalisés. Les médecins sont si ignorants de la valeur des vitamines, que soit ils craignent de les utiliser, soit ils les considèrent inutiles. Cette attitude régresse parce que les patients et leurs familles demandent de plus en plus fermement de pouvoir être autorisés à poursuivre le programme des vitamines. Quelques-uns de mes patients ont été tellement demandeurs que l’hôpital a cédé et les a autorisé à continuer le programme vitamines. L’un de mes patients, un jeune homme, prit des vitamines tout le temps qu’il était à l’hôpital. Le personnel ne le savait pas ; il chaussait de grandes bottes délacées, toutes ses vitamines étaient cachées dans ses bottes, il ne me l’a dit après sa sortie. Il s’est rétabli. Quand les patients se voient interrompre leur programme, ils ont tendance à se dégrader, et souvent après leur sortie je dois recommencer le programme orthomoléculaire depuis le début. C’est dommage. J’espère qu’un jour on considèrera qu’il n’est pas éthique, ou même que c’est une une erreur de forcer un patient à interrompre un régime de vitamines lorsqu’il est interné.
    • G – Il est évident que le patient et sa famille n’avait ni confiance ni respect pour les docteurs qui l’avaient en charge à l’hôpital. Ils m’appréciaient et avaient confiance en moi et en voulaient aux tentatives des médecins de l’hôpital de contrecarrer mon traitement. Ayant connu  les effets des psychotropes seuls, ils n’en voulaient plus.
    • H – Je double souvent la dose de niacine si je veux accélérer le rétablissement. L’augmentation de la niacine pourrait rendre plus facile l’arrêt des psychotropes.
    • I – J’ai regretté de ne pas avoir fait un essai de vitamine C seule, l’un des plus efficaces antioxydants de l’organisme solubles dans l’eau. Puisque la schizophrénie est l’une des maladies des radicaux libres, il est raisonnable de penser à traiter aussi les patients schizophréniques avec la vitamine E, qui bien sûr a aussi beaucoup d’autres propriétés bénéfiques.
    • J – Une façon de déterminer la dose optimale de tout médicament est de l’augmenter ou de la diminuer. Les symptômes réapparaîtront si la dose est diminuée trop vite, et dès lors elle doit être réajustée à la hausse.
    • K – L’acide folique participe aux réactions de transméthylation comme le fait l’acide nicotinique. J’ai découvert que l’acide folique améliore son efficacité, au moins dans le traitement de la fibrillation auriculaire, et je suppose qu’il peut être également bénéfique pour la schizophrénie. Il n’a pas d’effets secondaires. Il est disponible sur ordonnance en tablettes de 5 mg.

    (60) Hoffer, A. Niacin Therapy in Psychiatry. Springfield, IL: C. C. Thomas,  1962.
    (61) Horrobin, D. Niacin Skin Flush in Schizophrenia. Schizophrenia Research. (Résumé :  Canadian Schizophrenia Foundation Twenty-Sixth Annual Meeting, To­ ronto, 1997.)
    (62) Horrobin, D. Nutritional Management of Nerve Damage in Diabe­tes, Attention Deficit Disorder - TDAH and Dyslexia. Twenty-sixth Annual International Conference, International Society for Orthomolecular Medicine, Toronto,  1997.
    (63) Ward, P., Sutherland, J., Glen, E., Glen, A. I. M., and Horrobin, D. F. Skin Flushing in Response to Graded Doses of Topical Niacin: A New Test Which Distinguishes Schizophrenics from Controls. Schizophrenia Research, 24: 70, 1997.


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    Patients sans médication


    La plupart des patients que j’ai vu ont déjà été diagnostiqués et ont commencé leur traitement avec d’autres psychiatres. Ils ne me sont adressés que parce qu’ils n’ont pas répondu au programme qu’on leur conseillait de suivre. Mais j’en vois réellement aussi quelques-uns qui entrent dans la maladie et n’ont pas été traités. Pour ceux-là, je suis les mêmes principes en utilisant la même approche nutritionnelle, mais je peux ne pas prescrire de psychotropes. S’ils sont en grave dépression j’utiliserai les antidépresseurs. S’ils sont trop anxieux et agités j’utiliserai d’autres médicaments en association. Mais presque tous les patients nécessitent seulement une petite dose d’antipsychotiques et/ou d’antidépresseurs  jusqu’au rétablissement, à partir duquel ils n’en ont plus besoin.


    Les résultats du traitement orthomoléculaire




    Patients aigüs


    « Aigüs » désigne les patients qui sont malades pour la première fois ou qui se sont remis d’un épisode et ont rechuté. Nous avons choisi cette classe de personnes dans nos six essais en double-aveugle lancés à Saskatchewan de 1953 à 1960.

    Pour nos 4 essais en double aveugle nous avons réparti au hasard trente patients en 3 groupes : l’un était le groupe placebo, un autre recevait de la niacine (la niacine ne peut pas être cachée à cause du rougissement), et le troisième a pris de la niacinamide, qui ne provoque pas de rougeur : c’était notre groupe contrôle. L’équipe médicale fut trompée intentionnellement, en l’informant de la constitution de 2 groupes : placebo et niacine. Ils supposaient alors naturellement que les patients sans rougeurs avaient le placebo, alors que la moitié d’entre eux étaient sous niacinamide. Nous avons découvert alors que les deux groupes vitamines produisaient les mêmes résultats. Nous avons trouvé une réponse habituelle de 35 % de sur 2 ans pour le groupe placebo, et une réponse de 75 % dans les groupes vitamine.

    Les autres études contrôlées donnèrent des résultats identiques.  

    Sur la base de ces premières études et de mon expérience personnelle de traitement de plus de 4 000 patients depuis 1952, je peux affirmer avec confiance que pour cette catégorie de personnes schizophrènes on peut attendre un taux de rétablissement de 90 % si le régime thérapeutique est suivi pendant au moins 2 ans sous la supervision d’un médecin patient et investi dans le soin du patient.

    Il y a de nombreuses années, un article parût dans la presse psychiatrique décrivant le résultat du traitement de quelque 42 médecins qui étaient devenus schizophréniques et avaient été traités avec des psychotropes. Le résultat fut lamentable. Seulement douze étaient en mesure de reprendre leur métier, et parmi eux, six en étaient capables parce que leurs épouses étaient des infirmières qui effectuaient le travail, le docteur schizophrénique assumant la responsabilité des ordonnances des patients.

    Par contraste, je connais dix-sept garçons adolescents qui ont guéri avec la thérapie orthomoléculaire. Ils sont allés au collège, sont devenu médecins et pratiquent aujourd’hui la médecine et la psychiatrie. L’un d’eux, mon patient, est devenu président une association majeure de psychiatrie en Amérique du Nord. Ironie du sort, cette même association a attaqué mon travail de thérapie aux vitamines. Ils ne savaient pas que leur président n’avait pas réussi à s’améliorer sous placebo mais qu’il avait guéri après qu’on lui ait prescrit de la niacine. De ce petit groupe, l’un est devenu directeur d’un grand département dans une école de médecine, un autre est un psychiatre chercheur, un autre est à la tête d’une clinique qu’il a créée, etc. Tous les médecins schizophréniques que j’ai soignés ont guéri et sont devenus actifs dans le domaine orthomoléculaire.

    Tous les praticiens qui ont traité cette catégorie de patients avec le régime que j’ai décrit ont obtenu des résultats thérapeutiques identiques. Les détails de ces résultats thérapeutiques figurent dans de nombreux articles, dont la plupart ont été publiés dans le Journal of Orthomolecular Medicine (64 à 74).

    Patients schizophrènes chroniques


    Il y a deux catégories de patients chroniques : ceux qui sont institutionnalisés en permanence et ceux qui se sont arrangés pour être suivis par des moyens autres que les institutions. Examinons chacune de ces catégories.

    Ceux qui ont été enfermés en permanence dans des institutions


    Avec la remarquable réussite du programme de désinstitutionnalisation pour vider les hôpitaux psychiatriques en Amérique du Nord, la majorité des patients ont été abandonnés à des foyers médicalisés, des maisons délabrées et, bien sûr, à la rue. Environ 35 % des sans domicile de la rue dans les grandes villes sont de tels patients chroniques. Le Dr T.P. Millar (75), un psychiatre de Vancouver, a conclu « Peut-être que les back wards (ndt : terme intraduisible signifiant les lieux et allées de misère) de nos hôpitaux psychiatriques étaient mauvais, mais ils étaient sûrement plus humains que ce qui se produit maintenant. Je suppose que blâmer les médecins d’hôpital pour avoir mis dehors de telles personnes malades dans la société résume le problème pour les ignorants, autant profanes que professionnels. Mais assurément cela n’aide en rien ces âmes perturbées qui frôlent la mort dans nos rues avares et indifférentes à la souffrance. »

    Je n’ai eu aucune expérience clinique envers eux. Il aurait été impossible de le faire à moins qu’ils soient dans un établissement hospitalier, car ils ont besoin d’un abri et de soin, ainsi que d’une bonne alimentation et du soutien.  

    Les patients chroniques qui ont été continuellement malades ou ont eu des fluctuations dans leur maladie, mais dont on a pris soin à domicile ou qui ont pu trouver meilleur refuge que la rue


    Avec ce dernier groupe, le médecin en charge doit être d’une grande patience. Je me suis souvent demandé pourquoi les premiers pionniers de l’orthomoléculaire comme Allan Cott, Harvey Ross, Moke Williams, Jack Ward et beaucoup d’autres, qui étaient psychanalystes de formation et de pratique, étaient de si bons médecins orthomoléculaires. L’explication m’est apparue évidente plus tard. Ils étaient des médecins qui avaient été formés à la patience et à la bienveillance. Ils n’étaient pas habitués à la mentalité « entrer-sortir » des salles d’urgence, dans laquelle les hôpitaux sont des services d’aide d’urgence conçus pour calmer rapidement les patients et les faire sortir dès que possible. Les psychiatres modernes sont conditionnés à attendre des réponses rapides aux psychotropes, ils n’ont pas la patience de faire un travail progressif avec leurs patients sur de longues années. Les services psychiatriques modernes sont des stations-services à psychotropes comparables dans leur fonctionnement aux stations-service à essence. Les patients sont admis pour un plein et rapidement sortis, sans tenir compte de leur état mental réel.

    Je suis approximativement 500 patients chroniques. Je les vois entre une fois par mois et une fois en quelques années, en fonction de leur besoin d’ajustement du programme. J’ai récemment ressorti 27 dossiers de mes fichiers et ai découvert que 17 d’entre eux étaient rétablis (76). Ils ont été malades, en moyenne, pendant  7 ans avant que je ne les voie. Ils n’avaient pas pu aller mieux avec aucun des traitements précédents y compris les psychotropes ou l’ECT (ndt : electroconvulsiothérapie, ex électrochocs), et ils avaient suivi en continu mon programme pendant 10 ans. Pour la plupart, le changement radical vers le rétablissement s’est produit à environ 7 années. Par conséquent, si le traitement est interrompu trop tôt, l’effet thérapeutique optimal ne se produira jamais. L’un de mes reproches aux hôpitaux psychiatriques est que lors des rares fois où mes patients doivent y être admis, l’hôpital s’empresse d’arrêter l’intégralité de mon programme, les soumet à une autre médication, et confisque leurs vitamines. Quand ils sortent et reviennent me voir, je dois tout recommencer avec eux.

    (64) Hoffer, A., Osmond, H., Callbeck, M. J. and Kahan, I. "Treat­ment of Schizophrenia with Nicotinic Acid and Nicotinamide." Journal of Clinical Experimental Psychopathology 18: 131-158, 1957.
    (65) Hoffer, A. and Osmond, H. The Chemical Basis of Clinical Psychiatry. Springfield, IL: C. C. Thomas, 1960.
    (66) Osmond, H. and Hoffer, A. "Massive Niacin Treatment in Schizophrenia: Review of a Nine-year Study." Lancet 1: 316-320,   1963.
    (67) Hoffer, A. and Osmond, H. How to Live with Schizophrenia. New York, NY: University Books, 1966. (Also published by Johnson, London, 1966.) Revised edition, New York: Citadel Press, 1992. New edition, fall 1997.
    (68) Osmond, H., and Hoffer, A., "Schizophrenia  and Suicide," Journal of Schizophrenia 1: 54-64, 1967.
    (69) Hoffer, A. "Five California Schizophrenics." Journal of Schizophrenia 1: 209-220, 1967.
    (70) Hoffer, A. "Treatment of Schizophrenia with a Therapeutic Program Based upon Nicotinic Acid as the Main Variable," Molecular Basis of Some Aspects of Mental Activity, vol II., ed. 0. Walaas, New York: Academic Press, 1967.
    (71) Hoffer, A. "Mechanism of Action of Nicotinic Acid and Nicotinamide in the Treatment of Schizophrenia." In Orthomolecular Psychiatry, ed. D. R. Hawkins and Linus Pauling. San Francisco: W. H. Freeman and Co., 1973.
    (72) Hoffer, A. "Natural History and Treatment of Thirteen Pairs of Identical Twins, Schizophrenic and Schizophrenic-spectrum conditions." Journal of Orthomolecular Psychiatry 5: 101-122, 1976.
    (73. Hoffer, A. and Osmond H., "Schizophrenia: Another Long­ Term Follow-up in Canada." Journal of Orthomolecular Psychia­ try 9: 107-113, 1980.
    (74) Hoffer, A. "Orthomolecular Medicine." In Molecules In Natural Science and Medicine, An Encomium for Linus Pauling. Ed. Z. B. Maksic and M. Eckert-Maksic, Chichester, England: Ellis Hor­ wood Ltd., 1991.
    (75. Millar, T. P. "The Revolving Door Is Stuck on Out." The Medical Post, May 20, 1997.
    (76) Hoffer, A., "Chronic Schizophrenic Patients Treated Ten Years or More." Journal of Orthomolecular Medicine 9: 7-37, 1994.


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    L’histoire qui suit illustre la lenteur du rétablissement d’un patient et l’heureux dénouement. Lena vint me voir en octobre 1988, avec son père. Quand ils entrèrent dans mon bureau, ma première impression fut qu’elle était soit gravement attardée, soit qu’elle souffrait d’une schizophrénie chronique aggravée. Elle était incapable de me dire quoique ce soit, et se tenait assise en en regardant sur le côté tout le temps, en ayant peur de me regarder en face. J’obtins le premier récit de son histoire par son père. Pendant l’année de 6eme au collège, on signala aux parents  qu’elle était incapable d’apprendre. A partir de là, elle alla dans des classes spéciales. Un mois avant cette consultation elle s’était endormie sur sa chaise et y avait dormi toute la nuit. Ses parents la réveillèrent. Elle les accusa d’avoir essayé de la noyer et s’enfuit. La police la trouva peu après, appela ses parents et la ramena à la maison. Son père se plaignit qu’elle souffrait d’une peau couverte de marbrures et que ses mains se mettaient à transpirer beaucoup lorsqu’elle était excitée.

    L’examen mental révélait seulement qu’elle était paranoïaque, pensant que les gens disaient des choses méchantes sur elle. Je conclus qu’elle était dans une croissance troublée, un état présent depuis l’enfance. J’ai commencé par lui prescrire 1 g de niacinamide après chaque repas, la même quantité de vitamine C, 250 mg de pyridoxine et 50 mg de gluconate de zinc par jour. Six mois plus tard, sa peau était redevenue normale, elle était moins déprimée, avait plus de confiance en elle, et trouvait plus facile de communiquer. Elle n’était plus paranoïaque.

    Durant le mois de juillet 1988, elle dut être hospitalisée. Cette fois, elle se plaignait d’entendre la voix de ses parents quand ils n’étaient pas présents. Je la re-diagnostiquai schizophrénique chronique. Elle se vit prescrire de petites doses de thioridazine et sortit quelques jours plus tard. Elle fut hospitalisée de nouveau et pour la dernière fois en mars 1990, après que sa mère lui ait conseillé d’arrêter le neuroleptique. Elle y resta 7 jours, et sortit avec le même traitement de vitamines, et 300mg / j de thioridazine, la dose moyenne pour ce neuroleptique. Elle n’eut plus d’hallucinations auditives avec les voix de ses parents.

    Vers la fin 1990, j’ai pu réduire le psychotrope à 100 mg / jour. Vers la fin de 1991, elle s’entendait bien en société et travaillait à temps partiel. Elle avait été libérée des voix. Le psychotrope fut réduit à 75 mg en avril 1992. Elle était joyeuse, avait gardé son emploi, et s’entendait bien avec ses collègues de travail. Elle était à 25 mg du psychotrope, plus les mêmes vitamines en janvier 1993. Elle était moins somnolente, plus gaie et communicative. J’ai continué à réduire le médicament, mais fin 1994 je dus le ré-augmenter à 50 mg. Au début 1996, la dose a été redescendue à 25 mg.

    Elle vint me voir en juillet 1996, très excitée. Elle était libre de tout symptôme. Elle avait apporté ses résultats du test de mathématiques et avait réalisé un score de 100 %. Elle me montra fièrement le certificat qu’elle avait reçu pour sa performance scolaire. Elle lisait mieux que les autres patients de sa classe et n’avait pas peur de lire devant eux. Elle me dit qu’elle était très heureuse parce que ses parents, qui ne s’entendaient pas avant, s’étaient réconciliés et étaient bien ensemble à nouveau pour la première fois depuis de nombreuses années.

    La femme que j’avais vue huit ans plus tôt n’existait plus. De cette femme d’apparence malade et qui semblait attardée (comme on disait dans les vieux manuels de psychiatrie) et qui pouvait répondre à mes questions mais regardait dehors, elle était devenue une jeune femme bien habillée et qui me parlait librement. Elle était contente maintenant de venir à mon bureau et se plaisait particulièrement à saluer ma secrétaire et de se faire câliner par elle. Elle interagissait plus à propos, parlait plus spontanément, et se lançait dans une conversation en me regardant. J’écrivis au médecin référent « C’est toujours un plaisir de voir à quel point sont les progrès de Lena puisque je continue de la voir. Aujourd’hui elle se sentait vraiment bien, était très enjouée, et était particulièrement ravie parce que ses parents, qui apparemment ne s’étaient pas parlé pendant des années, s’entendent bien mieux. Je pense qu’elle va très bien. » Lena a satisfait aux quatre critère du rétablissement, mais ne gagne pas assez pour payer l’impôt sur le revenu. Elle a été malade si longtemps que le handicap de ces années perdues n’avait pas encore été résolu. Mais elle acquiert plus de compétences dans un bon programme  de réhabilitation. Sans les vitamines, elle serait restée la même femme mal fagotée et d’allure attardée sans espoir de jamais aller un tant soit mieux. Et elle reste bien.



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    Dernière édition par Neptune le 25/5/2017, 15:38, édité 2 fois

    Un autre exemple est celui d’un homme schizophrénique paranoïde de Toronto qui avait été pris en charge plusieurs fois dans différents hôpitaux. Sa femme avait divorcé de lui et sa famille l’avait déshérité. Il dériva jusqu’à Victoria et vécut dans nos rues pendant environ trois mois. On me l’adressa, et à ma grande surprise, tint le programme de vitamines. Après sa deuxième visite, je lui conseillai de rester soigné par le médecin généraliste qui l’avait adressé.

    Huit années plus tard environ, je le rencontrai dans un supermarché : il vint à moi et se présenta. Je pus savoir qu’il cherchait du travail. Il venait d’obtenir une licence à l’université locale. Il avait retrouvé aussi sa famille, allait bien, et bien que demandeur d’emploi, prenait part aux activités de la communauté.

    Un troisième cas était celui d’une femme qui incendia sa maison en réponse à des voix. Elle va bien maintenant et est fièrement propriétaire d’une société qui emploie une trentaine de personnes.    

    Mon expérience avec les patients chroniques m’a convaincu des points suivants :
    1. Les patients chroniques doivent être traités avec patience et continuité, avec le soutien approprié.
    2. Une association entre la médication psychotrope et la thérapie nutritionnelle offre les avantages de l’effet rapide des psychotropes et de l’effet lent des nutriments. Ceci permet la réduction progressive des psychotropes jusqu’à ce que leur dose soit assez faible pour ne plus générer de psychose des antipsychotiques.
    3. La schizophrénie infantile peut prendre la forme d’un trouble des apprentissages, de telle sorte qu’une personne normalement intelligente a l’air retardée. Soigner la psychose au moyen de la thérapie orthomoléculaire supprimera la difficulté apparente d’apprentissage.

    Il y a environ dix ans, nous avons mis en place à la Nouvelle-Orléans une formation d’un jour et demie pour les médecins lors d’une réunion du Huxley Institute of Biosocial Research (Institut Huxley de Recherche Biosociale). Lors d’une pause, j’ai fait remarquer à un psychiatre qui suivait cette formation que s’il prescrivait le régime orthomoléculaire pendant un an il l’adopterait pour toujours. J’ai reçu une longue lettre à peu près six mois plus tard. Il commençait en disant « Dr Hoffer : vous m’avez dit que si j’utilisais le programme pendant un an je le garderais toujours. Vous aviez tort. Je ne l’ai utilisé que six mois et je l’adopte définitivement. » Puis il m’expliqua qu’il travaillait dans une clinique d’état chargée de soigner 1200 patients schizophréniques, et que sa fonction consistait à supervision leurs injections de médicaments. Son travail était devenu très ennuyeux et frustrant parce qu’il n’avait jamais vu le moindre rétablissement, au point qu’il en était arrivé à penser abandonner son métier. Mais son univers avait changé après avoir commencé le programme orthomoléculaire. Il s’était investi avec intérêt et était, le matin, impatient d’arriver à son bureau pour voir quels  patients présentaient des améliorations importantes et devenaient bien. Finalement, il quitta sa fonction dans cette clinique et ouvra un cabinet privé. Il devint aussi formateur en thérapie orthomoléculaire.

    Je n’ai aucun doute sur le fait que si quelques hôpitaux psychiatriques encore en fonction (certains sont gérés par des établissements pénitenciers) traitaient leurs patients avec ce régime orthomoléculaire, ils découvriraient une amélioration majeure à plusieurs années chez leurs patients, et une baisse significative des épisodes violents.

    J’ai examiné douze des prisonniers les plus violents dans le Prince Albert Penitenciary, dans le nord-est du Saskatchewan il y a de nombreuses années. J’ai constaté que neuf d’entre eux étaient schizophréniques paranoïdes qui étaient violent parce que, pour la plupart, ils pensaient qu’ils devaient se défendre contre leurs ennemis réels ou imaginaires. L’un des patients de cette prison s’évada  et pris en otage deux officiers de la police montée royale canadienne. Il fut finalement ré-emprisonné, et je le vis lorsqu’il préparait sa défense. Il me dit qu’il avait dû s’évader parce que les gardiens de la prison avaient décidé de le tuer. Il « savait » que c’était vrai parce qu’il pouvait sentir le gaz qui venait des conduits d’aération. Il avait essayé à maintes reprises de colmater les arrivées d’air avec des vêtements, ce qui contrariait le personnel. Il « savait » qu’ils l’empoisonnaient parce qu’il sentait le goût amer du poison dans sa nourriture, et il savait qu’il y avait un complot parce qu’ils parlaient tout le temps de lui. Il était clairement schizophrénique. Ces détenus schizophrènes ont besoin d’un essai de traitement avec l’approche orthomoléculaire, et il est hautement improbable qu’ils soient  jamais soignés correctement sans elle.


    L’avenir du traitement orthomoléculaire


    Lorsque les premières institutions en vue – collèges médicaux ou corps de recherche – s’intéresseront et seront assez audacieux pour tester ces plaidoyers et publier leurs résultats (en suivant ces protocoles), il y aura un engouement par tous les autres centres curieux pour commencer à utiliser l’approche orthomoléculaire. Lorsque la thérapie orthomoléculaire sera largement acceptée, le domaine tout entier de la biochimie de la schizophrénie et de son traitement deviendra florissant.

    Il serait passionnant de revenir en 2020 voir ce qu’il est advenu de ce domaine



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