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Psychiatrie et information des personnes, enquête Medscape : la France est le pays où l'on dissimule le plus la vérité

Par Neptune 
le 02/12/2015

 

Les faits


La revue internationale Medscape a publié en 2015, les résultats d'une enquête internationale sur l'éventuelle réticence des médecins à dire la vérité à leurs patients (1). Pour la France, 250 médecins de diverses spécialités ont répondu. Le résultat chiffré est sidérant, mais ne nous étonne pas : 43 % des médecins français sont prêts à "relativiser le risque pour obtenir votre acceptation". Si on ajoute ceux qui répondent "ça dépend", cela fait 64 % des médecins, soit les deux tiers, qui estiment ne pas devoir toujours dire la vérité sur le traitement. Contre 24 % pour les américains : les trois quarts des médecins américains estiment ne jamais devoir contourner la vérité, il ne reste qu'à savoir s'ils le font vraiment. En ce qui concerne les psychiatres, les chiffres ne sont malheureusement pas détaillés dans cette étude.

sondage vérité médecins
Enquête internationale Medscape publiée en avril 2015 en France


Deux interprétations possibles de cette comparaison : soit les américains mentent en prétendant qu'ils disent la vérité, soit nous sommes les derniers de la classe, y compris en Europe, en matière de transparence !

Des indices nous permettent de pencher pour la seconde hypothèse :

  • les prévalences d'effets secondaires sont publiées aux USA , pas en France,
  • la loi "sunshine act" sur la publication des liens d'intérêt, n'a pas rencontré aux USA la résistance farouche que l'on a vu en France (2). Aux USA, les conventions sont déclarées avec leur montant, en France la corporation médicale a obtenu de ne déclarer que les frais de voyage et de restaurant offerts par les laboratoires, c'est-à-dire la partie émergée de l'iceberg. De plus, nous avons constaté que plus de 50 % des auteurs d'articles publics en psychiatrie, dissimulent leurs liens d'intérêt. Pire, ils jouent sur les mots en affirmant ne pas avoir de "conflit" d'intérêts, encouragés en cela par les directeurs de collection, pontes de la psychiatrie en France. (2)

    Enfin, chacun peut et doit se faire sa propre opinion. Nous donnons la parole dans cet article au corps médical, aux intéressés, et même à la police !  

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Sommaire







(1) Source : Enquête Medscape, 18 avril 2015

(2) Voir nos articles 40 psychiatres en infraction à la loi de publication des liens d'intérêt et  Lien d'intérêt entre laboratoires et psychiatres : lois L.4113-6, L.4113-13, sources d'information, position de Neptune

(3) Source : Revue médicale suisse, 201, No 426, Jean-Luc Boss

On n'allait quand même pas se fier à un avis français, vu ce qui est établi plus haut.

(4) Source : Trouble de la personnalité paranoïaque, définition DSM-IV

(5) Double contrainte : synonyme de l'"injonction paradoxale" qui "rend fou". Exemple classique : un panneau sur lequel il est inscrit "défense de lire ce panneau". Découverte et théorisée comme origine des psychoses par Bateson, Jackson, Haley, & Weakland, 1956, aux origines des thérapies systémiques. Un bon article théorique ici : Open Dialogue : bases théoriques et institutionnelles

Ce qu'en pense le corps médical


Larges extraits d'un article paru dans la "Revue médicale suisse" sous le titre "Information «suffisante», devoir de ne pas «inquiéter» le patient et décision partagée : triple contrainte pour le médecin." (3)

Fournir au patient une information suffisante, afin qu’il puisse être en mesure de décider par lui-même d’une intervention ou d’un traitement, représente déjà une gageure, mais la nécessité supplémentaire de ne pas l’inquiéter rend l’exercice tout simplement impossible en pratique.

La loi précise que pour être licite, tout acte médical est soumis au consentement «éclairé» du patient, celui-ci ayant reçu une information «suffisante» et possédant sa capacité de discernement. Les avocats ne s’y sont pas trompés et le Pr Ducor (juriste consultant de l’Association des médecins de Genève) a clairement mis en garde les praticiens genevois, lors de leur assemblée générale de juin 2013, à propos de l’aspect médico-légal de cette information. En résumé, pour chaque acte diagnostique ou thérapeutique, tous les effets secondaires «graves» (quelle que soit leur fréquence) ainsi que tous les effets secondaires «fréquents» (quelle que soit leur gravité) doivent être explicitement mentionnés.

Cependant, l’issue d’une évolution médicale n’étant que très partiellement déterministe mais au contraire fortement probabiliste, il est inéluctable que la «vérité» personnelle du patient n’éclate qu’a posteriori. En d’autres termes, la seule information véritablement fondamentale ne pourra lui être fournie au moment de sa décision, ce qui laisse par la suite largement ouverte la question de la «suffisance» de l’information…

Partage de la décision
Point crucial de la présentation du Pr Cornuz, ce partage est rendu possible par la capacité du patient à prendre une décision «raisonnable» le concernant, en faisant appel à la partie «cartésienne» de son esprit.

Vaste débat que celui de la définition du «raisonnable», notion par ailleurs explicitement comprise dans le processus de raisonnement au cœur de la capacité de discernement du patient (… et par ailleurs réfutée par Pro Mente Sana, association de patients usagers de la psychiatrie militant ouvertement pour l’abolition du concept de «raison» dans la prise de décision thérapeutique de ses membres).

En réalité, force est de constater que cette capacité de décider raisonnablement, dépendant de la cognition au sens large, varie très fortement d’un individu à l’autre, mais présente aussi et surtout une labilité temporelle chez tout un chacun.
(...)

Les innombrables et très lucratives techniques de «développement personnel», empiétant bien souvent sur le domaine des soins, participent bien évidemment à cette individualisation forcenée, donnant l’illusion d’une maîtrise de son destin et de sa santé, et surtout au détriment de l’application de l’ancien «devoir d’assistance» actuellement retiré aux soignants sous prétexte de partage de pouvoir.

Devoir de ne pas inquiéter

«Premièrement, ne pas nuire».

Bien sûr toujours d’actualité, une des versions de cet impératif est reprise par L’Académie suisse des sciences médicales (ASSM), dans son récent guide pratique concernant les bases juridiques à usage des praticiens.

L’ASSM utilise une formule standard du Tribunal fédéral à propos de l’information au patient : «L’information qui lui est donnée ne doit cependant pas susciter en lui un état d’appréhension préjudiciable à sa santé».

Mais, évidemment, si le médecin omet d’informer sur un risque et que celui-ci se réalise par la suite (encore la vérité a posteriori…), il encourt une responsabilité civile et pénale.

Tâche quasi impossible (et donc double contrainte…) que celle de devoir informer des effets secondaires potentiels graves, même rares, sans inquiéter le patient. L’exemple de la clozapine (Leponex, Clopin) est particulièrement frappant. «Gold standard» du traitement de la schizophrénie résistante et possédant un effet antisuicide reconnu, cette molécule est redoutée en raison de la possible altération de la formule sanguine, mais d’autres effets secondaires tels la myocardite, la pneumonie d’aspiration, l’iléus et les conséquences du syndrome métabolique sont jugés responsables de davantage de décès que la classique agranulocytose.

Informer «vraiment» sans affoler est en réalité tout simplement impossible au vu de la lourdeur et du danger potentiel, même si très rare, de quasiment toutes les démarches médicales.

L’effet de l’inquiétude a été notamment mis en évidence lors d’études sur l’efficacité ou la nocivité de la «prière collective pour autrui» (!) pour des patients aux soins intensifs. Selon la manière des patients de percevoir l’intervention – ultime recours en situation critique ou véritable appui spirituel se surajoutant à la médecine – l’effet a été néfaste 5 ou au contraire positif sur leur évolution, et ce de manière statistiquement significative.6

Dans un registre plus médical, avertir un patient qu’il recevra, au cours d’un essai clinique, peut-être seulement un placebo et non la substance active (en l’occurrence un antidépresseur) diminue l’efficacité de la «vraie» molécule chez ceux qui l’ont reçue (le néologisme «lessebo» désigne cette action à mi-chemin entre les classiques effets «placebo» et «nocebo»).

Le seul fait de ne pas rassurer le patient et l’incertitude due à l’issue probabiliste sont délétères, en d’autres termes, le doute – la fameuse zone grise de la décision – et donc la véritable information à propos du risque, est pathogène.

Conclusions (très provisoires…)
Au devoir médical d’informer le patient et à celui de ne pas l’inquiéter, se surajoute le pouvoir de décision, ultime et autonome de celui-ci, concernant l’acceptation ou le refus de toute démarche diagnostique ou thérapeutique le concernant.

Si le «regret anticipé» du médecin est actuellement connu et bien pris en compte, le «regret a posteriori» du patient décideur l’est beaucoup moins.

En effet, le «partage du pouvoir», pour reprendre l’expression du Pr Cornuz, est indissociable de celui de la responsabilité de la décision. Déjà très difficile à assumer même pour le praticien expérimenté, un «mauvais choix» (toujours la vérité a posteriori…) peut s’avérer absolument insupportable pour le patient. Son point de vue peut donc, rétrospectivement, changer du tout au tout. Il ne s’agit pas alors d’une modification de la capacité de raisonnement, mais d’une véritable reconstruction mnésique, le principe de correspondance (ce qui s’est vraiment passé) s’avérant beaucoup moins puissant que celui de cohérence (avec ce que le patient est et ressent sur le moment), comme le démontre l’évolution des connaissances sur la mémoire et la formation des faux souvenirs. Le patient sera ainsi véritablement convaincu que sa volonté à l’époque de la décision était autre, et pourra donc de toute bonne foi se sentir «lésé».

(...)

Ce qu'en pense Hippocrate


J'informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n'exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.

Le serment d'Hippocrate de l'Ordre des Médecins, France, 1996



64 % des médecins français ne respectent donc pas le serment d'Hippocrate qui est leur propre loi.

Ce que nous en pensons


En premier lieu, un commentaire simple sur les arguments ci-contre que vous aurez eu la patience de lire et d'étudier, y compris le texte complet : c'est de la paranoïa médicale. Elle a pour origine précisément le comportement du secret et de la dissimulation, avec l'effet boomerang d'un certain malaise nécessitant une longue et complexe justification.

Arguments complexes, préjugeant de vos pensées et de votre raison "labile", évocation de comportements enfantins par la longue tirade sur le fameux placebo, pour souligner que son efficacité dépend de votre ignorance, démonstration de "l'information pathogène", exemples tirés de faits extrêmes portés en justice, invocation de l'ennemi omniprésent et concurrent (le "développement personnel" en oubliant qu'il est né des carences et des insuffisances de la médecine et en particulier de la psychiatrie), tout ce discours, parsemé de choses vraies pour bien passer, est destiné à justifier par des arguments inutiles, peu pertinents et paternalistes, cette déformation des pensées et comportements. On ne peut s'empêcher de rapprocher ce discours du critère principal  du trouble de la personnalité paranoïaque (4):

Ils ont souvent l'impression d'avoir été blessés gravement et irrémédiablement par une ou plusieurs personnes (ndlr, les avocats, la justice, les patients), même en l'absence de toute preuve objective. Ils sont préoccupés par des doutes injustifiés sur la loyauté ou l'honnêteté de leurs amis ou de leurs associés et passent les faits et gestes de ceux-ci à la loupe en quête de preuves de mauvaises intentions. Tout ce qui est perçu comme un manquement à la confiance ou à la loyauté vient renforcer leurs soupçons latents.

On relève au passage un médicament bien connu, et que l'auteur semble bien connaître également, la clozapine. En clair, dire la vérité sur la clozapine, à savoir qu'elle encore plus dangereuse et à risque mortel que son effet le plus connu d'agrunalocytose, est à éviter car "si on le dit, personne n'acceptera d'en prendre". Les laboratoires peuvent donc échapper aux procès en publiant les effets secondaires lorsqu'ils les découvrent et que les victimes servent à terminer les études de phase III faites dans la précipitation commerciale. Ils n'en perdront pas pour autant le marché, puisque les tenants du discours de dissimulation, majoritaires en France, cacheront même les effets connus du médicament.

D'ailleurs il relaye volontairement ou non une idée reçue et fausse sur la clozapine : sa prétendue efficacité anti-suicide. Cette affirmation provient de l'étude Lancet de 2009, Finlande, totalement biaisée, et nous servant même d'illustration à la définition des biais en psychiatrie.

Enfin et c'est le fond du problème, ce discours préjuge de notre incapacité à faire nous aussi l'analyse bénéfice-risques. C'est encore plus grave lorsque le médecin sait que le risque est important. Dans les deux cas il ne dira rien : paternaliste, il ne dis pas la vérité à ceux qu'il estime être des enfants.

Comme tout débatteur peu assuré, on multiple les arguments divers et variés, spectaculaires ou fumeux mais non pertinents, dans un discours ressemblant à celui des mauvais hommes politiques. L'argument de la théorie de la "double contrainte" (5) est destiné à étaler des connaissances en psychologie, mais tombe mal.

Le médecin qui s'interdit de parler des risques, est donc en fait lui même en pleine double contrainte, et risque la psychose - les chiffres sur la santé mentale des médecins en France étayent cette thèse - , car il sait les risques, mais se retient de les exposer ; il sait donc qu'il prend la responsabilité de mener le "patient" à l'échec et à de graves complications, tout en souhaitant et voulant oeuvrer pour son bien. Il sait qu'il enfreint la loi sur l'information et la décision éclairée du patient, comme il reconnait par ailleurs de multiples atteintes aux droits de l'homme, au nom d'un intérêt qu'il juge, seul ou par une culture de corporation, supérieur. La dignité de la personne, et le droit à l'information de l'objet de ses soins sont secondaires, le terme "objet" est bien choisi. Ce faisant il s'expose même à une triple contrainte extrêmement difficile à assumer : contradiction sociale devant les lois, contradiction du soin par rapport aux effets délétères qu'il dissimule, contradiction par rapport à l'homme qu'il dit respecter mais qu'il ne respecte pas en tant qu'égal à lui-même. Ces contradictions deviennent souvent insupportables, sauf pour des psychopathes avérés, et n'est pas étrangère au phénomène actuellement en plein développement, du "burn-out", des dépressions et des troubles mentaux ou addictifs dans le milieu professionnel médical, particulièrement en France.

Ice, le 30 novembre 2015, résume très bien notre avis

Il faut que la médecine cesse de déposséder abusivement les malades de leur propre pouvoir décisionnaire.

Le paternalisme médical devient pathétique !

Nous ne sommes plus à l'époque du brave docteur, surqualifié en face du pauvre mineur des houillères illettré.

Oser encore prétendre que les malades ne sont pas aptes à appréhender les risques et les conséquences de leur décisions , dans un pays ou le nombre de bacheliers ne cesse d'augmenter relève des pratiques de médecine à la "Grand papa".

En plus de l'instruction scolaire des populations, maintenant il y a internet, la télé, les journaux. Tout le monde, même les personnes qui n'ont pas bénéficié des avantages d'une scolarité poussée, a les moyens de faire évoluer ses connaissances, sans bouger de chez soi.

Les 7 ou 10 années d'études des médecins et spécialistes, ne sont plus une chose exceptionnelle, mais quelque chose qui tend à se répandre de plus en plus dans les dernières générations où les études universitaires ou professionnelles après le bac sont en train de se généraliser.

De plus, les cours de biologie dispensés jusqu'au bac, permettent  d'avoir des connaissances plus que suffisantes sur le fonctionnement du corps humain, pour appréhender les risques en santé.

L'argument fallacieux du malade qui ne saurait pas évaluer lui-même les risques, et les bénéfices d'un traitement sur sa santé, est un argument utilisé pour justifier une infantilisation aliénante des malades. La très grande majorité des malades n'est pas dans la situation de ne plus en avoir conscience.

Il parait que les traitements actuellement sur le marché, fonctionnent généralement assez bien, alors qu'on m'explique, pourquoi les malades français, généralement assez instruits, et éduqués pour comprendre le fonctionnement de leur propre corps, et convenablement soignés, ne seraient pas en mesure de prendre des décisions pour leur santé en toutes connaissance de cause ?

La sécurité en face des risque de procès, et la facilité, qui consiste à se débarrasser du devoir de prendre le temps d’informer que recherchent les médecins, est une aliénation du pouvoir d'autodétermination des patients.

Chaque année 1 Français sur 5 vas avoir recours à des soins nécessitant des psychotropes, sur cette proportion de malades le pourcentage de personnes déclarées "incapables majeurs" est très faible mais on aurait de plus en plus tendance à nous faire croire, qu'un cinquième de la population est devenu incapable de faire soi même ses propres choix.

Nous élisons des représentants du peuple , la démocratie c'est en partie cela, de nos jours les peuples ont le droit à l'autodétermination !

Élire un représentant qui va prendre à notre place des décisions qui vont engager toute la population d'une nation nécessite, j'imagine, un minimum de jugeote. Est-ce que 1/5 e de la population  n'aurait pas le droit de décider ce qui est bon pour elle en matière de santé, alors que la majorité des électeurs de cette tranche de la population, qui se fait prescrire tous les ans des psychotropes, a le droit de vote ?

Et la police ? Que fait la police ?


Un inspecteur de police judiciaire, que nous rencontrons souvent dans nos différentes affaires, nous confie : "Les psychiatres en particulier, et les médecins en général je ne les supporte plus. C'est une caste. En défense, ils opposent le secret médical, mais quand ils déposent une plainte, ils déballent".

Parole de policier !

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L'enquête d'opinion réalisée par Neptune


Voici les premiers résultats d'une étude qui devrait intéresser médecins et autorités, sans précédent à notre connaissance.


Résultats de l'étude Neptune sur l'opinion des personnes directement concernées par les effets secondaires et leurs proches.


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