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Réduction du volume cérébral par les antipsychotiques

Par Neptune 
le 31/10/2015

Effets secondaires

Résumé


Les antipsychotiques, ex-neuroleptiques, provoquent-ils un rétrécissement du cerveau ? La réponse scientifique est indubitablement « oui ». Les résultats de plusieurs études convergent vers le constat d’une nette diminution du volume de matière grise, plus précisément au niveau du striatum, partie interne du cerveau impliquée dans le contrôle des mouvements.
Cette perte de volume, nette et immédiate pour des produits comme l’halopéridol (Haldol) mais constatée aussi pour les antipsychotiques dits de « seconde génération » comme l’olanzapine (Zyprexa), serait toutefois réversible, en tous cas à court terme, au même titre que les effets extrapyramidaux qu’ils provoquent (syndrome parkinsonien, dystonies, akathisie, dyskinésies tardives, etc.).

Les études sont rares sur cette question : les effets indésirables, même graves, intéressent peu les chercheurs et encore moins les laboratoires qui financent la plupart des recherches. Sans aucune preuve, laboratoires et psychiatres affiliés ont longtemps imputé la responsabilité de ces pertes aux troubles mentaux, les qualifiant de « dégénératifs ». Les cas de guérison totale, avérés, prouvent que l’hypothèse dégénérative est fausse, mais qu'importe lorsqu'il s'agit de promouvoir les antipsychotiques. Nous avons voulu combler le manque d’information en français par une synthèse de la littérature.


Le striatum, intervenant dans le contrôle des mouvements, est particulièrement touché

Les années 1990


Lorsque les IRM devinrent disponibles dans les années 1990, on détecta des niveaux légers de rétrécissement du cerveau chez des personnes avec un diagnostic de schizophrénie ou de psychose. Ceci fit penser que la psychose était toxique pour le cerveau, et fut utilisé pour affirmer qu’un traitement précoce par antipsychotiques était nécessaire pour prévenir des dommages cérébraux.

On a même commencé à indiquer pour ces médicaments des propriétés « neuro-protectrices », la schizophrénie étant de plus en plus décrite en termes neo-Kraepliniens comme neurodégénérative (1).

Aucune preuve ne venait à l’appui de cette interprétation de la responsabilité du trouble sous-jacent, puisque toutes les personnes étudiées prenaient des antipsychotiques (2).

Une voix isolée (3) suggéra que les cavités et cerveaux rétrécies étaient dus aux neuroleptiques, mais personne ne le prit au sérieux.



(1) Lieberman JA. Is schizophrenia a neurodegenerative disorder? A clinical and neurobiological perspective. Biol Psychiatry 1999 Sep 15;46(6):729-39.

(2) Johanna Moncrieff, Psychiatre, 2013 source : Antipsychotics and brain shrinkage: an update (2013)

(3) Breggin Peter. Toxic Psychiatry. London: Fontana; 1993.

En 2005, le laboratoire Eli Lilly encourage de fausses interprétations


Joseph Lieberman publia en 2005 la plus grande étude d’imagerie conduite jusqu’alors sur les personnes ayant un premier épisode psychotique, financée par Lilly et comparant les effets du vieil halopéridol et de sa molécule en plein essor, l’olanzapine (Zyprexa). (5) Lilly avait bien l’intention d’asséner le coup de grâce au vieil Haldol, plus efficace que le Zyprexa, mais responsable d’effets extrapyramidaux délétères. Puisque les effets extrapyramidaux sont localisés dans le striatum, lieu des réductions en volume, alors pourquoi ne pas tenter la comparaison, et la publier si elle est favorable ?

Les patients ont été scannés au début de l’étude, à 12 semaines et à un an, et les images des patients ont été comparées avec celles d’un groupe contrôle de volontaires ‘sains’. A 12 semaines les sujets traités par l’halopéridol montrèrent un rétrécissement statistiquement significatif de la matière grise comparativement aux sujets contrôle, et à un an autant les sujets traités avec olanzapine qu’avec halopéridol avaient perdu plus de matière grise que les sujets contrôle, à un moindre degré pour l’olanzapine, mais de manière restant significative et certaine (p = 0.03). Pour la différence à l’avantage de l’olanzapine, Lilly et ses associés affirmèrent que, étant donné que la schizophrénie était responsable de la réduction – idée répandue à l’époque mais ne reposant sur aucune preuve - , l’olanzapine avait le pouvoir de « stopper le rétrécissement ». Ils invoquèrent même le hasard pour expliquer le rétrécissement significatif sous olanzapine.

Les singes montrent que les antipsychotiques réduisent de 10 % le volume cérébral chez un sujet n’ayant pas de trouble mental


Comme il n’était pas admissible de tester l’effet des antipsychotiques sur des personnes sans trouble psychique, seule manière de vérifier ces affirmations, Lilly, persuadé de la supériorité de son produit en matière d’atteintes neurologiques, lance une étude sur des singes macaques. Déception : après 18 mois de traitement, les singes traités avec l’olanzapine ou l’halopéridol, à des doses équivalentes à celles utilisées sur les humains, avaient approximativement des cerveaux plus légers de 10 % que ceux traités par un placebo (6).

Les défenseurs des animaux noteront que ces singes en bonne santé ont subi les affres des neuroleptiques pendant un an et demi, avant d’être abattus pour que leur cerveau soit pesé. Leur sacrifice n’aura servi à rien : Lilly et ses associés ne firent bien sûr pas grand état de cette expérience, et le Zyprexa rapporta, et rapporte encore, des centaines de millions d’euros à la firme, et ce malgré les dizaines de procès perdus aux USA pour diverses dissimulations.

En 2007 on continuait de penser et de publier, en dépit de ces preuves, que les antipsychotiques étaient inoffensifs et même qu’ils permettaient de prévenir une maladie cérébrale toxique au même titre que les dégénérescences des maladies d’Alzheimer ou de Parkinson.




(5) Lieberman JA, Tollefson GD, Charles C, Zipursky R, Sharma T, Kahn RS, et al. Antipsychotic drug effects on brain morphology in first-episode psychosis. Arch Gen Psychiatry 2005 Apr;62(4):361-70

Zyprexa brain shrink rétrécissement du cerveau
Zyprexa - olanzapine de Lilly




Zyprexa brain shrink rétrécissement du cerveau
Un million et demi de boites encore vendues en France aux particuliers en 2013, pour 80 millions de chiffre d'affaire
, malgré des effets indésirables considérables et des procès retentissants aux USA.


(6) Dorph-Petersen KA, Pierri JN, Perel JM, Sun Z, Sampson AR, Lewis DA. The influence of chronic exposure to antipsychotic medications on brain size before and after tissue fixation: a comparison of haloperidol and olanzapine in macaque monkeys. Neuropsychopharmacology 2005 Sep;30(9):1649-61

(7) Jarskog LF, Miyamoto S, Lieberman JA. Schizophrenia: new pathological insights and therapies. Annu Rev Med 2007;58:49-61.

En 2010, un test de courte durée est fait chez des personnes indemnes de trouble psychique


Une expérience sans lien avec les précédentes, ni avec aucun laboratoire, est faite en 2010 en Australie ( 8 ) à l’aide d’une IRM fonctionnelle. Deux heures seulement après une injection d’halopéridol, des volontaires en pleine santé sont atteints de troubles de la motricité, qui coïncident avec une diminution du volume de matière grise dans le striatum. De plus leur temps de réaction diminue à un test sur ordinateur. « Nous pensions que seuls les changements chimiques pouvaient se produire en un temps aussi court » déclare Clare Parish de l’institut Howard Florey pour la recherche sur le cerveau de Melbourne. « C’est le plus rapide changement dans le volume cérébral jamais vu », a déclaré Andreas Meyer-Lindenberg, professeur de psychiatrie et psychothérapie à l’Université d’Heidelberg de Manheim, Allemagne (9).

Le cerveau revient à sa taille précédente dès l’arrêt de l’expérience


L’expérience n’est pas prolongée pour ces volontaires qui ont la chance de ne pas avoir un diagnostic de trouble mental. Et en moins d’un jour, leur cerveau est presque revenu à sa taille originale alors que les effets de l’halopéridol s’estompent. L’équipe suggère que l’halopéridol réduit la taille des synapses, ces points de jonction par lesquels les neurones communiquent.



( 8 ) Tost, H. et al. Nature Neurosci. doi:doi:10.1038/nn.2572 (2010).

(9) Revue nature, 6 juin 2010, « Antipsychotic deflates brain »




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Dans quelle mesure la "neuroplasticité" peut-elle permettre au cerveau de retrouver sa structure initiale ?




(10) Pierre Blanchet, Le médecin du Québec, 2012,

(11) Michel Halimi, thèse 2011, p 37.





Perspective et avis


Aucune donnée n’a été recherchée sur ce sujet pour les produits de la même famille que l’olanzapine, comme la clozapine (Leponex) ou la quetiapine (Xeroquel), ni pour la risperidone (Risperdal) l’antipsychotique moderne le plus générateur de dyskinésies, l’amisulpide (Solian), ni l’aripiprazole (Abilify) et son akathisie atypique, autant de produits faisant la fortune des laboratoires.

Nous ne nions pas l’utilité des antipsychotiques dans certains cas, mais exigeons comme tous les adhérents de notre association, de savoir toute la vérité sur les psychotropes.

L’évaluation du rapport bénéfice/risques est, dans ce domaine, beaucoup trop importante pour la laisser aux seuls médecins, a fortiori si leurs connaissances sont fondées sur des croyances erronées, comme cela est encore une fois démontré ici, et sur les résultats biaisés fournis par les laboratoires et pris pour argent comptant par les agences de santé gouvernementales.

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Aussi réversible que …. les dyskinésies ?


La réversibilité annoncée des effets de contraction à court terme, est-elle valable sur le long terme ? Nul ne le sait. Si le parallèle judicieux avec les symptômes extrapyramidaux est utilisé sur le long terme, on notera que les dyskinésies tardives ne sont pas toujours réversibles à l’arrêt du traitement, mais très peu de données sont disponibles à ce sujet, la littérature se contentant en général de vouloir rassurer patients et médecins en disant que la dyskinésie tardive est en général, "réversible presque entièrement à l’arrêt du traitement". Pour les personnes qui conservent longtemps après sevrage, des séquelles motrices des antipsychotiques, ces nuances n’en sont pas.

Pour la très sérieuse revue « Le médecin du Québec », il est estimé dans un article très détaillé de Pierre Blanchet en 2012, que « Elle est souvent irréversible, bien qu’une rémission spontanée soit possible surtout chez les sujets jeunes » (10)

Le cerveau est-il aussi neuro-plastique qu’on veut bien le dire, lorsqu’il s’agit de minimiser l’effet de contraction dû aux antipsychotiques ? S’il se comporte à court terme comme une éponge à l’envers et reprend rapidement sa physionomie initiale, en est-il de même après des années ?

Une thèse de médecine de 2011 (11) passe en revue tous les aspects des dyskinésies tardives, évoque leur lien aux dommages cérébraux et confirme le rôle des antipsychotiques. La disparition après traitement se révèle bien souvent partielle, ou inexistante : « Les symptômes évoluent fréquemment vers la chronicité même après l’interruption des antipsychotiques (Bai et al. 2003) ». Inquiétant. En même temps, l’auteur estime que « Aucun essai randomisé concernant l’arrêt total des antipsychotiques n’a répondu aux critères d’inclusion de la revue de la littérature ». Que croire ?

Andrew McIntosh à l’Université d’Edinburgh, UK, estime que le lien entre les effets de réduction cérébrale d’un antipsychotique tel qu’observé dans cette étude, et la diminution de matière grise que lui et d’autres ont observé chez des patients schizophrènes et bipolaires, est « un peu incertain mais cet article montre véritablement que des investigations supplémentaires seraient souhaitables et utiles ».

Nous rejoignons son avis au moins sur un point : trop peu de véritables moyens et de véritables compétences sont consacrés aux effets indésirables, même lourds, des psychotropes. En France, les chiffres sont cachés au public, ou dissimulés derrière des « fourchettes » comme par exemple « plus de 10% » pour des prévalences de 60%, et qui de plus sont souvent fausses. Lorsque les effets sont mis en évidence, le déni de la profession, influencée par des discours et des études sélectives des laboratoires, consiste à induire le doute, avancer des interprétations infondées, comme par exemple imputer ces effets aux troubles mentaux, sans aucune preuve scientifique. Ou bien mettre en cause le mode de vie des personnes, alors que celles-ci, mises en état de précarité et de détresse, et n’ayant comme thérapie que ces produits, n’ont guère la possibilité financière de prendre des repas de qualité, n’ont plus d’énergie pour faire du sport, et peu de motivation pour entretenir un matière grise et un mental endommagés.

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